Je grogne intérieurement contre tout le monde. Comme je suis au fond lâche pour batailler, je grogne au moins.
On a abattu, par exemple, deux pins devant notre immeuble. L'un d'eux se trouvait justement sous mon balcon et il me faisait plus agréable la vie. Il couvrait la vue sur l'immeuble d'en face, l'immeuble identiquement moche comme le nôtre. Larbre croissait plus de vingts ans et il n'en reste quun tronc mutilé. Et je grogne d'abord contre les voisins; quel type de salaud aurait pu être capable de tel vandalisme, tas de cochons, me dis-je, engeance humaine, pourrie...Le lendemain je téléphone à l'autorité chargée de l'environnement. Je tombe sur l'indifférence totale du patron et ses références à un autre magistrat. Jen suis dégoutée, je résigne. Quoi, l'arbre est perdu déjà, et cest avec l'autorisation des puissants, me semble-t-il. Il y a d'autres misères dans le monde que mon arbre foutu.
Voilà le printemps. Le monde grouille sur l'aire. Le week-end, l'après-midi, le soir, je peux mieux voir les galopins jouer au ballon sur le terrain. Les coups frappants, le vacarme et les cris aigus martèlent petit à petit ma cervelle. Ouais, l'existence humaine est divertissante avec le temps qui change, avec la descendence, avec les arbres qui meurent, et nous, qui mourrons aussi.
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