

Vendredi 30 Mai Le déluge de Bonanjo
Ce matin, Valéry m’accompagne à la banque faire le change de mes premiers travelers chèques. Jusque là, j’avais du liquide et nous faisions le change au noir mais il ne me reste que les chèques de voyage à présent. Nous attendons une bonne heure à la BICEC pour finalement me voir refuser le change pour la simple raison que je n’ai pas le reçu d’achat. Nous allons au Crédit Lyonnais. Deux heures d’attente... Les locaux sont pleins car les gens viennent visiblement chercher leurs salaires. Nous pourrions nous croire dans une banque Européenne : climatisation, luxe, il y a d’autres blancs, on se croirait chez nous ! Enfin, voici notre tour ! En expliquant longuement que je n’ai plus aucun centime en liquide, le guichetier accepte le change malgré qu’il me manque ce document. Ouf ! Mais le taux de commission est excessif : 6% ! Le prochain coup, je prévoirai ! A la sortie, nous nous rendons à la poste pour acheter les timbres et les cartes postales pour envoyer à ma famille et amis. Le vendeur de cartes me fait « un prix d’ami », 300 F la carte au lieu de 350. Il faut dire que je lui en prends un certain nombre. Nous nous apprêtons à rentrer mais il se met à pleuvoir à torrents à Bonanjo ! Bonanjo, quartier aisé me semble-t-il, ou quartier d’affaires car c’est en ce lieu que se trouvent les banques et la Poste. Pas moyen de sortir tellement la pluie est forte. L’eau emporte tout sur son passage et je comprends alors pourquoi il y a les dalles : pour éviter les inondations. Nous attendons dans le local ou se trouvent les boites postales. Les gens s’y réfugient comme nous. Les autres courent sous la pluie parfois avec leurs parapluies, parfois sans. Autour de nous, des marchands, objets d’art, CD... L’un d’eux s’approche. 4000 F pour un petit instrument de musique. C’est excessif ! Je négocie un bon quart d’heure avec l’aide de Valéry pour obtenir au final trois objets pour 3000 F. Un petit instrument rond en bois avec une poignée et entouré de coquillages, ce qui fait le son, une objet de décoration à accrocher sur une porte, en bois et une tasse en bois décorée de peinture. Dehors, c’est le déluge ! Il paraît que ce quartier a la réputation d’être le théâtre de pluies torrentielles. Au bout d’une attente d’une heure, la pluie de ralentir. Nous parvenons à rentrer. Nous prenons un taxi en « dépôt » car sinon, aucun ne voudra nous y conduire. Une course est 150 F CFA si la distance est courte, un « dépôt », c’est 500 F CFA, 1000 à deux. Selon la distance, ça peut monter à 2000 ou à 3000. C’est hallucinant ! Presque aussi cher que chez nous ! (Pour faire la maison à la gare de Saint Aigulin, c’est à dire même pas 1 km). En réalité, les prix des taxis semblent démesurés par rapport aux salaires ! Tout calcul fait, le prix des transports prend la grosse part d’un salaire modeste et le budget est serré. En soirée, nous allons faire un tour en ville. Nous dînons dans un petit restaurant typique, nous sommes les seuls clients à ce que je vois, le cadre est calme et agréable, un petit moment d’amitié comme je les aime, un de ces moments privilégiés propice aux confidences en tout genre.
Samedi 31 Mai Les réalités de cet autre monde
Ce matin, c’est au marché que nous allons avec Paulette. Nous marchons jusqu’au lieu ou se vendent les vêtements car j’ai chaud et je souhaite me vêtir d’un Caba car je me sens un peu trop Européenne, en fait. Nous en trouvons un très beau que nous parvenons à négocier à 2500 F. Le marché est magique, tout y est, de l’alimentation aux pièces détachées pour les véhicules en passant par les vêtements et objets usuels. N’oublions pas non plus la manière dont nous sommes perçus : certaines personnes nous reçoivent avec joie en joignant même les mains ou en demandant de l’argent. Par exemple une dame qui m’appelle « maman ! » dans l’espoir que je lui laisse un peu de sous. Et d’autres qui nous accueillent avec moins de sympathie (ce qui est compréhensible) en appelant ironiquement « Chérie ». L’image Occidentale semble donc perçue de façon mitigée.
Le soir, nous sortons en boite de nuit. La musique me plaît, cette musique rythmée et agréable et qui se danse de façon si sensuelle. Ce qui me surprend est la présence des prostituées, appelées « Bordelles ». Je ne parviens pas toujours à les distinguer des filles qui n’en sont pas. Si ce n’est par la cigarette et le sac. La prostitution est omni présente ici. Visiblement, elle se rencontre partout ! La pauvreté et la position d’infériorité des femmes semblerait, à mon avis, être à l’origine de ce triste phénomène. Une femme ne peut se prostituer par plaisir mais par nécessité. Soudain, Alain renverse par mégarde la bouteille de Coca Cola de l’une d’entre elles, quelques gouttes seulement se sont déversées sur la table. Pas la peine d'en faire un plat ( à mon humble avis ) ! Mais le ton monte. Elle veut qu’il lui rembourse la bouteille de Coca ! Négociations, tentatives d’accord... Finalement, nous partons. Je suis dans un autre monde. Un monde ou la pauvreté est là, visible, oppressante. Un autre monde que je découvre chaque jour un peu plus. Et plus je le découvre, plus j’ai faim de le découvrir plus en profondeur. L’incident de la bouteille de Coca Cola semble être la preuve que la prostitution est directement liée à la pauvreté, preuve que je suis dans un autre monde car jamais je n’avais vu une prostituée avant. Dans la rue, sur les trottoirs, des sans abris dorment sans même prendre garde des passants et voitures. Tout le long du chemin, nous en rencontrons. Voilà que je touche d’encore plus près les réalités du Tiers Monde. En marchant, je fais attention ou je mets les pieds, je tiens toujours la main de quelqu’un car je crains toujours de tomber dans un creux, me heurter à un obstacle quelconque ou heurter une personne qui dort. Nous arrivons à la maison. Eric, le petit frère, passe son Baccalauréat de Français (probatoire) et à chaque fois que nous rentrons de boite de nuit, quelle que soit l’heure, il est devant ses livres à étudier. Je reste abasourdie d’émotion devant ce courage et cette ténacité.
Dimanche 1 Juin Visite de Yaoundé
Nous partons tôt à Yaoundé car nous devons y rencontrer Mme E, la grande soeur à Odile et rendre visite à la famille à Alain, une soeur à ce que j’ai cru comprendre. (Les liens de parenté étant un peu complexes, je m’y perds !) Je m’assoupis même dans le bus, rassurée. La journée s’écoule vite et je peux voir Yaoundé encore mieux, avec sa terre rouge et ses collines vertigineuses. Nous passons même près du palais présidentiel, malheureusement, je n’ai pu prendre de photos. En réalité, il n’est pas facile de prendre des photos étant dans le taxi. Se promener à pieds dans Yaoundé est fatiguant, que de côtes et de descentes ! Nous repassons devant « l’immeuble de la mort » sur le boulevard du 20 Mai. Je vois chaque jour cet immeuble car le cabinet se trouve tout proche. Pourquoi ce nom là ? Tout simplement parce qu’il n’a jamais été terminé et il a été abandonné. C’était un immeuble prévu pour les officiels (bureaux administratifs) mais la version officielle dit que le train qui passe à proximité rendrait cet immeuble inutilisable. Version officieuse : détournements de fonds qui rendraient la fin des travaux impossible. Résultat : cet immeuble abriterait des criminels qui enlèveraient, violeraient et tueraient des femmes d’où le nom qui lui fut conféré « immeuble de la mort ». Légende ou vérité ? Je n’en sais rien. Tout ce que j’ai compris, c’est que la France n’est pas étrangère à ce problème... Après les visites, direction Obobogo chez Jean Paul et sa famille. Les coupures d’électricité sont toujours fréquentes et près de la maison, certains brigands profitent de l’obscurité pour voler les gens, une jeune fille s’est fait voler son portable. Le problème est aussi que les gens s’éclairent à la bougie, ce qui génère parfois des incendies.
Lundi 2 Juin Coup de fatigue
Je ne me sens pas bien ce matin, j’ai même un étourdissement et une légère diarrhée. Aurais-je abusé des piments. Une petite heure de sommeil supplémentaire et un aspirine, après avoir passé un coup de téléphone au cabinet pour prévenir, et tout rentre à peu près dans l’ordre. L’après midi, il faut aller de nouveau changer des travelers chèques à la banque. J’ai rendez-vous devant la Poste avec Mme E. et nous allons à la BICEC pour l’opération. Le taux de commissions est un peu moins élevé, à 5%. Nous faisons vite car j’ai encore quelques étourdissements de temps à autre et la chaleur, le brouhaha dans ces locaux, ne m’aident pas. A l’extérieur, ça va déjà mieux à l’air libre.
Mardi 3 Juin Retour au cabinet
Aujourd’hui, j’ai retrouvé toute ma pleine forme ! Me voilà de retour au cabinet. Ce matin, j’ai pris un bus de ville, contrairement au taxi, il est lent mais dommage qu’il ne soit pas régulier au niveau horaire car c’est très convivial. La porte est grande ouverte et quelqu’un informe la population « Poste 100 Francs ! » et les gens qui vont en cette direction montent et restent souvent debout, on parle, on discute. C’est très convivial de parler avec les gens même quand on ne les connaît pas. Jamais cela ne se fait de parler dans le bus avec quelqu’un d’inconnu en France ! C’est chacun pour soit. Au cabinet, j’étudie le code OHADA (Code de commerce paraphé par plusieurs Etats Africains en vue de l’expansion du commerce extérieur et aussi l’harmonisation du droit des affaires.) Et le Code CIMA, le Code des assurances également une harmonisation concernant cette fois le droit des assurances. Rien d’autre à signaler ce jour. Ah si ! J’ai revu Arthur qui m’a tenu compagnie une bonne demie heure sur le balcon du cabinet pendant que je lisais les livres et que j’étudiais.
Mercredi 4 Juin L’affaire du siècle
Ce matin, c’est une grande affaire criminelle dans laquelle sont impliqués des anciens ministres. Ce grand procès a donc une connotation politique, l’équivalent de l’affaire Juppé chez nous. La salle d’audience est pleine, des tas de gens sont debout au fond. Une quinzaine d’avocats de chaque coté. Je ne comprends pas tout ce qui se dit mais le témoin qui parle est la risée de l’auditoire. 3 heures seront nécessaires pour l’entendre. Les débats sont très animés et tournent presque encore une fois à la bagarre. Joutes verbales uniquement. Entrecoupés par les sonneries de portables incessantes, des personnes qui n’ont pas la décence ni le respect d’éteindre leurs appareils pendant les audiences. La présidente est prise entre les bagarres et ces dérangements de sonneries de portables. Elle ne parvient à rétablir le calme qu’après de gros efforts de patience. Vers 15h30, nous quittons le tribunal, l’audience reprendra à 16h00 jusqu’à 19h00 voire plus tard. Pour le retour à Obobogo, ce sont des architectes qui, voyant que je ne trouve pas un taximan qui veuille me conduire, m’emmènent à la maison. A ma grande surprise, ils refusent l’argent que je leur offre pour les remercier de ce service. Un orage éclate, il pleut des cordes ! Et la pluie rend la température plus fraîche. Je constate que les orages sont fréquents, les pluies rares mais très fortes, comme de la grêle. La véranda carrelée est le lieu ou Fred et moi venons fumer une cigarette en discutant, nous évitons de fumer à l’intérieur de la maison. Le cadre est splendide, la maison très belle et grande, entourée d’arbres et nantie d’un jardin.
Jeudi 5 Juin Visite à des amis peu ordinaires
La grande audience criminelle se poursuit aujourd’hui. L’ambiance est la même qu’hier, animée, tendue, presque la bagarre. La Présidente continue, quant à elle, à se battre contre les sonneries de portables et les prises de paroles anarchiques. Joseph vient me chercher pour m’emmener « quelque part ». Mais ou ? C’est une surprise ! Nous prenons le taxi vers l’inconnu. J’apprends alors ou nous allons. Il s’agit du Zoo. En effet, les animaux se trouvent au Nord du pays, à 12 ou 15 heures de train et c’est très cher. Donc c’est là, au Zoo, que je pourrai voir quelques bêtes. A l’entrée, c’est plus cher pour moi puisque je ne suis pas résidente et il faut payer pour l’appareil photos. Du coup, je n’en ai pas ! Nous restons en admiration devant couple de lions qui s’amusent dans l’herbe, la petite antilope qui broute tranquillement, les singes qui font la course dans les arbres et jouent en dépit du soleil brûlant, pleins de singes tous différents les uns des autres et tous de races différentes, du chimpanzé au babouin, les autruches qui font également la course, la hyène en pleine sieste dans son parc, les crocodiles qui se prélassent au soleil ou se rafraîchissent dans l’eau, les tortues géantes dans l’eau également, les serpents presque invisibles dans leur milieu naturel reconstitué tant bien que mal dans des vivariums. Un lieu magique et dans lequel nous respirons un air frais. Il ne manque que les éléphants et les girafes mais c’est magnifique que l’on trouve un tel endroit ou l’on peut passer un moment en tête à tête avec la nature et ce qu’elle offre de plus merveilleux. Et malgré le fait que nous n’ayons pas payé le droit de prendre des photos (5 000 F CFA) je prends le risque d’en prendre car je souhaite immortaliser cet instant. Soudain, c’est ma dernière photo sur l’appareil. Et voilà le gardien qui a remarqué que je filmais. Aie ! Aie ! Aie ! Joseph parvient à négocier un dessous de table de 500 F pour que je puisse conserver l’appareil et surtout en jouant sur le fait que je n’avais plus de pellicule et que je n’avais pas pu prendre de photos pour cette raison. Cet après midi fut très sympa et c’est avec tristesse que nous avons laissé nos amis à deux ou quatre pattes. Je rentre à Obobogo avec la tête dans les étoiles, le souvenir de cet instant passé parmi les êtres les plus intelligents qui puissent exister sur Terre : les animaux. Je m’endors avec dans la tête ce que j’ai vu en ce jour. Comme chaque soir depuis que je suis ici, avec ces merveilles dont je rêve encore aujourd’hui. Des amis peu ordinaires qui figurent parmi ces merveilles.
Vendredi 6 Juin Journée particulière
Dernier jour de stage aujourd’hui, c’est journée détente. Journée particulière aussi car ce sera aussi la journée de séparations douloureuses. Toujours une demie heure ce matin pour avoir un taxi à Obobogo en direction du Prestige, il y a des embouteillages, ce qui rebute les taximan de prendre cette route. Et je ne vois pas le bus. En dépit de quoi j’arrive au cabinet sans encombre. Nous ne restons pas au cabinet, nous sortons. Nous passons par l’avenue Kennedy qui ressemble presque à une avenue Européenne par ses boutiques et son aspect puis nous allons visiter la galerie d’art, tout le monde est donc en détente, ou presque. La galerie se compose de nombreuses boutiques et chacun veut nous y entraîner pour vendre ce qu’il peut. C’est encore presque une bataille pour être celui qui nous fera entrer dans sa boutique et nous sommes obligés de dire que nous regardons simplement. Ces boutiques sont nanties d’objets en bois dont un précieux : l’ébène, d’objets en ivoire, instruments de musique, flûtes, mandolines, masques divers, masques passeport (ce sont de tout petits masques qui servaient de passeport et que l’on tient dans la main à cet effet, les couleurs peintes ont leur signification et donne l’origine de ce passeport), objets utilitaires tels que des ouvre lettres, plats, couverts, mais aussi des objets décoratifs comme des bijoux, éléphants et autres personnages ou animaux en bois d’ébène, personnages en toute matière, de toutes tailles... Joseph m’apprend à marchander et j’obtiens un énorme masque à 10 000 au lieu des 50 000 que me demandait le vendeur au départ. Quelle ne fut pas sa colère quand il apprit que c’était une vente fictive ! Nous arrivons à obtenir un bon prix pour l’achat de quelques uns de ces objets à garder en souvenir et offrir à ma famille et nous parvenons même à faire une photo. A la suite de cette visite, nous allons au marché pour l’achat d’un nouveau Caba et d’un boubou pour Jimmy. La encore, le prix que nous marchandons me paraît correct. La vendeuse, qui a sa machine à coudre sur place, accepte même de rectifier les erreurs de fabrication. Les couleurs sont resplendissantes mais mon choix fut rapide devant un Caba long, à manche longue de couleurs kaki, vert et rouge, superbe. Nous rentrons au cabinet. Une séance photos après avoir déjeuné. C’est mon dernier jour de stage et c’est la tristesse qui transparaît entre tout, sur tous les visages malgré de larges sourires. Je n’arrive pas à réaliser que je suis rendue aux ¾ de mon séjour. Les au revoir sont tristes et déchirants....
Mais il faut pourtant dire au revoir. Je rentre à Obobogo avec un pincement au coeur. Il va falloir aussi dire au revoir à Maman Sophie, Jean Paul, Fred, Maurice, Thierry, Fishou et Chouchou. Thierry nous accompagne au taxi. Il pleut des cordes et Thierry qui nous cherche un taxi se trouve trempé malgré le parapluie. Nous parvenons toutefois à l’agence. Nous partons, Alain et moi, en bus « Kami Express » en direction de l’Ouest, sa province d’origine. Nous attendons que le bus soit rempli pour partir. La pluie s’est calmée et nous attendons dans le bus. Le voyage doit durer entre 5 et 6 heures environ. Il est 00h30 approximativement quand le bus, neuf cette fois, en tout cas confortable, pousse son cri de départ. Nous roulons plus lentement, me semble-t-il. Est-ce une impression ? La musique fait rêver. « Petit Pays », le premier groupe Camerounais à être passé à l’Olympia à Paris. Elle nous accompagne tout le voyage. J’essaie de dormir, la tête sur l’épaule de mon ami mais je n’y parviens pas.
Samedi 7 Juin Visite à l’Ouest
Nous stoppons vers 3h30 du matin dans un village. Un marché, des bars ouverts, des étalages à perte de vue, des marchands ambulants qui vendent de tout. Comme en plein jour ! Un marché nocturne, quelle bonne idée ! Et des vendeurs qui cherchent à vendre leurs fruits (ananas, papayes, noix de coco, prunes...), légumes (avocats, mais 5 fois plus gros et moins insipides que ceux que nous connaissons, ignames, arachides...), bâtons de manioc, boissons, « lotus », cotons tiges, jus, cigarettes... Ils se battent pour que l’on soit leur acheteur et c’est la cohue autour de nous. Il nous faut acheter des vivres pour la famille car « on ne peut pas arriver les mains vides ». Nous avons une pleine poche de nourriture, peut-être entre 7 et 10 kg ! Avant de repartir, nous prenons quelques passagers du bus « Garanti express » qui est en panne. (Cela me rappelle un souvenir.) Nous surnommons cette compagnie « Panne Garantie ». Nous arrivons à destination, à Bafoussam, vers les 5h00 et nous rendons dans la famille directement. Nous sommes très bien accueillis. Il fait froid ! Pour la première fois depuis mon arrivée, je grelotte ! On se croirait chez nous par ce climat ! Je somnole aussi, nous avons fait nuit blanche. Mais un bon café serré me réveillera bien vite. (Du café ! miracle !) Une partie de la famille part aux champs pour les cultures. Nous partons avec deux membres de la famille à Foumban, à une centaine de kilomètres de Bafoussam. Nous y voyons, en route, les magnifiques collines, c’est magique ! Regarde plutôt les photos :
Nous mangeons dans un petit restaurant puis continuons notre route : des boeufs avec leurs cornes démesurées et les collines nous accompagnent tout le long. Je souhaite prendre une photo des boeufs mais leur propriétaire veut... de l’argent ! Je saute dans la voiture et nous démarrons sur les chapeaux de roue !
Nous passons ensuite à Dschang, au centre climatique construit par les Occidentaux en ce lieu ou le climat est doux, il y a piscine, rues bien dégagées et propres... Puis nous terminons par Bansoa, le village d’Alain dans lequel nous pouvons admirer les chutes de la Mifi.
L’Ouest est le lieu culturel ou l’on retrouve par exemple toute l’histoire de l’ethnie Bamoun (palais sur photo ci en face) mais aussi les chefferies traditionnelles et autres.
Nous prenons une chambre d’hôtel dans laquelle nous nous reposons. Après une nuit blanche et une journée si chargée de découvertes et de visites, il le faut ! Puis nous allons dîner dans la famille. Et retour à l’hôtel pour une bonne nuit de sommeil.
Dimanche 8 Juin Retour à Douala
Nous repartons de l’Ouest à environ 11h30, toujours avec « Kami Express ». Plus court qu’à l’aller mais aussi plus dangereux. Le bus danse, nous sommes au bord du gouffre... De nombreux contrôles de police. Le chauffeur a un problème avec ses phares et se fait arrêter à tout bout de champ. A chaque arrêt, c’est une nouvelle négociation, laisser un dessous de table pour que les policiers ferment les yeux sur le souci d’éclairage. De même, des petits vendeurs à la sauvette n’ont pas payé les policiers pour pouvoir vendre leurs produits, ces derniers les chassent à coup de matraque mais sitôt le dos tourné, les vendeurs entrent dans le bus pour y effectuer leur vente de maïs grillés, bananes et autre. L’un d’eux restera même dans le bus et nous le déposons plus loin, hors de la menace des policiers.
Nous arrivons à Douala vers 16h45. La température est toute autre ! Nouvelle nuit chaude, en boite de nuit. Toujours en bataille contre les moustiques. Magnifique soirée malgré encore un peu de fatigue du week end. Pas d’incident ce soir. Nous dansons, nous nous amusons puis nous nous arrêtons dans un restaurant en plein air pour remplir nos estomacs. A 2 ou 3 heures du matin, je n’ai pas faim ! Mais ici, on mange à n’importe quelle heure ! A la maison, si 15 personne viennent rendre visite, alors il y aura 15 repas ! Toutes les personnes qui passent mangent un morceau et nous les accompagnons. J’ai l’estomac déjà plein et c’est souvent difficile de suivre la fréquence des repas. J’ai déjà pris du poids ! Après le réveillon, nous rentrons calmement, sans le moindre souci.
Lundi 9 Juin Repos et observation
Repos et grasse matinée ! A la suite de quoi nous nous rendons au quartier Bonanjo pour un nouveau et dernier change de travelers chèques. Surprise que l’attente y soit moins longue qu’à l’accoutumée, sauf lorsque la guichetière se décida à faire une pause déjeuner ou pause café et nous partons sans récupérer le reçu. Puis nous cherchons quelque CD en souvenir. La musique que j’ai entendue me fait rêver et je tiens à en ramener un peu. Les CD sont au même prix que nous les trouvons en France, les vrais, ce qui m’étonne. Mais un CD gravé coûte moins cher. Nous restons au repos ensuite, car demain, nous avons une nouvelle sortie de prévue et nous partirons tôt. Je reste avec la maman devant le magasin (ils y vendent de bidons de toutes formes, de toutes tailles et de toutes les couleurs) et le chant que j’avais entendu quelques jours auparavant ( La prière à 5h00 du matin !) se fait à nouveau entendre. J’aperçois les pratiquants qui sont juste à coté de la maison : ils prient sur le trottoir, la tête posée à même le sol sur des tapis. Je suis une fois de plus éberluée de voir ces personnes ainsi. Et à nouveau subjuguée par ce chant. Je me demande s’ils n’ont pas de lieu de culte ou bien si c’est leur volonté de prier ainsi à la vue de tous les courants religieux qui sont présents ici. Après tout, une religion est quelque chose d’intime et c’est injuste que ces gens soient privés d’un lieu dans lequel ils pourraient pratiquer leur culte en toute intimité comme nous le faisons à l’église. Peut-être ne peuvent-ils pas se rendre à ce lieu de culte car il me semble difficile de se déplacer si souvent, plusieurs fois par jour à ce qui me semble. En apparence, les diverses religions présentes ici et les ethnies vivent en paix, dans la tolérance. En 10 ans de correspondance, j’ai eu des récits de combats de rue entre les communautés mais l’apparence est à la tolérance religieuse et ethnique. Cela m’émeut de voir les gens vivre ainsi ensemble malgré que leurs croyances ne sont pas les mêmes ! Si ce simple mot tolérance pouvait exister partout, il n’y aurait pas de guerres. On me dit « Le Cameroun est un pays de paix » et je pense que c’est le cas. Mais cette cohabitation repose sur un équilibre fragile. Que Dieu protège cette paix ! Je me mets moi-même à prier alors que depuis que j’avais quitté le collège catholique, je m’étais détachée de ma foi. Pour aller au fond de ma pensée, le séjour m’a aussi ouvert les yeux contre certains préjugés ! Avant, si on m’avait demandé ce qu’évoquait le mot « islam », j’aurais dit : le livre « Jamais sans ma fille », cette américaine retenue contre son gré en Iran, le livre « la femme lapidée » toujours en Iran, le 11 septembre au Wall Trade Center, les femmes Afghanes sous le régime Taliban... En clair, la peur ! Mais j’avais oublié qu’il pouvait y avoir dans toute religion des radicaux et des modérés. Le séjour m’aura donc ouvert les yeux sur ce point et plus j’entends ce chant, plus je me sens rassurée et ma peur s’estompe. Aujourd’hui, si on me reposait la même question, ce ne serait pas la peur mais l’inconnu, le mystère. Le Cameroun m’aura enseigné la confiance et permis d’effacer les préjugés. Je prévois de prolonger mon séjour d’une petite semaine afin que nous puissions monter dans le Nord, afin d’élucider d’autres mystères, afin d’apprendre encore d’autres choses et afin d’assouvir ma soif de découverte. Me voilà amoureuse du pays. Malheureusement prolonger le séjour s’avère rapidement impossible par faute de moyens financiers... Bien essayé mais c’est raté !
Mardi 10 Juin Journée à Kribi
Le bus « Jako Voyages » lance son cri de départ. C’est un petit bus qui doit contenir une quinzaine de places mais nous sommes environ 25 personnes. Nous sommes très serrés. Nous voici prêts et nous nous mettons en route vers Kribi, située plus au Sud du pays. Je porte un maillot de bains sous le Caba, au cas ou... Il pleut des cordes ! Adieu bye bye la baignade. Ce n’est pas grave ! J’ai toujours rêvé de visiter ce lieu car j’avais déjà vu des cartes de ses magnifiques plages et chutes d’eau. Pour l’anecdote, Alain m’avait envoyée une carte de Kribi sur laquelle figuraient les chutes de la Lobé et un piroguier solitaire, impavide, qui semblait venir d’affronter les chutes. Et cette carte m’ayant envoûtée, j’ai toujours rêvé de voir ces chutes en vrai. Donc tant pis pour la baignade, le principal intérêt est les chutes d’eau. Il paraîtrait même que des villages pygmées existent pas très loin de cette ville. J’ai toujours été attirée par le romantisme et la beauté de ce que j’avais pu voir sur ces cartes postales, donc en virtuel. Aujourd’hui, je vais le voir en vrai ! En réalité et non plus sur des cartes. Nous sommes serrés dans le bus, quatre personnes sur une banquette prévue pour trois. J’ai des fourmillements dans les jambes car je n’ai pas l’habitude d’avoir si peu d’espace. Je ne peux plus bouger les doigts de pieds ! Je ne sens plus ma jambe droite ! Massages et rééducation m’apaisent et au bout d’un certain temps, me voilà adaptée. Ca va mieux. Au bout de deux heures de route, nous arrivons dans la ville de Kribi. L’entrée de la ville est bordée de plages magnifiques et la route est entourée de cocotiers et palmiers. C’est encore plus beau que sur les images et cartes que j’avais pu voir, c’est magique ! C’est merveilleux ! Il pleut et nous nous réfugions dans un restaurant pour prendre un bon petit déjeuner car les visites prévues, notamment aux chutes, nous obligeront à déjeuner tard. La pluie n’a pas cessé quand nous sortons mais elle a ralenti. Nous cherchons à présent un taxi pour nous conduire aux chutes de la Lobé qui se trouvent à environ 10 – 12 kilomètres de la ville de Kribi. Nous prenons un taxi pour nous y rendre. Que de la végétation, des arbres dont je ne connais pas les noms, je reconnais à peine les cocotiers et les palmiers ! Un petit chemin sableux mène aux chutes, le taxi a du mal à passer, je crois. La terre y est rouge, comme presque partout dans le pays. Un rouge vif. Enfin, la pluie semble vouloir cesser. Nous arrivons à une plage à partir de laquelle nous pouvons admirer ces chutes. Le spectacle est splendide. Le rêve ! Le Paradis ! Voici LE temps fort du séjour. Pirogues au bord de l’eau, cocotiers, palmiers et s’étendant sur plusieurs mètres de distance, les chutes de la Lobé ! Ces chutes ont la particularité d’être le seul endroit au monde ou un fleuve se jette directement dans l’océan Atlantique. C’est unique au monde ! La Lobé se jette dans l’océan.
Après admiration de cette merveille unique, des guides nous proposent de nous conduire au village pygmée à une heure de pirogue. Négociation du prix. Puis nous partons un peu plus haut de la Lobé à pieds. Il va falloir remonter le courant en pirogue jusqu’au village pygmée. Je suis émerveillée par tout ce qui m’entoure, cette verdure, ces chants, cette odeur sucrée, ces piroguiers debout, seuls sur leurs pirogues, remontant le courant à la force des bras... Remontant la Lobé, traversant la forêt tropicale, comme sur la carte postale ! Mais en plus beau encore car il y a aussi l’odeur des huiles et des plantes. Le paysage y est magique. On y entend le doux chant des oiseaux, on y sent le parfum alléchant des raffineries d’huile de palme et on cherche à apercevoir quelques singes. Mais ces derniers ne daignent pas se montrer. Nous arrivons au niveau du village pygmées. Les guides travaillent en relation avec ce village et appellent les pygmées pour les prévenir de notre visite par un cri particulier et étrange. Nous les entendons répondre également par un cri ou un chant. Nous passons à travers bois par des chemins inondés. Les guident nous portent sur leurs épaules, ils marchent pieds nus. Je me rends compte que le risque de morsure de serpent est énorme malgré leurs connaissances de ce milieu et j’ai oublié l’ « aspivenin » que j’avais prévu pour ce genre de promenade. Il faut dire que je m’attendais à la plage, aux chutes d’eau mais pas à la forêt. Fort heureusement, aucun incident ne survint. Nous arrivons au village. Les pygmées nous serrent la main comme nous le faisons en Europe. Ils semblent accueillants. Puis, lances à la main, souhaitent être photographiés. Je n’hésite pas une seconde !
Ils procèdent ensuite à la visite guidée du campement. Maisons faites de terre, de bois et de feuillages, un hôpital construit de la même manière et dans lequel les malades sont étendus probablement sur des feuillages. (Nous ne sommes pas rentrés à l’intérieur). Leurs médicaments sont fabriqués par eux-mêmes à l’aide de ce qu’ils trouvent dans la forêt. Leurs vêtements sont ceux que leurs offrent les touristes. Pour trouver les pygmées vêtus de cache-sexe, il faut aller beaucoup plus loin dans la forêt. Les guides nous expliquent que c’est le village le plus proche de Kribi donc très visité et plutôt touristique. Toutefois, ils vivent encore de chasse, pêche et cueillette. Les hommes adultes sont d’ailleurs partis à la chasse, ceux que nous avons rencontrés sont les jeunes. L’école n’existe pas, les impôts, les taxes et autres non plus. Ils connaissent malgré tout l’argent car ils en demandent. Comme les fonds sont en baisse, nous ne laissons qu’une modeste somme et cela ne leur convient pas. Ils refusent même de nous vendre leurs médicaments fabriqués à base de plantes de la forêt. Quoi qu’il en soit, ils ont la chance de vivre dans un milieu des plus naturels, des plus agréable et surtout libres de toute taxe, de tout superflu et de tout ce qui peut avilir l’homme. Seuls, les vêtements laissés par les touristes sont un signe que l’homme blanc a réussi à imposer ses coutumes jusque dans les endroits les plus retirés.
Nous retournons ensuite vers la plage où se situent les chutes, nous faisons le chemin inverse. C’est plus court et plus aisé dans le sens du courant. Le paysage est toujours aussi magique et merveilleux ! Vois plutôt.
De retour à la plage, c’est une petite baignade. Pas très loin car le courant est violent et j’ai peur qu’il m’emmène. C’est juste devant les chutes. C’est merveilleux ! Je reste dans l’eau quelques minutes en admiration devant les chutes et leur puissance. Qu’elles sont magnifiques ! Quelle virginité ! Quelle puissance ! Quelle beauté ! Je reste dans le silence de l’eau qui se roucoule puissamment quelques instants. Puis une petite photo en position de star et je sors de l’eau par peur des coups de soleil. Nous cherchons un petit plat à manger mais le restaurant ou nous passons est trop cher. Alors nous retournons à Kribi, en ville. Avec peine car il n’y a pas de taxi dans le sens retour. Nous commençons à marcher, j’imagine que nous allons faire les dix kilomètres à pieds. Mais non ! Un homme se rend en ville et nous prend, non sans l’aide (je crois avec peine) d’un de mes concitoyens blancs. Nous déjeunons dans son restaurant avant de repartir à Douala. La nuit commence à tomber et de la fenêtre du bus, j’assiste à un coucher de soleil splendide. Quelque chose de paradisiaque qu’un coucher de soleil sur une plage avec les cocotiers... Dommage que nous devions partir si vite ! Sur la route du retour, nous passons par le village d’Edéa et donc par l’axe lourd liant Douala à Yaoundé. Un accident vient de se produire sur cet axe, comme beaucoup d’autres. Mais celui ci est juste survenu. Un camion de ciment et de sable renversé, un autre véhicule dans un ravin, des gens étendus à même le sol. Vivants ? Le chauffeur du bus ne souhaite pas stopper et aider ces personnes malgré les appels de la plupart des passagers. Et les pompiers ? Visiblement, ce sont les usagers qui passent sur cet axe, comme nous actuellement, qui jouent ce rôle... Quand on veut bien s’arrêter... Cela me surprend car sauver des vies me semble primordial et le B A BA du mot solidarité. En même temps, il y avait déjà beaucoup de monde pour secourir les blessés autour de l’accident et il était inutile que l’on s’arrête. De notre coté, nous arrivons à Douala sans problème. Je sens mon dos en feu : je suis rouge comme une écrevisse ! J’ai attrapé un grand coup de soleil lors de la baignade. Paulette me passe de la crème car cela est douloureux, ça brûle ! J’éclate finalement de rire : « Voilà l’inconvénient d’avoir une peau blanche ! Le soleil, ça brûle ! ».
Mercredi 11 Juin Incident
La journée s’écoule entre repos et courte promenade. Ce que j’aime par dessus tout ici, ce sont précisément les ballades. Moment qui permet de voir comment les gens vivent, se comportent, qui permet aussi de se dégourdir les jambes, de prendre l’air et aussi de discuter, d’échanger. Les promenades sont des moments les plus magiques et agréables car c’est aussi l’occasion d’échanger. Papa m’apprend quelques mots de la langue parlée par la famille, le Bamiléké. J’ai retenu au final un mot qui était utilisé à chaque repas : « atchatchouo » qui veut dire littéralement « bon sur la bouche », ou bon appétit en bon Français. Paul m’apprend aussi sa langue, le Bassa’a qui est totalement différent du Bamiléké, d’ailleurs ils ne se comprennent pas. « Me yega » qui veut dire bonjour, « U ye mboo ? » qui veut dire comment vas-tu ? (littéralement « toi être bien ? ») ce à quoi on répond « Me ye mboo » (littéralement « je être bien » ou je vais bien ). Il y a aussi le Pidgin, un mélange de Français, Anglais et langues locales (250 ethnies donc le même nombre de dialectes !). Je me retrouve alors à parler cette langue de la rue qui donne des phrases du genre « J’ai tout hia » venant de l’Anglais « hear », qui signifie « j’ai tout compris », ou encore je suis tayat » venant de l’Anglais « tired » qui signifie « je suis fatigué » mais encore des chose du genre « j’irai à mbeng » c’est à dire au pays des blancs soit en Occident. Mais les particularités linguistiques, ou encore le « Camerounisme » comme j’ai pu le lire sur Internet, ne s’arrête pas là car il y a des expressions ! Par exemple on peut entendre dire « Quand vous êtes venus, vous m’avez absenté » ce qui signifie vous n’avez pu que constater mon absence, je n’étais pas là. Ou encore « j’attends depuis fatigué ! » qui veut dire j’attends depuis très longtemps ! La manière de saluer m’a aussi envoûtée, il s’agit de faire claquer ses doigts dans ceux de la personne que l’on salut. Les journées de repos m’auront servi à vivre un quotidien dans un environnement qui n’était inconnu et que je peux désormais apprendre à connaître. Mais ma soif de découvrir l’Afrique est loin d’être assouvie car j’ai encore beaucoup à apprendre !
Jeudi 12 Juin Journée musicale
Ce matin, Paul m’emmène à la répétition de musique d’un groupe auquel participe sa petite soeur Marie Noëlle. Dans une sorte de cabaret. Le matériel est perfectionné et je suis émerveillée ! Leurs voix sont magnifiques et ce groupe joue comme des professionnels ! Je n’avais malheureusement pas le nécessaire pour enregistrer. A la fin de la répétition, Paul fait un petit discours comme pour signaler ma présence et ensuite, la séance photo au cours de laquelle je suis couverte de cadeaux, comme pour me remercier de ma simple présence. Il faut vraiment que ce groupe soit connu et aussi que leurs oeuvres soient protégées ! Paul me ramène ensuite à la maison, un problème avec le taximan qui semble vouloir plus d’argent que prévu... Un peu la routine.
Nous sommes invités à dîner chez Paul ce soir, nous nous y rendons donc. Il habite assez loin et il faut prendre plusieurs taxis pour y parvenir. Je fais connaissance des enfants d’Arlète qui viennent même sur mes genoux. Paul en profite pour me couvrir de cadeaux. Nous y dégustons une spécialité de sa tribu, du « poisson à la sauce noire ». A la suite de quoi nous rentrons tranquillement après cette soirée merveilleuse. Une bonne douche et au lit !
Vendredi 13 Juin Journée de repos
Mon retour en France approche hélas à grands pas. Je n’ai rien vu passer. J’aurais encore tellement de choses à découvrir ! Tellement de choses à partager ! Tellement de choses à apprendre ! Tellement de choses à voir ! Il me faut déjà me rendre à l’aéroport pour confirmer le billet d’avion retour. L’aéroport est situé à dix minutes du marché Nkololoum. Je refais déjà le trajet inverse de celui effectué il n’y a pas encore un mois. Je n’imagine pas que le retour est déjà presque imminent. C’est Valéry qui me conduit à l’aéroport car Alain est au travail. C’est très rapide car il n’y a pas grand monde à l’entrée et au guichet. Un coup de tampon sur le billet et cela suffit. Le reste de l’après midi passe devant le magasin avec la maman. J’observe les scènes quotidiennes : une maman avec son bébé sur le dos, portant un magnifique Caba, un vendeur de cigarettes et objets divers, portant son panier sur la tête avec une agilité déconcertante, un petit vendeur d’eau, portant les bouteilles d’eau du robinet également sur la tête, les mamans revenant du marché avec leurs paniers installés sur la tête, la prière juste à coté dont le chant qui l’appelle est toujours aussi empli de mystères et m’envoûte... Nous rendons visite à un ami d’Alain, le policier qui nous a aidé à l’aéroport. Le bébé a peur en me voyant, il pleure ! Je souris mais au fond de moi, je crois y voir un symbole : celui de la peur qu’inspire l’Occident.
Samedi 14 Juin Soirée insolite
Rien de particulier aujourd’hui, nous cherchons désespérément un CD, une compilation de musique Camerounaise que je pourrai emmener en France en souvenir, mais pas trop cher car je n’ai plus d’argent. Dernière soirée en boite de nuit, en compagnie de Paul et Alain. Nous sommes dans une boite chique, assis à l’étage. Il y a une piste de danse au rez de chaussée et une autre au premier étage. Du rock ! De la techno ! Je m’éclate ! Ce sont de vieux tubes des années 1970 à 1990 et c’est génial ! Cela me rappelle quelques souvenirs d’adolescence car subitement, la souvenance d’avoir offert une cassette de ces succès écoutés inlassablement 10 ans auparavant me ravive. Le délestage est terminé car il pleut suffisamment, toutefois, nous sommes conviés à changer de lieu en raison d’une coupure. Une toute petite boite typique. Nous dansons, nous nous amusons. Des personnes prennent nos places en notre absence mais nous les récupérons. Me prend l’envie d’aller aux toilettes, Paul m’y conduit, il y a un peu de monde. Je parviens, après vérification de l’état du sanitaire, à y rentrer. En sortant, je tombe nez à nez avec une fille accroupie en train de se soulager dans le couloir, à la vue de femmes et hommes qui attendent leur tour pour aller aussi aux toilettes, elle est en train de se soulager et ne s’en cache pas, cela lui semble naturel d’uriner dans le couloir ! Et nous avons même pu constater qu’elle ne portait pas de petite culotte ! ! ! Je sors du toilette écroulée de rire... Il faut dire que déjà, dans la rue, j’avais pu constater que les gens urinaient dans la rue mais plus discrètement que cette jeune femme. Sur la piste, c’est la fête, la musique est belle et entraînante. Sauf à la fin ou ils nous passent de la musique Américaine, du genre R’nB. Puis de bons vieux slows. C’est sur cette note que nous rentrons. Demain, c’est le dernier jour et je dois préparer ma valise et dire au revoir... Quels événements insolites ! Nouvelle preuve que je suis dans un autre monde.
Dimanche 15 Juin Préparatifs de la fin
Dernier jour, hélas ! Nous courons après le CD souvenir. En effet, je tiens à garder cette musique si merveilleuse pour l’écouter en France, histoire de garder un souvenir auditif. Nous allons dire au revoir à la grande soeur, une séance photos pour immortaliser ma visite au Cameroun. Je prépare aussi les valises, sans entrain, presque larmes aux yeux. Je lutte pour ne pas fondre en larmes à la vue des valises mais je parviens à rester stoïque. Nous prenons les photos souvenirs de famille également au marché Nkololoum avec tout le monde ou presque (Papa Isaac, Maman Justine qui tient à prendre une photo seule avec moi, Paulette, Justine, Valéry et bien sûr, Alain) mais il manque Serges et Eric, les deux frères. Puis une dernière ballade à pieds dans le quartier animé. Derniers échanges avant mon retour auquel je ne crois pas. J’ai l’impression de n’être restée qu’un instant. Non, c’est impossible ! Le mois de séjour n’a pu s’écouler aussi rapidement, ce n’est pas vrai ! Malgré les sourires, les visages sont empreints de tristesse. Tristesse d’un départ. Départ auquel je ne crois pas. Je n’ai pas envie d’aller au lit ! Je n’ai pas envie non plus de partir ! Je n’ai pas vu s’égrainer les jours de ce voyage ! Si seulement l’avion pouvait être en panne ! J’évoque cette possibilité quoi que peu probable ! Je ne veux pas que cet avion décolle demain ! J’ai un peu de mal à m’endormir mais j’y arrive. Je crois que je n’ai pas encore réalisé que demain, je serai de nouveau à Paris puis à Saint Aigulin. Demain, la routine va reprendre. J’aurai tant de choses à raconter mais dans ma tête, ce n’est pas terminé, j’ai encore trop de choses à apprendre ici ! Je ne peux pas imaginer que c’est déjà la fin de cette grande aventure.
Lundi 16 Juin Fin de la grande aventure
Sept heures, les valises sont prêtes, mauvais présage. Mais non ! Pas déjà ! Paulette a terminé les cabas et chemises pour mes parents et Jimmy ainsi qu’Aurélie, ils sont dans le sac. (Elle est couturière). Non, le mois n’est pas déjà écoulé ! Je ne peux pas croire que le temps ait fui à cette vitesse ! Nous grimpons dans le taxi, papa, maman, Alain et moi. Après avoir serré Justine et Paulette dans mes bras. Mais non, je ne pars pas déjà ! Nous allons juste quelque part en visite dans le pays ! Bagages dans le coffre, nous partons en direction de l’aéroport. En attente devant le guichet d’enregistrement, c’est papa et maman que je serre dans les bras avant de rentrer en salle d’attente. Alain a pu y rentrer, théoriquement, seuls les voyageurs peuvent le faire. Nous attendons donc en salle d’attente quand nous apercevons Paul de l’autre coté. Je vais le rejoindre, Alain m’emboîte le pas malgré qu’il n’est plus sûr de pouvoir rerentrer ensuite. Les passagers pour Paris sont appelés. Nouveau pincement au coeur en disant au revoir à Paul. Non, je ne pars pas déjà ! Juste faire un tour quelque part dans le pays ! Juste une excursion ! Nous n’avons pas vu les éléphants au Nord, nous allons au Nord ! Nous arrivons au contrôle de police. Alain ne peut pas aller plus loin et c’est un nouvel au revoir déchirant. C’est en me retrouvant seule, longeant le même couloir qu’à l’arrivée que je commence à prendre conscience que c’est bel et bien le retour en France qui m’attend. Déjà ? Non ! Ce n’est pas possible ! J’aperçois l’avion à travers la fenêtre. Comme à Paris ! C’est un mauvais signe ! En salle d’embarquement, café ou thé est offert, même deux ou trois si l’on veut. Des blancs ! Pleins de blancs ! Non ! Je ne veux pas rentrer ! Non ! C’est là que les larmes coulent. Puis elle cessent. Ce n’est pas possible que le temps soit passé aussi rapidement ! Ce n’est pas possible que je reparte déjà ! L’heure est à l’embarquement. Non pas comme à Paris par un couloir mais sur la piste par l’escalier ou l’on monte directement dans l’avion. Je retiens mes larmes car je sens que c’est bel et bien en France que me ramènera cet oiseau. Comme pour venir, les instructions de sécurité sont données. L’écran Géovision est allumé. L’avion roule sur la piste, stoppe net puis décolle. Quelques secondes pendant lesquelles les oreilles bourdonnent puis c’est comme si nous étions au salon. Que de nuages ! Zut alors, moi qui souhaitais apercevoir le Nord ! L’apéritif est servi, suivi du repas. Puis nous arrivons au dessus du Sahara. Là, pas un seul nuage ! Le sable, le désert, quelques fleuves et villages ou bien oasis ! Que c’est beau ! Je savais bien que je ne rentrais pas déjà en France mais que c’était une excursion ! L’hôtesse me fait comprendre qu’un film passe et que je dois aller dans le fond de l’avion pour voir le paysage car la lumière du hublot dérange. Je vais donc au fond de l’avion pour admirer le Sahara. Il y a peu de gens, l’avion est presque vide. Non ! Je ne rentre pas déjà ! Je fais juste une excursion ! Ce paysage est spendide ! Je ne suis pas sur le retour ! Pas déjà ! Je m’aperçois que c’est erreur lorsqu’après Constantine, nous arrivons au dessus de la Méditerranée puis Marseille, la côte est magnifique, très bien visible en l’absence de nuages, mais ça me rappelle que je suis en France... Puis au dessus de Lyon... Enfin, Paris. Comme pour remuer le couteau dans la plaie, l’avion fait le tour et s’arrête devant le trocadéro, tour Eiffel, Arc de triomphe. Je n’ose plus regarder par le hublot... Je suis de retour à Paris... En France...
Conclusion
Vous pouvez vous demander ce que m’a apporté ce séjour. Est-ce que le stage m’aidera à trouver du travail et réussir dans ma vie professionnelle ? Je dirais que oui car j’ai appris beaucoup de choses puisque leur système judiciaire et administratif est calqué sur le nôtre, inspiré du nôtre, héritage de la colonisation, bien qu’ayant quelques années de retard et n’oublions pas la « différence entre théorie et pratique ». Donc, le stage en lui-même m’a appris beaucoup de points ! Notamment que nos pays Européens n’apportent pas que du bien et j’en avais presque honte d’être Française quand je vois l’héritage laissé par nos ancêtres et ce que nous faisons encore aujourd’hui. Ce sont nos gouvernements qui soutiennent le mal mais nous, petits citoyens, sommes également (indirectement) responsables puisque nous élisons nos dirigeants. Face à ce phénomène, je ne peux que vous engager, concitoyens Français, à constater vous-même que nous ne sommes pas des anges mais des pilleurs, que nous le voulons ou non ! Je ne peux que vous engager à en prendre conscience et réagir. J’ai donc appris la vie juridique du pays, j’ai appris la corruption, j’ai appris aussi le sens du mot « dictature »...
D’autre part, sur un plan personnel, le Cameroun m’a enseigné énormément. J’ai découvert un autre monde... J’ai appris ce qu’était le vrai danger ! J’ai appris aussi que devant une difficulté, on ne se trouvait pas toujours seul et que la solidarité existe encore. J’ai appris que l’on peut se passer de beaucoup de notre confort Européen, de petites choses qui semblent bien utiles mais ne le sont en réalité que luxe, superflu et futilité. Certaines choses ne sont que futilités et que ce soit pour l’environnement que pour notre honneur, nous pourrions nous en passer ! J’ai appris une autre façon de vivre au quotidien. J’ai appris à connaître une autre culture. J’ai appris le sens du mot « solidarité ». J’ai appris à vivre avec presque rien ! J’ai appris à surmonter mes peurs. J’ai surtout appris une chose fondamentale : effacer les préjugés ! J’ai appris le vrai sens du mot « tolérance ». En deux mots, j’ai appris ce qu’était le « Tiers Monde », un autre monde... Un autre monde avec ses joies de vivre et ses drames quotidiens.
Demandez-moi aussi ce que j’ai retenu de ce séjour. Je répondrai en plaisantant que j’ai retenu le délestage, la panne de bus, les fourmillements dans les jambes lorsque nous sommes entassés à cinq sur une banquette de bus prévue pour 3 personnes, la circulation anarchique, la corruption des policiers, les cafards voyeurs qui viennent prendre leur douche avec nous ou les rats qui nous épient... Mais avant tout, ce que j’ai retenu, c’est un accueil on ne peut plus agréable, chaleureux, sympathique et affable, une mentalité généreuse et solidaire, une alimentation qui a du goût et qui change de la nôtre insipide, des musiques entraînantes et qui donnent envie de danser, la sensualité des danses, le cadre féerique, la magie, le climat tellement diversifié, comme l’est aussi la géographie et la culture, la bonne humeur permanente malgré la pauvreté, vivre avec peu de moyens, tout est possible et surtout le point fondamental : la tolérance religieuse... J’ai retenu un autre monde, un monde magique empreint des pires tragédies de la vie mais aussi du simple bonheur de vivre : le bonheur d’être ensemble.
Il s’agit à la fois d’une expérience unique, de la réalisation d’un rêve et d’une bonne leçon d’humanité. Oui, une bonne leçon de savoir vivre, de générosité et de tolérance. Un peu comme une gifle dans la figure qui nous remet les pieds sur Terre et nous rappelle que nous sommes tous des êtres humains. Une gifle dans la figure qui nous rappelle aussi qu’il y a toujours plus malheureux que nous et une fois rentré en France, on s’abstient de se plaindre pour un oui ou pour un non.
Y retournerai-je un jour ? Ce sera avec plaisir que je reprendrais l’avion en direction de Douala ou vers un autre pays d’Afrique si les moyens financiers, le temps et l’opportunité me le permettent. Mais ce serait pour y accomplir une mission, non pas d’observation mais d’action. Par exemple, une mission d’alphabétisation ou quelque chose dans ce genre. Pour me rendre vraiment utile. Le temps de l’observation est révolu, le temps de l’action est arrivé et j’attends le moment opportun.
J’espère donc, à bientôt !
Publié par any à 18:06:55 dans ♥ Voyage au Cameroun | Commentaires (2) | Permaliens

Samedi 17 Mai 2003 Le départ pour la grande aventure
Il est 5h00, je n’ai dormi qu’à peine trois heures cette nuit car il faut que je dorme dans l’avion ! Interdiction de fumer et cela me semble impossible de tenir 7 heures sans cigarette ! C’est donc aujourd’hui le grand départ. Je me fais une petite beauté, prends un café, regarde un peu les clips à la télévision, me lève pour vérifier que je n’ai rien oublié, refais une fois de plus le point de la contenance de la valise, des sacs, des papiers... N’ai-je vraiment rien oublié ? Je vérifie encore une fois. Jimmy se lève et me donne les dernières recommandations avant d’aller embaucher. Il panique un peu à l’idée de me voir partir si loin et si longtemps. Je file ensuite à la mairie faire certifier les copies de mon passeport et visa conformes en cas de perte ou de vol. La matinée passe vite finalement, il est déjà 11h30 et je prends un déjeuner rapide et mon premier comprimé de traitement prophylaxie (anti Paludéen), ce geste deviendra quotidien pendant 2 mois. Je ne mangerai qu’une fois dans l’avion ensuite. J’ai toutefois prévu des encas pour les petites faims inopinées. Il y a des grèves, le train va-t-il être présent ? Mon coeur bat la chamade. Et si les grèves perduraient ? Jamais je ne pourrai me faire pardonner si je n’arrivais pas à destination ! Mon oncle Yves arrive pour me conduire à la gare de Saint Aigulin. Je panique plus en raison de ces grèves et des perturbations sur les lignes ferroviaires qu’en raison du mystère. Non, pas de grève aujourd’hui ! S’il vous plaît ! In fine, le train arrive presque à l’heure, mon oncle m’aide à tirer les 44 kg de bagages dans le train puis c’est le départ. Il est 13h10 environ. Me voilà partie vers Douala via Angoulème et Paris. Est-ce bien vrai ? J’ai encore du mal à y croire. Je feuillette le country guide que j’avais acheté à Bordeaux. Plus je le lis et plus je n’ai plus qu’une hâte : atterrir ! Mais suis-je à la hauteur ? Ne vais-je pas décevoir ? Le trac m’envahit une nouvelle fois. Puis il s’atténue lorsque je descends à Angoulème, aidée par d’autres voyageurs qui sont en fait gênés par ma difficulté et ma lenteur à sortir du train. Angoulème d’où je dois rattraper le TGV qui va à l’aéroport Paris Roissy Charles de Gaulle. Il est à peine 14h00 et l’étape suivante n’est qu’à 15h23. Par chance, le TGV passera sur ce même quai, j’ai mal aux mains et aux épaules avec tout ce poids ! J’ai du mal à me rendre jusqu’au repère du wagon fumeurs mais j’y parviens. Mon coeur bat à toute vitesse à l’annonce du mot « aéroport ». Je suis vraiment sur le chemin de la réalisation de mon rêve ! Enfin, le voici qui arrive, ce TGV ! Juste à l’heure ! Il est 15h24. Les contrôleurs SNCF m’aident à monter les bagages. De nouveau le trac. Il ne passe pas par le même endroit que celui qui mène à la gare Montparnasse. Et là, je commence à réaliser que c’est bien la réalité, je suis en route vers Douala ! Les paysages sont splendides et j’ai subitement l’impression de redécouvrir mon propre pays ! Redécouvrir son propre pays avant de le quitter pour l’inconnu. Les appréhensions que j’avais éprouvées jusque là et qui ne me quittaient pas me firent trembler comme une feuille : je suis une petite femme vulnérable qui m’en vais, seule, livrée à moi même, vers l’inconnu. Ai-je vraiment bien évalué tous les risques ? Ai-je tout prévu ? N’ai-je rien oublié d’important ? J’ai le trac ! C’est le mystère et l’inconnu qui va se dévoiler dans quelques heures. Le voyage en TGV dure environ 4h00, ce qui me parut long au premier abord mais ce fut court. Chocolat chaud, biscuits, paysages que je ne connaissais pas... Je discute même avec mes voisins ! Ce qui me détendit. Car je suis anxieuse ! « Aéroport Paris Charles de Gaulle, 3 minutes d’arrêt ! » Je me trouve donc bel et bien à l’aéroport. Il est 18h35. Si tout va bien, je suis attendue. En effet, Arlète me reconnaît et nous partons en bus vers l’aérogare. En bus ? Oui, l’aéroport est immense et c’est le moyen utilisé pour s’y déplacer de l’arrivée du TGV jusqu’à l’aérogare. J’aperçois de gros avions ! Pleins de gros avions ! De toutes les formes et de toutes les couleurs ! C’est ahurissant ! C’est la première fois de ma vie que je vois des avions d’aussi près ! Des tas d’avions ! C’est presque effrayant ! Je n’arrive même pas à les compter ! J’ai hâte de voir celui qui va m’emmener ! Nous parvenons à l’aérogare en ce début de grand voyage, d’abord par l’enregistrement des bagages par lequel un siège m’est attribué coté hublot. Je suis parvenue à m’offrir une belle place à l’avant et coté hublot car j’étais la 4ième personne à me faire enregistrer. Puis tout le reste des formalités s’établira environ une heure avant le départ, il n’est que 20h30 environ, l’avion décolle à 23h30. Nous avons le temps d’aller prendre un verre et discuter un peu. Je me sens déjà dans l’ambiance et je suis d’un seul coup un peu rassurée. 21h45 environ, j’entre en salle d’embarquement, seule car uniquement les voyageurs peuvent y pénétrer. Puis contrôle de police et de sécurité. Ca sonne ! Mais qu’est ce qui peut faire sonner ? Je cherche car c’est un objet en métal qui fait sonner le scanner d’après le contrôleur qui me demande si je n’ai pas d’argent ou quelque chose en métal dans ma poche. Il ne s’agit que de la clef de ma valise accrochée à la pince de mon pantalon. Je peux finalement entrer dans la salle. Par la fenêtre, j’aperçois l’avion de la Camair ou Cameroon Airlines ! Qu’il est beau ! Tout éclairé ! Qu’il est immense cet oiseau ! Des échafaudages l’entourent et en apparence, il subit une visite de santé. Comment peut-il s’élever dans les airs ? Je me pose la question et j’en éclate de rire, je suis un peu nerveuse. Nouveau contrôle. Puis attente. Le départ n’est que dans une heure et demie. J’erre dans le hall, visite les boutiques de parfums, de vêtements de luxe et autre étalages bien achalandés. Je prends une bouteille d’eau de sécurité. D’autres avions vont aussi décoller, il y a un monde fou ! Je demande ou se trouve l’espace fumeurs car je sais que je devrai me passer de cigarette toute la nuit, puis ou se trouve le téléphone. Je passe un coup de téléphone à la famille (Chez mon correspondant Alain) pour prévenir que tout va bien, que je n’attends que le décollage et que je serai bien là dans quelques heures. Il est 22h30, « les voyageurs pour le vol UY77 en direction de Douala sont priés de se présenter au guichet d’embarquement ! ». Nous pénétrons dans le couloir après un dernier contrôle, un couloir tout blanc et excessivement long. A l’issue, c’est l’entrée de l’avion. Les hôtesses nous y accueillent avec un grand sourire en nous souhaitant la bienvenue et elles semblent surprises de voir une petite blanche seule, non accompagnée, toutefois majeure. Je cherche ma place puis m’assois après avoir poussé le coussin et la couverture mis à notre disposition puis attends. Une heure encore avant le décollage. Il est maintenant 23h25, le personnel de bord nous indique, à l’aide de mimes et d’une illustration sur écran, (l’écran Géovision), les consignes de sécurité afin de parer à toute éventualité. Rassurant... ! Gilets de sauvetage, masques à oxygène, ceintures, interdiction de fumer... Départ ! L’avion roule sur la piste pendant une dizaine de minutes puis stoppe d’un coup (s’arrête-t-il vraiment, en fait ?) « Préparez vous pour le décollage ! » Soudain, les moteurs s’affolent, ronflent puis l’avion s’envole et prend de l’altitude. Les oreilles bourdonnent quelques secondes puis c’est comme à la maison dans le salon, on ne sent plus rien. Nous suivons notre route sur la carte, indiquée sur l’écran Géovision. L’apéritif nous est offert puis un repas. Je regarde par le hublot mais rien de bien captivant, si ce n’est les nuages dans la nuit, à peine visibles. Le dîner est copieux, fort heureusement car le sandwich de 11h30 était déjà loin. Nous sommes vers Marseille, il est environ 00h30, le plateau repas encore sur les genoux, je m’endors !
Dimanche 18 Mai Un autre monde
Il est 4h00 au Cameroun, 5h00 en France, je me réveille. J’ai dormi environ 4 heures. Le plus beau réveil de ma vie car c’est là que je me rends compte que je suis vraiment dans un avion. L’écran Géovision indique que nous sommes au dessus de N’gaoundéré, au Nord du pays. Ca y est, on y est ! Le rêve est presque devenu réalité. Reste environ une heure de vol avant Douala. La température annoncée est de 28°C. Nous sommes à plus de 12 000 mètres d’altitude, la vitesse au sol est de 870 km/h. Je regarde à travers le hublot, que des nuages me semble-t-il, il ne fait pas encore jour. Les hôtesses annoncent que nous allons bientôt arriver à destination et nous offrent un rafraîchissement avant l’atterrissage, un jus de pommes. Nous tournons au dessus d’une ville illuminée. Elle semble s’approcher de plus en plus. Enfin, voilà l’atterrissage imminent. Nous avons l’impression que l’avion s’arrête d’un coup (s’arrête-t-il vraiment ?) puis en quelques secondes, nous sommes presque au sol. A travers le hublot que je n’ai pas quitté des yeux, j’aperçois la grande ville illuminée. C’est Douala ! Est-ce vraiment Douala ? Quoi qu’il en soit, nous tournons autour d’une ville et nous perdons de l’altitude. Soudainement, un léger choc. L’avion est posé ! Il roule quelques minutes sur la piste puis s’arrête. Tout le monde descend. A ma surprise par un escalier, directement sur la piste. Je reste quelques secondes en haut de cet escalier. L’instant est solennel : un grand bâtiment en face, il fait nuit mais tout est éclairé. Ca y est, on y est ! Mais qu’est-ce qu’il fait chaud ! 28°C ? Non, il fait plus que cela ! C’est à peine si je parviens à respirer. J’ai le sentiment de suffoquer ! L’atmosphère est lourd et brûlant. Je m’adapte en quelques secondes à ce nouveau milieu. J’observe maintenant cet environnement encore inconnu. Mais on me pousse derrière, je dois descendre. Je stoppe à nouveau une fois en bas. Le grand bâtiment se hisse face à nous. Il doit s’agir des locaux de l’aéroport car tous les passagers se dirigent en sa direction. Je leur emboîte le pas, sans savoir vraiment si c’est la bonne direction. D’un coup, je me sens un peu perdue. Je ne vois pas un seul blanc autour de moi ni même un panneau indicateur ! J’ai chaud ! J’hésite à ôter ma veste mais je n’ose pas m’arrêter. Quelle chaleur ! Mais que c’est délicieux ! Non, je n’ai pas à avoir peur , je crois. Cette appréhension est un délice. Me voici dans un immense couloir. Un couloir démesuré, décoré de masques typiques, de végétation probablement en plastique, quelque chose de magnifique. Mais qu’il fait chaud ! Non, je ne peux pas m’arrêter maintenant pour ôter ma veste ! Je longe le couloir. Il me paraît si long. ! Bon, je crois que je suis bien à Douala... Il n’y a plus de doute vu cette chaleur suffoquante ! Mais suis-je vraiment sur la bonne direction ? Je l’espère. Visiblement, je le suis puisque les autres passagers suivent aussi ce couloir. Tout à coup, j’en vois le bout et en approchant, je reconnais Alain. Ouf ! Je suis sauvée ! En une fraction de secondes, toutes mes appréhensions s’effacent. Je me sens en sécurité et rassurée. Puis nous voilà partis chercher les bagages qui se trouvent encore dans la soute ou qui sont déjà sur le tapis roulant et n’attendent que nous. Valises, sacs, cartons et paquets en tout genre défilent les uns après les autres, calmement. Je surveille le défilé pour retrouver les miens. Il passent à leur tour au bout d’une petite demie heure. Nous sortons après un contrôle de police ou de douane durant lequel j’ai dû ouvrir la valise que j’avais fermée à clefs. Nous sommes maintenant sortis de l’aéroport. Les taxis jaunes dont j’avais entendu parler ! Les voilà ! Impressionnant ! La première scène à laquelle j’assiste est donc à la brève négociation du prix de la course. Le marchandage : je suis déjà dans un autre monde ! C’est un de ces taxis confortables qui nous mène sans encombre jusqu’au marché Nkololoum ou habite Alain et la famille, à dix minutes de l’aéroport. Le taxi roule très vite, il semble que nous empruntons une autoroute ou un axe routier similaire. Les fenêtres sont ouvertes et j’ai moins chaud. J’ai le sentiment de m’adapter au climat petit à petit. Nous arrivons à la maison. Nous entrons par un couloir puis sur la droite se dresse un escalier menant à l’étage, sur la gauche se trouve la cuisine, en face nous entrons dans le salon et au fond ce sont les chambres. Je prends alors conscience que je suis bel et bien en Afrique. Je suis bel et bien dans un autre monde ou l’on vit avec le strict nécessaire ! La première minute me nantit de sentiments indicibles à la vue de la maison. Ma première pensée : je suis dans un autre monde ! Je vais oublier pendant un mois le four à micro ondes, la machine à laver et toutes ces commodités qui finalement nous avilissent. Quel bonheur ! Je vais enfin oublier tout le « luxe » et le faste que nous subissons en Europe. Toutes ces choses inutiles qui rendent vulnérables et fragiles les Occidentaux. Toutes ces choses qui font de nous des fainéants. Toutes ces choses qui nous rendent cruels. Toutes ces choses qui font de nous des moins que rien et même des nécessiteux. Car le progrès crée des besoins dont nous sommes prisonniers. Bref, je vais vivre d’une manière tout à fait différente et humble. Ici, la cuisine se résume en un feu de bois qui frétille et sur lequel cuisent les aliments au milieu d’une pièce exiguë et un robinet ou ne coule que de l’eau froide servant tant à la vaisselle qui se fait dans une bassine que pour la lessive qui se fait de la même manière, à la main. Un autre monde ! J’ôte enfin ma veste ! L’accueil y est très chaleureux. Je fais connaissance de la famille qui me souhaite tour à tour la bienvenue. Elle se compose de papa Isaac, maman Justine, Alain, Paulette, Justine, Eric et Serge. Il fait tellement chaud ! Le ventilateur est mis en marche, et ce n’est que le matin ! Alors l’après midi doit être pire ! J’ai encore du mal à réaliser que ce rêve est en cours de réalisation, qu’il est devenu réalité. J’y suis ! L’atmosphère, l’ambiance et la chaleur me confirment que je ne suis plus en France. Je sors les vivres que j’avais ramené pour le petit déjeuner et les cadeaux, petit déjeuner qui est préparé par Paulette et Justine. Une petite anecdote pour le petit déjeuner : j’avais ramené du café noir en poudre mais à ma surprise, ce n’est pas du café mais du chocolat au lait (en poudre), avec la brioche, la confiture et le miel que j’ai ramené. Visiblement, le mot « café » désigne le petit déjeuner dans son entièreté. Ensuite, à l’aise sous le ventilateur, ce sont les photos du mariage et autres que je sors. Je peux aussi consulter l’album photos familial. Partage des souvenirs de part et d’autre. Repos. Je m’assoupis même sur le canapé un bon moment. Je me rends compte qu’il faut que je m’adapte à la chaleur. Le temps est pourtant gris dehors, le soleil bien caché. Paul-Francis vient saluer ainsi que de nombreux membres de la famille et/ou amis. Premier repas à Douala, poisson et riz accompagné d’une sauce. Cela me rappelle la soirée passée chez Odile un mois auparavant. A la différence près que j’eus l’impression au premier abord que ma bouche prenait feu ! Du piment rouge ! Je suis dans un autre monde ! Je m’y habitue très vite et finis par m’adapter au piment bien que difficilement. Une personne vient acheter des Euros à un taux bas et j’achète les premiers Francs CFA que je découvre avec la plus grande allégresse. Dans le courant de l’après midi, nous sortons dans Douala. Le taxi est le moyen incontournable pour se déplacer. On les stoppe en tendant la main, ils s’arrêtent quand bon leur semble ou s’il leur reste de la place. On leur dit ou on veut aller et soit il fait signe ou donne un bref coup de klaxon pour dire qu’il nous prend ou bien, dans le cas contraire, il s’en va parfois sans mot dire. En fait, le taxi ne peut nous prendre que s’il lui reste de la place et si nous allons dans la direction ou il se rend déjà. Je découvre alors Douala. La circulation est très anarchique, pas de panneaux de signalisation, le code de la route se résume aux coups de klaxons. C’est un véritable concert ! Je suis dans un autre monde ! Les voitures personnelles sont beaucoup moins nombreuses que les taxis. Nous nous arrêtons dans un bar. Pas de café ! Alors un Coca Cola. Nous rentrons à la maison. Il est 18h30 environ quand je m’aperçois que la nuit tombe déjà. Nuit à 18h30 ? C’est bien tôt ! Et il se met à pleuvoir, la pluie résonne sur les taules du toit et à entendre le bruit, on croirait de la grêle. Quelle pluie ! Soudain, quelque chose me démange ! Une piqûre de moustique ! Oups, vite ! Je m’enduis de lotion. J’avais pourtant été prévenue. Je suis dans un autre monde ! Un autre monde dans lequel, en ce premier jour, tout me semble différent, humble et dans lequel on vit avec presque rien. Un autre monde dans lequel il faut apprendre à nous débarrasser du superflu. Nous ne tardons pas à gagner nos lits. Je dors avec Paulette sous la moustiquaire et sous le ventilateur.
Lundi 19 Mai Arrivée à Yaoundé
Je me lève assez tôt, 6h30 environ, le jour est déjà levé. Je pars avec Paulette au marché après une bonne douche rafraîchissante à l’eau froide. Dans ce quartier, ils n’ont visiblement pas l’habitude de voir des blancs. On me salut parfois en joignant les mains « Bonjour la blanche ! », même les taximen saluent par la fenêtre ouverte de leur véhicule. C’est très impressionnant et les mots ne sauraient décrire ces moments là. En réalité, il faut le vivre pour le comprendre. Les étalages sont parfois à même le sol ou sur de petites tablettes, les prix ne sont pas affichés, on les négocie : c’est le marchandage. Un prix est proposé, le but est de le faire baisser au maximum. Condiments, légumes, poisson, viande... Je suis impressionnée par ce marché. Y compris par ces étalages ou les produits périssables sont à l’air libre et l’on peut y voir tourner autour une multitude de mouches. Je compris alors l’utilité des vaccins. Puis retour au foyer. Au menu, c’est du singe en amuse bouche puis le couscous. C’est une sorte de pâte (mélange de manioc et de maïs) que l’on mange avec les mains, trempé dans une sauce de poisson, pimentée bien sûr. Justine amène le pot à eau pour se laver les mains et nous déjeunons. Je ne pourrai jamais oublier le couscous Camerounais car c’est la première fois de ma vie que je mange avec les mains !
En milieu d’après midi, nous partons pour Yaoundé, capitale politique, dans laquelle je dois effectuer le stage. Un souci : Olivier, qui s’était dévoué pour m’héberger le temps du stage, ne peut pas me recevoir. Nous téléphonons à Christian, Paul a aussi des solutions. Nous partons tous les trois par une agence de bus appelée « Centrale Voyages », un bus qui me paraît en bon état. Mes amis négocient pour une place à l’avant de manière à voir le paysage. Le bus lâche de longs cris de klaxons pour prévenir que le départ est imminent. Nous roulons dans Douala, c’est une ville très animée, de nombreux marchands devant leurs étalages, sous leur ombrelle (il s’agit de « Call Box », des personnes qui proposent d’utiliser un téléphone portable pour quelques centaines de francs la minute.), les cabanes ou l’on peut parier au PMUC (équivalent de notre PMU), des mini-bus aux toits chargés de bagages, fruits, légumes et dans lesquels les gens sont entassés. De nombreux cadavres de véhicules de tout genre jonchent les trottoirs par ci par là. Nous arrivons sur l’axe lourd qui lie la capitale économique Douala à Yaoundé. Une route équivalente, en largeur, à une départementale. Là, quelques panneaux signalisant les directions et de limitation de vitesse. Je m’aperçois bien vite que ces limitations ne sont pas respectées. Nous roulons 120 à 130 km/h... Très vite, le spectacle est splendide : la forêt, quelque village comme Edéa ou à l’arrêt du bus, enfants et adultes vendent des bananes, arachides, bâtons de manioc, noix de coco... par la vitre des bus. Contrôle de Police, je suis la seule à être contrôlée. Visiblement dans l’espoir de me faire payer une irrégularité mais je suis totalement en règle. Tout le long de cet axe, le bord de la route est jonché de cadavres de véhicules, de camions, de bus, voitures... Témoignage accablant des nombreux accidents routiers dus à une vitesse excessive, à l’éclairage parfois insuffisant ou à la vétusté des véhicules. Nous arrivons à Yaoundé, la ville aux 7 collines dite aussi « Ongola » en Ewondo qui fut la première ethnie de la ville et qui signifie dans leur langue enceinte ou clôture. En effet, la région est très montagneuse et la terre y est rouge. Nous y rencontrons Christian et Jean Paul. C’est chez ce dernier que nous allons. A ce que je comprends, le gros problème d’hébergement vient de se résoudre, c’est chez Jean Paul que je vais loger. La famille se compose de Fred, Thierry, Maman Sophie, Jean Paul, Fishou (Sophie), Maurice et Chouchou. La maison est style Européen avec le balcon, le carrelage, les décorations florales, meubles de type moderne et commodités tels que plaque électrique, eau chaude... Suis-je déjà de retour en France ? Nous dînons puis Alain et Paul s’en vont, j’appréhende un peu mais tout va bien. Pas de moustiquaire mais à ma surprise, les moustiques ne m’ennuient pas ce soir. J’ai oublié le diffuseur à Douala mais j’ai ce qu’il faut au cas ou, j’étais partie avec cinq bombes anti moustiques... Ce n’est pas ces insectes qui vont faire la loi, non ? On me dit qu’il fait plus froid à Yaoundé qu’à Douala, je ne trouve pas la différence de température. Pas pour le moment en tout cas.
Mardi 20 Mai Fête nationale
C’est la fête nationale aujourd’hui, équivalent de notre 14 Juillet. Fred me conduit voir le défilé. Il y a le défilé militaire mais aussi le défilé civil ou se sont les universités, collèges, associations qui défilent. Nous sommes en haut d’une colline et nous ne voyons pas bien, nous pouvons toutefois apercevoir les camions rouges des pompiers, les véhicules blindés, les soldats à cheval, les hélicoptères qui passent au dessus de nous, les policiers en motos... Puis au niveau civil, nous croisons diverses structures telles que les universités, visiblement, chaque établissement scolaire a sa manière de se vêtir, les écoliers sont vêtus du costume propre à leur établissement. Signalons la présence de quelques panneaux routiers et feux rouges... Mais je me rends très vite compte que ces feux sont grillés et n’ont donc que peu d’utilité, pas plus que les autres signalisations d’ailleurs, dans la mesure ou elles ne sont pas respectées. Nous empruntons le taxi, bien évidement mais pour le retour, la moto taxi ou « Ben Skin », ce fut la première fois de ma vie de monter sur une moto. Une petite appréhension au début mais j’éclate bien vite de rire ! Qu’il va vite ! Cheveux au vent, je m’accroche au conducteur, à la fois heureuse et un peu effrayée par la vitesse. En fait, ces motos taxis sont réputées dangereuses car compte tenu de la circulation anarchique, il arrive de nombreux accidents, ces deux roues se trouvent parfois coincés entre les voitures. En clair, ils sont assez fragiles au milieu des voitures mais visiblement très utiles et très utilisés. Dans l’après midi, nous sortons en ville, nous prenons un verre après être passés au cyber puis rentrons. Voilà cette journée de fête nationale qui s’achève sur un repas (Ndolé) avant quoi nous avons fait une prière, à ma surprise, d’ailleurs. La maman me demande même de dire la prière et je suis un peu paniquée mais je m’en sors sans trop de problèmes. Dans le doute que la famille soit protestante ou catholique, ma prière prend un caractère très universel. Tout se passe très bien.
Mercredi 21 Mai Prise de contacte
Première journée de stage. Il est 9h15 environ quand nous partons après le petit déjeuner (omelette et « tisane » qui ressemble plus à du thé) et nous arrivons à 10h00 environ. C’est Thierry mon garde du corps. Maître K. n’est pas encore arrivé, nous devons repasser vers 11h00. Je fais d’ores et déjà connaissance avec Angèle, la secrétaire. Nous nous rendons au marché visiter un peu et faire quelques courses, Thierry et moi. Puis à 11h00, premier contacte, donc, avec mon Maître de stage, Me K. Aujourd’hui, c’est juste une prise de contacte, les choses sérieuses commencent vraiment demain. Dans l’après midi, Fred m’accompagne chez une de ses connaissances pour changer à nouveau des Euros en Francs CFA. Puis nous passons à Score, un supermarché type Européen dans lequel on trouve de tout. Les prix pratiqués sont similaires aux prix pratiqués dans les grandes surfaces Européennes, un déodorant à 2500 F. CFA, c’est le prix approximatif en France ! Je me laisse penser que c’est démesuré. Je constate aussi une chose qui m’impressionne : le moindre service rendu par la famille est payant. Nul Européen n’imagine faire payer un visiteur étranger pour l’accompagner au bus par exemple, c’est un service gratuit. Et s’il y a lieu à récompense, elle se donne en dernier lieu, après coup. D’ailleurs, ce n’est pas une pratique unanime, je me rends compte que Thierry ne me demande jamais rien et pourtant, c’est lui qui en fait le plus. Globalement, tout le temps ou j’ai été là, c’est lui qui m’accompagnait, fait le petit déjeuner, balaye, s’occupe du linge... Je me dis aussi que si les choses se passent ainsi, c’est en raison de la pauvreté. Au dîner, ce sont des macabos avec le délicieux poisson braisé. Le poisson est un plat presque quotidien et les macabos ont approximativement, comme les ignames, le goût de la pomme de Terre, ce sont des tubercules et légumes.
Jeudi 22 Mai Première journée de stage
Après le petit déjeuner, café en poudre et omelette, Thierry me conduit au cabinet. Nous mettons un certain temps à trouver un taximan qui accepte de nous prendre car il y a des embouteillages pour aller jusque là, près de l’hôtel Prestige. Le cabinet se compose de trois avocats, de quatre postulants, Joseph, Henri, Charlotte et Francis, et une secrétaire Angèle. Pour aujourd’hui, je prends contact avec les différentes juridictions, le fonctionnement des Institutions, les codes... Il s’agit, pour résumer, d’un système similaire à celui que nous avons mais avec quelques différences toutefois. Héritage de la colonisation mais pas le meilleur... Je ne ferai pas polémique en indiquant le mal que nous avons fait en léguant cet héritage là, Dieu me pardonne mon silence sur ce thème. Thierry vient me chercher et nous repartons à la maison, au quartier Obobogo, au niveau de l’ancien dépôt Guiness, à un quart d’heure de là s’il n’y a pas de bouchons. Je dois apprendre à venir et rentrer seule, chose difficile au début mais Thierry me montre avec précision comment s’y prendre. Amadouer les taximan est tout un art ici ! Nous sommes bien loin des lignes régulières de bus de ville ou il suffit de passer la carte magnétique sur la borne... Ainsi s’achève cette première journée en cabinet.
Vendredi 23 Mai Pluie d’arachides
Petite routine quotidienne ce matin, je m’adapte sans trop de difficultés. Moi qui ne bois qu’un café le matin, voilà que je prends pour habitude de bien manger ! Après être parvenus à amadouer un taximan, c’est la première audience. En chambre du conseil d’abord, dans les locaux de la cour d’appel. On y est debout, je ne vois pas bien, et on y écoute les demandes de liberté provisoire, d’oppositions à injonctions de payer... C’est plutôt calme. Puis un référé d’appel. Là, nous sommes assis. Je constate que les plaidoiries sont courtes et rares. Les futurs avocats m’expliquent que pour devenir avocat, il faut justifier de 4 à 5 ans de postulat dans un cabinet puis passer le concours. A ce stade, on devient avocat stagiaire si ce concours est sanctionné d’une réussite et on peut alors plaider, même si l’on est stagiaire. Il n’y a plus d’électricité à Yaoundé en raison du délestage. C’est Fred qui vient me chercher assez tôt car je souhaite rentrer à Douala pour passer le week end avec Alain et la famille. Je trouve la maison ici très sympa mais trop du style Européen. C’est un bus « Garanti express » qui roule vers la capitale économique. Je parviens à me mettre à l’avant. Le bus lance son hurlement habituel de klaxon puis se met à rouler toujours à sa vitesse vertigineuse qui parfois me donne des frissons. Je regarde le compteur : 140 km/h ! Soudain, il dépasse un camion sans qu’il y ait de visibilité devant. Une voiture bleue arrive en face. Je ferme les yeux. Mon coeur bat la chamade. L’accident est inévitable. Je rouvre les yeux et m’aperçois qu’il est parvenu à éviter le véhicule. C’est un Miracle ! Ou la voiture bleue qui venait face est dans le décor ? Je ne sais pas. Nous ne faisons en tout cas pas partie des nombreux véhicules qui jonchent le bord de l’axe lourd. C’est un miracle ! Ils roulent aussi souvent mal éclairés. Que c’est dangereux ! Le paysage est toutefois magnifique avec ses collines, ses villages de temps à autre. Palmiers, bananiers... Et ses vendeurs lors des passages dans les villages. Je souhaite prendre une photo d’eux et pour cela, il me suffit d’attirer leur attention sur moi. Voyant un peau blanche, les voilà qui s’agglutinent autour de la fenêtre ou je me trouve. Je montre l’appareil photo et de l’argent en demandant s’ils acceptent d’être photographiés (on dit « filmer » ici), ce qu’ils semblent accepter. Je dépose alors l’argent dans la panière prévue à cet effet. Je prends alors la photo (ci en face) mais à ce geste, voilà que les enfants me jettent des arachides par la fenêtre, une pluie d’arachides ! Le chauffeur du bus les gronde et les écarte. Je n’ai pas compris : ils ont accepté, j’ai payé... J’arrive enfin à Douala, je suis rassurée et attendue aussi. C’est un honneur pour moi car c’est Papa Isaac qui s’est déplacé à Garanti pour me chercher. En chemin pour trouver un taxi, quelques moqueries qui m’étonnent : « Hé ! C’est ta fille ? » Papa hausse simplement les épaules. C’est plutôt gentil ou méchant ? Je ne sais pas. Nous arrivons à la maison au quartier Nkololoum. Le délestage fait qu’il n’y a pas de lumière non plus à Douala et c’est aux lampes à pétrole que nous nous éclairons. Délestage ? Il s’agit d’une pratique qui consiste à priver les quartiers d’énergie à tour de rôle en raison du manque d’eau ne permettant plus de faire tourner les turbines. Motif recevable ou non ? Sachant que l’AES SONEL (équivalent de notre EDF) vient d’être rachetée par les USA et qu’avant ce rachat, le délestage n’existait pas ou peu, d’après les échos que j’entends. Il se met à pleuvoir et nous allons donc nous coucher. Là, je me rends compte en effet qu’il fait plus chaud qu’à Yaoundé car là bas, je dormais sous le drap, ici, nous dormons sans les draps et sous le ventilateur. Sans compter les piqûres de moustiques malgré le répulsif. Mes jambes sont toutes piquées ! C’est ahurissant !
Samedi 24 Mai Douala by night
Ce matin, après le petit déjeuner (chocolat au lait avec pain, miel et confiture), nous allons avec Serges au cyber pour rassurer mes contacts et amis via email, puis au marché avec Paulette. Les routes sont parfois très abîmées et je comprends alors pourquoi les taximan refusent parfois d’aller dans certains quartiers car ils doivent contourner ou affronter de très mauvaises routes. Je me rends compte à ce moment et plus en détails de ce que signifie le terme « tiers monde ». Les détritus dont des cadavres de véhicules, déchets ménagers, emballages plastiques et tous objets divers jonchant le bord des rues. Les enfants fouillant tout ça dans l’espoir d’y trouver quelque chose à revendre, par exemple une bouteille plastique encore valable dans laquelle ils pourront mettre de l’eau et la revendre ainsi remplie. Les enfants vendent aussi, à la sauvette, des cigarettes, parfois à l’unité, des kleenex ( que l’on appelle « Lotus » ici ) et autres brosses à dents, cotons tiges... Les gens font la queue au PMUC, se seraient pour la plupart des chômeurs ou de pauvres gens qui cherchent fortune en jouant mais sans jamais gagner... C’est très fréquent. Vers 22h00, nous partons en sortie. « Douala by night ». En boite de nuit dans le quartier d’Akwa, un quartier apparemment chic de la ville. Nous passons d’abord dans une très jolie boite de nuit le « Mont Cameroun ». Un de mes concitoyens blanc s’amuse comme un fou. Je reste assise, envoûtée par la musique et le cadre. Nous sommes en terrasse, presque sous des palmiers, il fait très chaud, la ville et l’ambiance sont on ne peut plus agréables vu sous cet angle... C’est magique ! Soudain, la lumière s’éteint. Nous devons changer de quartier car elle ne reviendra qu’au petit matin. Nous sommes en groupe, Reine, Vincent, Alain et moi. Nous nous tenons la main. Les trottoirs sont semés d’embûches, creux et bosses. De grosses dalles en béton ou en bois entre lesquelles l’eau permet de s’écouler pour éviter les inondations lors des fortes pluies, me semble-t-il. Mais parfois, ces dalles sont absentes, cassés ou enlevées, ce qui oblige à être prudent. Nous arrivons dans une autre boite de nuit, le « Pédalez » ou Alain a travaillé auparavant. Nous nous installons dans une petite salle ou il fait frais mais car en salle de danse, « ça chauffe ! ». Les gens achètent des « lotus » pour s’essuyer. La ville est très animée ! Tout le monde bouge et sort le soir. Nous nous mettons à danser. Vincent me traduit les chansons qui passent en toutes les langues locales et ont pour la plupart le sujet amour. Je suis pliée de rire. Puis en dansant, je sens une main me tenant fortement le poignet. Un homme, effectivement, me serre très fort le bras et ne semble pas vouloir lâcher prise. Que veut-il ? Juste la curiosité de toucher une peau blanche ? Veut-il m’emmener ou veut-il simplement m’inviter à danser ? Je l’ignore à ce moment mais je n’ignore pas qu’il ne veut pas me lâcher. Alain me défendit alors. Une bagarre va éclater ! J’ai peur ! Le ton hausse. Mais très vite, le ton baisse. Ouf ! L’altercation n’a été que verbale. Nous continuons à danser sans qu’aucun autre incident n’intervienne. Nous rentrons vers 4h00, à 5h00, un chant s’élève dans le ciel étoilé. Qu’est ce chant ? Ce sont les musulmans qui appellent à la prière m’explique Alain. La prière à 5 heures du matin ? ? ? ? ? ? ? ? Ca me wanda ! ( En Pidgin, cela signifie : ça me surprend ) A 5 heures, c’est l’heure de dormir ! J’ai sommeil. Du lit, j’écoute quelques minutes ce chant lyrique et mélodieux en m’endormant. Qu’est ce que cela signifie ? Que j’aimerais comprendre ! Je m’endors avec ce chant et en priant aussi.
Dimanche 25 Mai La grosse frousse : plus de peur que de mal !
Grasse matinée ce matin. Je dois partir tôt dans l’après midi pour ne pas rentrer à Yaoundé dans la nuit. Nous passons, en compagnie de Paul, à l’agence « Garanti express » pour poser les bagages puis allons faire un tour du coté du port de Douala qui possède l’un des plus grands ports d’Afrique, et qui a même accueilli, le temps durant lequel j’y étais, quelque expédition Européenne. Nous devons montrer nos papiers pour accéder, au retour, les gardiens semblent vouloir quelque chose : mais quoi ? Visiblement, de l’argent. Après cette visite au port et la séance photos, Paul et Alain me conduisent au bus « Garanti ». Fred et/ou Thierry me reçoivent à l’arrivée de ce bus. Celui ci lance son éternel cri de départ puis me voilà partie vers Yaoundé via l’axe lourd. Le bus roule, comme il en a l’habitude, à une vitesse excessive. J’ai toujours un peu peur. Je m’aperçois qu’il est vétuste et qu’il avance avec difficulté dans les montées. Un vendeur vante les mérites d’un détergeant, un autre vend de l’alimentation. Routine habituelle. Nous sommes à 80 km de Yaoundé. Soudain, le bus s’arrête. Confronté à une pente qu’il ne peut gravir. Nous sommes en panne ! Bon, pas de panique, je vais appeler mes amis pour prévenir. Zut ! Le téléphone ne capte pas de réseau ! Que de la verdure et de la forêt autour de moi ! Aïe ! Aïe ! Aïe ! Que faire ? Tout le monde remonte dans le bus pour chercher sacs et valises, c’est la cohue dans le bus, une bousculade en temps réel. J’attends le calme pour récupérer mes affaires à mon tour. Puis, tout le monde, réuni sur le bord de l ‘axe fait de l’auto stop. Je ne sais même pas exactement ou je me trouve ! Le chauffeur tente encore une réparation de fortune mais en vain. Il appelle l’agence pour un bus de secours. (Rumeur ou vérité ?) Je me mets alors à faire de l’auto stop, comme tout le monde, au milieu des 55 autres passagers de ce bus. Un peu paniquée malgré tout car l’auto stop n’est pas sans risques. La nuit commence à tomber. Je tente toutefois de rester calme. Mon ange gardien a toujours veillé sur moi depuis ce début d’année 2003 ! Mais je sens que la panique m’envahit malgré moi. Pas de réseau de téléphone, seule au milieu de la forêt tropicale, quelque part entre Douala et Yaoundé, sans savoir exactement ou je me trouve. Soudain, un mini-bus s’arrête, nous voyant en difficulté. Je m’en approche, comme les autres voyageurs qui espèrent tous monter à l’intérieur et rentrer chez soi, c’est encore une fois la ruée vers ce véhicule de la dernière chance. Il est dur d’approcher le véhicule, je me résigne à rester à l’écart. Tout à coup, quelqu’un prit mon sac et le mit dans le coffre, je me rends compte que ce n’est pas un civil mais un militaire, policier ou gendarme. « Montez là dedans ! » me dit-il en me faisant signe de grimper dans le mini bus. J’obtempère avec une petite appréhension mais je fais avant tout confiance à mon ange gardien. Ce même ange gardien qui m’a permis d’arriver jusque dans ce pays. Je me retrouve donc dans ce mini bus, coincée entre les 20 personnes qui s’y trouvent (et prévu pour à peine 10 personnes). Je ne peux pas bouger mais ça va. Je discute avec mon voisin qui me raconte que les pannes de bus sont fréquentes ici et que le seul moyen dans ce cas est l’auto stop. Nous démarrons. Nous sommes collés les uns sur les autres à l’intérieur, j’ai quelques fourmis dans les jambes mais je préfère encore ça. Mon voisin, qui est chanteur, m’offre sa cassette. Je n’ai pourtant qu’une hâte : arriver à la maison ! La sonnerie du portable retentit et c’est Alain. Me voilà rassurée car à présent, le souci de la panne de bus est connue. Le chauffeur demande 1 000 F CFA, pour le service qu’il vient de rendre aux victimes de la panne de bus dont je fais partie. Je n’hésite pas à les sortir. Mais voilà qu’il refuse de nous conduire à l’agence « Garanti » et à cette nouvelle éclate une émeute. Beaucoup souhaitent le remboursement de l’argent. Une bataille va éclater ! J’ai peur... Le ton hausse... Les gestes sont violents. Les tons deviennent exacerbés. Finalement, tout le monde se calme sans effusion de sang. Nous sommes déposés à l’entrée de la ville. Il me faut encore rentrer à Obobogo et c’est loin. Thierry et Fred m’attendent à « Garanti », donc visiblement à plusieurs kilomètres de là. Le militaire demande au chanteur si nous sommes ensemble, à ma surprise, celui ci répond que oui. Le militaire me demande confirmation et je me décide à lui faire confiance puisque le chanteur venait de mentir. Mentir pour me protéger ou autre raison ? Dans le doute, mieux vaut faire confiance à une personne en tenue. Et j’ai bien fait. Car cette personne, Sébastien, m’emmena jusqu’à la maison. Je téléphone à Paul et à Alain pour les prévenir que j’étais enfin à la maison, à Obobogo. Sébastien est vu par Maman Sophie comme un envoyé de Dieu. De mon coté, je le vois comme l’incarnation humaine de mon ange gardien. L’apéritif est offert. Jean Paul s’en va chercher Fred et Thierry qui m’attendent encore à « Garanti », très anxieux j’imagine. Cette aventure s’est bien terminée mais je me dis avec le recul que si Sébastien n’avait pas été là, je ne m’en serais pas sortie seule. Après, c’est une douche en compagnie de gros insectes dont j’ai un peu peur puis au lit ! Je dois me remettre des émotions.
Lundi 26 Mai Quotidien à Yaoundé
Retour au cabinet. Je continue à étudier le système juridique et la législation. Je prends conscience qu’il y a une marge entre l’écrit et le réel, entre la théorie et la pratique. Exemple sur le code de la route inclus dans le code pénal. Limitation à 60 km/h en ville, port de la ceinture obligatoire, respect de la signalisation routière quand il y en a. Or on se rend compte dans la pratique que les quelques feux rouges sont grillés, que la vitesse est dépassée sauf dans les embouteillages, entre autre. Bien loin de la politique de Nicolas Sarkozy ! Toutefois, en théorie, le code Civil, du travail et pénal garantissent la justice et l’équité pour tout le monde. En théorie... En sortant fumer ma cigarette, j’aperçois un gros lézard de toutes les couleurs, jaune, orange, vert et je l’appelle « Arthur ». Le midi, nous allons chaque jour manger tous ensemble, Angèle, les postulants et moi, soit dans une vente à emporter toute proche, soit à l’Acropole, une boulangerie type Européen dans laquelle on peu acheter une pizza ou autre plat mais c’est beaucoup plus cher que les plats Africains à emporter et je tiens à manger local ! En effet, on peut manger local pour 300 F. CFA, c’est délicieux et ça comble bien l’estomac. Seulement, ces ventes à emporter n’ont pas la bénédiction de tous car Alain ne souhaite pas que je mange dans ce type de restaurant... Elles sont soi-disant réputées pour le proxénétisme. Je me demande pour quelle raison ? En France, nous trouvons aussi des ventes à emporter similaires (du genre la Mie Câline) et ce n’est pas pour cela que c’est du proxénétisme ! Bref, je n’ai pas compris ce point. Après le passage à la boutique à emporter, nous passons à la boutique en bas du cabinet pour prendre le « jus » (Jus de fruits) puis nous mangeons ensemble au cabinet. C’est quotidien. Ce soir, je prends le taxi seule pour la première fois. Angèle m’aide à traverser la rue, c’est un exploit de traverser tant la circulation est dense et les véhicules roulent vite. Je saute dans un taxi qui accepte de me conduire malgré les embouteillages. D’ordinaire, la course pour Obobogo me coûte 150 F. Il me demande 200 F. J’argumente et me défends « D’habitude, c’est 150 F, pourquoi 200 aujourd’hui ? » Il sourit et comprend que je connais les tarifs et accepte pour 150 F. En cours de route, un contrôle de police. Ils contrôlent mon passeport et les papiers du pauvre taximan qui visiblement n’est pas en règle. Il me fait comprendre que je dois prendre un autre taxi. J’y parviens sans difficulté et arrive à Obobogo sans souci. Mais ce pauvre taximan ? Bon, j’imagine qu’il va donner un peu d’argent au policier pour qu’il le passe l’éponge. Je regrette de ne pas lui avoir payé la course (surtout en raison de la panique lors du contrôle). A la maison, je rédige comme chaque jour mon journal de bord (parfois, j’oublie de le faire, souhaitant vivre pleinement chaque seconde de ce séjour) puis le repas qui se constitue de Tséké, un plat Ivoirien, après avoir fait la prière quotidienne du soir.
Mardi 27 Mai Journée paisible
Nous nous rendons à une audience correctionnelle, je suis en compagnie de Joseph. L’audience est à juge unique, parfois les accusés plaident eux-mêmes leur cause, surtout s’ils ont été récemment arrêtés et n’ont pas encore d’avocat ou si l’affaire a déjà été jugée, même pour un simple délit de vol de portable. Pas de policiers, uniquement quelques gardiens de prison. L’ambiance, bien que tendue, est animée. Les dires des accusés qui défilent les uns après les autres et de manière très rapide font parfois la risée de l’auditoire. Rien d’autre à signaler ce jour, si ce n’est le quotidien. Thierry me montre le jardin et les plantes qui s’y trouvent (manioc, bananiers...) j’aperçois aussi de gros insectes dont j’avais déjà constaté la présence à plusieurs reprises à Douala comme à Yaoundé, cet insecte mystérieux qui venait parfois prendre sa douche à mes cotés et que je n’osais pas toucher puisque je ne savais pas ce que c’était ! Je demande à Thierry de quel insecte il s’agit et ce sont en fait des cafards ! Insecte inoffensif, fréquent et surtout impressionnant.
Mercredi 28 Mai Retour à Douala
Je me plonge à nouveau dans le système juridique et la législation. Jusqu’au début d’après midi ou je me rends à Garanti seule, avec l‘appréhension de rentrer seule. Je pars donc tôt pour éviter de voyager de nuit. Pour la première fois, je traverse la rue seule, pour cela j’attends que les voitures soient assez loin à droite et à gauche puis je traverse. J’avais à peine eu le temps de traverser qu’un véhicule avait fondu sur moi et le conducteur me gronda gentiment « C’est comme ça qu’on traverse les rues en Afrique ? » Je répondis « Tu veux que je fasse comment ? ». Après avoir décroché un taxi, j’arrive enfin à l’agence « Garanti » ou je change mon dernier billet de 50 Euros. Le taux de change est plus fort que lorsque l’on change avec des connaissances ! Toujours autant d’animation, je vais donc toujours très vite, je ne suis rassurée qu’une fois le ticket en main et le sac dans le bus. Bus dont je vérifie toutefois la vétusté. Je choisis à lire entre le « Cameroon tribune », « le messager » et quelques autres journaux. Demain, c’est férié (Ascension) et je tiens à en profiter. J’arrive sans problème, tout se passe bien. A 18 heures, c’est l’inévitable coupure d’électricité et nous sortons en boite. Ces sorties en boite sont mes moments favoris : on danse, on s’amuse et c’est là que je vois comment les gens vivent, leur état d'esprit. En réalité, malgré la pauvreté, c’est la bonne humeur, la musique, la danse et l’amitié. Cela me touche et me laisse en émoi. Nous buvons du Coca Cola et mangeons des oeufs durs ou de la viande, de petits morceaux de porc. Les oeufs me réservent une surprise : il y a une sauce, je crois qu’il s’agit de mayonnaise mais la bouche prend feu ! C’est du piment ! J’apprends aussi qu’il ne faut jamais laisser les cigarettes sur une table en boite car le paquet se vide en l’espace de quelques minutes ! Fort heureusement, les cigarettes ne sont pas très chères ici (500 F. CFA, moins d’un Euro ! Dire qu’on les paye 5 Euros en France !) elles se vendent même en demie paquets voire à l’unité ! Nous sortons à l’entrée de la boite ou se trouve un vendeur à la sauvette, je constate qu’il ouvre le paquet juste acheté et me tend une cigarette puis me donne le paquet. Cela me fait sourire. Dans la petite salle ou nous sommes, il y a un écran de télévision sur lequel est diffusé via une chaîne de télévision Française dont je ne citerai pas le nom un film pornographique. Il est encore bien tôt pour un tel film ! A peine 23h00 ! (En France, il est déjà minuit) Mais les enfants ou adolescents ne sont pas encore au lit ici et ce genre de film devrait être diffusé plus tard ! (Même pas du tout !). Me voilà à nouveau en colère contre mon propre pays...
Jeudi 29 Mai Quotidien à Douala
Repos et grasse matinée aujourd’hui. Nous restons sagement à la maison à évoquer de vieux souvenirs datant de 10 ans, 10 ans d’amitié et d’échanges déjà, discuter de choses et d’autres, regarder la télévision et revoir inlassablement des vieilles photos. Paulette est couturière et fabrique des chemises et Cabas pour offrir à mes parents, Jimmy et Aurélie. C’est fascinant car c’est du travail de professionnelle ! A la télévision, ce sont des chaînes Françaises donc nous pouvons suivre les bêtises du genre « Ca va se savoir ». Pour l’anecdote, à Yaoundé, c’est une des émissions que préfère le tonton Maurice, le jeune frère malheureusement handicapé. Je me dis que l’on envoie là bas la bêtise Française. A la télévision, on peut voir aussi les informations du monde et notamment de mon propre pays par TV5, Euronews et même nos chaînes nationales (TF1, la 2 et la 3). Lorsqu’il y a match de foot, le salon est plein car tout le monde vient le voir, voisins, amis, famille... C’est très convivial et l’occasion de partager une passion nationale qu’est le foot ! Dire que chez nous, c’est chacun devant son écran ! Je constate aussi que sur les chaînes locales, il y a des spots d’avis de recherche d’un criminel : sa photo, son nom, âge, taille et autres informations sont diffusées pendant quelques minutes et il y a une récompense pour qui conduira les autorités à son arrestation. Il y a aussi les clips de musique locale. Il y en a un particulièrement qui me plaît et je tiens à trouver la cassette ou le CD, une chanteuse qui s’appelle Nguea Laroute et la chanson est superbe ! En soirée, j’assiste à l’entraînement sportif d’Alain et ses collègues. Cela se passe dans une petite salle partagée avec la communauté Malienne de Douala qui y fabrique des objets en bois et y étendent leur linge. Le matériel d’entraînement a été fabriqué par les sportifs eux-mêmes et c’est très impressionnant, quelle puissance et quel courage ! Quel courage et quel art aussi de fabriquer ces objets en bois avec si peu de moyens ! Quant à nos sportifs, ils sont trois pour l’entraînement. Puis, a nouveau le délestage, l’entraînement continue à la bougie et nous quittons la salle pour la maison. La nuit est déjà tombée. Je ne suis pas encore arrivée à m’habituer au fait que la nuit tombe si tôt !
Publié par any à 18:03:54 dans ♥ Voyage au Cameroun | Commentaires (0) | Permaliens
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