... et moi aussi, apparemment.
Mes mésaventures extérieures pourraient m'inspirer toutes les aigreurs du monde. En fait, ce serait surtout de la lassitude. Marre des méchants qui pourrissent l'existence. Envie d'être tranquille, dans le plus tranquille des mondes... autant dire une utopie.
Bref, rien d'extraordinaire sur terre, ni d'original parmi le règne humain. (Pour une fois, je m'aligne près de certains de mes semblables.)
...
Au passage, si l'on pouvait vraiment faire un monde meilleur, il ne tournerait pas à l'avarie plus rapidement que les pauvres (mais notables) efforts qui tentent de l'en préserver.
Non, mes aigreurs - plutôt physiques - me faisaient pensé l'autre jour, à ma vie d'avant. Celle qui me donne l'impression que justement, c'était une autre vie. Je passe sur le chapitres "belles apparences, intégration sociale et respect" - j'en aurais bien quelques autres d'aussi lourdes en réserve - pour aller directement à pire : le côté cliché. À savoir que j'étais une autre personne et que depuis, le chemin parcouru me semble si loin, qu'il m'est difficile de croire qu'il s'agissait de moi. (Arrachez-moi vite la langue, avant d'être cuite pour passer sur M6.)
Je n'ai jamais été plus aigrie qu'il y a une dizaine d'années.
"Salut, je suis graphiste, bien habillée, je souris beaucoup. Mon quotidien consiste à me lever à la dernière minute, boire mon café debout, me laver en deux secondes, finir de me boutonner dans ma rue et à courir après mon bus.
Ma journée : café, boulot, café, boulot, ha ! Un resto (midi avec les collègues)... puis café, boulot, café, boulot, café, café, café...
Mes soirées : pas bouger petit doigt, crevée. Manger... quoi ? N'importe. Bidouiller mon site. Et enfin dodo.
Heureusement qu'il y a le week-end. Hein, heureusement !
Pff, trop fatiguée, pas bouger. Grasse matinée ? Manger ? En tous les cas bidouiller, dodo puis recommencer."
Quand on sait que mon salaire ne me servait qu'à mal bouffer et à frôler l'overdose de fringues - un peu de matos informatique aussi - c'est une image de moi que j'ai eu longtemps du mal à assumer. Évidemment, un brin caricaturale, j'ai aussi eu longtemps tendance à me rappeler de moi comme d'une pouffe bien avec son temps. Active, forcément. La wineuse qui assure ? Non, pas jusque là, mais disons suffisamment jeune pour avoir la motivation de pousser ses projets. Car ensuite, me semble-t-il - après quelques claques, difficultés ou déceptions - n'est pas trentenaire digne de ce nom celui qui n'a pas connu la fatigue et/ou la dépression.
(Bon, je ne suis pas unanime non plus.)
Je ne sais pas si c'est l'univers de compétition qui motive cela, ou simplement notre dominance primitive qui est exacerbée par celui-ci, mais il y a une forme de critique facile dont il est rare de se dispenser. J'ai toujours observé que l'on est peu content de soi, de son sort - rien ne peut être parfait, mais combien l'acceptent ? -, et du sort, de ce que sont les autres pas plus. Que l'on prend peu les choses, personnes, situations telles quelles, en se disant juste que ce n'est pas si mal. (Ce qui est dans la continuité de mes propos précédents, sur les choses simples.) Et lorsque c'est le cas, celui-ci va souvent avec l'éphémère.
L'insatisfaction est sans doute banale dans nos systèmes, mais les défauts sont également roi dans les relations humaines. Étant donné qu'ils alimentent les conversations, rassurent de ne pas être si médiocre, ou qu'ils nous placent toujours au-dessus de quelqu'un, même pour une broutille (etc, etc).
À condition toutefois de l'admettre, voire de SE l'admettre... tout simplement.
Je n'étais pas trop mauvaise langue, voilà, ce n'était déjà pas si mal ! (Ô ironie ?)
Bien sûr, je n'en pensais pas moins. Peu me plaisait et tout avait toujours un travers. Ma vie sociale débordante n'avait d'égal que le nombre de rancœurs qui en résultaient, à force de reproches souvent sans intérêts (tout le monde n'a ma retenue et certains pensent même que c'est une faiblesse... d'être bien éduquer ? Ha.). Quant à ma vie professionnelle, elle a fini dans la grande démotivation, notamment parce que l'élitisme cache souvent une ascension au prix de mauvaises conditions.
Sans revenir sur cette aspiration à la performance quasi-compulsive que l'on nous inculque sur les généralités de la vie et sous prétexte de survivance, je dirais juste que... c'est débile. Et comme passe temps, et comme perte de temps. Puis surtout comme attitude.
Aussi, dépendre de détails pour se valoriser plus qu'un autre, est une idée assez déplorable.
Avec les années, j'ai décortiqué l'origine de ces anciennes aigreurs. Pourquoi être aigrie alors tant de choses pour s'épanouir ?
Pendant longtemps j'ai cru comprendre que si j'entrais dans les champs de la convenance, les possibilités cadrant avec les standards, c'était ma manière de me prouver que, malgré tout, je n'étais pas comme cela. Par ailleurs, c'est ce que j'ai eu le plus de mal à assumer : d'avoir tant gober ce que l'on exigeait que je gobe. De n'avoir pas su donné la bonne part à ma propre réflexion. D'où une certaine image erronée, de jolie idiote. (Erronée pour jolie ou pour idiote ? ... mouais, merci de remarquer l'effort d'autodérision.)
Je disais dans mes sujets sur les hallucinations que :
"(...) après une période de précarité, l'époque en question était également celle où il s'agissait d'adopter des normes et des possibilités inaccessibles auparavant. L'encouragement, la félicité qui accompagnent l'adhésion à la mécanique collective et l'ascension que l'on peut y faire, ne laisse que peu de place à la réflexion... puisque la satisfaction, est une raison à elle seule."
Autant parfois je me dis que c'est donc compréhensible. Autant d'autre fois je me dis que ce n'est, justement, pas une raison.
Évidemment, je n'aborde jamais la question de l'âge ou de la maturité. Il me semble que trop indéfinissables ou relatifs au point de vue et au vécu de chacun, ce serait inutile. Sans compter que je ne souhaite surtout pas me confronter à la tentation d'y trouver une excuse - après tout pourquoi cela ne m'arriverait pas ?
Finalement, je ne suis pas si sûre. Du moins il y a des jours avec, des jours sans. Si vraiment c'était une forme de refus, de rébellion. Car bien sûr il m'arrive encore d'être aigrie, certes davantage lassée, mais tout de même aigrie. Pas à plein temps, comme la super citadine que j'ai été autre fois (d'ailleurs est-ce typiquement citadin ? Ou c'est comme la population des grandes villes : juste plus concentré). Cependant je dois reconnaître que si je disais le contraire, dans la situation à laquelle me contraint la maladie (souvent subir), je serais une menteuse. Et je pense franchement que derrière les pilule et parodie du bonheur qui nous sont ambiantes, il y a beaucoup de ces mensonges. (Ce qui là encore reste dans la même continuité - le post du 15 mai - et des commentaires qui ont creusé sur davantage.)
Lorsque j'observe les difficultés à faire et assumer une vie, dans tout ce que cela comporte ne serait-ce qu'à l'échelle d'une personne (il y a aussi l'échelle familiale), ou de la politique qui nous encadre (entre autres), je ne vois pas comment l'on pourrait être brimer, sans jamais éprouver d'amertume.
Tout est compliqué (c'est aussi un revers de l'évolution : la complexité); les problèmes, les crises sont partout (idem, les conséquences en plus); et il n'y a plus de solutions possibles sans désavantages ou qui ne soient dommageables pour personne.
Comment alors vivre dans un sac de nœuds et clamer tant de bons sentiments ?
...
Moi je sais (attention, la moue carnassière est de sortie) :
On n'œuvre pas pour construire des utopies (bha non, c'est idiot et puéril), on y croit juste très fort (ha oui c'est mieux).
Sourire dans l'adversité, c'est très crédible.
Quoiqu'il en soit, heureusement depuis cette décennie écoulée, je me suis rappelé que j'ai toujours été une fille sympa... combien les apparences (puis question pouffe, cela exige un sens du guindage inutile et des manières débordantes tout sauf miens). Si le fait d'être jeune n'est pas forcément à débattre en maturité, cela ne signifie en tous les cas une situation qui prête à trop de maturité, en général. Comme d'habiter encore chez sa maman par exemple (le mien), et de n'être encore confronter à de vrais choix ou de grandes obligations. En revanche, cela est une raison valable de ne pas chercher trop loin.
Pour conclure, je pourrais mettre le passer sur compte de l'erreur, philosopher sur ce que celle-ci peut servir à l'expérience, mais je ne pense pas en avoir fait. Vivre les choses pour savoir ce que l'on refuse, n'est pas plus mal. Puis surtout se conformer ou suivre la même voix que les autres est une possibilité, la première et plus systématique qui s'offre, mais certainement pas une erreur. De même façon que de ne pas être fait(e) pour, en une autre... de possibilité. Et la notion d'échec qui s'y attache est à repenser.
L'échec serait plutôt de s'obstiner. Vivre une vie dont on a pas envie, un cadre qui ne satisfait pas. Devenir quelqu'un d'autre et ne pas se donner une véritable chance d'être.
À suivre ?
Je ne sais pas. Peut-être à suivre...
P. s. : Le terme de gober, plus haut, me rappelle là, d'un coup, soudainement, une nouvelle que j'ai écris en 2004... lorsque le personnage décris brièvement de sa jeunesse, qu'on voulait lui faire comprendre qu'il y a des conséquences pour tout... il dis le savoir déjà, déjà gober... comme pour le reste.
P. s. bis (c'est plus malin que de dire ps2) : Puis cela me fait inévitablement penser au titre de ce blog... oui "Le GoB"... rien à voir mais... j'avais juste envie de dire que... effectivement, cela n'a rien à voir... avec le gobage... en fait... ce n'est qu'un recoin tordu de mon cerveau qui me l'a suggérer spontanément... voilà... si je me sens mieux ? Ouaiiiiis, quand même...
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