
"L'ardeur en secret, l'adieu à la vérité, le silence de la dalle, le cri du poignardé, l'ensemble du repos glacé et des sentiments qui brûlent a été notre ensemble et la route du chien perplexe notre route.
Nous ne nous sommes pas reconnus dans le silence, nous ne nous sommes pas reconnus dans les hurlements, ni dans nos grottes, ni dans les gestes des étrangers Autour de nous, la campagne est indifférente et le ciel sans intentions.
Nous nous sommes regardés dans le miroir de la mort. Nous nous sommes regardés dans le miroir du sceau insulté, du sang qui coule, de l'élan décapité, dans le miroir charbonneux des avanies. Nous sommes retournés aux sources glauques."
H.M
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Novembre traîne dans son sillage des odeurs venues de loin et, presque tendrement, étend sur ses enfants son linceul humide et froid. C'est que ce Mal-Aimé chérit les êtres maladifs qui vivent dans son lit et se vautrent dans son silence.
Ses bruits de talons qui claquent dans les ruelles vides aux pavés brillants, ses feuilles qui crissent dans les caniveaux gluants.
Sa lugubre magie est poison adoré, recherché, tant attendu l'année durant.
C'est un geste du Néant envers ceux qu'Il condamne, une caresse indifférente qui fait trembler la lèvre et se serrer la gorge.
Le sursis.
L'absence.
Le renoncement.
On ouvre un peu les yeux et l'on se trouve changé, encore une fois.
Un peu plus étranger. Un peu plus loin.
A chaque fois.
On y a goûté de nouveau, on s'y est plu finalement, on s'y est trouvé si bien...
Le silence absolu... la solitude profonde qui ne trahit jamais...
On y a une vraie place, un creux dans le noir où se lover, derrière un rideau de pluie qui éloigne les voix du rêve.
De l'autre côté tout est tellement surfait, avec ces spectres ridicules qui reviennent frapper aux carreaux pour vendre leurs rêves fanés...
On a fermé la porte sur les jolis chemins qu'on voulait verdoyants.
Refermé les tiroirs peuplés de chants d'oiseaux.
Et fait face au miroir et à tous ses mensonges.
Mais la morsure du gel n'est plus insupportable...
L'esprit s'engourdit et l'on s'endort ainsi.
Réconforté de se savoir n'être rien.
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Il est un temps où l'on prend ses névroses pour des amies fidèles, un temps où l'on exhibe ses plaies comme on le ferait avec des trophées.
C'est un mécanisme vicieux dans lequel on s'englue.
Les taches de moisissure sur le plafond sale me parlent des heures perdues à contempler. J'y ai vu s'étaler cette grangrenne, semblable à celle qui a finit de ronger mon coeur et mes espoirs.
Le plafond avait été blanc.
Et je ne peux m'empêcher de comparer.
Naît une nouvelle illusion, celle qui convainct l'esprit de se retirer au fond du gouffre, comme si le Néant méritait encore un bout d'âme... Comme s'il devait tout obtenir de moi, tout, jusqu'à la plus faible pulsation.
L'amertume est un puits au fond duquel il est facile de se terrer.
C'est étrange, comme le silence remue la boue du fond de l'être, comment les voix du passé peuvent se transformer en cris déchirants..
Comme il est naturel de laisser les monstres ravager notre conscience, lacérer nos intentions, mettre en pièces l'illusion de notre vie...
On ne peut crier. D'ailleurs pourquoi crierait-on?
Ce n'est que le désert qui vient chercher son dû.
Publié par Super Pépin à 05:33:56 dans - logorrhée névrotique pour cause d'insomnie (entre-autres) | Commentaires (0) | Permaliens
L'abandon
Le renoncement
Briser le cercle, ne pas reproduire l'Erreur. Une transition. Qui sait vers quoi...
Pas moi en tout cas.
L'abandon... le renoncement...
La solitude profonde et interminable, un océan sans rivages...
Pourtant c'est le désert qui avance. Et moi, je ne bouge pas.
Je demeure immobile tandis que le monde tourne et change.
Disparaît.
C'est le désert qui passe. Depuis toujours. Je ne bouge jamais.
J'observe simplement ma vie défiler, passager taciturne d'un train vide, sans chauffeur, le museau écrasé contre la vitre sale.
Le regard perdu dans ces immensités pressées.
Mes déserts monochromes ressemblent à mes espoirs.
Qu'ils soient de glace ou de dunes, de sel, d'eau ou de poussière, ils sont humblement vastes, magnifiquement perdus.
Inexistants, pourtant infinis.
Ils défilent inlassablement.
Parfois, j'aperçois de sombres processions, formées des ombres du passé, qui m'encerclent et se rapprochent pour me serrer la gorge.
Fantômes endeuillés de toutes ces choses perdues.
Le silence et le froid.
Le néant revient toujours chercher ses enfants.
Publié par Super Pépin à 03:09:32 dans - logorrhée névrotique pour cause d'insomnie (entre-autres) | Commentaires (0) | Permaliens
"Tu t'en vas sans moi, ma vie.
Tu roules.
Et moi j'attends encore de faire un pas.
Tu portes ailleurs la bataille.
Tu me désertes ainsi.
Je ne t'ai jamais suivie.
Je ne vois pas clair dans tes offres.
Le petit peu que je veux, jamais tu ne l'apportes.
A cause de ce manque, j'aspire à tant.
À tant de choses, à presque l'infini...
À cause de ce peu qui manque, que jamais tu n'apportes."
Henri MICHAUX
Publié par Super Pépin à 20:38:17 dans - Trucs en vracs | Commentaires (0) | Permaliens
"Des liens, entre vous, depuis toujours et à chaque fois."
On m'appelle Aina.
J'ai vu les feuilles roussir et tomber plusieurs fois, treize fois me semble-t-il.
J'ai un peu oublié ou n'ai jamais vraiment su.
Je devine seulement mon âge, il faut dire que je n'ai jamais compté.
On ne compte pas les ans chez moi.
Le temps n'existe pas pour celui qui erre sans plus rien attendre.
L'infâme secret, l'amour prédateur qui a raison de tout.
La terrible cassure, le plus grand des malheur, l'accident ou la trahison suprême qui condamne à jamais.
Malédiction qui broie le coeur et la chair.
"La vieille est toujours celle qui tranche."
Elle m'accorda l'ultime fuite.
Il était convenu que je ne devais pas vivre.
L'exil.
J'ai marché vers ma mort lorsque tout renaissait.
J'ai porté le soleil accablant de mon dernier été, sept lunes sont passées avant que les feuilles ne jaunissent à nouveau.
La Malédiction enflait, comblant le vide farouche de mes pauvres entrailles.
Je le sentais grandir, j'entendais dans mes rêves.
"mon enfant grandira et sera fort"
C'est que la tête me tournait, et tout était changé. Le ciel devenu gris devait hanter ma mort.
Notre mort.
Comme tout semble loin lorsque l'on n'a plus rien!
Lorsque l'on voit s'écrire le récit de sa fin...
Deux êtres unis sous une même épitaphe que j'aurais seule choisie.
Les marais dormant et la dernière couche. Sous la dernière lune de mon dernier automne.
La boue qu'on nourrira dans une chute molle.
Las et épuisés que nous serons alors...
Le fond du fond des eaux...
Publié par Super Pépin à 05:20:42 dans - logorrhée névrotique pour cause d'insomnie (entre-autres) | Commentaires (0) | Permaliens
L'inquiétude...
Une projection de ses propres névroses sur ceux-là qui n'ont rien demandé.
Délires paranoïaques qui grossissent et nécrosent la raison.
C'est que les inquiets s'alimentent d'un rien.
Vouloir aider, sortir un tel de son trou, aider un autre à refaire surface...
Sortir tout le monde de la bouillasse des existences alors qu'on y est soi-même plongé jusqu'au cou.
Non plus profond encore - hé! on est toujours plus bas que les autres non?
C'est vouloir être utile à ceux qu'on aime pour sentir qu'on n'est pas rien, en fin de compte.
Mais non. L'Inutilité est établie.
Ridicule besoin de reconnaissance.
"Moi! moi! moi!"
Mais ça ne regarde personne.
Les laisser.
Savoir être là s'il faut.
Si on ne l'est pas, c'est pareil.
Nul n'est indispensable, on l'a appris bien tôt, et on a tôt fait d'être rayés du tableau, comme les autres, comme ceux qu'on a nous-même oubliés.
Y a pas de traitement de faveur.
Les laisser faire, les laisser tourner jusqu'à s'étourdir et tomber, les laisser se briser contre des murs trop hauts, les laisser se blesser et se raidir en silence.
Même si ça tord les tripes.
L'inquiétude c'est tenace, les anxieux se le disent.
Ils gagneraient plutôt à s'occuper des pièges tendus sur leurs chemins.
Parce qu'on ne peut pas protéger.
Parce qu'on ne change pas le monde.
Parce qu'on ne voit rien venir et qu'on prend toujours cher.
Parce qu'on ne peut rien contre les barbelés des Autres.
Parce que pendant ce temps, on se déchire soi-même le coeur contre d'autres grillages, et que notre lueur ne réchauffe pas grand chose que nos seuls rêves.
Et parce que c'est la vie, et qu'on y peut que dalle.
Publié par Super Pépin à 04:25:44 dans - logorrhée névrotique pour cause d'insomnie (entre-autres) | Commentaires (0) | Permaliens
De quoi?