Aujourd'hui, tout... va... bien... Après un week end profondément introspectif (si tant est que je sois capable d'introspection) et passablement merdique (appelons les choses par leur nom), le moral est de nouveau au beau. Non, pas "beau fixe", ici j'ai appris que le temps était encore plus changeant qu'en Bretagne. Mais ça va très bien, disons.
Alors que s'est-il passé pendant cette semaine où je n'ai rien écrit ? Rien de spécial, quelques rendez-vous, deux visites deux fermes dont l'une où l'étudiant vétérinaire (en stage de fin d'étude) m'a demandé "Tu peux faire le diagnostic de cette maladie?" (sous-entendu "moi non") en me montrant des cochons avec des plaies purulentes style herpès bien avancé. Plus je suis ici et plus je me dis qu'en fait, les critères de sécurité sanitaires qu'on a en France sont exagéré : à force de voir des élevages aussi... hum... ayant d'aussi grosses lacunes sur le plan sanitaire, et de constater que personne autour de moi (ni même moi d'ailleurs) ne meurt des suites de la consommation de la viande qui sort de ces élevages, j'ai l'impression qu'on peut élever un cochon en plein air et lui faire boire son lisier sans le moindre problème. Mais bref, ces visites sont toujours instructives et j'y assiste avec un émerveillement horrifié sans cesse renouvelé.
Vendredi, énorme orage vers 16h, avant la sortie du bureau, donc. J'ai eu un aperçu de ce que sera ma vie dans deux mois : Phnom Penh sous les eaux. Sur le boulevard Monivong, tout baigne (haha), je n'avais de l'eau que jusqu'à la cheville. Etant donnée la lenteur inhabituelle de la circulation, j'ai décidé de prendre les chemins de traverse pour rentrer chez moi. Erreur fatale. Il faut savoir que j'habite au sud de l'ambassade de France, qu'il n'y a pas de route sur la droite (ouest) du boulevard Monivong et que le Tonlé Sap se trouvent quelques centaines de mètres sur la gauche. Très logiquement, le sol descend progressivement vers les berges du fleuve et le boulevard Monivong est donc surélevé par rapport aux rues plus à l'Est (vous me suivez ?). Dans ma grande naïveté, ce sont ces rues que j'ai prises. Presque instantanément j'ai eu de l'eau jusqu'aux mollets (j'étais sur mon vélo), voir jusqu'aux genoux lorsqu'une voiture provoquait des remous. Je peux vour garantir que faire du vélo dans l'eau c'est aussi difficile que gravir un col avec un Vélib/Vélov/[insérez le nom des vélos de votre ville].
J'ai finalement mis pied à "terre" dans les zones les plus difficiles, permettant à l'eau d'atteindre mes cuisses, et je suis allé faire mes courses comme ça. Je me suis bien amusé. Par contre je pense qu'au bout de la dizième ou quinzième fois, ce doit être un peu exaspérant.
Vendredi soir, grosse flemme et hibernation chez moi. Samedi, réveil vers 7h et comatage jusqu'à 9h. Quoi ? 9h ? Il doit y avoir erreur. Je regarde par la fenêtre : la pagode est toujours là. Silencieuse. Je passe cependant la journée dans ma chambre, à lire et à ruminer. Début du coup de blues et de l'introspection. Le soir, j'ai quand même réussi à me motiver à sortir. Je suis allé au restaurant (le même que mercredi, et j'ai pris le même plat) avec Julie et deux nouveaux arrivants français, dont un Toulousain qui me semble tout à fait charmant. Après le restaurant, direction le Dodo, bar à rhum où j'ai pris un jus de mangue (ben ouais, je conduisais après !). Tous les expatriés étaient là, comme d'habitude. Je commence à en connaître certains, c'est magique (mais bon apparemment j'ai un rythme bien plus lent que d'autres arrivés après moi).
Et dimanche, j'arrive une seconde fois à faire la "grasse matinée". Je bouine un certain temps, puis je pars me faire masser dans un cenre sur le boulevard Sihanouk, en face du Lucky Market. Je vous explique : d'abord on entre, on voit qu'il n'y a que des femmes et on pense "oh merde c'est une maison close". On prend son courage à deux mains et on avance, une jeune femme invite le client à s'asseoir et lui lave les pieds. Ensuite, direction une arrière-salle(hum...) avec 5 matelas posés par terre (et là on pense "bon ça va c'est pas un bordel"). On se couche sur le dos et c'est parti pour un massage crânien. Parfait ! Après, on sent quatre doigts s'enfoncer violemment dans les épaules. Et ça continue encore et encore (c'est que le début d'accord d'accord). Une fois qu'on se dit qu'au prochain geste de la masseuse on ne pourra pas retenir un gémissement de douleur, elle passe aux bras et aux mains, et là c'est de nouveau très bien.
Ensuite vient le tour des pieds, puis elle remonte... elle remonte... elle remonte... elle remonte encore... ouf elle s'arrête. Le massage des mollets est hyper douloureux aussi, pourtant là elle n'y va pas pouces en avant. On se met sur le ventre et elle réattaque les omoplates. On serre les dents et on se dit "ça va passer". Elle recommence avec le bras gauche, et on souffle de soulagement, mais soudain, sournoisement, sans prévenir, elle enfonce son pouce sous l'omoplate droite, pile sur une giga courbature, et là on pense "Ah la traîresse ! ".
"How are you sir ?"
"Humph, veeeeery well... "
Ensuite elle descend progressivement, masse un peu les fesses (c'est assez douloureux aussi, les fesses, mais elle ne s'éternise pas) et continue jusqu'aux pieds. Et enfin, assis, et elle fait la nuque, les épaules (pourquoi s'arrêter...) et les omoplates (encore). Et c'est fini.
Une heure de souffrance et de plaisir mêlés. A tous les masochistes : testez les massages khmers/thaïlandais. A tous les gens qui se sont plaints que quand je masse j'y vais trop fort : vous n'êtes que des tapettes. 5 dollars pour une heure, avec un thé au jasmin à la fin (mais le thé c'était peut-être juste parce qu'il y avait un grosse averse). J'y retournerai. Je suis revenu en vélo, en chantant sous la pluie. C'était bien. Je n'ai toujours pas acheté de cape de pluie...
La fin du dimanche m'a servi à bouiner et à discuter sur Internet.
Quant au contenu de mon introspection, voilà... Petites listes de faciités qui me manquent et les conclusions que j'en tire :
Je veux pouvoir me promener dans une ville sans entendre "Tuktuk sir ?" tous les dix mètres. Je veux que ma vie redevienne simple, je veux pouvoir cuisiner à nouveau des choses connues, je veux pouvoir voir mes amis, je veux que quand je claque 10 dollars pour une carte recharge de crédit téléphonique, j'obtienne 10 dollars de crédit téléphonique et pas 0, je veux pouvoir aller au cinéma même si je n'y vais jamais, je veux aller dans des bars pour voir des Français sans pour autant me dire que c'est un refus d'intégration, je veux voir des prix affichés et ne pas avoir à marchander...
Je ne suis pas fait pour les pays en développement. J'ai besoin d'ordre,de confort et de calme, trois choses qui n'existent pas simultanément ici.
Je comptais bosser à l'étranger.
Je suis de plus en plus persuadé que l'étranger sera Bruxelles. Ou à la limite l'Espagne (sauf que d'ici six mois j'aurais perdu toutes mes connaissances en espagnol, ça a déjà commencé).
C'est dur de voir s'effrondrer comme un château de cartes les illusions qu'on nourrissait à son propre sujet : aventurier, explorateur, sans racines... Mon c*l... "Nomade" ? Haha... J'aime partir, mais en gardant des ponts vers mon ancienne vie et en construisant de nouvelles relations. Ici, Internet est mon seul pont vers l'Occident, mon seul repère fixe dans un Orient dont je ne supporte pas la logique et la langueur. Et quelles relations construis-je ? Quelques repas (d'ailleurs très agréables) au restaurant avec des Français de passage, quelques camaraderies avec des expatriés de longue date que j'admirais mais que je sais désormais ne jamais pouvoir imiter. Rien de solide pour le moment, pas d'amitié forte comme j'en ai eu à Bruxelles, encore moins de relations amoureuses. Moi qui pensais que Bruxelles avait fini de me socaliser, me voilà plongé jusqu'au cou dans ma timidité et mon inadéquation avec mon environnement et les gens qui y évoluent.
Je culpabiliserais presque de ne pas me lever tous les jours en pensant que le Cambodge est un pays formidable (ce qui est vrai) mais au contraire de me focaliser sur ces défauts : un peuple passif (ok, c'est très bien d'être passif, mais pas en tout, quoi), désorganisé, bruyant, dirigé par une élite corrompue rendant d'autant plus ardue le développement du pays et l'accès à des services auxquels un Occidental tel que moi est habitué et considère comme normaux, englué qu'il est dans des schémas de consommation qu'il critiquait sans pour autant envisager de s'en passer et qui, maintenant qu'il est mis face à ses contradictions, boude et déprime comme un enfant gâté à qui on refuse un bonbon.
Ah ça, les voyages forment la jeunesse... Celui-ci sera aussi riche en enseignements que mon stage à Bruxelles, même s'il sera aussi beaucoup plus éprouvant. Par bonheur, mon tempérament de girouette optimiste me préserve des coups de blues de plus de deux jours et me permet de voir aussi le bon côté des choses. Aujourd'hui [j'ai écrit ça samedi], le girouette désigne obstinément de Nord-Ouest et l'Europe, mais je sais qu'elle finira par changer de cap et par me désigner l'Asie et ses trésors.
Je sais que j'ai malgré tout une chance inouïe et que ce séjour, même s'il est violent, sera positif ne serait-ce que par le fait qu'en revenant en France je saurai un peu mieux qui je suis, ce que je veux... et ce que je ne veux pas. Mais n'empêche, j'en chie...
Ce n'est pas négatif, c'est... initiatique. Il y a quelques décennies il y avait l'armée pour passer à l'âge adulte et apprendre à mieux se connaître, à présent nous choisissons nous-mêmes nos rites de passage. Je ne regrette pas d'avoir choisi celui-là. Si je n'en bavais pas un peu, où serait le défi (je n'ai pas encore assez grandi, je raisonne toujours en "Chiche ou pas chiche ?"), où serait l'apprentissage, où serait la rupture du cordon et la sortie du cocon familial (là il n'y a pas de problème, je la sens bien la rupture) ?
J'ai peut-être simplement été un peu prétentieux, aveuglé que j'étais par mes certitudes d'être capable de conquérir le monde, par un remugle de crise d'adolescence tardive qui me faisait croire que puisque j'avais déménagé toute ma vie, cela signifiait que j'étais capable de me détacher de tout et de tourner le dos fièrement à la France et à ceux qui y restaient. La chute du nuage et le choc avec le plancher des vaches sont aussi douloureux que mon orgueil était grand, mais c'est un mal pour un bien : je sais maintenant que ma modestie n'était qu'une farce à laquelle j'avais moi-même fini par croire. J'avais pris la grosse tête sans m'en rendre compte, à me croire plus fort et plus adaptable que tout le monde. Finalement, moi aussi j'ai besoin d'une machine à laver qui fonctionne et de vivre dans une rue qui ne sent pas les égouts.
Je crois que les deux traits de caractère qui m'ont poussés ici sont ceux-ci : inconscience et orgueil, même si une authentique curiosité de découvrir autre chose que l'Occident n'était pas loin non plus, derrière ces deux défauts.
Voilà. Comme je l'ai dit, ce texte date de samedi, et même si je n'en renie pas le fond, il faut en nuancer la forme : il y a des hauts et des bas et toutes mes réactions sont amplifiées par mon manque de repères. Et samedi était un bas. Il n'empêche que je ne passerai pas ma vie au Cambodge, ni dans un pays non-Européen, et que ça remet en question tout ce que je pensais de moi et toutes mes ébauches de plan de carrière. C'est ça qui a été assez dur en fait : me rendre compte que je m'étais trompé à mon sujet et l'accepter. C'est fait, mais ça nécessitait un coup de blues. Je pense que du coup je serais plus à même d'affronter le reste du séjour et les contrariétés qui ne manqueront pas d'arriver. C'est peut-être ça, la sagesse bouddhiste : se dire que ça passera et que dans une autre vie (quand je reviendrai en Europe) tout ira mieux. Héhé !
Bref, aujourd'hui tout va bien et c'est ce qui compte !
Bisous à ceux qui veulent et tant pis pour les autres !
Guillaume, qui est quand même dans un beau pays.
Publié par Guillaume1712 à 13:35:20 dans Les aventures d'un Ensarien au Cambodge | Commentaires (3) | Permaliens
Voilà quelques constats que j’ai pu faire à partir de mes observations d’un échantillon non représentatif de Cambodgiens. Ce texte ne constitue pas un jugement, même si à vivre quotidiennement ces comportements peuvent me hérisser le poil…
- Les Cambodgiens que je connais ne remplissent jamais le réservoir de leur véhicule.
- D’ailleurs s’ils savent qu’ils doivent faire un long trajet, ils ne rajoutent pas d’essence la veille, ils préfèrent le faire le jour même et partir en retard sur leurs prévisions.
- Si un feu rouge se profile à l’horizon, ils préfèrent tourner avant pour le contourner, même s’ils savent que le vérifier à chaque fois que le détour prend deux à trois fois plus de temps que l’attente au feu. Mais au moins ils ne se sont pas arrêtés…
- Si on montre à certains Cambodgiens qu’il existe un raccourci pour aller d’un point A à un point B, qu’ils l’empruntent et constatent la chose par eux-mêmes, il ne leur viendra pas à l’idée de l’utiliser dans l’autre sens et encore moins de partager l’information autour d’eux.
- Beaucoup de Cambodgiens ne savent pas dire « non » et préfèrent accepter, quitte à inventer des excuses impossibles à croire plus tard.
- Quand un Cambodgien découpe un poulet, il s’arrange pour qu’il y ait des bouts d’os dans chaque morceau.
- Les Cambodgiens disent « Bonjour Monsieur Prénom » et pas « Bonjour Monsieur Nom » comme nous. C’est le seul point dont je comprends la logique.
En plus de ça, c’est parfois très difficile de comprendre la façon dont ils exposent les choses. Ils n’ont pas la même notion du temps que nous (qui datons les événements quand nous les racontons) et on se retrouve avec un mélange d’éléments passés (parfois de plusieurs années), présents, voire futurs, parfois sans rapport avec le sujet initial de la conversation, mis bout à bout sans qu’il soit possible à un Européen de percevoir les soutènements logiques de l’ensemble. C’est assez frustrant puisqu’il faut alors tenter de choper un bout de l’histoire et de dérouler la pelote de laine qu’ils en font, centimètre par centimètre et sans s’énerver, en posant des questions simples pour tenter d’empêcher les digressions inévitables. Je ne suis même pas capable de vous retranscrire des exemples tellement certaines conversations sont surréalistes : je n’arrive tout simplement pas à les comprendre donc à les enregistrer... C’est épuisant et ça fait perdre du temps.
Bon je tente un exemple quand même :
- A ton avis c’est possible d’avoir ce contact ?
- Oui mais je dois demander à un ami mais il n’est pas là en ce moment parce qu’il passe des examens et donc il n’a pas le temps de me répondre.
- Même pour un coup de fil de 5 minutes ?
- Oui mais sa mère est malade et il est rentré chez lui.
- Et il n’y a pas le réseau chez sa mère ?
- Si mais il faut qu’il aille chercher des médicaments.
A ce stade il faut respirer profondément.
- …… Hunhun…… Donc en fait il n’est pas possible d’avoir ce contact.
- Si si je vais appeler un autre ami.
- …
Là, il est possible de penser « Mais il se fout de ma gueule ?! », mais déconseillé de formuler cet avis à voix haute, parce que non, il ne se moque pas.
Dans la réalité la conversation et les réponses seraient beaucoup plus longues et alambiquées, mais ça vous donne une idée de la difficulté. Peut-être que le fait que le français ou l’anglais ne soit pas leur langue complique les choses, mais je ne pense pas que ça impacte vraiment la logique (au contraire, quand j’ai du mal avec une langue j’essaie d’aller droit au but pour recourir au moins de vocabulaire possible).
Evidemment il y a aussi des Cambodgiens très clairs qui parviennent à éviter les parenthèses non nécessaires. Bizarrement ce sont ceux-là qui sont à la tête d’entreprises…
C’est assez dommage parce qu’avec un peu plus d’organisation, je pense que les Cambodgiens pourraient gagner des années dans leur progression vers un état de développement plus avancé (comme les voisins Thaïlandais), même si ce n’est pas le seul paramètre qui entre en jeu.
Publié par Guillaume1712 à 18:58:23 dans Les aventures d'un Ensarien au Cambodge | Commentaires (3) | Permaliens
Mardi, j’ai eu une bouffée soudaine d’enthousiasme : je me suis rendu compte que j’avais quand même de la chance d’être ici (même si c’est en grande partie moi qui me suis créé cette chance). La chaleur étouffante est soudain devenue agréable, les klaxons ont disparu de mes oreilles (certes, l’une d’elle est à moitié fermée en ce moment sans que j’arrive à savoir pourquoi), la poussière ne me faisait plus cligner des yeux et suffoquer, bref, j’étais bien.
Ce matin, la rage a consumé cet élan d’allégresse en quelques secondes. Quelques secondes, c’est le temps qu’il m’a fallu pour bondir hors de mon lit à 5h30 du matin à cause d’un nouveau concert de percussions des bonzes de la pagode voisine. Le bouddhisme cambodgien m’inspire un scepticisme teinté de déception mais la pagode en face de ma fenêtre est en train de cristalliser une haine farouche des traditions religieuses bruyantes (les autres ça va), que je combats comme je peux pour ne pas passer à mes propres yeux comme un infâme colon refusant de s’intégrer. D’un seul coup, la poussière, le bruit de la rue, la conduite de chauffards, les odeurs des gaz d’échappement me sont revenus avec force.
Alors oui, le Cambodge est un beau pays avec un peuple charmant et accueillant. Mais non, je ne pense pas y retourner pour travailler après mon stage. Ou alors pour vivre dans un coin de Phnom Penh éloigné de toute pagode et des grandes et petites artères de circulation.
L’avantage de ce stage c’est qu’en revenant en France je serai capable de ne dormir que 4 heures par nuit et d’être quand même actif toute la journée.
A part ça, ce soir je suis allé au restaurant avec deux touristes français rencontrés dans le bus dimanche. J'ai mangé un steak au poivre de Kampot et des pommes de terres sautées. Le bonheur est une chose si simple... J'ai passé une excellente soirée.
Demain ou après-demain je mettrai des photos de Siem Reap.
Bisous à ceux qui veulent et tant pis pour les autres !
Guillaume
Publié par Guillaume1712 à 18:56:26 dans Les aventures d'un Ensarien au Cambodge | Commentaires (0) | Permaliens
Samedi 11, lever 6h. je comate un peu trop dans mon lit et je dois donc avaler mon petit déjeuner en vitesse. Je pars pour le marché Orussey, près duquel se trouve l’arrêt de bus. C’est un bordel monstrueux. Il y a du monde partout : les gens rentrent en famille pour fêter le Nouvel An khmer.
Je retrouve Borin à 7h20. J’apprécie toujours autant qu’on me dise « sois là impérativement à 7h » et qu’on se pointe 20 minutes plus tard avec un « Ah t’es déjà là ? » surpris. Nous parvenons à repérer le bus (je suis fier, c’est moi qui le vois en premier) et nous prenons place. Nous partons à 8h (c’était marqué 7h30 sur le ticket). Je suis super mal installé, et même pas à côté d’une fenêtre.
J’arrive quand même à voir le paysage. Mes impressions vues d’avion sont confirmées : le Cambodge est un pays plat. De temps en temps, une colline surgie on ne sait comment coupe l’horizon, qui s’étend autrement sur plusieurs centaines de mètres, façon Beauce sauf que les bosquets français ne contiennent pas de palmiers.
Je vois des vaches, des buffles, des rizières, des marchés sur le bord de la route, bref le Cambodge.
Dans le bus résonne la musique niaiseuse khmère. Après un moment je m’aperçois qu’on a aussi les clips. Je regarde un moment, mais ça me désespère. La censure gouvernementale édulcore tout. Toutes les chansons ont l’air de s’intituler « Ma copine est partie et c’est la misère », « Mais pourquoi refuse-t-elle de sortir avec moi alors que je sais qu’elle dira oui à la fin du clip ? » ou « Comme on est heureux ensemble ! », avec des clips du même acabit, le tout décliné selon deux rythmes : le slow et le rapide. J’ai même du mal à savoir quand on passe d’une chanson à l’autre tellement les airs sont semblables. Pour les clips, voilà : en gros il y a un couple, la fille boude et minaude et le garçon essaie de la faire sourire ; derrière il y a quelques danseurs plus ou moins doués et derrière encore, la campagne cambodgienne. Bon, si j’avais subi ça moins de 6h d’affilée je serais peut-être moins critique, mais que voulez-vous, il faut bien que je fasse honneur à la réputation de râleurs des Français.
Après quelques pauses, nous arrivons enfin : 6h et 350 km. C’est mieux qu’en Roumanie, ceci dit, il me semble, sauf qu’en Roumanie la musique était potable. Un frère et une sœur de Borin viennent nous chercher. On récupère aussi une amie de la sœur et on va manger dans un fast-food tout en faisant connaissance. Ils parlent français ou anglais, ça m’aide.
On arrive ensuite chez Borin, dans une immense baraque. C’est la fête chez les voisins : 100 jours après un enterrement, on célèbre la fin du deuil, chapiteau et grosses ampli à l’appui. Je fais la connaissance des neveux et nièces de mon collègue, d’un autre frère, des sœurs, d’un beau-frère, d’une grand-mère, d’amis… en tout il y a une bonne quinzaine de personnes, je me sens vite paumé.
Les garçons me parlent des filles cambodgiennes comme d’excellentes épouses. Cool. Je suis invité à un mariage à la fin du mois. L’heureux élu n’a pas vraiment l’air de l’être. Il est guide touristique et la crise, ajoutée à son mariage, ont fait fondre ses économies. Il me propose néanmoins de me faire visiter Angkor le lendemain, gratuitement.
Borin m’emmène visiter le village, c’est-à-dire qu’on remonte la rue principale en voiture sur 200m et qu’on fait demi-tour. Je rencontre sa mère, qui a l’air adorable. Puis tout le monde fait la cuisine et les jeunes et invités mangent. C’est évidemment super bon.
En fin de repas je découvre un fruit local, la « couille » (enfin ça se prononce comme ça en khmer). Comment expliquer… Ca ressemble à un abricot, mais la peau fait 5mm, est très laiteuse et collante et abrite une boule rose-orangé constituée de graines enrobées de chair. Ce n’est pas mauvais, un peu acide. Je n’ai pas compris s’il fallait croquer les graines ou pas, eux ne les recrachent pas mais pour avoir croqué dans une, j’ai préféré avaler les suivantes.
Après le repas, douche, constat que les moustiques de Siem Reap sont beaucoup plus agressifs que leurs congénères de Phnom Penh, et je m’éloigne pour laisser Borin profiter de sa famille.
Ils sont tous adorables et la moitié parle français ou anglais. Je ne pourrai pas cacher ma timidité derrière la barrière de la langue. Je progresserai peut-être aussi un peu en khmer…
Ah oui et aujourd’hui j’ai entendu la version khmère de « Beautiful Girl », c’était très drôle.
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Dimanche 12 avril. 5h30. C’est la fin de la fête du deuil chez les voisins, donc ils remettent un coup de musique pourrie à fond pendant une heure ou deux. L’avantage de ce pays c’est que quand on veut faire la fête il n’y a pas à se soucier d’un quelconque respect pour les voisins.
Je me lève à 7h, comme convenu. Borin part à la pagode. Nouvelle preuve de l’esprit d’organisation du gars qui me conseille d’être prêt à 7h30 quand il sait que lui-même ne le sera qu’à 8h, au mieux. A son retour, petit déjeuner : soupe avec des pommes de terre (les premières que je vois ici) et du poulet. C’est dur…
Un ami de Borin nous rejoint puis nous partons prendre notre guide avant d’aller à Angkor. Il n’a pas mangé. Organisation quand tu nous tiens… Une fois ce problème réglé, nous pénétrons dans Angkor Vat, dédié à Vishnu si j’ai bien écouté, le plus majestueux et le plus rénové des temples du site. C’est grandiose, évidemment, et on se demande comment des hommes ont réussi à construire des monuments pareils. On fait le tour et je prends pas mal de photos (vous constaterez par vous-mêmes que la plupart sont ratées à cause de la trop grande luminosité et de l’incompétence du photographe, c’est-à-dire moi)(j’ai un peu la rage, du coup). Il y a du monde, mais moins que ce à quoi je m’attendais. Les étages sont fermés pour cause de travaux. Dommage.
On reprend la voiture pour aller au Bayon, dédié lui au Bouddha (celui du Petit Véhicule). Avec ses tours à quatre visages et ses bas-reliefs décrivant la vie quotidienne de l’ancien Cambodge, ce temple me plaît énormément. Là encore, photos de piètre qualité. Nous terminons l’exploration par le Ta Prom, dont le principal intérêt est qu’il est envahi par la végétation.
Je n’ai donc visité qu’un centième des temples d’Angkor (il y en a 308 je crois, dans toute la région) et ça me dirait bien d’y retourner, mais tout seul, pour faire ça à mon rythme et refaire ces ù£^µù* photos. Je ne sais pas si j’en aurai l’occasion, mais l’aperçu que j’en ai eu était de toute manière très intéressant.
Après ça, visite des Artisans d’Angkor, qui produit sculptures sur bois, sur pierre, gravures et soieries. C’est très beau, mais vu les prix affichés je me demande comment ils s’en sortent. Nous visitons ensuite l’atelier et le jardin d’un des concurrents des Artisans, un hyperactif dans le bon sens du terme. Il est passionnant. Nous échouons ensuite dans un bar khmer où je m’endors lamentablement dans un hamac. Nous en partons vers 18h. Je suis invité à la fête du village de notre guide, le soir même, pour danser. Je suis là pour ça !
Après le repas (sang de cochon coagulé et légumes, entre autres plats) et quelques discussions dont je n’ai rien saisi, nous nous rendons audit village, à quelques kilomètres de là. Je découvre avec joie que les campagnes peu éclairées permettent de voir les étoiles nettement. C’est sans doute le seul avantage de cette situation. Nous arrivons enfin : un grand écran diffuse en plein air un film avec costumes traditionnels et bon sentiments. Nous ne nous éternisons pas. Pour la danse nous avons le choix entre la traditionnelle ou l’autre. On se tourne d’abord vers la musique actuelle, sous le chapiteau. Ni Borin ni les autres n’ont l’air motivé. Moi, je ne peux pas me cacher, ma blancheur est immédiatement repérée et un quinquagénaire m’invite dans la danse. Tous les regards sont braqués sur moi, mon égo est ravi, moi un peu gêné. Je me retrouve quand même à danser une version édulcorée de la guillaumienne (pour ceux qui visualisent) au milieu d’un groupe de mères de famille hilares.
Après quelques chansons, on va voir le groupe de musique traditionnelle. Là aussi je deviens le centre d’intérêt sauf que j’évolue plutôt au milieu des grands-mères de famille. Elles sont contentes comme si j’étais la surprise de l’année, c’est assez drôle. Elles essaient de m’apprendre les pas, assez simples, mais j’ai un peu de mal à coordonner bras et jambes alors que quelqu’un me parle dans une langue que je ne comprends pas pendant que d’autres essaient d’attirer mon attention.
Un quinquagénaire bourré en treillis militaire me met la main dessus et me force à continuer à danser. J’accepte sans me vexer. Je m’échappe quelques airs plus tard et je rejoins les plus jeunes. Le soldat (ou pas) me remet le grappin dessus et entraîne aussi deux filles de sûrement moins de 15 ans. Cool… Là encore je m’esquive après un moment. On décide de partir. Il est 21h40. Bon, ok.
Et voilà, fin d’une soirée courte mais vraiment amusante !
Bon, j’ai un peu de mal avec l’humour machiste et beauf des Khmers masculins de moins de trente ans. Les Européens n’ont pas forcément grand-chose à leur envier de ce point de vue-là, mais ça n’excuse rien. Je n’arrive pas à rentrer dans leur jeu et j’espère juste qu’ils se disent que les Français ne traitent pas la gente féminine avec un tel manque de respect.
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Lundi, journée loque à part le soir où toute la famille (et donc moi aussi) est allée manger au restaurant. Les restaurant ici ne sont pas tout à fait comme chez nous : en France on se débrouille pour créer une certaine intimité. Ici non, on est dans une grande salle sans la moindre cloison. On mange une fondue khmère (une espèce de pierrade en fait), c’est bon. Ensuite Borin et moi partons chez un de ses amis pour danser encore. Ils veulent me faire boire, je n’ai accepté que deux bières (même si elles ne font que 4,5°). Je me rends compte qu’on s’habitue à la musique khmère, quand on ne voit pas les clips.
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Mardi, on a visité une ferme de dragons (fruit du dragon) tenue par un Français. C’était hyper intéressant tant par ce qu’il fait que par ce qu’il m’a raconté de l’histoire récente du Cambodge, qu’il a connue.
Après ça, retour chez Borin, non sans avoir fait un tour à l’abattoir en plein air de son père (mais c’était tout propre et puis bon, la veille j’avais déjà vu un porc se faire dépecer sous mes yeux en plein air aussi, donc rien ne me choque) et direction la ville natale des enfants de la famille. Après 40 minutes de piste, on arrive dans un bled paumé. C’est là. Je rencontre plein d’inconnus, je mange des trucs dont l’état sanitaire est plus douteux que n’importe où ailleurs, mais c’est excellent. A un moment je vois un plat arriver. Je pense aussitôt « Goûte et demande ce que c’est seulement après avoir avalé ». Borin ne me laisse pas ce loisir : « Mange, c’est de l’utérus de truie, c’est très bon ! ». J’explose de rire. « T’aurais pu attendre cinq minutes avant de me dire ça… ». Je me lance quand même. Très bon n’est pas le bon mot, c’est bouilli donc ça n’a pas de goût, mais ça passe. Enfin je n’ai pris qu’une bouchée, j’avoue.
Après le repas, un groupe d’hommes arrive et ils m’invitent à boire de la bière. Celle-ci est à 8° et a un peu plus de goût, c’est d’autant plus difficile. On part ensuite danser sur la musique traditionnelle : tam tam et instrument à cordes. Là encore je fais l’attraction et la mère de Borin est ravie. Il paraît que je danse mieux que les Cambodgiens (dixit la grande sœur de Borin).
Une partie de la troupe, moi inclus, se met à l’intérieur et l’orage éclate peu après. L’unique lampe de la maison s’éteint (pourtant je croyais que l’intérêt d’un groupe électrogène c’était justement d’éviter les coupures de courant). Dehors les derniers danseurs se dispersent avant l’arrivée de la pluie. Le courant revient et je découvre les veillées d’antan qui ici sont toujours d’actualité : jeux de cartes et potins. Les franco- et anglophones sont déjà couchés et je ne peux plus que sourire. Je m’enfouis dans mon sac de couchage SNCF (abandonné par un voyageur à ma maîtresse de stage). Il n’est pas encore 22h, mais au moins j’ai dansé.
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Après une nuit agitée, je me lève en dernier (normal). Le répulsif à moustiques a l’air d’avoir fonctionné, même si j’en ai vu un se poser sur moi moins de 15 minutes après l’avoir appliqué. Tout le monde est debout depuis bien longtemps. On part en voiture en quête d’un restaurant où prendre le petit déjeuner. Enfin, restaurant… disons plutôt maison qui vend de la nourriture. Les enfants de la maison où on s’arrête ouvrent des yeux grands comme des soucoupes. Eh ouais, un Blanc, c’est blanc, voire un peu rouge.
Nous rentrons en soulevant de grandes gerbes d’eau sur notre passage (rien que pour ça j’aime les 4x4). Borin m’emmène visiter le coin à pied. On s’arrête devant un groupe d’hommes dont certains sont de la famille et Borin discute une demi-heure, puis on retourne manger. Il doit être 10h. Ensuite on part en forêt pour cueillir des couilles. Sauf que ces bêtes-là poussent en haut de grands arbres. On m’interdit formellement de grimper. Tss. Du coup on récolte 5 couilles, mangées avant même de rejoindre la voiture.
A peine de retour chez la grand-mère, nous repartons, cette fois-ci pour de bon. Ce séjour était probablement le plus authentique et le plus inaccessible aux touristes que je ferai ici. J’ai pu profiter de l’accueil cambodgien dans toute sa gentillesse, sa bonne humeur et sa simplicité, et j’ai une fois de plus échappé à l’intoxication alimentaire que tous les expatriés me promettent depuis mon arrivée ici.
Une fois douché et un peu reposé, direction le Village Culturel Cambodgien, une sorte de Puy du Fou kitsch local : spectacles, villages typiques des minorités cambodgiennes, musée Grévin de l’histoire du pays, réplique en miniature des principaux monuments… Les trois spectacles que j’ai vus étaient plutôt sympa, traitant de mythes ou de faits historiques avec humour : je n’ai pas compris le premier, le second était la légende de l’Excalibur locale (l’épée étant ici un arc) et le troisième était l’histoire du roi qui a unifié le Cambodge au XIIè siècle.
Je profite du voyage pour goûter les œufs euh… j’ignore leur nom. En gros on perce un gros trou dans la coquille, on récupère l’intérieur, qu’on mélange avec des épices (poivre, ail, glutamate…) on remet le tout dans la coquille et on le cuit dur. J’étais sceptique, mais finalement c’est très bon. En fait les seuls plats dont je ne sois pas vraiment fan ce sont leurs soupes de poisson. C’est un peu comme dire à un Belge qu’on aime pas les moules-frites, mais bon…
De retour à la maison, repas, douche (ils sont à 3 ou 4 par jour donc je passe pour un crade si je n’en prends qu’une). Et dodo. Ah il faut que je vous explique la douche : on remplit une grande poubelle d’eau (je n’ai pas compris comment fonctionnait l’eau en fait) et on se douche avec une grosse louche en plastique. Ce n’est pas du tout pratique pour moi.
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Jeudi, beaucoup de loquage. L’après-midi, j’ai vu une souris dans ma chambre. A part ça, j’ai pas mal écrit. La mère de Borin a déclaré qu’elle souhaitait que j’apprenne le khmer pour pouvoir discuter ensemble et elle a aussi dit qu’elle me considérait comme son quatrième fils. J’ai très honte de n’avoir rien fait pour mériter ça et de n’être pas capable de la remercier.
En début de soirée (enfin selon mes critères) on est allés manger chez un ami du frère de Borin. Plusieurs parlaient anglais donc je n’étais pas trop largué. J’ai goûté les fruits de mer : plat de coques aux épices (ça passe mais sans plus), pieuvre au poivre (j’adore) et soupe de crevette (j’ai bien aimé, moi qui n’aime pas les crevettes). Les gars ont encore une fois essayé de me faire boire. Je m’en suis tiré pour trois bières.
Au retour, on a remangé. Encore des coques, préparées différemment mais toujours pas à mon goût, du poulet toujours coupé de façon à ce qu’il y ait des os partout et du porc en lanières quasiment sucré. J’essaierai de trouver la recette par moi-même, c’est excellent. Le beau-frère de Borin m’a à nouveau sorti une bière. Décidément… On m’a aussi invité à revenir avant mon départ en France. A voir, j’aimerais bien, mais il faudra vraiment que j’apprenne à parler parce que ça me soûle de passer pour un autiste souriant.
En tous cas les gens ici sont adorables. J’essaie de visualiser la situation inverse : un Cambodgien qui passerait une semaine dans une famille sans parler un mot de français et se ferait trimbaler chez les amis et la famille de la campagne très profonde. Je ne suis pas persuadé que l’accueil soit aussi chaleureux et sincère que celui dont je bénéficie.
Ah et je pense que le plus jeune frère de Borin est potentiellement homo ou en tout cas qu’il a compris que moi je l’étais. En même temps à force de voir des canons torse nu, forcément je finis par mater…
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Vendredi, réveil frai et dispo vers 5h du matin. Ce pays m’inquiète. Je me lève à 6h20 (il ne faudrait pas exagérer) et on m’annonce qu’on part à 6h30. Ce n’est qu’une heure plus tôt que ce qu’on a décidé la veille… J’avale mon petit déjeuner en vitesse, je zappe la douche et je suis prêt. Je suis le seul. La première voiture part à 7h00, la seconde à 7h45 après un arrêt au marché pour acheter eau et glace. Ayant toujours été assez organisé (si si maman, c’est juste que c’est pas comme toi) voire germanique, je hurle intérieurement. Après une heure de route, on s’arrête pour manger. La logique khmère me dépasse. On mange donc des nouilles de riz à 9h du matin, et même si c’est dans le restaurant de nouilles le plus réputé (du district ? de la province ? du pays ? mystère), c’est dur.
Après encore une heure de route avec un trafic dense, la voiture commence à escalader le Phnom Kulen, « montagne » sacrée du Cambodge. La vue est magnifique. Les gardes ne voient pas qu’il y a un Blanc dans la voiture, du coup au lieu de 20 dollars, c’est quelques centaines de riels. Tant mieux. De toute façon j’ai appris après que l’argent récolté ne va pas pour la conservation du site mais dans une poche mystérieuse.
On investit une paillote et on part se baigner dans une eau d’une couleur douteuse. D’enthousiasme, je plonge… dans un rocher. L’eau n’est vraiment pas claire. Je récolte donc un bleu énorme à l’avant-bras gauche et un poinçon à l’ongle de l’index droit. Toute la famille se foutra de ma gueule jusqu’à la nuit à cause de ça. Ça ne m’arrête pas pour autant.
Je suis le seul à me baigner en maillot, les autres sont au mieux en short, au pire tout habillés. Je passe encore pour une bête curieuse mais il est hors de question que je me baigne habillé. Je suis aussi le seul à savoir nager (enfin à oser aller là où je n’ai pas pied).
On se sèche pour manger (encore) vers 11h30 puis Borin m’emmène voir la grande cascade. C’est magnifique, mais bondé, ce qui gâche un peu. Elle fait une quinzaine de mètres de haut. On y passe un long moment à escalader les rochers puis on retourne se baigner. Je tombe nez à nez avec une araignée énorme. Enfin, elle est sur un bout de polystyrène flottant et moi dans l’eau, donc tout va bien… Le frère de Borin m’emmène ensuite vers l’autre intérêt du site, le Grand Bouddha. Il est sculpté au sommet d’un rocher d’une vingtaine de mètres de haut et un pagode est construite autour. C’est vraiment impressionnant. On redescend vers la rivière en motodop, le frère de Borin étant un petit joueur. C’est assez surprenant de constater que je supporte mieux la chaleur qu’eux.
A la paillote c’est déjà l’heure du départ. On remballe tout et on s’empile à 9 dans la voiture. Techniquement, on pourrait rentrer à 15 (si beaucoup sont des enfants), mais à 9 c’est déjà assez inconfortable.
Je pensais qu’on rentrait, mais non, on s’arrête devant un bassin du site d’Angkor pour pique-niquer à 17h30. Avec les mains. Tout le monde (on est une trentaine) est ravi que je ne rechigne pas. Ça ne m’empêche pas de me faire beaucoup chambrer.
Finalement on rentre. Douche. En serviette, je croise – encore – un moine venu bénir la maison en échange de nourriture. Le bouddhisme, comme toutes les religions, me laisse sceptique. J’ai du mal à voir les prêtres et moines de toutes confessions autrement que comme des parasites profitant de la crédulité des gens. Et quand on les voit psalmodier avec une expression d’ennui profond sur le visage, ils paraissent tout de suite moins sympathiques, malgré leur bel habit orange. M’enfin, il paraît que je suis radin, ceci explique peut-être cela.
J’ai passé une excellente journée. Ca fait du bien de se baigner enfin !
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Samedi, canicule. Lever tard, recoucher aussitôt après le petit déjeuner et ce jusqu’à midi. Je ne suis pas vraiment fatigué, mais vu que tout le monde est amorphe, je suis le mouvement. Après le repas de midi et un dessert étrange (ça ressemble à de la morve blanche dans laquelle flotte des graines et je ne sais pas trop ce que c’est, peut-être du lait de soja à moitié caillé, je n’en sais vraiment rien), rebelotte jusqu’à 14h. Borin et moi partons alors visiter des fermes, sous le soleil tapant, en moto. Les routes sont totalement défoncées. On s’arrête dans une petite ferme de canards en plein air, puis on reprend la piste vers Siem Reap. Borin se perd et nous emmène sur les « chemins de charrettes ». j’aime bien sillonner ces pistes qui coupent le paysage du Cambodge campagnard, où vit la grande majorité des Cambodgiens et que les touristes ne voient probablement pas tant que ça.
Borin retrouve son chemin et on rencontre un producteur d’œufs. Il m’emmène ensuite vers un lac (surpeuplé encore) où il allait souvent après le lycée, puis audit lycée.
Ensuite on rentre et je goûte un dessert à base de fruit de palme coupé en dés et trempé dans du lait de coco. L’un sucre l’autre, et c’est plutôt bon. Après ça je pars regarder un peu TV5 Monde dans l’espoir de me mettre au courant de l’actualité, mais après un reportage sur les requins ils annoncent « 30 millions d’amis » donc je n’ai pas d’autre choix qu’éteindre.
Bouinage quelques heures, puis repas, toujours aussi bon. La grande sœur de Borin et son mari arrivent plus tard. Le second sort des bières. J’ai rarement bu aussi régulièrement que cette semaine, même si ce n’est pas à hautes doses et que la Crown a plutôt un goût d’eau gazeuse. Je me rends compte que le beau-frère est vraiment le plus canon des gars de la famille, même si les autres sont tout à fait charmants aussi. Bref, ça ne changera pas ma vie.
Dimanche, je me lève vers 8h, en culpabilisant un peu d’avoir manqué le départ du petit frère de Borin à 6h. Je me rends très vite compte qu’en fait il n’est pas encore parti. Décidément, je me le dis presque tous les jours, mais tous les jours je m’aperçois que je ne me ferai jamais au sens de l’organisation des Cambodgiens, ou plutôt à son absence. Je lui dis donc au revoir (il étudie la médecine en Thaïlande) et je retourne à mon petit-déjeuner. Ensuite je prépare mon sac et je fais acte de présence pour ma dernière matinée dans la famille.
On déjeune à 10h30, on fait nos adieux. J’ai passé une semaine formidable dans une famille adorable avec un sens de l’humour appréciable.
On part pour Siem Reap. Pour le coup on est en avance et on attend une petite demi-heure sous un soleil de plomb. Le bus ouvre finalement ses portes à 12h30, et on grimpe en quête de climatisation. Un couple de jeunes français s’installe à côté de moi et on discute un peu. Le bus démarre. C’est parti pour 6h30 de musique et clips kitsch. On a même droit à 4 remix de la Macarena et un de la Lambada, c’est assez drôle. Et puis c’est bon de voir des Français, ne serait-ce que pour pouvoir critiquer.
Je regarde le paysage mais je ne suis pas près de la fenêtre donc je ne peux toujours pas prendre de photos. Il y a une autre Française dans le bus, une césurienne de l’INA-PG, c’est marrant. Malheureusement elle est sortie du bus aussi vite que moi à Phnom Penh et je n’ai pas eu le temps de lui proposer d’échanger nos numéros. Je la retrouverai peut-être un soir dans un bar, on verra.
Le voyage est désespérément long, même en discutant un peu, même en essayant de dormir, même en s’arrêtant deux fois, même en admirant le paysage et même en médisant. A l’approche de Phnom Penh, tout empire : l’état de la route et le trafic. Je regarde le coucher du soleil en me contorsionnant comme je peux.
Finalement le bus arrive à son terminus. Je prends l’adresse mail du couple pour aller manger avec eux quelques jours plus tard, puis je rentre chez moi. Je lance une lessive, je bois un grand coup, je prépare à manger, bref je brasse plein d’air pour me débarrasser des corvées. Finalement je prends ma douche, la première « vraie » depuis une semaine (parce que je n’ai pas encore la technique quand il s’agit de puiser de l’eau stagnant dans une grosse poubelle avec une louche et de se laver comme ça). Je décide de faire ça bien et comme il faut souffrir pour être propre je sors la brosse et je frotte. J’en profite aussi pour me raser, je commence à ressembler à un sauvage.
Ainsi s’achève mon deuxième nouvel an de l’année et un séjour extraordinaire.
Bisous à ceux qui veulent et tant pis pour les autres.
Guillaume
Publié par Guillaume1712 à 15:26:10 dans Les aventures d'un Ensarien au Cambodge | Commentaires (1) | Permaliens
Salut vous !
J’ai survécu à mon mini-blues du week end. La semaine n’a pas été follement passionnante mais m’a quand même remis du cœur à l’ouvrage. A citer tout de même le jeudi matin où j’ai visité des fermes (légumes, poules, canards, porcs) et que ça fait toujours autant plaisir de voir des vaches divaguer sur la route, d’apprendre des techniques maîtrisées depuis des siècles (Comment obtenir du guano dans un endroit localisé ? Faites pousser un palmier et aménagez-le en nichoir. Valable uniquement dans les régions avec peu d’arbres hauts)…
J’ai aussi passé une soirée avec ma boss, repas français (charcuterie, vin et fromage), c’était tout à fait sympathique.
Et là je prépare mes affaires pour passer une semaine dans les environs de Siem Reap, avec évidemment un tour à Angkor et d’autres visites de fermes. Une semaine sans nouvelles de moi je pense, mais je reviendrai avec des photos !
Bisous à ceux qui veulent et tant pis pour les autres !
Guillaume
Publié par Guillaume1712 à 14:34:07 dans Les aventures d'un Ensarien au Cambodge | Commentaires (2) | Permaliens
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