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idéaux et pensées d'un simple penseur

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Emaux et Camées | 11 janvier 2008


LE POËME DE LA FEMME
MARBRE DE PAROS


Un jour, au doux rêveur qui l'aime,
En train de montrer ses trésors,
Elle voulut lire un poëme,
Le poëme de son beau corps.

D'abord, superbe et triomphante
Elle vint en grand apparat,
Traînant avec des airs d'infante
Un flot de velours nacarat:

Telle qu'au rebord de sa loge
Elle brille aux Italiens,
Ecoutant passer son éloge
Dans les chants des musiciens.

Ensuite, en sa verve d'artiste,
Laissant tomber l'épais velours,
Dans un nuage de batiste
Elle ébaucha ses fiers contours.

Glissant de l'épaule à la hanche,
La chemise aux plis nonchalants,
Comme une tourterelle blanche
Vint s'abattre sur ses pieds blancs.

Pour Apelle ou pour Cléomène,
Elle semblait, marbre de chair,
En Vénus Anadyomène
Poser nue au bord de la mer.

De grosses perles de Venise
Roulaient au lieu de gouttes d'eau,
Grains laiteux qu'un rayon irise,
Sur le frais satin de sa peau.

Oh! quelles ravissantes choses,
Dans sa divine nudité,
Avec les strophes de ses poses,
Chantait cet hymne de beauté!

Comme les flots baisant le sable
Sous la lune aux tremblants rayons,
Sa grâce était intarissable
En molles ondulations.

Mais bientôt, lasse d'art antique,
De Phidias et de Vénus,
Dans une autre stance plastique
Elle groupe ses charmes nus.

Sur un tapis de Cachemire,
C'est la sultane du sérail,
Riant au miroir qui l'admire
Avec un rire de corail;

La Géorgienne indolente,
Avec son souple narguilhé,
Etalant sa hanche opulente,
Un pied sous l'autre replié.

Et comme l'odalisque d'Ingres,
De ses reins cambrant les rondeurs
En dépit des vertus malingres,
En dépit des maigres pudeurs!

Paresseuse odalisque, arrière!
Voici le tableau dans son jour,
Le diamant dans sa lumière ;
Voici la beauté dans l'amour!

Sa tête penche et se renverse
Haletante, dressant les seins,
Aux bras du rêve qui la berce,
Elle tombe sur ses coussins.

Ses paupières battent des ailes
Sur leurs globes d'argent bruni,
Et l'on voit monter ses prunelles
Dans la nacre de l'infini.

D'un linceul de point d'Angleterre
Que l'on recouvre sa beauté :
L'extase l'a prise à la terre;
Elle est morte de volupté !

Que les violettes de Parme,
Au lieu des tristes fleurs des morts
Où chaque perle est une larme,
Pleurent en bouquets sur son corps!

Et que mollement on la pose
Sur son lit, tombeau blanc et doux,
Où le poète, à la nuit close,
Ira prier à deux genoux.

Publié par voyageurmystique à 21:56:08 dans ils ont dit | Commentaires (5) |

29-09-2008  16:54  29-09-2008 16:54
Dense  De  Flâneur identité certifiée Sujet:  Dense Url: [Liens]
et tout de sensibilité toute expressive ce texte.
01-02-2008  22:22  01-02-2008 22:22
attente  De  dzen59 identité certifiée Sujet:  attente Url: [Liens]
ben alors? à quand une suite??? tendres pensées d'une fée
22-01-2008  11:44  22-01-2008 11:44
Fussli  De  Ligeia  Sujet:  Fussli
Il m'a inspiré de douces courbes à donner à mes toiles contrairement au titre de ce tableau... "le cauchemar"... quel plaisir de déambuler dans ces vers si évocateurs ! Merci et sourires.
20-01-2008  01:43  20-01-2008 01:43
Rondeurs...  De  Armand Rothan Manny  Sujet:  Rondeurs... Url: [Liens]
D'Ingre. J'aime ce " Mollement on la pose "... Où le " Pouèèète " ! Bravo ! A la nuit close, va se prosterner en double génuflexion devant " Le poème de son beau corps ". Merci de votre visite et de votre aimable commentaire. Bien à vous. Armanny
14-01-2008  09:05  14-01-2008 09:05
très  De  dzen59 identité certifiée Sujet:  très Url: [Liens]
beau texte! je m'y susi attardée, car j'adore ce tableau et je l'avais utilisé aussi sur mon blog. bonne journée à toi. La fée des vents du large.

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