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Passe-Passe

.Notre vie est un roman qui s'écrit tout seul. Nous sommes les personnages et nous ne comprennons pas toujours bien ce que veut l'auteur. [GREEN]

.Lundi 17 Juin 2002. | 15 janvier 2009



Cher Journal,

Je suis à l'hôpital depuis ce matin, 9h00.
C'est très dur, j'ai rencontré les autres anorexiques; Laura, Vanessa et Bénedicte.

Papa et maman me manquent terriblement. Y'a un bouquan pas possible et la bouffe est vraiment dégueulasse.
J'ai hate departir d'ici.

On doit rester toute la journée allongé. Je sens que ça va être très dur.
Mais bon, ça va passer vite...

Sinon, il à l'air de faire beau dehors.. mais comme je n'ai pas le droit de sortir...

Publié par Jaya à 15:00:01 dans Avant | Commentaires (0) |

Dimanche 9 février 2003. | 01 juillet 2007


Bande son
: Michael Andrews - Mad World.


16h30

Papou et maman sont repartis. C'est passé très vite. On n'a fait que parler, parler de tout, de rien, de la maladie, de ce qui m'était difficile...
Il pleut. Je n'ai pas trop le moral.
Maman va rappeler mardi après midi pour savoir si j'ai le droit au téléphone, au courrier et à une visite mercredi ou jeudi prochain (...)
Il y a leur parfum dans ma chambre. Ils me manquent déjà (...).
Au goûter, j'étais toute seule, c'était hyper déprimant, surtout que papou et maman venaient de partir.
J'ai découvert un truc horrible au goûter ; je suis en faite à 1050 calories, car cette tourte de Marie-Jo c'était gourée la première fois qu'elle m'a vu, j'avais un régime de 850 calories, et comme Florence m'a augmenté hier de 200, ça fait que je suis a 1050 !!
Ca me stress vachement, j'ai l'impression d'avoir eu une augmentation et puis j'ai dépassé les 1000 calories, je trouve ça horrible. Je me sens hyper mal d'être a 1050, je trouve ça énorme (...).
Sinon le repas de ce midi c'était assez mal passé ; j'ai pleuré car je n'avais pas la bonne part de viande. (..)
Je suis vraiment trop énervée d'être à 1050.. c'est une horreur, j'ai envi de buter Marie-Jo (..)
Christophe m'a dit qu'il y avait quatre entrants demain. Ce soir, on va être huit. J'ai trop le cafard. En plus je sens que le Dr Berthier ne va jamais me donner le téléphone ni le courrier !! J'ai la trouille putain (...)

20h05
Papa maman me manquent, je les adorent..
(..) Ca ne va pas du tout, je pleure très fort. Le repas de ce soir c'est très mal passé car il y avait trois clémentines en dessert et que d'habitude c'est deux, et du coup, j'étais stressée durant tout le repas à cause de ça et j'ai eu vachement de mal a manger. Je n'ai mangé que deux clémentines, mais je me sens quand même très mal et j'ai très envie de voir papou et maman. C'est atroce ce qu'ils me manquent. Je veux rentrer chez moi, c'est horrible, je n'arrive pas à m'arrêter de pleurer, je veux les voir. (..)
J'ai peur de ne pas les voir ou de ne pas avoir de contacts avec eux pendant longtemps. Je veux les voir, ils me manquent, j'ai mes albums photos sur les genoux, mais c'est trop dur ici..
J'ai envie d'être chez moi bordel, avec eux, j'en peux plus d'être ici. (...)
Je pensais beaucoup à eux pendant le repas ce soir, parcque j'avais du mal a manger et que cet après midi, on avait discuté de mes efforts à faire contre cette foutue maladie. C'est dur.
Je les aime. (..)
J'ai mal au cœur, j'ai l'impression d'avoir un énorme poignard d'enfoncer dedans quand je pense a eux. (...)
J'en peux plus de souffrir comme ça, de me torturer l'esprit. Il faut que je me détende, que je respire profondément et que je sois positive. (...)
Je suis ici pour me soigner, et une fois que je serais en meilleure forme, je sors. Et dehors je finis de guérir et puis à moi la belle vie...

 

Publié par Jaya à 15:17:53 dans Avant | Commentaires (0) |

.T'es qui toi?. | 24 juin 2007

Dix-huit ans. Bac S passé il y a treize jours.
Issue d'une petite famille en apparence douce et tranquille : Papa, Maman, Grand frère et Moi. Ballades en vélos le dimanche. Randonnées en montagne. Vacances dans la maison familiale en bord de mer.
Sauf que.
Sauf que Grand frère est violent, dans ses mots et dans ses gestes. Et que Petite soeur a manqué crever plus d'une fois entre ses mains.
Sauf que Maman chiale sans cesse, que la semaine, elle vit comme une petite casanière, entre le grand père, la voisine gâteuse, l'épicier du coin et le fer à repasser. Et cela depuis vingt ans.
Sauf que Petite soeur a passé cinq années à l'hôpital psychiatrique.
Et que Papa, lui, semble indifférent à tout cela.
Voilà.

Le séjour à l'hôpital est dû au fait qu'un jour, du haut de mes douze ans, j'ai décidé de ne plus nourrir ce corps qui semblait bien trop volumineux pour moi. Les kilos se sont alors envolés, les uns après les autres. Et petite conne que j'étais je suis, je n'ai pu stopper la descente.
Alors direction les murs blancs, une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, cinq fois, six foix.
Mes séjours à l'asile l'hôpital se déroulaient en plusieurs étapes. J'arrivais squelettique. On m'engraissait me faisait reprendre du poids. On faisait style je parle aux gentils psychiatres qui me remettent dans le droit chemin. J'atteignais un poids qui me permettait de parler et de marcher sans tomber. Je ressortais. Je maigrissais. Je revenais.
Jusqu'à ce que.
A la quatrième hospitalisation, JE me mis à "lâcher prise", comme ils disent dans leur jargon de grands savants. Et la petite aiguille de la balance s'est amusée à partir à l'opposé.

Alors. Une boîte. Deux boîtes. Dix boîtes. Rails du métro parisien. Ballade sur les toits. Tout y est passé.
Pleins d'hôpitaux testés. Lariboisière. L'hôtel Dieu. Simone Veil.
Seul le souvenir de la sirène est resté. Au-delà, c'est flou. Des gens. Qui me parlent. Me secouent. Me rassurent. Me perfusent. Oui, souvenir des perfusions aussi. Partout des tuyaux de tout côté. Des médecins qui ne comprennent pas "pourquoi une jeune fille veut mettre fin à ses jours", qui tentent d'effrayer "tu sais que tu bousilles ton foie là".
Et pour moi, toujours l'unique et obsédante envie de Mourir.

Et puis, petit à petit, je me suis dit que je devais manquer de force ou de courage, que la fin n'était pas pour aujourd'hui. Que je devais sûrement attendre encore un peu. Alors je suis rentrée en Clinique. Je ne sais pas vraiment pourquoi en fait.
Sûrement parcqu'à la maison, c'était invivable, pour eux. Pour moi.
Alors j'ai reparlé à des gens qui n'étaient pas attaché à leur lit. J'ai re-ris, doucement. J'ai réappris les divisions, les atomes, les fonctions, la géologie et la biologie. Passé mon bac de français.
Et puis, il y a un an. Tout juste. Je me suis mise à hurler. A hurler dedans et dehors aussi. Pour une fois.
Et j'ai dis "merde". J'ai dis "j'me casse". J'ai dis "aller vous faire foutre". J'ai dis "je veux revoir des vrais gens".
Beaucoup m'ont rit aux nez. Des médecins. Et puis des professeurs. J'avais trop de lacunes selon eux. Et puis la terminale S, ça allé être dur. Trop dur. Et puis les vrais jeunes, je n'en avais pas vu depuis quatre ans.
Mais j'ai dis merde quand même. En tremblant. Mais je l'ai dit.

Septembre 2006. Je suis arrivée dans cet immense endroit qui grouillait de monde. De la sixième jusqu'en khâgne. Je n'avais pas choisit le plus petit lycée.
J'ai pleuré. Pendant deux mois. Tous les matins et tous les soirs. J'ai souri le jour et pleuré la nuit. Je me suis flagellée de l'intérieur en me disant que, pauvre conne, quelle idée de vouloir toujours prouver qu'on est plus forte. Surtout quand on est la première à dire qu'on est la plus faible.
J'ai travaillé, comme une cinglée. Et sanglotée en silence à chaque fois que le professeur abordait des notions de seconde ou de première. Que je n'avais donc pas vu.
Et puis j'ai mentis aussi. Beaucoup mentis. Il a fallut m'inventer une vie. Quand des questions touchaient les années passées. Et puis ne pas se tromper, se souvenir de ce qu'on a dit à untel et untel. Et souvent, esquiver les questions. Sourire, ça aide de sourire, les gens oublient.

Et surtout, j'ai rencontré des gens. Des vrais. Ceux dont je rêvais et qui me paraissaient si loin depuis des années. Je leur ai parlé. J'ai ris avec eux comme je n'avais jamais ris avec personne. Je suis même partie en vacances avec certains.
Et là je me suis dit que je devais être normale. Ou bien que tout le monde était fou.

Juin est arrivé. Le stress s'est décuplé. Le Bac est passé.

24 juin 2007. Je suis là, toujours debout. Toujours X kilos de trop. Toujours un mal à l'âme plus ou moins marqué suivant les jours. Mais je suis là, et j'ai réappris à sourire, à parler, à croire en moi, et à aimer la vie, parfois.

plumes

Publié par Jaya à 18:53:01 dans Avant | Commentaires (0) |

Bout de Moi 2. | 22 juin 2007

Publié par Jaya à 16:42:11 dans Avant | Commentaires (0) |

.Vendredi 10/Samedi 11 Septembre 2004. | 22 juin 2007

Vendredi
Ca y'est, je suis de retour à l'IMM, c'est donc pas la grande forme. (...)

Mercredi, je me suis faite vomir et le soir, je n'ai rien mangé. Les parents n'en pouvaient plus, maman m'a hurlé dessus, elle disait qu'elle allait devenir folle. Le lendemain, ils ont rappelé l'IMM et je ne sais pas trop ce qu'il s'est dit, quoiqu'il en soit, j'ai été au lycée, je n'ai rien mangé de toute la journée et hier soir, à 17heures, ils ont appelé et m'ont dit que je rentrais ce matin à 10h. (...)

C'est Hagmman et Barriteau qui s'occupent de moi, toujours avec Janine et Julie. L'entretien de ce matin a été très dur. Ils m'ont redonné le même contrat : 37 poids de séparation, 42 poids de sortie. Sauf que c'est clair pour moi, jamais je ne dépasserai les 41(...)

Comme ca me fait bizarre d'être là, de nouveau.. J'ai quitté les parents en bons termes, ça a été plus rapide que la dernière fois. je suis dans la chambre 35, ca va, j'ai eu le temps de m'installer un peu (...)

Je crois que quelque part, je suis un peu rassurée d'être revenue, à la maison, cela devenait vraiment trop dure...avec toutes ces crises (...).

Samedi
J'ai passé une nuit horrible. Laure n'a pas arreté de venir prendre mon pouls qui était très faible, je suis descendue à 38/39.
Normalement, à 40, on transfert en réanimation, alors bien sur, je n'ai pas pu fermer l'oeil de la nuit.
Aujourd'hui, ça a été assez dur, en fait c'est surtout mon hyperactivité qui est dur a gérer. J'ai très envie de sortir, de bouger, je gigote tout le temps pendant les temps de repos, dans ma chambre (..)

Dans l'après midi, Julie est venue me prendre mes constantes, j'ai beaucoup pleuré et discuté avec elle. Je crois qu'elle n'a pas tort : je me pose trop de questions, je dois manger et me reposer; il n'y a que comme ça que mes pulsations se réguleront. Il faut que je résiste à ces idées débiles selon lesquelles si je ne bouge pas, je vais m'engraisser ou me ramollir.. mais putain que c'est dur!!

Publié par Jaya à 16:41:15 dans Avant | Commentaires (0) |

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