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Laissez-vous entraîner par ce lieu de songes, de poésies et de réflexions personnelles... Le tout mélangé d'une pointe d'ironie et de gourmandise...

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Promenade à travers la Picardie | 09 juin 2008

Décidément, je crois que je ne suis vraiment pas une campagnarde. Je le savais déjà puisque j'ai toujours vécu en ville. Je rajouterai même que j'ai toujours vécu dans de grandes villes. Alors c'est sûr qu'un village de 300 habitants où habite une de mes amies me laisse un peu perplexe. Tout d'abord, oh surprise, des vaches ! Croyez-moi ou pas mais j'e n'ai jamais vu de vaches ailleurs qu'à la montagne mais il semblerait que ce soit choses courantes dans la Picardie profonde. Et à part les vaches ? Des champs, et des champs à perte de vue. Quand je révisais mon concours, j'ai appris que cela portait un nom : openfield. 

La vie là-bas m'est étrangère. Des familles avec des terrains ou même simplement un jardin avec un multitude d'animaux. Ce phénomène m'a frappée. Pour mon amie 5 chats ! Quant à sa mère, c'est un ou deux chats, un chinchilla, et des chiens aussi. Mais les chiens vont et viennent car il s'agit en fait de la benjamine de la famille qui garde des chiens pour se faire de l'argent de poche. Et en ce moment, elle en garde deux. Et la maison : des objets de partout, de la poussière car les portes sont toujours ouvertes : entre les aller-venu des personnes et des animaux, on peut dire que la maison est animée. 

Est-ce cela la vie à la campagne un dimanche ? Discuter autour d'une table avec un café en déut d'après-midi, sortir sous un doux soleil picard pour promener les chiens jusqu'au village d'à côté, aller et venir entre la maison, le jardin et l'atelier ? Afin de me montrer quelques chemins à travers champs, mon amie m'a proposé de me ballader en quad. Je n'en avais jamais fait mais cela m'a amusé de sentir le vent sur mon visage dans une voiture. Le quad était bridé à 60 km/h mais sans carosserie, on se rend compte que c'est tout de même assez rapide. Puis nous avons bifurqué sur un chemin de campagne qui longeait les champs. Mais voilà, en Picardie il pleut parfois et dans ces cas-ci la terre se transforme en boue. Associé à de hautes herbes, bonjour les dégâts en quad... Quand j'ai pris le volant les choses se sont empirées. Résultat : terre séchée sur le visage, dans les cheveux, le cou, les mains, pieds inondés d'eau et boue. Bref, nous étions aspergées de la tête aux pieds. Mais à vrai dire, cela nous faisait plutôt rire et nous n'essayions pas trop de les éviter car en voulant le faire, nous avons seulement réussi à mettre les deux roues côté conducteur dans un petit fossé. Naïvement, j'ai proposé à mon amie de le soulever pour le dégager ce à quoi elle a rétorqué que ça l'étonnerait qu'on en ait la force. Mais en reculant, nous avons fini par trouver un terrain plus plat et nous nous sommes dégagées.

Résultat de la promenade : trouver des affaires de rechange d'urgence pour que l'on mette nos habits illico dans la machine à laver puis dans le sèche-linge pour qu'ils soient secs avant que je ne reprenne le train pour Amiens. Au final, j'ai été obligée l'enfiler mon jean alors qu'il était encore mouillé. Il a mis à peu près 4h pour sécher sur moi. Quelle galère ! Mais au final, c'était plutôt comique et je me suis bien amusée.

Arrivée à Amiens : il fait toujours beau mais la ville me semble froide et grise sans les hautes herbes, les insectes et l'odeur de boue. Du béton et que du béton. Je repense à cette petite gare de Picardie où il n'y a même pas de bornes automatiques et de panneaux d'affichages pour les trains au départ et à l'arrivée. Oui, je comprends pourquoi beaucoup de picards considèrent Amiens comme une grande ville. Je comprends aussi pourquoi mon amie a été interloquée quand je lui ai conseillé de passer par Paris pour voyager en train (ça fait faire des économies) et un peu paniquée quand je lui ai dit que je prenais le métro pour changer de gare...   

 

   

 

Publié par Sen à 00:31:03 dans Anecdotes | Commentaires (2) |

Individualisme | 07 juin 2008

Société individualiste ? Sans l'ombre d'un doute ! A qui la faute ? Je n'ai pas envie de développer ce qui m'est arrivé car je me sens bête mais si c'est pour se retrouver au commisariat pour abus de confiance un samedi matin quand on veut faire un geste pour quelqu'un pour justement essayer de ne pas entrer dans cette catégorie de gens dits individualistes, ça pousse quand même à le devenir un petit peu, n'est-ce pas ? Alors, cercle vicieux ?

 

 

  

Publié par Sen à 20:29:44 dans Rêveries | Commentaires (4) |

Crime parfait ? | 06 juin 2008

J'ai lu une discussion dans un forum qui m'a laissée songeuse alors j'aimerais en parler ce soir : je voudrais savoir ce que vous en pensez.

Un membre du forum est persuadé que des parents font des enfants sans être apte à s'en occuper par la suite. Tout à fait d'accord avec lui sur ce point. Mais d'après lui, certains seraient tellement exaspérés par leurs enfants qu'ils commettraient ce qu'il appelle des crimes parfaits. Réfléchissons un instant... Quel enfant n'a pas trouvé amusant de jouer au bord d'une route très fréquentée où les voitures roulent à vive allure, sur le rebord d'un balcon situé au cinquième étage, dans la cuisine à proximité d'une casserole pleine d'eau bouillante ? Alors quoi de plus simple pour un parent souhaitant se débarasser de son enfant de tout simpelemnt les laisser faire ? L'irréparable finit bien par arriver et à ce moment-là, il suffira de sortir les talents de comédien en pleurant sur le pauvre enfant mort dans ce stupide accident !

Alors selon vous, réalité ou fiction ? Personnellement, je pense que cela doit exister. Après tout, tous les parents n'aiment pas leurs enfants et quand on voit toutes les horreurs dans le monde, pourquoi pas cela ? Mais je pense aussi qu'il existe des parents n'ayant pas la volonté de tuer leurs progénitures mais sont tellement irresponsables que les enfants finissent par en pâtir. Il n'y a qu'à voir le nombre de nourrissons sur les plages en plein été sans protection pour s'en convaincre... Enfin, il existe malheureusement les vrais accidents malgré toute la vigilance de parents aimants et responsables. Malgré toutes les précautions possibles et inimaginables, je pense qu'un enfant peut échapper ne serait-ce qu'une seconde à la vigilance de ses parents et que cette seconde-là soit fatale.

De toute façon, les parents auteurs de ces crimes si parfaits ne seront-ils pas condamnés pour négligence ? Enfin... voilà ma petite réflexion du soir.

 

Publié par Sen à 21:24:02 dans Rêveries | Commentaires (6) |

La vie continue : Les enfants ont la mémoire éphémère | 05 juin 2008

Voilà la suite de "La vie continue". Pour lire le début, il suffit de regarder le thème intitulé "La vie continue".

Avertissement : il s'agit d'un écrit d'ado donc le style est celui d'un ado. Si vous lisez ce texte, vous savez donc à quoi vous attendre. De plus, malgré mes relectures, il est fort probable qu'il reste des faute. Sur ce, bonne lecture !

 

      Malheureusement, les vacances étaient finies. J'avais profité de cet été au maximum en campant, m'amusant... et en apprenant à nager ! Un maître-nageur était venu tous les matins me donner des cours. En peu de temps, j'avais plus ou moins maîtrisé la brasse. Tout le monde trouvait que je me débrouillais à merveille et cela me réjouissait. De plus, mon attirance pour l'eau s'était développée de jour en jour. Quel bonheur de sentir son corps flotter ! C'était comme si je volais. Mais voilà, le mois d'août arrivait à terme et il était grand temps de songer à la rentrée des classes. J'avais une boule dans la gorge et un pincement au cœur. Je comptais les jours qu'il me restait avant d'entrer en cours. Plus ils diminuaient, plus mon malaise s'amplifiait. Etais-je malade ? J'en parlais à ma tante qui avait réponse à tout. Elle s'étonna de ma question. Quand elle fut remise de sa surprise, ma tutrice éclata de rire. Je restais grave bien que je sois vexée. Qu'avais-je bien pu dire de drôle ? Je ne voyais pas du tout pourquoi ce mal de cœur était si hilarant.
    
- Flo, parvint-elle à dire entre deux rires étouffés, tu es si drôle en posant des questions innocentes ! Tu n'es pas du tout malade, reprit-elle un peu plus calme. Ta réaction est normale. Tu es tout simplement stressée de reprendre la classe et tu appréhendes le moment. Je suis sûre que tu as déjà connu cette sensation. Réfléchis-y et essaie de t'en souvenir. 
    
Pendant l'espace d'un moment, je crus qu'elle se moquait de moi. Quoique le jour où j'avais débuté des cours de piano, j'étais un peu dans le même état d'esprit. Que j'avais été bête en posant cette question à ma tante ! Au fond de moi, j'avais toujours su la réponse. J'avais tout simplement fait des conclusions trop hâtives. Je quittai la pièce le plus dignement possible, laissant ma tante à son hilarité.
    
Le jour tant redouté arriva. Pourvu que Chloé soit dans ma classe ! Tout à coup, je réalisai l'absurdité de ma remarque : il n'y avait qu'une classe par niveau. Cette année-là, Cyril entrait au collège. Je le verrais donc beaucoup moins souvent qu'auparavant. De toute façon, aussi bizarre que cela puisse le paraître, j'en étais assez soulagée. Je le voyais constamment : il était un peu devenu mon frère alors l'idée de ne plus l'avoir sur le dos du matin au soir m'apaisait. Ce n'était pas méchant ce que je disais là. De toute manière, je savais éperdument que Cyril pensait la même chose. Dés que nous fûmes dans la cour supérieure, Cyril et moi nous nous souhaitâmes une bonne journée et nous partîmes chacun de notre côté. Chloé n'était pas encore arrivée. Je jetai un coup d'œil sur les fiches d'appel punaisées sur un panneau de bois. A quoi m'étais-je attendue ? Les élèves étaient les mêmes que ceux de l'année précédente. Seuls quatre noms m'étaient inconnus. Peut-être avaient-ils redoublé une classe. Ou bien alors, ils étaient nouveaux.
    
Je me retournai et découvris mon ancienne institutrice. Elle fut toute gênée de se retrouver devant moi. Quand j'étais dans sa classe l'année précédente, elle savait que ma mère avait succombé à un cancer et que mon père s'était laissé mourir. Dans ces conditions-là, il est toujours délicat de discuter avec un enfant et de l'aider à faire le deuil. Alors quelle est la solution la plus facile ? Tout simplement ne pas m'aborder et ne jamais m'interroger. Comme j'étais triste et donc renfermée, les autres élèves s'étaient écartés de moi et avaient commencé à me tyranniser. Plutôt que de m'intégrer au reste de la classe, elle avait préféré me laisser dans mon coin. J'en avais souffert l'année dernière mais ce jour-là, je la regardais avec des yeux nouveaux : je lisais en elle comme dans un livre ouvert. J'en aurais été incapable avant la mort de mes frères. Je voyais tout avec une clairvoyance qui m'effrayait un peu.
    
- Bonjour, Flo, dit-elle simplement. 
    
Pourquoi me parlait-elle alors qu'elle m'avait toujours ignorée jusqu'à présent ? J'avais toujours pensé qu'elle me détestait. Pourtant, elle m'avait dit bonjour. Je ne répondis rien. Ma vie scolaire n'avait pas été des plus agréables et elle n'avait jamais tenté de l'embellir. Je voulus m'éloigner et rejoindre Chloé mais elle insista :
    
- Tu as passé de bonnes vacances ? 
    
Et elle osait me poser cette question alors qu'elle était au courant pour mes frères ! Je murmurai tout de même par politesse :
    
- Mouais. 
    
Elle me souhaita une bonne journée et s'éclipsa. Chloé accourut vers moi, me salua et demanda :
    
- Qu'est-ce qu'elle te voulait ?
    
- Oh, rien de spécial. 
    
Et je lui reportai notre petite conversation.
    
- Quel toupet elle a après son attitude de l'année dernière !  
    
La cloche sonna et je rejoignis donc mon rang. J'avais un peu peur de la réaction des élèves à mon égard car ils s'étaient montrés plutôt cruels avec moi dans le passé, Chloé la première avant qu'elle ne devienne mon amie.
    
- Ne t'inquiète pas, me rassura ma compagne quand je lui exposai mes craintes. Je ne les laisserais pas faire. 
    
J'aurais bien aimé être aussi confiante qu'elle. Pour me donner du courage, je serrai fort dans le creux de ma main le médaillon avec la photo de mes frères. L'effet de chaleur et de tendresse ne tarda pas à se faire sentir. Je me sentis aussitôt rassérénée mais l'appréhension revint vite à la vue des enfants qui m'avaient tant fait souffrir auparavant. Chloé devina mes pensées et me prit par le bras tandis que nous avançâmes vers le rang. Là, une grosse surprise m'attendit. Ils semblaient tous m'avoir totalement oubliée pendant les vacances. Personne ne se moquait de moi. Tout le monde me considérait comme une élève parmi tant d'autres. Certains enfants me saluèrent alors qu'ils me dédaignaient quelques mois plus tôt. Une fille s'approcha de moi. Je ne la reconnus pas tout de suite car l'été l'avait métamorphosée. Elle avait tellement grandi que je me sentais toute petite face à elle. C'était Marjorie ! Une des rares personnes à ne m'avoir jamais martyrisée après la mort de mes parents : elle ne m'avait jamais adressé la parole pour autant car elle avait eu beaucoup trop peur de l'avis des autres enfants à ce sujet. Elle m'avait néanmoins fait quelques sourires timides en l'absence de témoins. Ce jour-là, elle marcha directement vers moi, ses longs cheveux roux battant dans le dos, me demanda d'une petite voix gênée :
    
- Si tu le veux bien, nous pourrions devenir amies.
    
- Bien sûr !
    
- Au fait, rajouta-t-elle après une minute de silence, je ne te l'ai jamais dit l'année dernière mais je suis vraiment désolée pour tes frères. Je ne leur ai jamais parlé mais ils avaient l'air très gentils.
    
Ce n'était pas qu'une impression : ils l'avaient été ! Le souvenir de Corentin et Matthieu me blessa. Je serrai pour la seconde fois de la journée le pendentif accroché autour de mon cou et fis un effort insurmontable pour ravaler un sanglot.
    
Notre nouvelle institutrice arriva. Elle était fort jeune et à l'intonation de sa voix, je compris qu'elle aimait les enfants. Pour l'instant, cette année scolaire commençait sous de bons auspices. Quelle chance j'avais ! Si seulement ma famille était vivante, je serais vraiment comblée. Des larmes allaient jaillir mais je me résonnai :
    
- Ca suffit ! Tu ne vas te mettre à pleurer alors que tout se passe bien ! 
    
J'essuyai mes yeux d'un revers de manche et pris place dans le rang avec Chloé. Avant d'entrer en classe, l'institutrice me prit à part et me demanda :
    
- C'est toi Florianne ?
    
- Oui.
    
- Ton ancienne institutrice m'a parlé de toi. Ca va aller ? 
    
J'acquiesçai en silence. Bizarre tout ce qui m'arrivait ! Quand j'avais perdu mes parents, tout le monde s'était montré hostile envers moi et maintenant, tout le monde compatissait. Oui, vraiment étrange. Nous pénétrâmes bruyamment dans la salle.
    
- Vous pouvez vous asseoir où vous le désirez pour aujourd'hui. 
    
Je m'installai à côté de Chloé au fond de la pièce. Celle-ci était plutôt vieille. Tout semblait usé : le tableau mobile, les vieux bureaux ornés de traces de compas, les brosses décharnées... Le soleil entrait à flot, baignait la classe d'une lumière dorée et donnait à l'ensemble un aspect chaleureux. J'aimais tout de suite cet endroit. Son aspect un peu rétrograde me séduisait. Je préférais mille fois cette pièce avec les bureaux, les chaises et les étagères en bois usé qu'une autre aux murs blanchâtres mortellement propres. Et cette lourde porte grise qui retiendrait les élèves prisonniers ! Et ces volets métalliques et électriques qui ne laisseraient jamais filtrer le moindre rayon de soleil ! Et ces tableaux toujours propres sans jamais la moindre trace de poussière ! Ce genre de classe me donnait envie de hurler car elles semblaient construites pour des élèves mi-humains mi-robots dans un contexte trop parfait où aucune chaleur humaine ne s'y dégage. Ma classe de l'année précédente avait le même aspect d'ancienneté que celle de cette année. Je ne m'en étais jamais rendue compte. J'étais certainement trop petite ou trop absorbée par mes malheurs.
    
Comme la température excédait les vingt-cinq degré en ce début de mois de septembre, notre institutrice avait laissé la porte ouverte. Des élèves s'attardaient dans la cour. Que faisaient-ils dehors à cette heure-ci ? Tout à coup, je les oubliai car des marches d'escaliers attirèrent mon attention. Une rambarde empêchait les élèves de tomber et de se faire mal. Cette même barrière sur laquelle je m'étais assise jusqu'à ce que Chloé, qui était mon ennemie à l'époque, ne me pousse. Je fermai les yeux une petite minute et je me souvins de tout : mon souffle coupé en basculant, mon désespoir quand mes mains avaient battu dans le vide afin de s'agripper à quelque chose, ma douleur lancinante au choc de ma tête et de mon dos sur le béton.
    
Ma nouvelle institutrice parlait tandis que je voguais toujours dans les souvenirs. Sa voix m'apparaissait comme un doux murmure.
    
- Flo ! 
    
C'était mon amie. J'ouvris les yeux. Elle me regardait d'un air inquiet.
    
- Tu avais l'air bizarre, ça va ?
    
- Oui, ne t'inquiète pas. 
    
Avec une certaine satisfaction, je pris conscience que je ne revivrais plus ce cauchemar. Chloé me sourit chaleureusement. J'en fis autant.
    
La récréation arriva vite. Nous nous ruâmes tous vers la porte. Je m'apprêtai également à sortir quand une voix l'institutrice m'appela. Elle ordonna aux élèves qui firent mine de m'attendre d'aller jouer.
    
- Je dois parler à Florianne, rajouta-t-elle. 
    
Nous nous retrouvions donc seules dans la vaste salle. Moi qui la voyais toujours pleine d'enfants à craquer, ce soudain silence m'apparaissait insolite.
    
- Flo, commença mon institutrice... 
    
Tout à coup, elle s'interrompit, visiblement inquiète :
    
- Je peux t'appeler comme ça ? 
    
Elle avait pris le ton d'une petite fille prise en faute ce qui lui donnait l'air encore plus jeune. Une chose était sûre : elle avait vingt-cinq ans tout au plus. Peut-être même que c'était sa première année d'enseignement. Sinon, je préférais qu'elle m'appelle par mon diminutif, comme Corentin et Matthieu. Mes frères m'appelaient par mon nom entier seulement lorsqu'ils étaient fâchés. J'acquiesçais en silence.
    
- Donc Flo, je voulais te dire que ton ancienne institutrice m'a parlé de tes problèmes. Je suis sincèrement désolée de la mort de ta famille. Si jamais un jour tu as des problèmes, n'hésite pas à venir me voir. Je suis là pour ça, d'accord ? 
    
Je ne répondis pas. Elle m'avait parlé doucement et lentement en détachant presque les mots comme si elle avait récité un petit texte par cœur.
    
- D'accord, répéta-t-elle ?
    
Je conservais le silence mais la regardais droit dans les yeux. Pourquoi me disait-elle cela ? Si mes frères étaient vivants, je serais comblée alors pourquoi vouloir m'aider ? L'année dernière, j'aurais été soulagée d'une telle proposition mais les choses étaient différentes désormais : j'avais mes propres armes et étaient aptes à me défendre.
    
Elle me dévisagea des pieds à la tête et s'arrêta à mes yeux. Une lueur d'effroi passa dans ses prunelles et elle recula d'un pas comme une bête traquée par un loup. Qu'avait-elle bien pu voir dans mes yeux qui l'effrayait à ce point ?
    
- Je pense que vous êtes gentille, murmurai-je d'une petite voix étrangement mature, mais vous ne pouvez rien faire pour moi !  
    
Je quittai la salle tandis que mon institutrice était plantée devant son bureau. Non mais c'est vrai ! Elle m'énervait à la fin avec sa gentillesse excessive ! Une fois dehors, je jetai un coup d'œil à travers la porte entrebâillée. Elle fouillait les fiches de renseignements que nous lui avions remises le jour-même. Elle cherchait sûrement la mienne pour relever mon numéro de téléphone.
    
Dehors, Chloé m'attendait impatiemment.
    
- Qu'est-ce qu'elle te voulait ?
    
- Oh, rien de spécial. 
    
Je n'avais pas très envie de tout lui raconter dans les moindres détails.
    
Nous rejoignîmes un groupe de filles qui nous avait proposé de jouer avec elles. Je passai une récréation formidable. Ah, il était loin le temps où je restais toute seule dans mon coin en m'ennuyant à mourir !
    
La journée se termina tranquillement. J'avais espéré ne pas avoir trop de problèmes avec les élèves de ma classe et mon souhait avait dépassé mes espérances.
    
J'étais très contente de retrouver Cyril à la sortie de l'école et je lui racontais ma journée dans les moindres détails en m'attardant sur le comportement de mon institutrice.
    
- On dirait qu'elle t'exaspère, constata mon ami.
    
- Elle me traite comme un bébé ! 
    
- Sans vouloir te vexer, je te rappelle que tu n'as que huit ans. C'est normal qu'elle vous materne un peu et surtout toi à cause de tous tes malheurs.
    
- Elle ne pourra pas ressusciter Corentin et Matthieu, lui fis-je remarquer un peu froidement. 
    
Il se contenta de hausser les épaules comme à chaque fois qu'il n'arrivait pas à avoir le dernier mot avec moi.
    
L'année précédente, Cyril et moi avions pris l'habitude de jouer dans un champs se trouvant à proximité de chez moi mais ce soir-là, sa mère lui avait ordonné de me ramener chez moi et de rentrer immédiatement chez lui. Dommage ! Une partie de ballon m'aurait changé les idées.
    
A la maison, je me précipitai dans ma chambre et m'allongeai sur mon lit. La journée m'avait semblé plutôt courte. C'est vrai que je m'étais plutôt bien amusée ! Si seulement mon institutrice ne m'avait pas interrogée à propos de mes frères... En pensant à eux, je ressentis une vague de nostalgie et serrai dans ma main le petit pendentif. Troisième fois de la journée. Tout à coup, je me levai et courus vers la chambre de Corentin et Matthieu. Pendant l'espace d'une seconde je crus redevenir une petite fille : j'ouvrirais leur porte et ils seraient là, bien vivants, en chair et en os ! Je me jetterais dans leurs bras, ils m'embrasseraient puis je leur dirais :
    
- Vous savez, j'ai fait un horrible cauchemar cette nuit : j'ai rêvé que vous étiez décédés dans un accident de voiture.
    
Et là, ils me susurreraient au creux de l'oreille :
    
- Quelle idée ! Tu sais bien que nous serons toujours avec toi et que nous t'abandonnerons jamais.
    
Mais à la vue de la pièce débarrassée de leurs affaires, la réalité me revint à l'esprit : Corentin et Matthieu étaient bel et bien morts . Plus jamais je ne les reverrais. Mon désarroi fut tel que même le pendentif ne suffit pas à me consoler. De grosses larmes coulaient sur mes joues et je sanglotais en silence et à genoux. Le sol était très froid car ma tante n'ouvrait que rarement les volets de leur chambre. Ce sol, froid comme la mort... Mort, dénué de la vie que Corentin et Matthieu y avaient apporté...
    
Je sursautai à la voix de ma tante. Elle était enfin rentrée du travail. J'étais sincèrement contente de la voir. Mais à sa façon de me dire bonsoir, je devinai que quelque chose la tracassait. Elle ne tarda pas à m'exposer ses craintes :
    
- Flo, ta nouvelle institutrice a téléphoné à la maison vers midi et demi.
    
- Ah, répondis-je simplement d'une voix un peu inquiète. 
    
Ainsi, je ne m'étais pas trompée. Elle avait effectivement cherché ma fiche de renseignement et mon numéro de téléphone pendant la récréation. Mais pourquoi agir ainsi ?
    
- Elle était inquiète pour toi à cause de votre petite conversation.
    
- Et pourquoi donc ?
    
- Quand tu es sortie en récréation, elle a été effrayée par ton regard parce qu'il était ... comment dire ?
    
- Pas normal ?
    
- Pour une petite fille de ton âge, non, il n'était pas normal. Il était adulte ! Voilà exactement le terme qu'elle a employé. La façon dont tu parles et tu agis ressemble plus à celle d'une petite personne que celle d'un enfant, Flo. Je l'ai remarqué depuis longtemps mais je fermais les yeux. Maintenant, je te le dis franchement : ça me fait peur ! 
    
Les paroles de ma tante me frappèrent de stupeur. Est-ce que je me comportais réellement comme ça ? Je réfléchis quelques minutes à la question. Certes, je parlais et riais beaucoup moins qu'autrefois mais étant donné les circonstances, n'était-ce pas compréhensible.
    
- Flo, à quoi tu penses ?
    
- Rien de spécial.
    
- Tu me promets de réfléchir à ce que je t'ai dit.
    
- Bien sûr ! 
    
Plongée dans mes réflexions, je montai dans ma chambre, m'effondrai sur mon lit et me rappelai de mes sensations en entrant dans la chambre de mes frères. Je m'étais sentie stupide car j'avais eu une réaction d'enfant. Mais j'en étais un. Voilà le problème ! Et la réflexion de Cyril :
     - Sa
ns vouloir te vexer, tu n'as que huit ans.
     C'
était donc vrai. J'agissais vraiment comme si j'étais plus âgée. Il m'avait fallu attendre la rentrée pour m'en rendre compte. Dans le fond, Cyril, ma tante et mon institutrice avaient raison : je n'avais que huit ans. Il n'y avait donc aucune honte à ce que je me sente malheureuse de temps en temps et que j'éprouve le besoin de voir l'ancienne chambre de mes frères. Il n'y avait également aucune honte à ce qu'un adulte me materne un peu et s'intéresse à moi.
     Tou
t doucement, le sommeil me gagna et je m'endormis en oubliant toutes les remarques de mon institutrice, de ma tante et de Cyril. Et les jours suivants, je ne changeai pas mon comportement. De toute manière, comment aller contre sa nature ? Ce jour-là, j'aurais pourtant dû les écouter, faire des efforts. Si je l'avais fait, peut-être aurais-je évité un autre drame par la suite.

 

A suivre !

Publié par Sen à 23:18:18 dans La vie continue | Commentaires (3) |

Navette provençale | 04 juin 2008

En ce moment, je suis très portée sur les desserts. C'est pourquoi je vous propose ce soir des navettes.

 

Ingrédients (pour 25 navettes) :

- 500 grammes de farine

- 250 grammes de sucre

- 75 grammes de beurre

- 3 oeufs ( plus un un jaune d'oeuf )

- 50 ml d'eau de fleur d'oranger

- 50 ml d'eau

- 1 cuillère de lait

- 1 pincée de sel

 

1) Mélanger la farine, le sucre et le sel.

2)  Mélanger les oeufs, l'eau de fleur d'oranger et le beuure tout en versant de l'eau en même temps jsuqu'à l'obtention d'une pâte ferme.

3) Laisser reposer la pâte 1h au frais.

4) Former des petites boules de pâte de 50 grammes environ.

5) Pour chaque boule, former des petites navettes en roulant en forme d'ovale et en pinçant le bout.

6) Faire une incision avec un couteau dans le sens de la longueur sur chaque navette.

7) Déposer chaque navette sur une tôle à biscuits beurrée.

8) Fariner les navettes.

9) Laisser reposer 2h.

10) Battre le jaune d'oeuf avec le lait.

11) Badigeonner les navettes avec ce mélange.

12) Cuire à 180° jusqu'à ce que les navettes soient dorées.

 

Bon appétit !

 

Publié par Sen à 21:29:57 dans Recettes | Commentaires (5) |

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