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Il y a dix jours environ, j'ai visité un château dans un petit village à côté de Romilly, petite ville située elle-même à côté de Troyes.
Visite classique en soi : petit groupe de visiteurs déambulant dans les jardins et les diverses pièces du château. Notez quand même que les pièces sont restées entièrement meublées ce qui est assez rare paraît-il. Mais quelle meilleure occasion qu'un château, meublé de surcroît, pour se laisser aller à une douce rêverie ? Si ma mémoire est bonne, il a été construit au XVIII ème siècle.
Alors imaginez... Représentez-vous à cette époque, le teint fardé de blanc mesdames. Imaginez un corset vous ceignant la poitrine (plus de bourrelets au niveau de la ceinture abdominale hi hi hi) afin de vous donner un taille de guêpe. Imaginez une longue robe cachant vos pieds. Observez cette chaise : ne vous verriez-vous pas, deux ans plus tôt, assis à cet endroit-là pour écrire une lettre avec une plume et un bout de chandelle ? Et ce lit si étroit ? En parlant de lit, sa petite taille a réellement surpris une de mes amies. Nous avons imaginé que cela est dû à la petite taille des personnes à l'époque. Quoique... tout le monde ne devait pas être petit. Et cette table dans la salle à manger ! Cette gigantesque table avec les couverts disposés de manière différente qu'à l'heure actuelle. Un détail m'avait frappé quand j'ai visité le château ce jour-là et je voulais vous en parler mais j'ai oublié de quoi il s'agissait. C'est bête... il faut croire que je n'ai pas bonne mémoire.
Le guide nous a dit qu'il vivait dans cet endroit-là, dans un appartement au dernier étage. Cela ne doit pas être désagréable mais honnêtement, je ne me verrais pas vivre dans un endroit où tant de personnes sont nées et sont décédées. J'aurais peur en quelque sorte que les murs du château soit trop chargés d'émotions, de rires, de cris aussi, de sang pour pouvoir y vivre en paix. C'est bête dans le fond vous ne trouvez pas ? Certaines habitations sont tout aussi vieilles et ont donc vu de nombreuses générations défiler mais cela ne me gêne pas d'y vivre. Mais un château, ça a quelque chose de différent. Peut-être à cause du stéréotype du fantôme hantant de vieux châteaux. Peut-être à cause de la taille du batiment, ou bien sa froideur. Peut-être aussi parce que son vécu nous est connu : après tout, comment peut-on vivre dans le même endroit que des personnes ayant été tuées pendant la Révolution ? Ca me fait froid dans le dos rien que d'y penser.
Publié par Sen à 22:45:20 dans Rêveries | Commentaires (6) | Permaliens
Je parle bien évidemment d'un certain A rouge, vous savez ? Cet autocollant que vous apercevez parfois sur le pare-brise ou sur la carrosserie à l'arrière de voitures ? Ce A qui vous rend immédiatement soit plus attentifs et plus indulgents (10 % des cas on va dire) ou soit plus agressifs et plus agacés envers le conducteur (90 % des cas). Osez me dire par exemple que vous n'avez pas le reflex de doubler une voiture avec un A sur une autoroute même si celle-ci roule déjà à la vitesse maximum autorisée (même s'il devrait être à 110) ? Osez me dire aussi que vous n'avez pas tendance à coller plus que d'habitude un jeune conducteur pour qu'il dégage de la voie de gauche sur une autoroute à deux voies alors qu'il est en train de doubler un camion ?
En fait, je suis mauvaise langue car les personnes sympas avec les A existent aussi, bien heureusement. Mais d'après ce que je peux voir, ce n'est certainement pas la majorité ! Mon père dit que je suis parano avec ça, que les gens ne sont pas plus agressifs parce que j'ai un A mais j'aimerais bien le voir à ma place ! Lui aimerait bien avoir un A ou plutôt un 90 comme il dit puisque c'était un 90 à son époque. D'après lui, A est synonyme de jeunesse alors... Un jour, je devrais lui rétorquer que des personnes de son âge doivent encore passer le permis et qu'ils ont donc un A sans être jeunes pour autant. Bon, c'est quand même mon père alors je ne ferai pas. Mais s'il y tient, je veux bien le lui donner. Le hic, c'est que je serais bien embêtée si on m'arrête. En même temps, je n'ai jamais été arrêtée mais ça arrivera le jour où je n'aurai pas le A, que je n'aurai pas mes papiers ou tout autre broutille qui allègera bien mon porte-feuille.
Quoiqu'il en soit, vivement janvier 2009 que je puisse l'ôter ! Je l'aurais eu pendant 3 ans (oui parce que c'est 3 ans maintenant si on ne fait pas la conduite accompagnée). Je n'aurai plus ce "A de l'infamie". C'est vrai à la fin, marre de cette association A => petit con qui joue au dur sans maîtriser son véhicule ou danger public. Je ne prétends pas être experte en conduite, loin de là ! Je fais parfois des erreurs, involontaires bien sûr mais j'en fais quand même. En revanche, je ne pense pas un jour avoir mis la vie de quelqu'un en danger. Puis honnêtement, quand je vois les gens autour de moi, je ne trouve pas qu'ils soient meilleurs conducteurs. Je ne généralise pas bien sûr car certains sont extrêment prudents.
Bref, voilà mon petit coup de gueule du jour. Si vous croisez un jour un A sur votre route, c'est peut-être moi...
Publié par Sen à 19:48:29 dans Anecdotes | Commentaires (10) | Permaliens
Voici la suite de "La vie continue". Pour lire le début, voir le thème intitulé La vie continue".
Avertissement : il s'agit d'un écrit d'ado donc le style est celui d'un ado. Vous savez donc à quoi vous en tenir si vous lisez ce récit. Sur ce, bonne lecture !
Je suis désolée mais le PC a été accaparé toute le journée par mon père et ma soeur ce qui fait que je n'ai pas eu le temps de relire le chapitre donc excusez-moi d'avance pour mes fautes. Promis, je le relirai demain.
- ... Grâce à ces pouvoirs magiques, la princesse de la neige n'eut aucun mal à vaincre les forces ténébreuses qui l'entouraient et la menaçaient. Lorsque tout danger fut écarté, elle est rentrée dans sa demeure de glace où elle a régné pendant longtemps.
Et voilà ! annonça Cyril avec enthousiasme, fin de l'histoire ! Qu'en pensez-vous ?
Pour toutes réponses, Chloé et moi applaudissions notre ami à tout rompre. Son récit avait été vraiment fantastique et palpitant. J'étais encore sous le charme du conte. Le jeu était une idée des adultes, bien évidemment ! Nous racontions une histoire chacun à tour de rôle de notre propre imagination. Ma tante avait imposé le thème de la montagne. Pourquoi ce sujet-là plutôt qu'un autre ? La raison est simple : nous passions nos vacances de printemps dans un chalet isolé dans la montagne. Nous étions situés à plus de 1500 mètres d'altitude. Une immense forêt s'étendant sur plusieurs hectares se trouvait à côté de notre maison de vacances. Un peu plus bas, dans la vallée, se nichait un minuscule village. C'était la fonte des neiges : les glaciers ruisselaient, de gros paquets blancs et froids s'écrasaient par terre après avoir passé tout l'hiver sur les branches des sapins ou sur les toits des maisons. La terre se découvrait de plus en plus, nue, froide et grise. De la boue se formait sur le bord des routes. Eh oui ! Le printemps approchait !
Evidemment, il ne restait plus assez de neige pour skier. De toute façon, je ne pratiquais pas ce sport. Nous faisions donc de magnifiques promenades dans la forêt. Avec nos bonnets, écharpes, gants, anoraks et grosses chaussures, mes amis et moi-même profitions de cet air pur et de ces coins sauvages. En fin de journée, nous construisions des bonhommes de neige et des igloos. Malheureusement, la nuit tombant vite, nous ne nous attardions pas longtemps dehors et la soirée traînait en longueur. C'est pour cette raison que les adultes avaient imaginé ce jeu.
Je m'enroulai dans une couverture et me blottis au coin du feu. Chloé et Cyril m'imitèrent. Les flammes crépitaient joyeusement dans la cheminée. Nous les observions d'un air épanoui.
- Encore une histoire, suggéra ma tante, et je nous prépare des bols de chocolat.
Mes amis et moi poussâmes de cris de joie à cette proposition. Tandis que nous l'entourions afin de l'écouter, la mère de Cyril jeta quatre grosses bûches au feu. Une douce chaleur envahit bientôt la maison.
- Il était une fois une jeune fille qui vivait dans une grande forêt boisée. En fait, elle habitait dans les bois à côté du chalet. Sa mère était morte en la mettant au monde. Elle s'occupait donc de son père, un brave bûcheron.
Mais voilà qu'un jour, celui-ci tomba gravement malade. La jeune fille s'activa à sa guérison en lui préparant beaucoup de potage et en le gardant au chaud. Malheureusement, son état empirait de plus en plus. Au fil du temps, l'argent vint à manquer, car elle n'avait pas la force de remplacer son père dans son travail.
Alors, vers le mois de mars, elle partit en quête d'un remède. C'était un jour comme celui-ci. Elle erra pendant longtemps sans buts précis. Au bout de trois jours, la chance lui sourit enfin. En effet, elle rencontra une vieille dame qui était assise sur une vieille souche. Elle était recroquevillée sur elle-même et s'appuyait sur un bâton biscornu.
- Bonjour mon enfant, annonça-t-elle. Vois-tu, je suis affamée. Donne-moi un peu de tes provisions. En échange, je t'aiderai dans ta quête. Tu sais, je ne suis pas qu'une femme âgée. J'ai des pouvoirs magiques. J'exerçais la sorcellerie dans ma jeunesse. Mais ne t'inquiète, je ne suis pas mauvaise.
Ne lui faisant pas trop confiance, la jeune fille hésitait. Son père lui avait raconté des histoires terribles sur la magie noire. Si elle refusait, elle risquait de ne jamais revenir, car elle était perdue et son père serait condamné. Si cette vieille femme était réellement au service du diable, elle mourrait également mais au moins, elle aurait tenté quelque chose. Elle accepta donc le marché. Heureusement, cette sorcière n'avait pas la réputation d'être particulièrement mauvaise. Lorsque celle-ci eut avalé quelques bouchées de pain, elle expliqua à la jeune fille :
- Engage-toi vers le petit sentier qui se trouve sur la gauche de la maison forestière. Là, fais bien attention, car la forêt est mauvaise et elle essayera de te tenter avec des magnifiques bolets bien croquants et de beaux fruits juteux. Mais garde-toi bien d'y goûter aussi affamée que tu puisses être. Comme tu dois t'en douter, ce n'est ni la saison des mûres ni celle des champignons donc ceux que tu verras parmi la neige seront forcément empoisonnés.
Quand tu auras franchi cette étape, continue toujours tout droit sans prendre garde aux pièges des bois. Dans ce quartier, la peur qu'éprouvent les promeneurs se retourne contre eux-mêmes et ils ont des visions. Mais quoi qu'il arrive, ne quitte pas le sentier ou tu seras perdue à jamais.
Au bout d'une journée de marche, un ruisseau barrera ton chemin mais n'en bois pas une goutte ! Tu perdrais la mémoire immédiatement et tes chances de revoir ton père seraient voisine de zéro. Si tu suis bien tous ces conseils, tu atteindras une vaste clairière ensoleillée au cœur de la forêt. Parmi les débris de neige restant et les quelques brins d'herbe pousse une fleur aux pétales blanches : c'est les perce-neige. Cueille-les, rapporte-les chez toi, fais-les bouillir dans l'eau et fais respirer la vapeur à ton père. Sa maladie sera chassée et il sera guéri instantanément.
La jeune fille n'eut même pas le temps de remercier la sorcière pour tous ces conseils qu'elle fut aveuglée par une puissante lueur. Lorsqu'elle retrouva la vue, la dame âgée avait disparu. La fille du bûcheron se trouvait exactement au même endroit que précédemment mais la souche et la magicienne s'étaient métamorphosées en maison forestière ! Elle ne chercha pas de solutions logiques à ce mystère et s'engouffra dans le chemin poussiéreux. Elle marchait depuis à peine heure qu'elle trouva au pied d'un chêne centenaire de magnifiques bolets à l'odeur alléchante. Sitôt qu'elle les aperçut, la faim la tenailla. Mais les mises en garde de sa conseillère l'empêchaient d'y goûter. En faisant appel à toute sa bonne volonté, elle détourna le regard pour tomber nez à nez avec des buissons chargés de mûres toutes gorgées de sucre. Heureusement, elle s'enfuit loin de cet endroit tentateur et mortel pour poursuivre sa route parsemée de pièges.
Tandis qu'elle avançait tant bien que mal, des visions effroyables lui torturaient l'esprit. Elle fut victime de ces images d'horreur pendant bien longtemps. Elle se demandait si elle ne s'était pas trompée car, selon les indications de la vieille sorcière, elle aurait déjà dû trouver le champ de perce-neige.
Cependant, alors qu'elle commençait à croire qu'elle serait perdue à jamais, elle entendit un léger bruissement. Le cœur battant à toute allure, elle se rua sur ce bruit. Celui-ci s'intensifiait au fur et à mesure qu'elle avançait. Tout à coup, un large ruisseau lui barra la route. Bien que sa gorge soit totalement déshydratée et que sa langue soit aussi sèche qu'un morceau de cuir, elle n'en but pas une goutte, car les conseils de sa bienfaitrice étaient toujours très présents dans son esprit. Comme ce n'était qu'un mince filet, elle n'eut aucun mal à l'enjamber. Une fois ce dernier obstacle franchi, elle se hâta afin de trouver au plus vite les fleurs miraculeuses. Le chemin était plus long qu'elle ne l'avait pensé mais, grâce à la pensée de son père, elle ne se décourageait pas. Ses efforts furent récompensés. En effet, deux jours plus tard, les arbres devinrent moins touffus et plus rares pour finalement laisser place à une clairière baignée par la lumière du matin. L'étendue de neige craquante était immaculée par des petits points de terre ou d'herbes rases. Sur le côté, les perce-neige se dressaient fièrement. La lumière orangée du jour naissant se reflétait sur les petites pétales blanches. La jeune fille poussa un cri de joie. Grâce à elle, son père serait sauvé. Avec moins de temps qu'il ne faut pour le dire, elle cueillit toutes les plantes et s'empressa de rentrer chez elle où le bûcheron l'attendait avec inquiétude. Bien que sa maladie l'accablât toujours autant, le retour de sa fille le combla de bonheur. Sa joie fut plus grande encore à la vue des perce-neige. En effet, les pouvoirs de guérison de cette plante ne lui étaient pas inconnus mais jamais il n'aurait pensé qu'il puisse en pousser dans la forêt où il avait travaillé depuis toujours. Fort heureusement, la vieille femme n'avait pas menti. Aussitôt que le père eut respiré la vapeur des perce-neige bouillis dans l'eau, sa fièvre le quitta et toutes traces de maladie disparurent. Il vécut heureux auprès de sa fille pendant de longues années.
Un long silence accueillit la fin du récit de ma tante. Enfants comme adultes, nous étions tous immobiles comme des statues. Un peintre aurait pu nous représenter, ma tante regardant fixement droit devant elle avec sa veste jetée sur ses épaules et ses mains nouées sur ses genoux, mes amis et moi agenouillés par terre, emmitouflés dans notre couverture et la mère de Cyril lisant un livre passionnant au coin du feu. Seules les flammes donnaient un signe de vie en léchant joyeusement les bûches.
Ma tante fut la première à réagir :
- Allez ! C'est l'heure de boire un bon chocolat chaud comme je vous l'ai promis tout à l'heure.
Ce n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd : Cyril et moi courions dans tous les sens et mettions gaiement les bols sur la table. Quant à Chloé, elle se taisait. Notre amie ne nous avait même pas suivis. La grosse couverture de laine la maintenait toujours bien au chaud et elle regardait le feu d'un air pensif. Elle m'exposa le fruit de sa réflexion juste avant d'aller dormir. Cyril lisait dans sa chambre et mon amie et moi étions en pyjamas. Je me brossais énergiquement les cheveux. Je savais bien qu'ils s'emmêleraient dés que j'aurais posé ma tête sur l'oreiller mais j'avais pris cette habitude. Chloé était assise sur son lit et m'observait. Elle pensait certainement que c'était le moment propice pour me faire part de son idée. Et en effet :
- Tu sais, Flo, j'ai beaucoup réfléchi tout à l'heure à propos de l'histoire des perce-neige.
- Ah ?!
Où voulait-elle en venir ? Certes, j'avais beaucoup aimé le récit de ma tante mais ce n'était qu'une histoire.
- Tu sais, reprit-elle sans remarquer mon étonnement, je l'ai beaucoup appréciée surtout le passage où la sorcière explique à la jeune fille le pouvoir de guérison des perce-neige. Ah ! Si seulement je pouvais me procurer quelques-unes de ses fleurs pour mon herbier !
J'avais compris ses intentions : elle souhaitait en cueillir le lendemain pendant la promenade de l'après-midi. Chloé vouait une véritable passion pour la botanique. Quelqu'un comme Cyril ou moi aime les fleurs parce qu'elles sentent bon ou parce qu'elles ont de belles couleurs. Mais Chloé ne les aimait pas uniquement pour ces raisons : sa grand-mère avait éveillé en elle l'amour des plantes. Dès l'âge de quatre ans, les noms des fleurs avec leurs propriétés pharmaceutiques n'avaient aucuns secrets pour elle. Cependant, son aïeule était décédée avant l'accident fatal de mes frères. Elle avait été très bouleversée et Cyril et moi l'avions aidée au maximum. C'est pourquoi elle avait été très intéressée ce soir-là par le récit de ma tutrice et je la connaissais assez bien pour savoir qu'elle serait prête à tout pour se procurer ne serait-ce qu'un seul perce-neige.
- On pourrait peut-être en trouver un, suggéra-t-elle.
- On cherchera demain pendant la promenade dans les bois avec les adultes mais personnellement, je ne pense pas qu'il y en ait.
- Bien évidemment qu'on n'en verra pas si on met les autres au courant ! Ils empruntent toujours les grands sentiers.
Ne me dîtes pas que Chloé avait l'intention de s'enfoncer dans les bois seule avec moi ! Ce serait pure folie ! J'essayais de le lui expliquer. En vain :
- Mais Flo, nous sommes bien assez grandes pour se promener toutes seules ! On a dix ans. Et puis, c'est facile, il suffit seulement d'atteindre le cœur de la forêt pour trouver la clairière.
- Tu es complètement folle, ma parole ! Tu crois peut-être que cette histoire abracadabrante que ma tante a inventée est vraie ? Ce récit n'est pas réel, Chloé, met toi bien ça dans la tête ! Je ne sais pas où elle est allée chercher tout ça mais ce n'est que de la fiction.
- Eh bien moi, je veux quand même un perce-neige, s'obstina-t-elle d'un ton boudeur et en croisant les bras. Il suffit seulement de se lever demain matin de bonne heure et le tour est joué. Evidemment, il ne faut rien dire aux adultes et à Cyril. Ils sont tellement rabat-joie qu'ils refuseraient.
- Parce qu'ils sont conscients du danger.
- Surtout parce qu'ils ont peur de se perdre. Mais moi, je sais très bien qu'il n'y a aucun risque. Une forêt est pleine de petits sentiers. Et puis Flo, rappelle-toi le premier jour aux Caraïbes, reprit-elle d'un ton sarcastique. Tu tenais absolument à te baigner après cinq heures malgré l'interdiction du panneau parce que tu aimes nager plus que tout au monde. Eh bien moi, c'est pareil maintenant.
- Tu oublies que tu voulais me faire renoncer et tu avais bien raison parce que ce jour-là, j'étais tombée sur la tête ! Aujourd'hui, c'est pareil sauf que les rôles sont inversés.
- Oh, et puis je m'en fiche ! J'irai toute seule puisque c'est comme ça.
Cette idée me fit frémir. Chloé seule dans cette immense forêt ! Je ne pourrais jamais la laisser faire ça ! C'était beaucoup trop dangereux. Que pouvais-je faire pour contrecarrer ses plans ? Impossible d'en parler aux adultes, elles n'étaient pas là et ne reviendraient que tard dans la nuit. Et Cyril ? Lui-aussi était dans l'impossibilité de prévenir quelqu'un et il ne la convaincrait pas. Je n'avais plus qu'à l'accompagner.
- C'est bon, murmurai-je dans un souffle, je viens.
Chloé sourit, visiblement aux anges. Elle me souhaita joyeusement bonne nuit et m'avertit que nous nous lèverions à six heures le lendemain matin. Je ne répondis rien, car je la désapprouvais totalement et j'éteignis la lumière.
- Complètement folle, chuchotai-je dans le noir.
Sur cette pensée, je m'endormis. Cependant, mon sommeil n'était pas récupérateur, loin de là ! Des cauchemars horribles me tourmentaient avec des perce-neige mortels et des arbres noirs nous étranglant et nous étouffant, Chloé et moi, avec leurs branches.
- Six heures pile, cria une voix forte et enthousiaste dans mon oreille.
Je fis un bond dans mon lit et me réveillai en sursaut. Chloé était debout devant moi. Les événements de la veille au soir me revinrent à l'esprit. Ainsi, elle n'avait pas changé d'avis. C'était pure folie mais j'étais bien décidée à l'accompagner. Peut-être parviendrais-je à la raisonner à la dernière minute même si je n'y croyais pas trop.
- Couvre-toi bien surtout, dit mon amie qui s'était déjà habillée, il doit faire très froid à cette heure-ci.
Tout en baillant, je quittai à regret mon lit chaud et douillet, enfilai un jeans, un polo, le pull de Matthieu (celui de Corentin était sale) et une paire de grosses chaussettes. Si Chloé et moi devions nous aventurer dans la forêt, autant ne pas attraper froid !
Une demi-heure plus tard, nous étions toutes les deux prêtes. L'enthousiasme de Chloé ne s'était pas calmée entre-temps et la perspective de notre aventure à venir ne l'inquiétait pas le moins du monde. Quant à moi, une grosse boule d'angoisse me montait à la gorge. Mais pourquoi fallait-il donc que je m'embarque dans des situations pareilles ? Si seulement, un adulte ou Cyril se réveillaient juste à ce moment-là ! Malheureusement, tout le monde dormait à poings fermés. L'idée de les réveiller me traversa l'esprit mais comme mon amie ne me lâchait pas d'une semelle, mieux valait ne pas y compter. De plus, Chloé m'en voudrait. Cela ne faisait aucun doute.
- C'est bon, demanda Chloé, tu as bien mis tes après-skis ?
- Oui, oui, je ne suis pas idiote, j'ai aussi mes gants, mon écharpe et mon bandeau de laine si tu veux tout savoir !
- Alors c'est parfait, conclut-elle en feignant de ne pas remarquer ma mauvaise humeur, nous pouvons y aller.
Elle laissa sur la table un mot écrit à la hâte : "Flo et moi sommes parties chercher des perce-neige dans la forêt. Nous reviendrons vite. Ne vous inquiétez pas. Chloé."
Lorsque nous arrivâmes à la lisière de la forêt, un frisson me parcourut le dos. A l'aube, elle semblait toute noire et truffée de dangers. Mais comment Chloé pouvait-elle rester aussi sereine ? Je fis une dernière tentative pour la dissuader de son idée saugrenue :
- Chloé, ce n'était qu'une histoire, empresse-toi de l'oublier et rentrons à la maison. Crois-moi, ça vaudra beaucoup mieux pour toutes les deux. Regarde comme il fait sombre ici. Ca me donne froid dans le dos.
- Je ne te force pas, répliqua-t-elle tranquillement ! Tu peux retourner te coucher si tu as peur.
- C'est bon, j'ai compris, je n'ai plus qu'à te suivre et advienne que pourra.
C'est ainsi que nous nous engouffrâmes dans les bois. Je jetai un coup d'œil derrière nous. La maison était devenue incroyablement petite. En tout cas, j'espérais vivement la revoir un jour.
- On va commencer par suivre le sentier, expliqua Chloé. Ensuite, on le quittera pour s'enfoncer vers le cœur là où devrait se trouver la clairière aux perce-neige.
Le début de notre escapade se déroula plutôt bien. J'en étais très étonnée. Maintenant que j'étais bien réveillée, je marchai à côté de mon amie d'un pas alerte, non sans penser que cela ne mènerait strictement à rien. Les oiseaux chantaient à tire-d'aile. Les écureuils couraient sur les branches et nous envoyaient des brindilles dans les cheveux. Entre la cime des arbres, le ciel étoilé couleur d'encre pâlissait de plus en plus pour laisser place à un bleu délavé mêlé d'une lueur jaunâtre. J'oubliai peu à peu ma mauvaise humeur. Pendant toute la matinée, Chloé et moi gambadions sans buts précis. En réalité, je me contentais de suivre mon amie, pensant qu'elle savait où elle allait. Nous bavardions toutes les deux gaiement.
Vers midi, je commençai à être fatiguée et j'avais faim. Nous aurions dû préparer un pique-nique avant de partir. Ne tenant plus debout, je m'effondrai au pied d'un sapin. Chloé s'assit sur une souche. Elle semblait perdue dans ses pensées. Tout à coup, je me rendis compte à quel point il faisait sombre. Les arbres autour de nous étaient denses et touffus. Pas le moindre rayon de soleil ne filtrait le feuillage. Un silence écrasant s'était abattu sur la forêt. Pas le moindre souffle de vent, pas le moindre chant d'oiseaux, rien ! Tout cela me rendait mal à l'aise.
- Chloé, je n'aime pas trop cet endroit. Si on partait d'ici ?
Je pensais qu'elle me rétorquerait quelque chose du genre :
- Tu veux partir alors qu'on ne doit plus être loin des perce-neige ! Tu es tombée sur la tête ou quoi ?
Mais elle se contenta de répondre d'une voix qui tremblait légèrement :
- Oui, tu as raison.
Pendant environ deux heures, Chloé et moi nous frayâmes un chemin parmi les ronces. Nous courions plus que nous ne marchions. Des branches et des épines déchiraient nos habits. Nous ne parlions plus, ne rions plus. L'enthousiasme de mon amie s'était littéralement envolé. Quant à moi, les doutes m'assaillaient. Chloé, savait-elle où elle allait ? Pourquoi avait-elle l'air tellement inquiète ? Pourquoi faisait-il si sombre ici ? Et où étions-nous exactement ? Combien de kilomètres nous séparaient du chalet ? Etions-nous au sud, au nord, à l'est ou l'ouest ? A moins que nous soyons dans le cœur de la forêt ? Je n'en avais pas la moindre idée.
- Chloé, dis-je, tu connais bien le chemin, n'est-ce pas ?
- Bien sûr, quelle question !
Son visage était blême et exprimait l'angoisse.
- Chloé, tu ne crois pas qu'on devrait rentrer à la maison, maintenant ?
Mon amie se laissa tomber à genoux dans les épines et éclata en sanglots.
- Flo, hurla-t-elle paniquée, c'est ce que j'essaie de faire depuis tout à l'heure ! Mais je n'ai pas la moindre idée de l'endroit où nous sommes ! Nous sommes perdues ! Tu as bien dû te rendre compte que nous ne sommes plus sur le sentier ! Et puis, j'ai faim, j'ai soif, je suis fatiguée mais j'ai surtout peur !
- J'avais deviné, murmurai-je inaudiblement en passant un bras autour des épaules de Chloé. Mais ne t'inquiète pas, quelqu'un va bien finir par nous retrouver.
J'avais essayé de la consoler mais je n'en menais pas large moi non plus. J'étais au bord des larmes mais je ne devais surtout pas le lui montrer. Autant rester forte et ne pas se laisser aller au désespoir. Malheureusement, j'avais beau me creuser la tête, je ne voyais aucune solution à notre problème. Qu'allons-nous devenir ? Et si on ne nous retrouvait jamais ? Et si Chloé et moi mourrions ici, loin de tous ? Non ! Il ne fallait pas que ça arrive, surtout pas !
- S'il vous plaît, mes frères chéris, pensai-je en agrippant mon pendentif, aidez-moi à retrouver le chemin.
Chloé sanglotait toujours. Bien qu'elle soit entièrement responsable de nos malheurs actuels, elle avait tellement de peine que j'étais incapable de lui en vouloir.
- Viens ! lui ordonnai-je en m'efforçant d'être énergique. Nous ne pouvons pas rester là de toute façon. Nous allons essayer de retourner sur nos pas.
- Je veux bien, dit Chloé à travers ses larmes, mais nous ne sommes plus sur le sentier.
- Je sais mais il faut bien faire quelque chose. Peut-être que nous aurons de la chance.
Nous nous faufilions tant bien que mal parmi les ronces. J'essayais de repérer les branches cassées que Chloé et moi avions arrachées avec nos mains pour nous frayer un passage à l'aller. Ce procédé se révéla efficace. Mon amie et moi reprenions espoir petit à petit. Les pleurs de Chloé s'étaient calmés. Au bout de deux heures, nous retrouvâmes la clairière où nous nous étions reposées quelques heures auapravant. Nous en étions certes très soulagées mais n'étions pas encore au bout de nos peines ! Une longue marche nous attendait encore pour retrouver le chemin de la maison.
- Maintenant, il faut réfléchir. Chloé, sais-tu à quel moment nous avons quitté le sentier pour nous enfoncer dans la forêt ?
- Je suis désolée Flo. Je ne me rappelle pas. Nous étions tellement occupées à parler et à jouer que je n'ai pas fait attention.
- Tu ne sais même pas au bout de combien de temps environ ? demandai-je d'un ton désespéré.
- Environ deux heures.
- Sûre ?
- Peut-être trois.
- C'est bizarre ! Il me semblait que nous étions restées beaucoup moins longtemps que ça sur le chemin.
- Oh ! Flo ! C'est de ma faute. En plus, je t'ai entraînée dans cette histoire alors que tu m'avais prévenue que ce serait dangereux. Je suis vraiment désolée.
- Garde courage.
Je lui tapotai l'épaule pour la réconforter bien que je me sente moi-même complètement découragée mais si je me laissais abattre, il y avait peu de chance pour que mon amie et moi nous nous en sortions.
Tout à coup, mon visage s'éclaira. Je venais d'avoir une idée.
- Chloé, tu connais "Le seigneur des anneaux" de J.R.R Tolkien ? C'est un livre.
Mon amie sécha ses larmes et me regarda comme si j'étais devenue folle. Cependant, elle répondit :
- Le titre me dit quelque chose mais je ne l'ai jamais lu.
- Moi non plus. Mais Corentin l'a lu et il m'a raconté l'histoire non seulement du "Seigneur des anneaux" mais aussi de "Bilbo le hobbit". C'est un autre livre de Tolkien mais il est moins connu que l'autre. Il y a un passage qui m'a marqué dans "Bilbo le hobbit". A un moment donné, les treize nains de l'histoire et un hobbit, Bilbo, sont perdus dans une forêt sombre rempli d'elfes, d'araignées géantes et de pièges. Pour s'en sortir, ils ont l'idée de grimper au sommet d'un arbre pour se repérer. Nous n'avons qu'à faire pareil.
- Tu sais Flo, sans vouloir te vexer, je ne sais pas si c'est un très bonne idée. Le tronc est glissant. Si on tombe, on risque de se faire mal, voir même de se casser quelque chose. Et ces sapins sont vraiment très hauts.
- Justement, répondis-je en souriant, nous pourrons facilement nous faire une idée de la situation. Mais c'est moi qui grimperai. L'escalade n'a jamais eu de secret pour moi. Et de toute façon, la nuit ne va plus tarder à tomber. Nous n'avons plus vraiment le choix.
Chloé hocha la tête et marmonna un "Sois prudente". Je repérai le plus grand sapin de la clairière et commençai mon ascension. Je sentais le regard de Chloé dans mon dos. Les branches étaient nombreuses ce qui me facilitait la tâche mais l'écorce était glissante et plus d'une fois, mon pied dérapa dangereusement. A force de persévérance, j'arrivai enfin au sommet de l'arbre où l'air était incroyablement frais et pur. Les rayons du soleil couchant m'aveuglèrent. Je clignai des yeux. En quelque seconde, je m'habituai à toute cette luminosité et ouvris les paupières. Je ne voyais autour de moi qu'un océan de cimes d'arbres vert foncé qui m'encerclaient. J'avais beau regarder de tous les côtés, je ne voyais rien d'autre que les sapins. Pourtant, notre maison devait bien se trouver quelque part ! La forêt, était-elle si grande que cela ?
- Flo, cria Chloé d'une voix étouffée par le feuillage, qu'est-ce que tu vois ?
- Que des arbres, malheureusement.
- Oh non, gémit mon amie, qu'allons-nous devenir ?
Tout à coup, je tressaillis. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Qu'est-ce que c'était là-bas ? On dirait... Mais oui, c'était bien de la fumée. De la fumée provenant d'une cheminée. S'il y avait une cheminée, il y avait forcément une maison. Donc, tout espoir n'était pas perdu.
- Chloé, hurlai-je surexcitée et en sautant de branches en branches jusqu'au sol, nous sommes sauvées. Je viens de voir de la fumée. Quelqu'un habite pas loin d'ici. Si ça trouve, c'est notre chalet !
Mon amie et moi nous nous remîmes en route, sales, exténuées et les pieds meurtris mais l'espoir nous donnait la force d'avancer.
- Courage, Chloé. Je sais, nous sommes fatiguées mais il ne faut pas s'arrêter. Surtout pas ! Nous ne devons plus être très loin.
De temps en temps, je grimpai dans un arbre pour me réorienter et constatai avec soulagement que nous étions presque au bout de nos peines. Il faisait déjà nuit noire et nous commencions à avoir peur. Nous errions toujours dans les bois. J'avais beau escalader les arbres et scruter au loin, je ne voyais plus rien du tout à cause de l'obscurité. Ni fumée, ni maison. Rien. Complètement épuisées, nous nous affalâmes par terre dans la mousse humide. La faim et la soif nous tenaillaient. Nous grelottions de froid et ne contrôlions plus les tremblements de nos corps. Malgré nos gants, nos doigts viraient au bleu. Nous allions geler. Après tout, c'était peut-être mieux que de mourir de faim ou d'être dévorées par des bêtes sauvages. Qui sait ? Il y avait peut-être des loups. C'est à ce moment-là qu'il y eut un bruit. Comme un bruissement dans les buissons. Je tressaillis. Le silence retomba sur la forêt puis ça recommença plus fort et plus proche. Mon amie sursauta, cessa de pleurer et regarda frénétiquement autour d'elle.
- Tu as entendu ? demanda-t-elle en s'agrippant à mon bras et en le serrant à me faire mal.
- Oui, murmurai-je dans un souffle.
- Tu as entendu ? répéta-t-elle au bord de l'hystérie.
J'écoutai plus attentivement. C'était bizarre. C'était plutôt étouffé et ça ne se taisait jamais. En tout cas, une chose était sûre : ce n'était pas un animal. Et tout à coup, je compris.
- Chloé, m'exclamai-je avec enthousiasme, c'est super ! Viens vite et ne t'inquiète pas. Il n'y a aucune raison d'avoir peur.
Elle me suivit tant bien que mal en haletant.
- Oui, murmurai-je pour moi-même, c'est ça, c'est par-là, on approche.
Et moins de deux minutes plus tard, on découvrit un ruisseau facilement franchissable d'une enjambée.
- Tu comprends, expliquai-je à ma compagne, c'était le grondement de l'eau qu'on entendait tout à l'heure. Ce qu'on pouvait être bête !
Je m'apprêtai à boire quand Chloé me retint.
- Attends, me recommanda-t-elle, c'est peut-être dangereux. Tu te rappelles l'histoire de ta tante ? Un des pièges qui barre la route de la jeune fille est un mince filet d'eau et si elle en boit ne serait-ce qu'une goutte, elle perd immédiatement la mémoire.
- Pitié ! m'exclamai-je. Tu ne vas pas me dire que tu crois encore à cette histoire ? Tout ce qui nous arrive ne te sert donc pas de leçon ?
- Tu as raison, reconnut-elle.
Nous enlevâmes nos gants et plongeâmes nos mains dans le ruisseau. Il était gelé. Déjà que nous avions froid ! Mais bon, on pouvait enfin se désaltérer. C'était le principal.
Je venais à peine d'avaler trois gorgées que mon amie s'étrangla et hurla d'une voix déformée par la joie :
- Flo, regarde ! Une lumière ! Là-bas ! Vite, allons voir.
En effet, c'en était bien une. Il y avait donc une maison. Cette fois-ci, c'était sûr, nous étions sauvées. Les quelques minutes qui suivirent furent à la fois atroces et merveilleuses : nous étions convaincues d'être tirées d'affaire mais nous avions également très peur d'être déçues à nouveau. Je ne quittai pas la lumière des yeux et me dirigeai droit sur elle. Un, deux, trois pas à travers les ronces. Une minute s'écoule, deux, trois, quatre. C'est pas vrai ! On ne va jamais y arriver ou quoi ? Et si c'était un piège ? Où là là, qu'est-ce qui fait sombre et c'est bien silencieux tout à coup ! J'ai un point de côté et j'en ai marre. La lumière s'éloignerait-elle au fur et à mesure qu'on avance ?
Soudain, la maison était là, devant nous. C'était un chalet de bois sombre très coquet et d'aspect chaleureux. Sur le toit, la cheminée fumait.
- Ce n'est pas notre chalet, constata Chloé, et nous sommes encore dans la forêt.
- Et alors ? Ce n'est pas grave. Ils vont quand même pouvoir nous aider. Eux, ils ne sont pas perdus.
Je frappai à la porte. Un homme d'une soixantaine d'années de forte carrure et d'aspect jovial nous accueillit :
- Eh bien, les pitchounes, ne restez pas là, vous allez prendre froid.
On ne se le fit pas dire deux fois.
- Vous n'avez pas l'air très en forme toutes les deux. Vos lèvres sont bleues et vous tremblez sans cesse. Vous avez peut-être faim ? Et soif ?
- Euh, oui, oui, balbutiai-je en claquant des dents.
- Marthe, cria l'homme, prépare deux tasses de chocolat et des tartines s'il te plaît. Il y a deux fillettes complètement transies.
Marthe était un petit bout de femme pas plus haute que trois pommes avec de bonnes joues rondes, des yeux pétillants et une bouche rieuse.
- Les pauvres chéries ! s'exclama-t-elle en nous voyant, il faut qu'elles se changent et qu'elles se mettent au coin du feu sinon, elles vont attraper une pneumonie. Hubert, donne-leur de quoi s'habiller pendant que je prépare à manger. Pendant qu'elles dîneront, elles nous expliqueront d'où elles viennent et ce qu'elles font à cette heure-ci dans la forêt. Deux mômes seules dans les bois ! Quel âge avez-vous donc ?
Elle avait débité tout ça en l'espace d'un quart de seconde sans reprendre son souffle.
- Presque dix ans madame, répondis-je
- Ca n'a que dix ans et ça traîne dans les forêts ! Enfin ! Allez vite vous changer. Mon mari vous prêtera quelques-uns de mes habits.
Chloé et moi enfilâmes des vêtements chauds en quelques minutes sans dire un seul mot et nous rejoignîmes le couple qui nous avait si chaleureusement accueillies.
L'homme nous fit signe de nous installer près du feu. Nous obéîmes sans discuter. Marthe nous avait déjà apporté à manger. En plus du chocolat chaud et des tartines, il y avait une assiette de soupe, de l'omelette aux pommes de terre et une part de tarte aux fruits.
- J'ai pensé que ces pauvres petites n'avaient pas eu grands choses à se mettre sous la dent, expliqua Marthe à son mari. Il fallait bien que je leur donne quelque chose de consistant.
- Maintenant les enfants, nous demanda Hubert, si vous nous racontiez tout.
La tâche me revint. Les adultes nous écoutèrent attentivement. Ils furent pris d'un fou-rire incontrôlable en apprenant le but de notre expédition. J'attendis patiemment qu'ils cessent. Quand je racontai l'escalade dans les arbres pour me repérer, Hubert s'exclama :
- C'est qu'elles sont malignes, ces pitchounes ! Et débrouillardes !
A la fin de mon récit, Hubert s'exclama en enfilant son manteau et en prenant les clés de sa voiture :
- Maintenant, en route les mômes ! Vos proches doivent sérieusement s'inquiéter. Vous m'avez dit que vous logiez le chalet à la lisière de la forêt au-dessus du village ? Très bien, je connais. Je vous y conduis tout de suite.
C'est ainsi que cinq minutes plus tard, après maints remerciements auprès de Marthe, Chloé et moi étions assises sur la banquette arrière. Chloé dormait profondément. Il faisait bon dans la voiture. Une douce chaleur émanait du chauffage. Dehors, il faisait nuit noire et les étoiles brillaient dans le ciel. Dire que nous étions enfin en route pour la maison ! J'avais peine à y croire tant je l'avais cherchée avec acharnement dans cette maudite forêt. Je me sentais soulagée. Ca faisait du bien d'être au chaud, d'avoir un bon repas dans le ventre et de savoir qu'on ne court plus aucun danger. Plus que quelques minutes et je pourrais enfin revoir ma tante et Cyril. Comme ils allaient être contents de nous revoir !
Ca y est ! Je voyais le chalet. Il était là ! Devant moi ! Plus que quelques secondes et je reverrai tous ceux que j'aimais. Plus que quelques secondes et je serai enfin plongée dans mes draps. La lumière était allumée. La cheminée fumait. Je poussai un cri de joie. Chloé se réveilla en sursaut. Elle me regarda un instant d'un air hébété puis, reconnaissant la maison, s'agita comme une puce. Hubert eut à peine le temps de garer la voiture que nous nous ruâmes vers le chalet. Hubert nous suivit. Nous ne l'attendîmes pas. Plus que trois pas et nous serons enfin chez nous. Plus que deux. Plus qu'un et ça y est, nous voilà !
Cyril était là, effondré sur le canapé. Il n'était pas coiffé. Son regard exprimait l'anéantissement total. Mais il leva tête et nous aperçut Chloé et moi. Jamais je n'oublierais son visage s'illuminer de joie. Ses yeux pétillaient. Il nous serra toutes deux dans ses bras. Sur ces entre faits, les adultes arrivèrent. Leurs réactions furent à peu de choses près la même que celle de Cyril. J'appris plus tard qu'elles étaient parties à notre recherche mais que Cyril était resté au chalet pour nous accueillir au cas où nous reviendrions. Elles appelèrent la police pour les prévenir de notre retour et remercièrent Hubert plutôt mille fois qu'une. Dans les effusions des retrouvailles, je l'avais presque oublié.
Nous racontâmes toutes nos péripéties. Cyril, sa mère et ma tante frémirent d'épouvante. Comme la journée avait été éprouvante, nous sommes tous allés nous coucher.
Le lendemain matin, maintenant qu'ils étaient rassurés, Cyril et les adultes étaient légèrement furieux mais comment pourrions-nous leur en vouloir ? A notre grand étonnement, mon amie et moi ne fûmes pas punies. Ma tante estimait que notre peur nous avait servi de leçon. Et elle avait raison car Chloé et moi n'avions plus du tout envie de nous aventurer à nouveau dans la forêt.
Notre escapade n'était déjà plus qu'un mauvais souvenir quand trois jours plus tard, Cyril nous appela en riant d'un air narquois :
- Flo ! Chloé ! Venez voir ce que j'ai trouvé. C'est marrant.
Nous le suivîmes. Notre ami avait un sourire goguenard.
Moins de deux minutes plus tard, une vaste prairie de perce-neige s'étendait devant nous. Nous regardâmes les fleurs d'un air incrédule. Cyril se marrait comme une baleine.
- Et ça t'amuse ! s'exclama Chloé courroucée.
- Désolé, répondit-il, mais c'est plus fort que moi. Quand je pense que vous avez trimé pendant toute une journée dans la forêt alors qu'il y avait des perce-neige à quelques mètres de la maison ! Maintenant Chloé, rajouta-t-il, tu peux en ramasser autant que tu en veux.
- Non, déclara-t-elle, je suis dégoûtée de ces fleurs. Jamais je n'en collerai dans mon herbier.
Elle repartit vers le chalet. Mais elle s'arrêta brusquement, fit demi-tour et nous dit tout en cueillant quelques perce-neige.
- Après tout, je peux bien en prendre deux ou trois. Ca ne va pas me tuer !
A suivre !
Publié par Sen à 22:16:17 dans La vie continue | Commentaires (5) | Permaliens
Deux mois que je n'avais pas vu ma région natale. Et ce soir j'y suis pour deux mois. Deux mois... Ca va être long. J'ai peur, peur de ne pas retrouver mes marques, peur que mes amis aient changé.
Et pourtant... En sortant du train, le soleil était au rendez-vous. J'avais oublié la chaleur des rayons d'été sur ma peau. A Amiens, ils ne sont pas aussi puissants. J'avais oublié l'odeur de la mer et la vue d'un palmier se balançant légèrement au vent. J'avais oublié que mon chat se précipitait à ma rencontre, j'avais oublié les repas sur les terrasses, j'avais oublié cet air moite et lourd, j'avais oublié la foule sur les plages, j'avais oublié le chant des cigales.
Mais ne vous inquiétez pas, car je suis en train de reprendre mes marques. Demain, plage au programme. Je n'ai jamais trop aimé cela surtout que j'ai la peau fragile mais honnêtement, la mer m'a trop manqué.
Ca y est, je suis chez moi.
Publié par Sen à 19:21:19 dans Anecdotes | Commentaires (15) | Permaliens
Bon, je vous préviens tout de suite : je suis allée manger au restaurant chinois ce soir et entre l'apéritif, le vin à table et le saké cul sec, je vous laisse imaginer l'état dans lequel je suis actuellement. Il n'est donc pas impossible que mon message soit sans queue ni tête malgré mes efforts.
Il y a peu de temps, j'ai entendu une chanson composée uniquement avec des rimes en "on". Assez amusante la chanson. Mon esprit galopait en me couchant ce soir-là et j'essayais de trouver des rimes en "on". Pas évident. C'est là que je me suis aperçue que le son "on", ou plutôt la voyelle "on" car en phonétique, les voyelles ne s'arrêtent pas à "a", "e", "i", "o" et "u" : il faut aussi prendre en compte toutes les voyelles que nous entendons à l'oral comme "on", "in", "un", "an", "é", "è","oeu", "ou", "eu" (je n'ai jamais compris la différence entre ce phonème comme dans "bleu" et le phonème "e" comme dans "petit" mais il parait qu'il y en a une) . J'espère que je n'oublie aucune voyelle. Je me suis donc amusée à associer toutes les voyelles orales à toutes les consonnes orales (pas seulement celles de l'alphabet).
Voilà ce que ça donne avec la voyelle "on" par exemple :
b => bon
c => con, vulgaire certes mais le terme existe
ch => chon, ça ne marche pas cette fois-là
d => don
f => fond
g => gond
j => jonc
l => long
m => mon
n => non
p => pont
r => rond
s => son
t => ton
v => vont
x => xon, ça ne marche pas
z => zon, ça ne marche pas non plus
Voyons voir avec les demi-consonnes (ou demi-voyelles)
y => yon (prononcer comme "yeux") ça ne marche pas
w => won là non plus ça ne marche pas
Nous pouvons donc constater qu'à partir du même phonème "on", on peut constituer plusieurs mots en l'associant aux consonnes orales de l'alphabet français. Essayez avec d'autres voyelles comme "a", ce sera encore plus flagrant. Alors, spécialité de la langue française ? Ma foi, il faudrait essayer avec plusieurs langues pour voir.
Cette année, à l'IUFM, j'ai appris que cela pouvait être la cause d'erreurs de la part des élèves. En effet, prenons le son "g de garçon" et "k". Il s'agit d'occlusives (mode d'articulation) palatales (lieu d'articulation, le palais dans le cas présent). La seule différence : "g" est un son voisé (prononcé avec la voix) et "k" un son non voisé. Prononcez ces deux sons à haute voix en vous bouchant les oreilles et vous remarquez "g" résonne contrairement à "k". Ainsi, des élèves ont tendance à confondre ces deux sons parce que la différence est assez subtile.
J'aime bien la linguistique. Je trouve qu'étudier le fonctionnement de langue française est une étude passionante.
Publié par Sen à 22:28:44 dans Rêveries | Commentaires (7) | Permaliens
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