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J'hésite depuis plusieurs jours à mettre un nouveau récit sur mon blog et je me suis enfin décidée à le faire. Pourquoi hésiter ? Parce que le style est adolescent (je l'ai écrit entre 17 et 22 ans), parce qu'il reste des fautes et parce que je me dévoile en quelque sorte. Puis finalement, je me suis dit que celui à qui ça ne plaît pas, eh bien qu'il ne le lise pas et puis basta ! De tout façon, ça ne pourra pas plaire à tout le monde. Voilà, vous êtes prévenus ;). Dernière précision quand même : il s'agit en fait de la suite d'un premier récit que je n'oserai jamais mettre ici car j'en ai encore plus honte. Mais normalement, ne pas avoir lu le premier récit ne gêne pas pour la compréhension du second. Sur ce, bonne lecture.
C'était une belle nuit d'Avril. Les étoiles, bien visibles ce soir-là, brillaient avec éclat dans leurs constellations respectives. La pleine lune diffusait une douce lumière blafarde et fantomatique sur une petite ville endormie. De temps en temps, un nuage solitaire la masquait pendant quelques secondes. Tout semblait parfaitement normal. Cependant il n'en était rien car l'atmosphère était imbibé d'étrangeté et de surnaturel. Tout était calme, trop calme. Certes, on entendait bien le mugissement du vent dans les arbres ou des animaux nocturnes courir dans la forêt mais ces petits signes de vie étaient étouffés par quelque chose d'indéfinissable et de pesant qui n'avait pas sa place ici et qui n'appartenait certainement pas à ce monde.
Matthieu et moi errions sans buts précis, indifférents aux hululements des hiboux , indifférents au clapotement d'un ruisseau sur les rochers, indifférents à la vie. Il faisait bon. Je devrais plutôt dire : "On dirait qu'il fait bon" car je n'avais aucune sensation de chaud ni de froid. Matthieu non plus, d'ailleurs. Matthieu, c'est mon petit frère. Il a un an de moins que moi et j'étais bien content qu'il soit avec moi ce soir car il m'aidait à supporter cette douleur lancinante lorsque je me rappelais mon passé ou pensais à mon avenir. Sauf que je n'avais pas d'avenir. Et Matthieu non plus.
Auparavant, les choses étaient différentes : nous étions jeunes et les projets ne manquaient pas mais... notre existence a été bouleversée à la mort de nos parents alors que nous n'avions que quinze et seize ans. Nous en avions énormément souffert mais il y avait la petite sœur, Flo, qui n'avait que sept ans à l'époque. Elle était beaucoup plus fragile et sensible que nous. Il avait fallu la soutenir, la consoler, l'aider et la protéger. Pour elle, nous n'avions pas eu le droit d'être faibles. Pour elle, nous avons dû grandir trop vite et tenté de remplacer nos parents. Notre devoir avait été de lui montrer que malgré cette perte, la vie continuait. Même si celle-ci se révélait parfois hasardeuse. Tout d'abord, la tante chez qui nous avions vécu était froide et sévère. Elle s'en prenait toujours à quelqu'un et comme Flo était petite et ne savait pas se défendre, elle était sa cible préférée. Pourtant, elle nous aimait mais n'ayant jamais eu d'enfants, son éducation était plutôt maladroite. Comme si ce n'était pas suffisant, Flo avait aussi des ennuis à l'école : à cause de sa faiblesse et de son manque d'assurance, elle avait été la proie des élèves de sa classe qui l'avaient détestée, s'étaient moquée d'elle et l'avaient tyrannisée plus ou moins violemment. Malgré tout, elle avait réussi à se faire un ami dans son école nommé Cyril. Il était plus âgé qu'elle, vif, un peu turbulent et colérique mais il était très attaché à notre soeur et l'avait défendue des autres élèves. Nous l'avions beaucoup apprécié. Bref, cette petite fille de sept ans nous avait causé beaucoup de soucis mais nous l'aimions énormément. Petit à petit, les problèmes de notre soeur s'étaient résolus aussi bien à l'école qu'avec la tante ce qui nous avait réjoui. Ainsi, malgré la mort de nos parents, nous avions repris un rythme de vie agréable. Jusqu'à ce jour d'Avril où mon frère et moi avions passé une audition de piano où nous avions tous les deux très bien joué. Trop bien joué. Deux professeurs de conservatoire nous avaient remarqués et nous avaient proposés de participer à un concours de piano se déroulant à Paris. Notre tante avait consenti à ce que nous aprtions. Ne pouvant pas nous accompagner, elle avait demandé à une de ces connaissances de nous y conduire. Ce fut la plus grosse erreur de sa vie. Le jour du départ, le temps était maussade et de gros nuages menaçaient d'exploser d'un moment à l'autre. Mais quelle importance ! Aurais-je seulement pu prévoir que le véhicule déraperait à cause d'une pluie de grêle ? Aurais-je pu prévoir que le conducteur ne parviendrait pas à freiner ? Aurais-je pu prévoir que la voiture quitterait l'autoroute en défonçant une barrière ? Aurais-je pu prévoir que nous écraserions dans un fossé ? La vie nous réserve de drôles de surprise parfois...
D'un signe de tête, Matthieu désigna un tombeau massif en marbre. Deux noms gravés dans la pierre étaient éclairés par la pleine lune. Cétaient les nôtres. Ainsi, tout était vraiment arrivé. Nous n'étions plus que l'ombre de nous-mêmes. Je ne me réveillerais pas en disant à mon frère :
- J'ai fait un affreux cauchemar cette nuit. J'ai rêvé que nous étions morts dans un accident de voiture.
Matthieu ne rétorquerait pas :
- Parfois tu as de ces idées !
Le pire dans cette histoire, c'est Flo. A partir de ce jour-là, elle devait se prendre en main, toute seule. Mais je ne m'inquiétais pas trop à son sujet car sous ses aspects fragiles, elle était courageuse. Ce soir-là, la petite Flo pleurait dans son lit et nous appelait d'une voix désespérée. Mais Matthieu et moi ne pouvions plus l'aider. Néanmoins j'espérais une chose : pourvu qu'elle se souvienne de ce que Matthieu et moi lui avions appris à la mort de nos parents : malgré tous les malheurs de la Terre, la vie continue.
A suivre...
Publié par Sen à 23:16:18 dans La vie continue | Commentaires (1) | Permaliens
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