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Ce conte est tiré du même récit que le précédent. Je précise que j'étais en train de lire "Le seigneur des anneaux" (bien longtemps avant que le film sorte au cinéma !) quand je l'ai écrit ce qui m'a sans doute influencée.
Il était une fois une jeune sirène âgée de dix-huit ans. Elle vivait dans un très beau palais dans l'océan, là où les hommes ne s'aventurent jamais et où tout est sauvage. Elle était très belle et très riche, son père étant le roi des fonds marins. Elle s'appelait Ondine.
Comme toutes les sirènes, elle possédait de nombreux pouvoirs magiques. En outre, elle commandait les eaux grâce à un collier magique où pendaient quatre coquillages nacrés. Ses trois autres sœurs, Gaïana, Cyrielle et Véga exerçaient une influence considérable sur la terre, le ciel et le feu grâce à trois autres pendentifs. Les quatre colliers étaient indispensables à leurs survies, car si l'une d'elle perdait ou cassait ne serait-ce qu'un seul d'entre eux, les éléments se déchaîneraient contre leurs maîtresses en les entraînant dans la mort.
Les quatre sœurs étant jumelles, elles possédaient toutes une longue chevelure dorée qui tombait en boucle dans le bas du dos. Hormis les colliers, leurs yeux étaient le seul moyen de les différencier : l'iris d'Ondine était vert émeraude, celle de Gaïana noir ébène, celle de Cyrielle bleu turquoise et celle de Véga rouge feu.
Un jour, Ondine s'aventura seule loin du palais familial et se perdit. Lorsque sa famille découvrit sa disparition, il était trop tard, car la jeune princesse avait déjà atteint la limite magique et se trouvait à présent près du domaine des hommes mortels. Elle ignorait totalement où elle trouvait mais elle ne perdait pas courage.
Pour se réorienter, elle ordonna à l'océan d'une voix mielleuse et étrangement enchanteur :
- Oh ! Océan ! Je suis ta maîtresse Moi Ondine, princesse de l'eau, Une des quatre sirènes, Amènes-moi au-dessus l'eauLes quatre coquillages nacrés de son collier scintillèrent tout à coup d'une lumière aveuglante et un miracle se produisit : l'océan se transforma en un gigantesque tourbillon dans lequel la sirène fut entraînée et un fort courant l'amena devant un rocher sur lequel elle grimpa avec agilité en dépit de sa queue de poisson. Ce qu'elle découvrit la laissa muette de stupeur. Elle se trouvait à l'air libre et un bateau avançait droit devant elle. Elle n'en avait jamais vu, aussi prit-elle peur et plongea-t-elle vivement dans l'eau. De plus, elle était incapable de respirer à l'air pur. Cyrielle, maîtresse du ciel, avait le pouvoir de sortir de l'océan et de se transformer en oiseau. Gaïana, maîtresse de la terre, se métamorphosait en être humain et marchait sur la terre ferme dés qu'elle quittait son royaume. Malheureusement, Ondine dominait l'eau et ne respirait que dans cet élément-là. Cependant, ce gros bateau de bois l'intéressait au plus au point.
Elle ne résista pas longtemps à la curiosité :
- Oh ! Océan ! Je suis ta maîtresse Moi Ondine, princesse de l'eau, Une des quatre sirènes, Coule et donne-moi ce bateau.Comme précédemment, les crustacés brillèrent et l'océan provoqua un gigantesque tourbillon dans lequel le bateau fut entraîné. La coque de bois se craquela et éclata en morceaux. Les voiles se déchirèrent. Les hommes, paniqués, crièrent. Mais les courants les emportèrent dans les profondeurs marines où ils se noyèrent tous. Cependant, une magicienne très réputée et possédant de très gros pouvoirs survécut à la catastrophe grâce à ses dons.
Découvrant Ondine, elle lui dit d'une voix menaçante :
- Sotte jeune sirène, tu es la maîtresse des eaux et tu as abusé de ton pouvoir ce qui a coûté la vie à des centaines de braves hommes. Pour te punir, je vais te renvoyer chez toi sans ton collier.
La sentence signifiant une condamnation à mort, elle poussa une exclamation d'horreur. Quelques secondes plus tard, par quelques tours de magie, elle était de nouveau chez elle mais complètement démunie et désemparée. Elle éclata en sanglots et expliqua à ses sœurs sa mésaventure. Celles-ci partirent immédiatement à la recherche de la vieille magicienne pour récupérer le collier, car elles risquaient toutes de mourir.
Laissant Ondine au palais, Cyrielle, Gaïana et Véga partirent à la recherche de la magicienne qu'elles ne tardèrent pas à retrouver, car elles nageaient très vite, beaucoup plus vite que la sorcière. Mais cette dernière avait prévu la venue des trois princesses et leur avait préparé un piège : dés que les sœurs d'Ondine s'approchèrent d'elle, un mur invisible et infranchissable se dressa dans l'océan. Elles étaient prisonnières. La vieille femme s'enfuit à toute allure.
- J'ai une idée, proposa Gaïana. Je vais provoquer un tremblement de terre sous-marin. Peut-être que cet obstacle s'engouffrera dans les entrailles de la Terre.
D'une voix toute aussi harmonieuse que celle de sa sœur, elle chanta doucement :
- Oh ! Sol terreux ! Je suis ta maîtresse Moi Gaïana, princesse sur Terre,U ne des quatre sirènes,Que la Terre s'ouvre et se craquelle
Les éléments composés de terre indissoluble dans l'eau qui pendaient à son collier étincelèrent d'une couleur or. Le fond marin émit un bruit roc. Les rochers, les poissons, les crustacés, la magicienne et les sirènes elles-mêmes frémirent et tremblèrent aux rythmes des secousses sismiques. Le sol se fissura en deux et s'ouvrit dans de grands fracas entraînant les algues, les poissons, les hippocampes et les falaises. Mais les princesses et la vieille femme résistèrent. Malheureusement, Gaïana constata que le mur avait tenu bon lui-aussi.
- Ca n'a pas marché, constata Véga. C'est à mon tour de tenter de le détruire. Je pourrais peut-être l'incendier :
- Oh ! Feu ardent ! Je suis ta maîtresse Moi Véga, la princesse du feu, Je suis une des quatre sirènes, Que ce mur solide prenne feu !De trois petites pierres volcaniques accrochées à son collier émana une vive lumière rouge orangé. De belles flammes crépitèrent. Comme elles étaient issues d'un pouvoir magique, l'eau environnante ne pouvait pas les éteindre. Le feu attaqua l'obstacle. Malheureusement, il n'était pas assez puissant et l'incendie s'estompa.
Les sirènes constatèrent tout d'un coup avec surprise et enthousiasme que les deux attaques précédentes n'avaient pas été totalement vaines. En effet, une petite brèche s'était formée sur un côté du mur. Malheureusement, elle n'était pas assez grande pour leur permettre de s'enfuir. Seul un bras pouvait passer. A ce moment-là, Cyrielle s'exclama :
- J'ai trouvé la solution. Je vais provoquer une tempête. Le vent passera de l'autre côté grâce à la fissure et je lui ordonnerai d'amener la magicienne jusque devant nous. Lorsque cette Terrienne sera là, nous l'attaquerons toutes ensemble et l'obligerons à nous libérer.
A peine eut-elle exposé son idée qu'elle entonna :
- Oh ! Vent puissant ! Je suis ta maîtresse Moi Cyrielle, princesse du ciel,Je suis une des quatre sirènes,
Amène-moi la vieille sorcière.
Trois symboles de vents puissants suspendus au pendentif de la sirène brillèrent d'une couleur blanche. Une formidable bourrasque agita la mer. L'eau ne pouvait faire mourir le vent, car il était sous le contrôle de Cyrielle. Il tourna quelques secondes autour des trois sirènes puis s'envola par la brèche.
- Tu as réussi, s'écrièrent Gaïana et Véga d'une seule voix. Tu es formidable.
- Maintenant, vous allez voir, la victoire est à nous.
En effet, quelques minutes plus tard, la sorcière se dressa devant le mur invisible. Elle avait été sur le point de gagner la terre ferme lorsqu'un courant d'air l'avait entraînée. La chaîne aux coquillages nacrés d'Ondine pendait autour de son cou. Elle ne remarqua pas la fissure.
- Vous allez nous délivrer, ordonnèrent les princesses en cœur, et nous rendre le collier de notre sœur. Si vous refusez, nous vous attaquerons sans hésitation.
- Mes pauvres sottes, répondit la magicienne avec un sourire ironique. Vous ne pouvez rien contre moi. J'ignore comment vous avez réussi à me ramener jusqu'ici mais j'ai bien peur que cela ne vous serve à rien. Quant à votre sœur, elle a largement mérité sa mésaventure en provoquant la mort d'une cinquantaine d'hommes. Qu'elle s'en prenne à elle-même !
Véga et Gaïana s'enflammèrent de colère et déclenchèrent leurs pouvoirs.
La veille magicienne entonnait d'une voix morne une formule magique pour riposter :
- Akkalisma, tu isrä maïakama Citrit fùtila är tuhliuzh ijpoïa Gloéifi zufahiuf makkalismadaFùiden ne tuciaj y glomykzugraDés que son terrible chant s'acheva, des éclairs éclatèrent et la mer se déchaîna. Les sirènes se sentirent écrasées par un poids insupportable. Mais Cyrielle, qui était décidément plus maligne que les autres sirènes, s'aperçut que le collier s'était engouffré dans la brèche. La sorcière, toute concentrée qu'elle était sur son attaque, ne s'était rendue compte de rien. La maîtresse du ciel n'avait qu'à tendre le bras pour l'attraper. Peut-être qu'elle arriverait à le subtiliser. Il ne lui fallut pas longtemps pour mettre sa décision à exécution : avec un effort incroyable pour lutter contre la pression, elle agrippa le collier et tira dessus de toutes ses forces. Ses sœurs arrivèrent à la rescousse tandis que la magicienne tentait de faire lâcher prise aux sirènes.
Tout à coup, ce qui dut arriver arriva : la chaîne de coquillage se brisa d'un coup sec. La rupture du collier signifiait la mort pour les quatre jumelles : Ondine, dans le palais de son père, poussa un hurlement horrible, les flots se déchaînèrent contre elle et l'entraînèrent sur terre où elle fut asphyxiée. Véga s'enflamma comme une torche, Gaïana tomba dans les profondeurs de la terre où elle périt, étouffée. Une bourrasque violente et destructrice entraîna Cyrielle et la projeta de plein fouet contre des falaises où elle s'écrasa : c'était la fin des maîtresses des éléments.
La vieille femme savoura sa victoire et rentra chez elle. Pourtant, elle était très déçue d'avoir cassé le pendentif d'autant plus que les coquillages s'étaient dispersés aux quatre coins de l'océan. Il ne lui restait donc plus que la chaîne en main. Pendant de longues années, elle l'étudia ce qui lui permit d'en apprendre davantage sur les quatre sœurs.
Le roi fut fort affligé de la mort de ses filles. Tout puissant qu'il était, il n'avait pas le pouvoir de les ressusciter. Depuis ce jour, l'eau, la terre, le feu et le ciel sont libres.
Publié par Sen à 20:51:24 dans Récits | Commentaires (3) | Permaliens
Il s'agit en fait d'un conte tiré d'un récit beaucoup plus long que j'ai écrit, tellement long d'ailleurs qu'il est impossible de le mettre en entier ici.
Il était une fois une jeune fille qui vivait dans une grande forêt boisée. En fait, elle habitait dans les bois à côté du chalet. Sa mère était morte en la mettant au monde. Elle s'occupait donc de son père, un brave bûcheron.
Mais voilà qu'un jour, celui-ci tomba gravement malade. La jeune fille s'activa à sa guérison en lui préparant beaucoup de potage et en le gardant au chaud. Malheureusement, son état s'empirait de plus en plus. Au fil du temps, l'argent vint à manquer, car elle n'avait pas la force de remplacer son père dans son travail.
Alors, vers le mois d'Avril, elle partit en quête d'un remède. C'était un jour comme celui-ci. Elle erra pendant longtemps sans buts précis. Au bout de trois jours, la chance lui sourit. En effet, elle rencontra une vieille dame qui semblait très âgée. Celle-ci était assise sur une vieille souche. Elle était recroquevillée sur elle-même et s'appuyait sur un bâton biscornu.
- Bonjour mon enfant, annonça la vieille dame. Vois-tu, je suis affamée. Donne-moi un peu de tes provisions. En échange, je t'aiderai dans ta quête. Tu sais, je ne suis pas qu'une femme âgée. J'ai des pouvoirs magiques. J'exerçais la sorcellerie dans ma jeunesse. Mais ne t'inquiète, je ne suis pas mauvaise.
Ne lui faisant pas trop confiance, la jeune fille hésitait. Son père lui avait raconté des histoires terribles sur la magie noire. Si elle refusait, elle risquait de ne jamais revenir, car elle était perdue et son père serait condamné. Si cette vieille femme était réellement au service du diable, elle mourrait également mais au moins, elle aurait tenté quelque chose. Elle accepta donc le marché Heureusement, cette sorcière n'avait pas la réputation d'être particulièrement mauvaise. D'ailleurs, elle pratiquait la magie blanche.
Lorsque celle-ci eut avalé quelques bouchées de pain, elle expliqua à la jeune fille :
- Engage-toi vers le petit sentier qui se trouve sur la gauche de la maison forestière. Là, fais bien attention, car la forêt est mauvaise et elle essayera de te tenter avec des magnifiques bolets bien croquants et de beaux fruits juteux. Mais garde-toi bien d'y goûter aussi affamée que tu puisses être. Comme tu dois t'en douter, ce n'est ni la saison des mûres ni celle des champignons donc ceux que tu verras parmi la neige seront forcément empoisonnés.
Quand tu auras franchi cette étape, continue toujours tout droit sans prendre garde aux pièges des bois. Dans ce quartier, la peur qu'éprouvent les promeneurs se retourne contre eux-mêmes et ils ont des visions. Mais quoi qu'il arrive, ne quitte pas ou tu seras perdue à jamais.
Au bout d'une journée de marche, un ruisseau barrera ton chemin mais n'en bois pas une goutte ! Tu perdrais la mémoire immédiatement et tes chances de revoir ton père seraient voisine de zéro.
Si tu suis bien tous ces conseils, tu atteindras une vaste clairière ensoleillée au cœur de la forêt. Parmi les débris de neige restant et les quelques brins d'herbe pousse une fleur aux pétales blanches : c'est les perce-neige. Cueille-les, rapporte-les chez toi, fais-les bouillir dans l'eau et fais respirer la vapeur à ton père. Sa maladie sera chassée et il sera guéri instantanément.
La jeune fille n'eut même pas le temps de remercier la sorcière pour tous ces conseils qu'elle fut aveuglée par une puissante lueur. Lorsqu'elle retrouva la vue, la dame âgée avait disparu. La fille du bûcheron se trouvait exactement au même endroit que précédemment mais la souche et la magicienne s'étaient métamorphosées en maison forestière ! Elle ne chercha pas de solutions logiques à ce mystère et s'engouffra dans le chemin poussiéreux. Elle marchait depuis à peine heure qu'elle trouva au pied d'un chêne centenaire de magnifiques bolets à l'odeur alléchante. Sitôt qu'elle les aperçut, la faim la tenailla. Mais les mises en garde de sa conseillère l'empêchaient d'y goûter. En faisant appel à toute sa bonne volonté, elle détourna le regard pour tomber nez à nez avec des buissons chargés de mûres toutes gorgées de sucre. Heureusement, elle s'enfuit loin de cet endroit tentateur et mortel pour poursuivre sa route parsemée de pièges.
Tandis qu'elle avançait tant bien que mal, des visions d'horreur lui torturaient l'esprit. Elle fut victime de ces images d'horreur pendant bien longtemps. Elle se demandait si elle ne s'était pas trompée car, selon les indications de la vieille sorcière, elle aurait déjà dû trouver le champ de perce-neige.
Cependant, alors qu'elle commençait à croire qu'elle serait perdue à jamais, elle entendit un léger bruissement. Le cœur battant à toute allure, elle se rua sur ce bruit. Celui-ci s'intensifiait au fur et à mesure qu'elle avançait. Tout à coup, un large ruisseau lui barra la route. Bien que sa gorge soit totalement déshydratée et que sa langue soit aussi sèche qu'un morceau de cuir, elle n'en but pas une goutte, car les conseils de sa bienfaitrice étaient toujours très présents dans son esprit. Comme ce n'était qu'un mince filet, elle n'eut aucun mal à l'enjamber. Une fois ce dernier obstacle franchi, elle se hâta afin de trouver au plus vite les fleurs miraculeuses. Le chemin était plus long qu'elle ne l'avait pensé mais, grâce à la pensée de son père, elle ne se décourageait pas.
Ses efforts furent récompensés. En effet, deux jours plus tard, les arbres devinrent moins touffus et plus rares pour finalement laisser place à une clairière baignée par la lumière du matin. L'étendue de neige craquante était immaculée par des petits points de terre ou d'herbes rases. Sur le côté, les perce-neige se dressaient fièrement. La lumière orangée du jour naissant se reflétait sur les petites pétales blanches d'une.
La jeune fille poussa un cri de joie. Grâce à elle, son père serait sauvé. Avec moins de temps qu'il ne faut pour le dire, elle cueillit toutes les plantes et s'empressa de rentrer chez elle où le bûcheron l'attendait avec inquiétude.
Bien que sa maladie l'accablât toujours autant, le retour de sa fille le combla de bonheur. Sa joie fut plus grande encore à la vue des perce-neige. En effet, les pouvoirs de guérison de cette plante ne lui étaient pas inconnus mais jamais il n'aurait pensé qu'il puisse en pousser dans cette région dans la forêt où il avait travaillé depuis toujours.
Fort heureusement, la vieille femme n'avait pas menti. Aussitôt que le père eut respiré la vapeur des perce-neige bouillis dans l'eau, sa fièvre le quitta et toutes traces de maladie disparurent. Il vécut heureux auprès de sa fille pendant de longues années.
Publié par Sen à 20:47:54 dans Récits | Commentaires (0) | Permaliens
Voici un petit récit que je souhaiterais vous faire partager. Je le considérais tout d'abord comme une nouvelle mais vu la longueur, c'est un peu présomptueux alors ça ne restera qu'un simple récit... Je l'ai écrit il y a deux ans et demi maintenant mais je ne l'ai que très peu remanié alors soyez indulgent...
Il fait si noir ici... ça fait un peu peur. Autour de moi, que de l'obscurité, que des ténèbres... rien d'autre. Pas la moindre petite lumière aux alentours. Je voudrais... en fait, je ne sais pas exactement ce que je veux. Retourner d'où je viens ? Bof... pour retrouver une tante acariâtre qui ne s'occupe jamais de moi ? Je crois que je suis encore mieux ici. Mais l'air est si glacial ici... si étouffant en même temps. Je suffoque, je crois que je vais mourir. Au secours, aidez-moi... quelqu'un ! Vite !
Bah, pas la peine de m'égosiller. Personne ne m'entendra. Qui viendrait dans un endroit aussi lugubre ? Quand j'y pense, comment moi-même ai-je attiré ici ? Bonne question... Que s'était-il passé ces derniers jours ? J'essaie de m'en souvenir, je réfléchis beaucoup et longtemps, je me concentre...
Ma mère me souriait. Elle était si belle ! Depuis ma plus tendre enfance, son sourire illuminait mon coeur. Quand je croisais son regard un peu nostalgique, je tressaillai. Pourquoi maman était-elle si mélancolique ? Je l'aimais. Mon coeur de petite fille voulait la consoler et la protéger de cette douleur qui semblait l'accabler chaque jour un peu plus.
- Maman, pourquoi tu es triste ? Je sais que papa est parti mais moi, je suis avec toi.
- Oui, je sais ma puce. Ta présence me réconforte. Mais...
- Mais quoi maman ?
Ses yeux s'emplirent de larmes, elle me prit les mains, et me confia dans un murmure :
- Flo, je vais bientôt partir, loin, très loin...
- C'est vrai ? demandai-je d'un ton enthousiaste. Oh maman, il ne faut pas être triste pour ça ! Ce sera bien, on visitera pleins de pays !
- Non ma puce, non... je suis désolée, mais tu ne pourras pas venir avec moi. C'est trop loin, si loin... Tu ne pourras pas me suivre. Pardon.
- Mais nous allons nous revoir, n'est ce pas ? demandai-je d'une voix entrecoupée de sanglots.
- Oui, bien sûr, me répondit-elle en m'embrassant, je te le promets.
Oui, maman, tu n'as pas voulu que je vienne avec toi. Tu m'as laissée toute seule, si seule ! Tu n'étais plus là... Pendant longtemps, j'avais cru que tu tiendrais ta promesse mais j'ai attendu, attendu... Et tu n'es jamais revenue. Patiente, je te faisais confiance mais les mois passaient et tu ne revenais pas. Cette horrible tante est arrivée à la maison !
- Bonjour Flo, je suis ta tante. Tu ne me connais pas encore mais tu verras, je m'occuperai bien de toi.
Je ne répondais pas, trop triste à cause du départ de maman. Je ne pouvais pas lui parler, j'étais trop accablée de chagrin.
- Tu as quel âge ?
Silence obstinée de ma part.
- Alors ? Six ? Sept ans ?
...
- Comme tu veux, minauda-t-elle avec sa voix de sorcière, de toute façon, tu es sous ma tutelle à partir d'aujourd'hui, tu seras bien obligée de m'adresser la parole !
Mais plus le temps passait, moins je desserais les lèvres... Le médecin vint me voir. Il voulait soi-disant me guérir de mon mutisme. Mais je n'avais pas besoin d'eux, maman.
Ta fille est plongée dans les ténèbres, maman. Je t'appelle ! Je crie ton nom mais rien à faire, tu ne viendras pas me sauver ! J'ai perdu espoir. Maman, il fait si noir ici ! J'ai peur. Je suis terrifiée, j'agonise... s'il te plaît, maman... A sept ans, tu m'as abandonnée alors que j'avais besoin de toi. Je t'en ai voulu maman. Oh oui, maman ! J'étais furieuse, non pas d'être partie, mais de m'avoir mentie. Tu m'avais promis que nous nous reverrions mais tu n'es jamais revenue, non jamais...
Une lumière scintille au loin. Est-ce la sortie ? Cela m'étonnerait... Il fallait que je me résigne... Personne ne viendrait jamais me chercher. Je resterais enfermée dans les ténèbres à tout jamais. Mais la lumière devient de plus en plus puissante, elle m'illumine, elle rayonne chaque centimètre carré de ma prison, elle m'aveugle. Je ferme les yeux.
- Flo, m'appelle une voix si douce, si pur... Flo, n'aie pas peur, je suis là.
Cette fois, je l'avais entendue bien des mois auparavant... Pendant longtemps, j'avais cru que plus jamais elle ne retentirait à mes oreilles. Et pourtant...
- Ouvre tes yeux, ma puce, c'est moi, je suis venue te chercher. Comment as-tu pu penser que je t'avais oubliée ?
- Maman, murmurai-je d'une voix émue, c'est bien toi, n'est-ce pas ?
Oui, c'était bien elle, je la reconnaissais. Son sourire un peu mélancolique me noua le coeur.
- Il est temps, Flo, il faut partir maintenant. Je ne pouvais pas t'emmener avec moi quand je suis partie mais je suis revenue te chercher. Pardonne-moi de t'avoir fait attendre.
- D'accord maman, je te suis mais où allons-nous ?
- Nous partons très loin, bien au-delà de toutes frontières humaines. Je suis morte voilà maintenant six mois et toi aussi ma puce à présent. Mais ne crains plus rien, je suis avec toi et je ne te laisserai plus jamais.
Publié par Sen à 20:12:04 dans Récits | Commentaires (0) | Permaliens
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