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À propos de Quatre nuits avec Anna et Two lovers
Placer ces deux films, Two Lovers (James Gray) et Quatre nuits avec Anna (Jerzy Skolimowski) sous les auspices des larmes afin de rendre hommage à la beauté de leurs derniers plans respectifs : celui de la larme qui coule le long de la joue de Leonard Kraditor (Joaquin Phoenix) lorsqu'il se résigne à un autre amour et celui du visage de Leon Okrasa (Artur Steranko) face au mur dressé devant la demeure d'Anna. Deux histoires d'amour portées par la force de la sublimation et de l'abandon absolu. Deuxoeuvres au noir où la dimension alchimique est révélée par l'anneau et le diamant. Un diamant jeté à la mer, retrouvé puis donné in "Two Lovers", un anneau perdu entre les lattes abîmées du plancher de la chambre d'Anna et qui ne sera pas accepté au final par la destinataire. Deux films qui transcendent chacun à leur manière le fascinant voyeurisme de Fenêtre sur cour. Deux films habités majestueusement par deux personnages (on souligne ici la même étymologie du prénom, soit deux lions à la rage amoureuse, deux rois exilés en leur royaume). Rejeté par la société pour l'un et pour l'autre, un désarroi mental porté par des troubles bipolaires qui le maintiennent isolé au coeur de la famille. Êtres profondément blessés. Leur part animale (on souligne ici la même corpulence lourde) d'une profonde sensualité pour l'un et d'un certain angélisme pour l'autre que la caméra des deux cinéastes s'attache à révéler. Pesanteur angélique pour Leon, capable de veiller sans être vu, muet et résistant : force vive mais fissurée. Même pesanteur chez Leonard mais qui vacille entre la grâce (corps dansant) et la fatigue, une expression de l'être déclinée par les mouvements du corps, la sensualité portée jusqu'à combustion lors d'un climax en hauteur : soit une scène sexuelle sur le toit dans une ardeur enfin symétrique. Le romantisme sombre qui baigne les deux films trouverait ses origines dans une métaphysique existentielle propre à la définition, soit « la possibilité concrète pour l'âme de recouvrer dès ici-bas son propre être originel ». Si on remplace la foi par l'amour ou bien la foi dans un amour absolu. Le plongeon inaugural de Leonard est déjà une renaissance, un retour et un appel vers une autre histoire.
Le choc de la violence (un viol vécu en miroir) pour Leon est aussi l'occasion d'un retour (vers ses propres blessure), vers une origine innommable. La figure féminine est une épreuve alchimique. Un champ contre-champ à la fois jouissif et douloureux. L'amour innerve chacun des deux films comme une panacée, un élixir (una furtiva lagrima) à la fois promesse de vie et de mort.
Stéphanie Serre
Publié par Notreciné à 11:21:13 dans Commentaires des rédacteurs | Commentaires (0) | Permaliens
1/ There will be blood (Paul Thomas Anderson)
2/ Two lovers (James Gray)
3/ Le voyage du ballon rouge (Hou Hsiao Hsien)
4/ Woman on the beach (Hong Sang Soo)
5/ Hunger (Steve Mc Queen)
6/ Une famille chinoise (Wang Xiaoshuai)
7/ L'échange (Clint Eastwood)
8/ La terre des hommes rouges (Marcos Bechis)
9/ L'homme qui marche (Aurélia Georges)
10/ L'heure d'été (Olivier Assayas)
Publié par Notreciné à 11:06:37 dans Commentaires des rédacteurs | Commentaires (0) | Permaliens
1/ Lust Caution (Ang Lee)
2/ L'homme de londres (Bela Tarr)
3/ Saia (Florent Marcie)
4/ Andalucia (Alain Gomis)
5/ L'heure d'été (Olivier Assayas)
6/ Redacted (Brian de Palma)
7/ Le voyage du ballon rouge (Hou Hsiao Hsien)
8/ En avant Jeunesse (Pedro Costa)
9/ Le premier venu (Jacques Doillon)
10/ J'aimerais partager le printemps avec quelqu'un (Joseph Morder)
Publié par Notreciné à 10:09:45 dans Commentaires des rédacteurs | Commentaires (0) | Permaliens
Hasta
Le genre du biopic a le vent en poupe depuis quelques temps. Après le portrait d'Edith Piaf qui fut un triomphe international jusqu'au dyptique de Jean-François Richet consacré à Jacques Mesrine, le cinéma a cette volonté de rendre hommage à certaines grandes figures du monde contemporain. Le biopic est un genre intéressant puisqu'il permet de se poser un certains nombres de questions sur le fait de pouvoir filmer un être qui a un jour accédé au statut d'icône. Comment le cinéma parvient-il à rendre compte de cette facette d'une personnalité ? Comment filmer le geste, la silhouette qui permettra d'affirmer que l'icône est désormais immortelle puisqu'elle voit son image imprimée sur pellicule.
C'est dans ce contexte théorique que le réalisateur américain, Steven Soderbergh, nous présente son biopic en deux parties consacré à LA figure emblématique de l'île de Cuba : Ernesto Che Guevara. La présentation des deux parties au dernier festival de Cannes a permis à l'acteur principal du film, Benicio Del Toro, de remporter le prix d'interprétation masculine. Il n'est pas question ici de revenir sur la justification du prix remporté par Del Toro car autant dire d'emblée que sa victoire est entièrement méritée. S'attaquer à une légende telle que le Che était un pari risqué pour Soderbergh, l'opinion publique s'étant déjà forgé une image forte de ce personnage emblématique. C'est à cette jonction que doit s'élaborer le travail d'un cinéaste, c'est-à-dire tenter de dresser un portrait qui soit le plus juste possible tout en tentant d'être le plus objectif.
Soderbergh va mettre en place une mise en scène qui va évoluer au fur et à mesure que la légende grandit. Il y aura des séquences en couleurs retraçant le parcours de la guérilla jusqu'au Cuba et des séquences en noir & blanc où nous voyons le Che durant les années 1960 sur le territoire américain alternant interviews sur les plateaux de télévision et les allocutions à l'ONU. Durant la première séquence du film qui se déroule dans un appartement, Soderbergh pose sa caméra dans un coin de la pièce et laisse ses personnages évoluer. Cette esthétique n'est pas sans nous rappeler une esthétique du documentaire. La caméra est à une certaine distance des personnages et ne met pas plus en valeur tel personnage plutôt qu'un autre. Raison de plus car à ce moment précis de l'Histoire (1956), Ernesto n'est pas encore le Che et Fidel Castro est simplement Fidel. Petit à petit la caméra va se rapprocher, ce qui aura tendance à rétrécir le cadre. Le Che prend peu à peu ses marques dans le plan jusqu'au moment où la silhouette va occuper par la totalité du cadre. Voilà ce que nous offre le réalisateur, une esthétique de la progression où peu à peu le Che prend naissance comme il prend sa place dans le cadre. Dans un premier temps, nous avons ces séquences en couleurs puis via un montage alterné, le spectateur est projeté dans le futur avec des tranches de vie du Che durant les années 1960 lorsqu'il occupe le poste de ministre de l'économie. L'esthétique de ces séquences s'oppose radicalement à celles qui sont colorisées puisque la figure du Che devient si imposante qu'il tend à disparaître du cadre. C'est à ce niveau que l'on peut dire que Soderbergh a mis en place une mise en scène construite et réfléchie. Plus l'on va s'approcher de la mort du Che, plus son statut va le précéder au point de l'évincer du cadre. Plus il avance vers Cuba et plus ce personnage prend de l'ampleur et il n'y a plus cette distance que l'on pouvait retrouver au début du film.
Le fait d'alterner séquences en noir et blanc et séquences en couleur n'est pas uniquement un effet de style purement graphique c'est aussi une manière de dire que le futur est une période où le Che va perdre peu à peu de ses couleurs pour peu à peu les retrouver lors de son assassinat en Bolivie où son statut d'icône nationale lui permettra de s'inscrire en tant que légende d'un peuple. De par sa mise en scène, Soderbergh arrive à nous donner un regard objectif sur ce personnage et ne l'érige pas en figure de martyre mais plus en un être qui évolue au fur et à mesure et qui entraîne la mise en scène avec lui. Certains pourraient qualifier le travail de Soderbergh comme inachevé de par le fait qu'il donne un portrait en surface du Che et qu'il ne creuse pas assez certains aspects de sa personnalité.
Le cinéma a ce pouvoir de créer une distance par l'intermédiaire de la caméra tout en réussissant à nous offrir une reconstitution qui est proche de nous. La caméra est justement cet outil aux multiples facettes qui parvient à créer un rapprochement par l'intermédiaire d'une distance. C'est en ayant acquis ce processus que Soderbergh signe un film intelligent.
Anthony Boscher
Publié par Notreciné à 08:49:25 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) | Permaliens
1/ Un conte de noel (Arnaud Desplechin)
2/ No country for old men (Joel et Ethan Coen)
3/ Two lovers (James Gray)
4/ A bord du darjeeling limited (Wes Anderson)
5/ Valse avec Bachir (Ari Folman)
6/ Le silence de Lorna (Jean Pierre et Luc Dardenne)
7/ Night and Day (Hong Sang Soo)
8/ De la guerre (Bertrand Bonello)
9/ Entre les murs (Laurent Cantet)
10/ John John (Brillante Mendoza)
Publié par Notreciné à 11:32:03 dans Commentaires des rédacteurs | Commentaires (0) | Permaliens
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