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Notre Cinéma


 



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La Religieuse - Jacques Rivette (1967) | 20 août 2008

 

    Les bonnes soeurs sont habillés serrés et masqués pour se protéger des forces invisibles qui ne cessent de les sangler. La droiture, le raidissement, l'équivalence des positions stricts dans l'espace contiennent cette ambivalence de la force et de la félure. A l'avant du plan, les nonnes s'agenouillent et prient en direction de l'au delà de l'écran. Qu'est-ce qui est atteint au delà du théatre de leurs conventions stricts? Abyme, inconnu, entité celeste, le hors champ reste muet et cruel. Il encastre plus que jamais les corps congelés et conformes dans leur rituel de la solitude. Dans la seconde partie du film, le rire, l'enthousiasme porté par la mère supérieur et qui semble, à première vue, transgresser l'ordre dur et la brutalité immobile de la hiérarchie n'est que le masque d'une autre modalité de l'enfermement: car sous le masque font pression les penchants et tendances humaines. L'incohésion des deux (discipline et élans innocents) transfigurent les marques humaines en aliénations et en hantises délirantes. Le confessional n'est d'aucun refuge, puisqu'il est lui aussi théâtre transpercé par les effusions du désastre affectif et humain. La fuite organisée par le prête confesseur et la nonne pécheresse est la voie du débordement obscène. Liberation et viol ont le même visage. La soumission du corps ne peut que se terminer dans le hors champ et le dehors: la prière équivaut à la mort du corps et de l'esprit. La résolution d'une incompatibilité d'être et de fonction débouche sur le retrait fatal.

       Thomas C 

Publié par Notreciné à 22:51:00 dans Images en écho | Commentaires (0) |

Le rémouleur - Jean Marie Straub et Danièle Huillet (2001) | 20 août 2008

 

    Les personnages Straubiens font face. Pas tant face caméra qu'au delà, leur regard et leur parole semble avoir la capacité d'aller bien au delà même de l'écran et du spectateur. Ils sont à la fois devant et plus loin, beaucoup plus loin. Ils sont là et mais leur présence visible ne semble que l'échantillon d'un être là et d'une puissance supérieure. Le rémouleur aiguise sa voix et son discours tandis qu'il énumère les objets disparus qui n'existent plus. Son activité, c'est son être. Ses objets n'existant plus, lui non plus n'existe plus. Logique marxiste, me direz vous. Et c'est absolument vrai. Logique poétique aussi. La mise en scène donne de ce que peut le cinéma face à la réalité pour sauver son personnage, tant qu'elle le peut encore: L'immobilité à la fois simple et fastueuse du corps, la raideur et l'hyper- régularité de la voix, de la parole et de son débit nous montrent que l'homme et l'objet ne font qu'un. C'est une perfection qui n'a plus d'objet sur lequel appliquer son être, qui est à l'image. L'homme énumère les motifs de la disparition, l'image énumère les manifestations et les incarnations d'aiguisement résiduel. Les uns sont contenus par le décor, donc le réel: les stries éminemment régulières de l'escalier. Les autres sont contenues par le cinema: le cadre, et le découpage qu'il opère du réel. A défaut de preuves actuelles à donner et sur quoi exercer son talent, le rémouleur peut se reposer sur la rigueur du cadre Straubien. Si celui ci ne varie pas d'un iota, pendant un long moment, c'est tout simplement parcequ'il épouse l'idéal d'un travail fignolé et accompli. Le travail ancien de la matière est inaltérable, le cadre Straubien lui rend hommage, en se mettant à sa mesure. Lorsque l'action intervient, pareillement, c'est du réel qu'elle émane, le cadre restant égal à lui- même, fixe, de marbre, et infiniment accroché à sa fermeté à toute épreuve. Tandis que le rémouleur, sans jouer la montre, mouline et que se  creuse dans l'image un centre névralgique qui en fait le moteur et le point d'attention vibrant et intangible. On se rend compte que la parole royale du rémouleur est au diapason de l'image de son travail: telle l'énumération, le mouliné constitue une boucle parfaite, qualité rotative qui appelle le retour des objets qui font vivre comme un idéal de l'être là et de l'exstence pleine.  Le rémouleur dure 6 minutes et 58 secondes. Comme toute la filmographie Straubienne, c'est un film d'une magnificence sans nom.

         Thomas C

Publié par Notreciné à 00:38:50 dans Images en écho | Commentaires (0) |

Le chemineau - Jean Marie Straub et Danièle Huillet (2001) | 20 août 2008

 

    Le regard en coin baissé d'un visage de femme traumatisé est le deuil actif et la révolte mélé du récit et du souvenir d'une disparition: celle d'un être et d'une activité que le temps a privé de ses allers et venues. Le récit, au plus près du contact physique (peau et regard, voix et visage) tend à faire revivre les noeuds et les étendues à la fois mesurables et mystérieuses de ces allers et venues, de ces distances parcourus, de ces points de départs et d'arrivée. Quand la mesure et la localisation imaginaire est privé de son effectuation par le terrible constat de l'impuissance et de l'abyme provoqué par la disparition et son caractère non résiliable, c'est le visage qui se fige, se transformant en ligne de temps immobile. La glace de cette image est le soupçon prodigieux et magique d'un rêve d'éternité, alors que tout passe, s'escamote et se détruit. Le Chemineau dure 4 minutes et 36 secondes. Comme tous les Straub, c'est un film majestueux et d'une puissance inégalable.

       Thomas C 

 

Publié par Notreciné à 00:10:57 dans Images en écho | Commentaires (0) |

Le sourire de ma mère - Marco Bellochio | 19 août 2008

 

    Le sourire de la mère s'imprime sur le visage du fils. Ce sourire est le lien coupable qui le relie à sa mère en même temps qu'il constitue l'indice qui trahit son évitement dilettante devant l'institution religieuse qui oriente les regards, les représentations et les manières d'être. En découdre avec l'oppression et le pouvoir de l'institution religieuse n'est que pure chimère car même quand le rituel du duel au sabre semble redoubler et raffermir de surcroît la discipline, c'est toujours la hantise de l'impossibilité de contact avec les tenants du pouvoir qui succède, laissant la perspective d'affrontement à l'état de potentiel inachevé  fondu dans la béance et dans l'abyme. Egalement, l'enfantement ne débouche pas sur la prépondérance que le père exerce sur le fils. Le fils est au croisement d'une échappée, dans un devenir pris en tenaille de l'influence du contrôle ecclésiastique. La relation du père avec le fils s'arrête toujours au seuil des choses: du sommeil, quand l'exclusivité de l'expérience nocturne signifie un adieu à la possibilité du père de déteindre sur le fils; des escaliers menant à l'école, lorsque la relation du père au fils s'organise sur la base d'un regard avec comme horizon une ligne de fuite. Quant à la femme, en tant que portant l'ambivalence de l'idéal du fantasme érotique et de matriarche de l'institution ecclésiastique, elle est à la fois miracle qui s'estompe, et enveloppe charnelle fuyante. Les oeuvres du peintre, enfant traumatisé, passent, tandis que l'envergure des représentations du socle religieux perdure.

      Thomas C 

 

Publié par Notreciné à 23:56:17 dans Images en écho | Commentaires (0) |

MASCULIN FEMININ - Jean-Luc Godard (1966) | 12 août 2008

 

   Une image de femme passe au sondage. La quantité et la platitude égalisante des questions débouche sur des résistances, des fragments et des ébauches de réponse. Les questions poursuivent de passer. Le sondage est l'approche cognitive qui se satisfait de l'ignorance comme le carburant et les conditions de la relance de son action. Le sondage est pour le mot, le langage et la pensée ce que sont les images de ces passants, foule filmée dans ses allées et venues sans centre et sans but: Un principe de démolition qui fait se demander à Godard si l'on peut encore approcher la vérité avec le cinéma. Que pense un visage de femme lorsqu'il est dans le déni de sa présence intérieure active? Se poser cette question, c'est déchirer le visible, le pousser dans les retranchements de ses odieuses caractéristiques: une dépense de temps et d'image inarticulée et vide, qui n'offre que le point aveugle et superficiel de la séduction froide.

     Thomas C

Publié par Notreciné à 17:18:19 dans Images en écho | Commentaires (0) |

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