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Enfin ! J'y suis arrivé ! Quitter le Mk2 Bibliothèque, ses pop-corn et ses films d'auteurs, lieu aussi généreux que paranoïaque (en tout cas pour le provincial que je suis). C'est avec une heure d'avance que j'arrive à la Cinémathèque Française et que je me réjouis de découvrir une longue file. Nous allons rencontrer Aki Kaurismäki. Le cinéaste finlandais sait sa réputation, une partie du public s'y fige. Nous dans la salle, lui sur la scène, avec Pascal Mérigeau. Beaucoup de rires tandis que Kaurismäki devient plus un spectacle qu'un homme. J'interprète ici une sorte de violence confuse jaillissant de l'équation Kaurismäki + espace théâtral. Le rire n'est sans doute pas l'expression majoritaire du public, mais c'est justement celle qui exprime, qui se fait entendre. Elle donne une couleur et une identité à la masse alors que le cinéaste passe son regard triste et intense sur nous. Simple personnage original dont la parole et le geste ne sont qu'élucubrations bien venues ? Finalement, peu importe. Un extrait de Hamlet goes business passe. Aki allume sa cigarette en même temps que son personnage. Cinéaste qui fait corps avec son cinéma et qui fait spectacle. La « salle » applaudit le geste. Il y aura tout le long de la rencontre, ce jeu de la vérité et de la trahison entre le cinéaste et son auditoire. Le cinéaste s'avoue lâche. La fulgurance du burlesque dans ses films est une échappatoire à ses pleurs, lui qui pleure du matin au soir. La réaction du public à ce moment est une jolie démonstration du jeu de vérité que nous évoquions précédemment. Il y a les rires et un silence qui ne se fait donc pas entendre. Moi, je vois un homme à l'image de ses films. La tristesse délie de l'absurde, et de cet absurde se cache une beauté, une poésie précieuse et infiniment touchante. Il y a beaucoup de chiens dans les films de Kaurismäki et des hommes, à qui, il demande de ne bouger que un sourcil, comme on peut demander à l'animal de bouger sa queue. Egalité ironique. Ce n'est ni une dévalorisation, ni, justement, un nivellement quelconque. Kaurismäki nous cite Bresson et Renoir pour leur travail, leur vision, leur art quant au jeu de l'acteur. Il y a bien cette immanence, ce jaillissement beau et grave de l'acteur dans les films du cinéaste. « On apprend que ce n'est pas tant la caméra qui doit bouger que la pensée qui doit bouger à l'intérieur du cadre ». « Quand on voit « Le Cri » de Münch, ce n'est pas le tableau qui crie, mais nous ». Phrases elles-mêmes fulgurantes dans un jeu de chat et de souris avec Mérigeau. Le cinéaste est dur au dialogue. C'est aussi ça la force de cet instant, en ce début d'après-midi du 4 juillet 2008 à la Cinémathèque Française de Paris. Le dialogue avec Kaurismäki se fait au-delà de la parole, qui, chez le cinéaste, est espiègle, tricheuse, peut dire beaucoup en étant futile, peut tromper en étant sèche. Déséquilibre admiratif et déçu. Le regard de qui sur qui ? Choisissez vous-même. Sachez en tout cas que le miens fut impressionné et ému. Et, pour prolonger ce dialogue, j'espère que bientôt nous aurons des vidéos de cette rencontre (chose possible aux vues des nombreuses caméras présentes).
Petite (grande) pause à la suite de ce début d'après-midi éprouvant. La prochaine étape sera une entorse au règlement, puisque, je quitte les sentiers festivaliers pour Valse avec Bachir de Ari Folman. Dans ce journal de bord, nous abordons souvent la difficulté humaine de l'expérience festivalière et cinématographique en tout cas. Ce 4 juillet 2008 est violent, exigeant et magnifique avec moi-même (à moins que je sois mon propre bienfaiteur et bourreau). Le film de Folman est à mon avis un film important, qui prend marque dans le temps et l'Histoire, comme Redacted de De Palma. En parlant de temps, celui qui est impartit pour la rédaction de ces petits billets ne varie pas d'un yota. Tout juste, il se meut. C'est donc ce matin, samedi 5 juillet que vous rends compte de « ce 4 juillet 2008 ». Revenons-y, après tout, à l'échelle effrénée du festival, c'était tout à l'heure. Cette frénésie est propice à ne pas ralentir l'élan. Alors je continue dans la compétition courts-métrages. Cette série là est passionnante, à commencer par le fabuleux Rolyo d'Alvin B. Yapan (Philippines). Meilleur court que j'ai vu jusqu'alors. Politique, poétique. On espère que le film sera visible après le festival car dans ces moments, les mots peuvent être barbares vis à vis de la matière filmique. Nous verrons par ailleurs si nous ferons un billet post festival, pour revenir plus amplement sur les temps forts. Suivent Surface, deuxième court-métrage portugais en compétition. Le film de Rui Xavier prend l'immensité de l'océan comme vecteur d'un passage vers un univers nouveau et à la fois familier. Un voyage aux repères perdus. The Shooter, film palestinien de Ihab Jadallah, est une réflexion ironique sur les images, tant hollywoodienne que journalistique sur un pays dont l'action est morte et le décor ruiné. La forme courte nous donne tout juste le souvenir d'un paysage dépeuplé, désertique, et de personnages s'affairant à transformer les vestiges de la guerre en un décor de fiction Z. Les Couillus, de la française Mirabelle Kirkland, filme un groupe d'hommes enfermés dans un gymnase pour un stage de revalorisation masculine. Humour noir et caméra proche et mouvante. Dénoncer les violences conjugales en enfermant ces hommes, en les mettant entre- sois. Exercices de simulations, confessions. Ces hommes sont en cure comme on est en cure de tabac ou d'alcool. Il y a une confusion malvenue des dépendances et des maux de sociétés. Le film se termine par une pirouette ironique lorgnant vers la morale. Le dernier film est le plus décevant. Il s'agit du sud-coréen Tide of Love de KIM Hyun-jin. Noir et blanc soigné, bruit de vagues lancinants et notes doucettes de trompette. La jolie histoire et la jolie image, à l'image de cette énorme peluche que se fait offrir l'héroïne. Le sable, la mer, une peluche, un banc, quelques notes et puis l'amour. Une chanson de Laurent Voulzy en film. Rolyo, retenons Rolyo. Et retenons ce nom : Alvin B. Yapan. Privilégiés de la capitale, nous avons tout le loisir de retourner voir ce film mardi 8 et mercredi 9.
Et la journée (quelle journée !) s'achèvera par une autre rencontre, pour l'avant-première de « Christophe Colomb, l'énigme » de Manoel de Oliveira. Le film est bouleversant, qui m'évoque forcement quelque phrase pompeuse. Démonstration : un film de cinéma. Le Temps et l'Histoire à travers les corps et l'architecture. Qu'est-ce qui se fige et qu'est-ce qui passe ? Terrible et beau temps qui passe. Il passera vite cet été, on l'espère, puisque « Christophe Colomb, l'énigme » sortira sur nos écrans en septembre. Manoel de Oliveira, était présent aussi bien dans la salle que dans le film (dans lequel il joue quasiment lui-même). Un homme jeune. N'équilibrons pas le terme. Et à cet égard, « Christophe Colomb, l'énigme » à beaucoup de points commun dans ses thématiques avec Youth without Youth de Francis F. Coppola. Proches et différents à la fois car la simplicité la bonté de Oliveira fait que le film est davantage touchant dans son immensité. Impression qui me vient sans doute de la proximité physique avec le cinéaste à ce moment là.
Publié par Notreciné à 11:27:44 dans Ecriture festivalière | Commentaires (0) | Permaliens
Cette deuxième journée sera placée sous le signe de la compétition. 10 courts-métrages et 1 long. Hier, nous abordions (notamment à travers les commentaires) la difficulté qui découlait de la torsion du nombre de film et du temps. La compétition courts-métrages se fait en quatre sessions de cinq films. Sans doute que dans ma naïveté, mon enthousiasme, j'ai vu gros, en ayant la présomption de voir dix films. Dans ce rythme effréné propre au festival, laisse t-on une moindre chance au film ? Quelle est la frontière entre l'enthousiasme, la curiosité, et la cinéphagie, la boulimie filmique ? Il y a ceux qui voit dans cette démarche quelque chose allant du ridicule au fasciste. Il y a ceux, j'en fais parti, qui ont le fameux « pass » illimité. Envie de voir, de vivre chaque film, d'être avec eux le plus possible. Qu'on les accompagne et qu'ils nous accompagnent, qu'on se fâche, qu'on se cherche ou qu'on se séduise. Effet miroir ou immersion cinéphilique. Il y a à mon avis beaucoup à apprendre. C'est aussi en cela que l'expérience festivalière est douloureuse et fascinante. Et moi qui ère toujours, au Mk2 Bibliothèque. Je m'émanciperai de ce multiplexe demain, promis, pour voir le nouveau Manoel de Oliveira.
En attendant, et pour y revenir, j'ai vu 10 courts-métrages, tous en compétition officielle. Comment, en un billet d'humeur (à défaut d'appeler ça « journal de bord ») parler de ces films, leur laisser à travers moi-même, la place de s'exprimer, de se dévoiler ? Faire vite ? Faire de la sélection dans la sélection ? Citons tous d'abord chaque film, dans leur ordre de projection, et laissons l'écriture spontanée de ce billet faire les choses. Sonia and Her Family, film documentaire slovaque de Daniela Rusnokovà, laisse la parole murmurante à Sonia, mère de quatorze enfants. Elle se confie sur son rôle de mère, isolé et statufié. L'utilisation de la voix-off juste à l'oreille impose au spectateur un point de vue et un ressenti. Sonia par Daniela, c'est le portrait d'une mère réduite à son rôle de génitrice, dont les tenants sont aussi bien sociaux que religieux. C'est donc une pure vision de statuts que ce film nous donne à voir. Des parents qui enfantent, et des enfants qui ne sont ni plus ni moins que des enfants. Le dernier enfant auquel donne naissance Sonia se fera appelle Daniela, et porte sur ses épaules les espoirs d'une réussite sociale et familiale. Il y a une amertume et une certaine violence que l'on ressent à l'annonce de cette fin. La fascination de la cinéaste pour cette « donneuse » de vie ne fût pas sans oublier la justesse du recul. Les espoirs de Sonia sont sans doute vampirisés par la caméra. Ce sera le seul court-métrage documentaire de la journée. As Lay I Dying, métrage malaisien de Yuhang Ho et Weekend, de la portugaise Clàudia Varejao sont sûrement les métrages les plus réjouissants de ce premier lot. Ils ne sont pas parfaits. Ils ont surtout en commun une forme soignée, qui ne parvient pas à se lover à la générosité de l'entreprise, à une certaine complexité de récit propre au format court. Ils ont aussi en commun l'élément aquatique, omniprésent, dans lequel les corps baignent où vont pour s'y plonger. C'est cet élément qui ralentit le mouvement et change les perceptions. Elles y sont moins perceptibles, mais aussi plus délicates et plus sensibles, plus difficiles à discerner. When I Become Silent, film nippon de Hyoe Yamamoto (en sa présence) est un prélude à un film chorale à venir du réalisateur. Beaucoup d'étalages sentimentaux résumés dans un plan final. Le traitement musical fait de sa romance une simple anecdote de midinette, une simple parenthèse dans on ne sait quoi. Continuons sur les déceptions de cette sélection avec Saturday's Shadow de l'anglais Nick Gordon et Cargo de l'australien Leo Woodhead. Le format court fait précipite ici le récit vers le raccourcit tandis que l'histoire insinue un ordre évident lorgnant vers la morale ou le discours simpliste. Plus dans la lignée du film de Yamamoto, le court ukrainien Le Serment, de Maryna Vroda, s'attache aux amourettes d'un jeune homme, vite désillusionné par sa fiancée-des-bois. Nous avons ensuite le curieux Invitation to Dine with Comrade Stalin, qui en quelques plans séquences fixes, peint la désuétude communiste au travers de deux femmes, l'une ronde, l'autre âgée, et d'un poulet mort qu'elles transportent et transforment de l'extérieur vers la cuisine. Une certaine poésie émane du film malgré une attirance malvenue pour les figures pittoresques (on pense au film Taxidermie dans ces moments). Enfin, Alexandra, de Radu Jude, est la bonne surprise de cette première partie de la compétition. Le jeune cinéaste Roumain y filme l'anxiété d'un père divorcé, qui s'étonne d'entendre sa fille ne pas l'appeler « papa ». En huit-clos dans un milieu à la fois étranger et familial pour ce père esseulé, l'espace est chamboulé, l'ordre et les figures tutélaires chamboulées. La paroles adulte côtoie et se heurte à celle enfantine. Une cuisine/anti-chambre, un salon/garage. Deux hommes, deux femmes, une petite-fille. L'action se loge tout en haut d'un immeuble auquel il à fallu se hisser à la force de tout son corps. Film à découvrir si possible, car je n'ai (hélas, mille fois hélas) pas le temps de m'étendre.
Dernier temps de ma journée, il s'agit de Tribu, de Jim Libiran, film en compétition officielle, mais aussi, seul représentant philippin de la compétition. Il faut que je fasse vite alors je vais céder à la transmission de l'opinion, de l'avis : j'ai aimé. Le film, qui se déroule à Tondo, plus grand bidonville de Manille, va voir deux gangs s'allier contre un autre, pour venger le meurtre d'un des leurs. Le film de Libirian est évidemment très proche du documentaire. Tous les protagonistes sont des membres de gangs à Tondo, de nombreuses scènes sont des copié/collés d'expériences vécues par le cinéastes, originaire de Tondo. Tribu, en plus de témoigner sans complaisance de la réalité de son environnement, est un film sur l'expression des corps adolescents de ces quartiers pauvres de Manille. Il n'ont pas de place à l'identité propre, sont de la famille ou du groupe. L'énergie qu'ils contiennent s'extériorise lors de magnifiques scènes de rap, ou les protagonistes/acteurs frappent les mots, pour qu'ils saignent ou exultent. A chaque fois, ces rap se font en cercle. Cadre et ronde à la fois. Il y a une limite qui contient les corps et un rythme qui dicte le débit langagier. Quand cette ronde se baisse, la violence contenue dans les corps déborde et c'est alors un nouveau mode d'expression, d'une beauté et d'une brutalité qu'on sait et qui, inévitablement, est éphémère. L'entrain juvénile qui précède tout juste la mort. Tribu bénéficiera t-il d'une sortie en salle en France ? Le réalisateur nous confiait que ce genre de film ne trouve que très rarement de distributeur de par son sujet. Film de la sous-culture qu'on aimerait voir émerger pour le redécouvrir.
Publié par Notreciné à 01:34:31 dans Ecriture festivalière | Commentaires (2) | Permaliens
>Privilégié perdu
Ici commence un petit journal de bord sur le Paris Cinéma, festival se déroulant dans la capitale chaque début de juillet, ce depuis six ans maintenant. Ce prélude « savant » sur la question n'en est pas un en réalité puisque c'est une première pour moi. C'est d'autant plus nouveau pour moi que, n'habitant pas Paris, je maîtrise encore mal la gestion optimale de mon temps. Les nombreux films sont en effet répartis sur 5 arrondissements (je crois) et 8 salles (il me semble). Ça va être dur. Surtout qu'il y a beaucoup à voir. Comme souvent alors, il faut s'obliger à se faire une sélection. C'est ça, ou se laisser guider au fil de la journée par ce que nous propose le programme. Très peu pour moi. Je le rappelle, je ne suis pas parisien, je suis donc loin d'être ici un festivalier préparé et serein. Quand bien même, est-il possible d'être prêt ?
Petit tour des festivités : Paris Cinéma 2008 se répartit en cinq « temps ».
La sélection internationale
Les invités d'honneur
Cinéma philippin
Evènements
Ateliers et rencontres
Je vous laisse le soin d'aller voir quels films guettent derrières cette
répartition [www.pariscinema.org/]. De mon côté, j'ai le regret de vous annoncer que je ne mettrai pas
à l'honneur les invités de cette édition. Ces invités ne sont pourtant autres
que Cronenberg, Kaurismäki, Carrière, Kuo, Baye et Elkabetz. Rien n'est
définitivement planifié, il y a toujours le temps ( que le programme l'impose
ou non ) de voir durant ce festival les films mettant à l'honneur ces cinéastes
et acteurs. En réalité, j'ai la joie de vous annoncer que nous allons découvrir
le cinéma philippin ainsi que certaines des avant-premières. Ce sont en effet
mes priorités. Le cinéma philippin, parce que c'est une cinématographie trop
inconnue en France, et que la curiosité cinéphile me guide tout naturellement à
voir le plus possible de ces films. Les avant-premières seront aussi mes
priorités puisqu'elles bénéficieront pour la plupart de la présence de leur
réalisateur. Cinéma philippin et avant-premières : ici, à Paris, nous
serons de nombreux « privilégiés de la capitale » (dixit mon ami
Thomas Clolus, par SMS interposé).
Cette première journée donc, se fera, uniquement au MK2 Bibliothèque (ou se déroule le gros de la compétition ainsi que le panorama philippin). Cette « immobilité » n'est pas tant le fruit de ma sélection personnelle que le handicap mobilo-parisien. Promis, les jours passants, je me disperserai dans la capitale. Conséquence de cette mobilité hésitante : 3 films vus (sur une trentaine projetés).
>My country, my philippines
C'est L'éveil de Maximo Oliveros, d'Auraeus Solito, qui inaugure mon festival. Le film se déroule en la présence de son cinéaste. La présentation est brève. Pour ne vous livrer qu'une chose, je vous dirai que le cinéaste considère avoir perdu son innocence en faisant le tour du monde avec son film. En filmant le quartier dans lequel il a grandit, et en le projetant ailleurs dans le monde, Solito à pris conscience de la pauvreté de celui-ci. C'est en effet dans ces rues cernées d'habitats délabrés, dans ces ruelles étriquées que les personnages et le film minaudent, inspirés par des horizons plus télévisuels et numériques. Canons de beautés féminins transposés des posters à la rue, classiques hollywoodiens détournés en dvd pirates, nature documentaire du film parasitée par des fulgurances clip-et-sketches ou encore esthétisantes. Dans la moiteur et la petitesse du quartier, les enfants se tassent dans une petite salle pour regarder la télévision, rêver de cet ailleurs qui les extirpent un peu du ronron, du vase clos, de l'asphyxie. Cette innocence du cinéaste n'a pas su résister à ces ailleurs télévisuels, ces images d'une « réalité » enviée. Cette innocence est à la fois dommage et belle. Les temps forts du film résident principalement dans les enjeux et la figure de Maximo. C'est un personnage duel. Enfant et adulte. Enfant et parent. Petit frère et petite sœur. Garçon et fille. Maximo évolue dans une famille de trois hommes : son père et ses deux frères. Les filles dans le film ne sont qu'un modèle à prendre, un calque que le héros androgyne va s'attacher à modeler sur lui-même. Il s'agit tantôt de séduire l'autre, de protéger ses frères/fils (figure maternelle) et de servir le nid familial. Maximo minaude, aime, éprouve pour et par toute ses dualités. Cette intensité du personnage se perd dans les récits parallèles (histoire de vengeance, histoire d'amour). L'apprentissage, l'éveil peine à s'épanouir dans l'éparpillement vain des récits dans ce minuscule quartier. Reste que cette première découverte en est une bonne, car, c'est un premier film, un film sur la fin de l'innocence malgré lui. Les imperfections du film sont celles, maladroites, de cette innocence. Il y a une émotion particulière et précieuse qui se dégage de L'éveil de Maximo Oliveiros. C'est aussi ça la réjouissance du film. C'est de s'être pleinement accomplit et de se révéler tel quel vers les territoires inconnus.
Nous parlions d'influence et d'imagerie télévisuelle. Big Time, de Mario Cornejo est présenté sur le programme comme étant un « Pulp Fiction sauce philippines ». La métaphore culinaire alliée à un chef d'œuvre estampillé à outrance comme référent de moult navets n'est pas pour me rassurer. Le jeune Cornejo présente son film comme le fruit d'une équipe enthousiaste qui a pris un plaisir sincère à la tâche. En réalité, le film ne nous apprend rien, ne suscite rien. Partout dans le monde, dans chaque cinématographie nationale (et la Philippine ne fera pas exception), il y a des cinéastes qui aspirent à faire comme leurs idoles (qui sont souvent Tarantino, Scorsese et Coppola). Guy Ritchie est la figure de proue de cette veine de cinéastes. Cornejo est le Guy Ritchie Philippin. 1h45 pour cette simple conclusion. Partout dans le monde, nous avons nos cinéastes qui aspirent à être des « comme ».
Enfin la journée se termine par la projection de La vie moderne, en présence de Raymond Depardon. Ce film clôture la trilogie paysanne du réalisateur. Nouveaux moyens techniques (un procédé australien permettant la transmutation du numérique à la pellicule), utilisation pour la deuxième fois du stéréo dans la filmographie du cinéastes, un film d'1h30 en 50 plans. « Ce n'est pas un film documentaire [...] c'est une no-fiction ». La vie moderne va poser un regard sur la fin et la relève de la paysannerie. Depuis 1998, Depardon à suivit des cultivateurs, des éleveurs et les retrouve pour la plupart ici. L'une des forces du film réside dans les traits qui marquent les visages de tous ces gens. C'est le labeur et le temps qui façonne et fige les expressions pour une dernière fois, celle de ce film qui ferme la boucle. Les anciens et nouveaux paysans. Il n'y a ici ni passé, ni anticipation. C'est un présent ému, qui sait qu'on va en rester là, qu'on devra bientôt partir. Alors, La vie moderne évite de filmer la paysannerie comme quelque chose de pittoresque ou d'exotique, une carte postale pour public urbain en mal de campagne. Nous sommes juste avec des hommes et des femmes, que le cinéastes à suivit depuis dix ans. La fin nous noue le cœur. Tandis que nous redescendons de la montagne, la silhouette de ce vieillard disparaît dans la lumière crépusculaire et les courbes des montagnes. Le mouvement est limpide. Il ne laisse pas la place à la condescendance, la complaisance ou l'hypocrisie.
Il y a, je m'en rends compte soudainement (alors qu'il faut écrire, dire, transmettre son expérience), qu'il y a beaucoup à dire sur La vie moderne. Mais il est tard, et les moyens informatiques dont je dispose ne sont pas en mon entière possession. Vous le voyez, ce Paris Cinéma 2008 ne va pas m'épargner, tant au niveau humain que matériel. Et bien, il ne me reste plus qu'à laisser ce texte accroché quelque part dans la toile internet. A demain, peut-être.
Simon Lefebvre
Publié par Notreciné à 01:44:22 dans Ecriture festivalière | Commentaires (1) | Permaliens
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