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Notre Cinéma


 



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La graine et le mulet - Abdelatif Kechiche | 13 janvier 2008

 

Le gros plan et le relais

    Les dessins de voilier qu'Abdelkrim se voyait offrir dans L'Esquive (France, 2002) et qui incarnait le rêve de l'évasion prennent vie dans La graine et le mulet (France, 2007), troisième film d'Abdellatif Kechiche. Le cinéaste substitue aux gouaches des navires voilées un bateau restaurant bien concret, d'autant plus concret que sa restauration nous est, en partie, montré. Cette arche gastronome, que rêve de «monter» Slimane, figure la joyeuse ambition d'une affaire entreprise à l'aube d'une vie abrupte. Le cinéma de Kechiche traverse les âges et, suite à la plongée juvénile de L'Esquive, nous achemine jusque dans la vieillesse. Habib Boufares, interprète de Slimane Beiji, est cette colonne de marbre blanc inébranlable sur laquelle repose le film. Personnage quasi-muet au regard las mais gorgé d'une sagesse empirique, il est les yeux du film et sa seule présence en est l'âme. A ses côtés : Kechiche et sa mise en scène. Sculpté dans un système de gros plans, le temps du film se dilue dans la quasi-instantanéité des séquences. La délicatesse provient d'une sorte d'aisance à enregistrer le réel pour mieux le rendre en affects. C'est par ce procédé aussi simple et efficace qu'il est là singulier que Kechiche nous précipite dans la vie. Le flux du temps est respecté par un refus de coupures internes. Les scènes se succèdent, s'accolent par des bonds temporels inapparents. Le déroulement limpide semble, dans le cinéma de Kechiche une nécessité à sa vraisemblance et à son épaisseur.
         L'enjeu de la réalisation est placé sur ce que révèle les visages quant à l'intrigue. Dans un état de proximité voire de promiscuité, les gros plans entretiennent avec le spectateur une forme de vérité. Le cinéma chez Kechiche devient le médium déterminant des êtres et des choses. De la pure photogénie. Ce concept, inventé par Delluc et théorisé par Epstein, retrouve, dans cette mise en scène, une vivacité que le balisage plastique du cinéma français érodait. Les larmes qui coulent sur un visage géant, les gestes d'affection, les froncements légers de sourcils exacerbent les sentiments et révèlent toute l'authenticité des expressions. Il suffit de voir la scène du dîner dominical pour s'apercevoir de la puissance révélatrice que contient chaque gros plan. Kechiche et Boufares édifient donc la base du film de par leur justesse de ton extraordinaire. Sur ce socle magnifique danse la fabuleuse Hafsia Herzi. Non seulement actrice d'une beauté somptueuse, elle incarne cette jeunesse fougueuse, alternative à celle de L'Esquive. La quête impossible qui cloîtrait Abdelkrim dans sa condition sociale au sein de la cité laisse place à une quête impossible qui libère Rym du besoin de réussir aux yeux de ses aînés. Kechiche, Boufares et Herzi sont le trio irradiant qui revêt toute la puissance du film.
         La graine et le mulet, hormis cette référence à l'intrigue, marque assurément la gémellité du film. Ce sont la vieillesse et la jeunesse, Slimane et Rym. Kechiche délivre la recette du monde à la fois qu'il transmet celle du couscous. Un couscous exquis allie la graine et le mulet, à l'instar du monde dont la pérennité ne peut, nécessairment, que reposer sur l'articulation de la vieillesse et de la jeunesse. Du film, la pluralité des âges n'a d'égal qu'à l'entremêlement des vies. La séquence finale, paroxysme du Beau spontané, dévoile cette triste loi de la vie : la vieillesse est là pour léguer un monde à la jeunesse.
 

    OOOO  

 

      Flavien Poncet

 

Publié par Notreciné à 12:33:00 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (1) |

MEILLEURS FILMS 2007 - Thomas Lefebvre | 08 janvier 2008

 

 

1) INLAND EMPIRE - David Lynch- L'homme sans âge (Francis ford Coppola)
2) Boulevard  de la Mort - Quentin Tarantino
3) Syndromes and a Century - Apichatpong Weerasethakul
4) Election 1 et 2 - Johnnie To
5) Paranoïd Park - Gus Van Sant
6) Les promesses de l'ombre - David Cronenberg
7) Lettres d'Iwo Jima - Clint Eastwood
8) Belle toujours - Manoel de Oliveira
9) Le rêve de Cassandre - Woody Allen
10) Bug - William Friedkin

 

Publié par Notreciné à 21:12:20 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) |

My Blueberry Nights - Wong Kar-Waï | 06 janvier 2008


Année : 2007

Réalisateur : Wong Kar-Waï

Acteurs : Norah Jones (Elizabeth) ; Jude Law (Jeremy) ; David Strathairn (Arnie) ; Natalie Portman (Leslie) ; Rachel Weisz (Sue Lynne)

Durée : 1h35

Synopsis : Une jeune femme décide d'arpenter l'Amérique afin de trouver des réponses aux questions qu'elle se pose sur l'amour. A travers les larmes et le grand amour l'apprentissage n'est qu'un début.

« My Blueberry Nights » est le premier film tourné en anglais aux Etats-Unis de Wong Kar-Waï. Il est vrai que beaucoup de réalisateurs asiatiques ont, à un moment de leur carrière, décidé de « migrer » aux Etats-Unis peut-être dans un espoir de découvrir une nouvelle esthétique. Dans la plupart des cas, ces expériences furent sans succès (nous pouvons prendre l'exemple de John Woo).

En est-il de même pour le film de Wong Kar-Waï ?

 

Un corps découpé

Une chose est frappante à la première vue de ce film c'est notamment le traitement du corps de la part du réalisateur. Les personnages n'existent pas en tant qu'unité entière mais seulement par morceaux que se soit via les pieds d'Elizabeth ou via un cadrage au niveau de la taille. Les corps n'existent jamais dans leur entier. Ce n'est que lors de la scène ou Jeremy réparé sa caméra de surveillance que nous pouvons apercevoir son corps et celui de deux autres clients en leur entier. Cependant ce n'est pas la subjectivité de la caméra du réalisateur qui nous offre ces unités évoluant dans la diégèse mais bien la subjectivité d'une autre instance : celle du spectateur peut-être. Dans ce film, le corps est donc toujours représenté par bribes, par morceaux. Ce n'est donc que par le truchement d'une autre subjectivité que le personnage peut trouver sa place au sein de l'espace filmique.

Une identité fracturée

Beth, Betty, Lizzy autant de prénoms que d'identité pour ce personnage qui parcourt l'Amérique pour tenter de trouver les truchements dissimulés de l'amour. Comme nous avons pu le voir, non seulement les corps sont totalement déconstruits mais l'identité même du personnage est comme dispersé à travers son voyage. Nous pourrions donc dire que le personnage d'Elizabeth est composé de plusieurs instances : à New-York elle est Elizabeth, à Vegas elle est une autre et ainsi de suite. C'est comme si à son départ de New-York, Elizabeth avait éclaté en plusieurs particules et que ces dernières deviendraient des particules autonomes donnant naissance et un autre « moi ». Autant de division corporelle pour de questions posées. A la fin du film chaque particule rejoindrait la source même de ce qui les a fait naître : le corps d'Elizabeth. Les réponses que cherchaient Elizabeth sont en fait présentes bien avant son départ via le personnage de Jeremy. Jeremy incarne l'amour que cherche Elizabeth. En effet, au fil du film des ressemblances apparaissent notamment lors de la séquence ou Jeremy tente de s'interposer lors d'une bagarre dans son café et lorsqu'Elizabeth rentre dans le café après s'être fait agresser dans le métro. Si nous prêtons attention aux détails nous nous apercevons qu'ils ont du coton dans le nez dans une narine différente comme si le réalisateur avait voulu prédire que ces deux personnages termineraient l'aventure ensemble. A travers ce simple détail nous pouvons en déduire que les deux personnages se complètent.

Il n'y pas que le personnage d'Elizabeth que l'on peut considérer comme ayant de multiples identités. Nous pouvons également appliquer cette théorie au personnage de Jeremy. En effet à travers la possession de toutes ses clés nous pouvons voir en lui une sorte de personnage capable de s'approprier les identités des propriétaires des clés. En effet, lors de la séquence ou Elizabeth lui demande à qui appartenait toutes ces clés, ce dernier est capable de lui parler de toutes ces personnes qui un jour son arrivé dans son café et sont partis à tout jamais. Même s'il ne veut pas jeter ces clés car il ne veut pas être celui qui fermerait ces portes à jamais, il décide tout de même de toutes les jeter comme si le personnage avait évolué et qu'une partie de lui voulait découvrir ce qui se cachait justement derrière ces portes.

L'usage du ralenti comme alternative d'évolution

Dans le film de Wong Kar-Waï nous nous retrouvons face à certains partis pris esthétiques qui peut dérouter certains notamment ceux qui ne connaissent pas l'œuvre du cinéaste. En effet ces nombreux plans de métros peuvent faire références au dernier plan d'« Happy Together » ou la caméra est sur le toit du métro avec ce dernier avançant à toute allure notamment grâce à l'usage de l'accéléré. L'usage du ralenti à de nombreux moments dans le film n'est pas à prendre comme un déroulement du savoir esthétique du réalisateur mais plus à prendre comme quelque chose de bien plus important. Le ralenti n'intervient pas forcément lors de moments clés du film mais est plus à envisager comme une sorte de seconde couche temporelle ou le personnage aurait toute aise d'évoluer. C'est-à-dire que s'opérerait alors un changement temporel mais également corporel lorsque le personnage passerait de l'espace diégétique à un espace autre qui est celui du ralenti. Le personnage ainsi pris dans le flot du ralenti évoluerait pour donner naissance à une autre partie du personnage qui n'avait pas encore été révélé. A travers l'usage du ralenti nous pouvons extrapoler sur le fait que dans ce film Wong démontre à quel point il exerce une sorte de magnétisme sur le film car il se sert de la matière filmique et s'en sert bien. Le réalisateur arrive à remanier l'espace diégétique et à nous offrir des séquences dont l'émotion est aussi grande que dans ses films asiatiques. Il nous offre ainsi une séquence lors de la fin du film ou nous croyons que l'ex petite amie revient via un plan ou nous voyons une main prête à ouvrir la porte du café et inscrire donc dans la tête du spectateur l'impossibilité de la formation du couple entre Elizabeth et Jeremy. Or il s'avère que cette scène a eut lieu bien avant et que cette dernière s'avère être un flashback.

Malgré son voyage aux Etats-Unis Wong Kar-Waï n'a pas oublié tout se qui faisait sa force c'est-à-dire une maîtrise du temps et de l'espace filmique. On en redemande.

0000

      Anthony Boscher

Publié par Notreciné à 09:30:25 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) |

My Blueberry Nights : Wong Kar-wai en Amérique, un essai à transformer | 05 janvier 2008

 




    J'affectionne particulièrement un hirsutisme de facade à la seule idée de termes sportifs sortis de leur contexte, beurk! Mais bon, on peut se laisser parfois aller à quelques facilités...
M'attendant à une fieffée platitude, je suis au final ressorti presque emballé par le film (presque).
Wong a dit que son envie de tourner avec Norah Jones avait été motivée par sa voix, qu'il avait entendue (dans un taxi me semble-t-il). Pour "gauloiser" quelque peu je dirai qu'au visionnage de son dernier film la voix de Norah Jones ne doit pas être la seule chose qui l'a séduit... La présence de Natalie Portman, qui ne dispute en rien en matière de beauté à N. Jones ne fait que conforter cette impression.
Je n'étais jusqu'à présent pas spécialement sensible au charme de la fille amércaine de R. Shankar, mais alors là, sur grand écran et filmée par le maître!!!
Mais je m'égare quelque peu, nous sommes sur un blog sérieux diantre! Fi de considérations esthétiques de ce type... Oui mais tout de même.
Ce n'est pas la première fois que Wong fait état de cet attachement à la voix, donc au Verbe et au mot.
A propos des Cendres du temps, son film le plus bavard jusqu'à présent, Stephen Teo a cité une interview dans laquelle Wong expliquait qu'il avait découvert les romans et histoires d'arts martiaux par le medium de la radio et que cela était à l'origine de l'importance des mono- et dialogues dans son film.
Beaucoup de texte ici encore. De beaux silences toutefois.
Je ne compte pas me lancer dans le grand débat qui accompagne la sortie de ce film.
Trop maniériste? A la limite de l'auto-dérision? Caricatural? Mauvais?
Faiblesse du scénario?
Jeu pitoyable de N. Jones?
Je vais plutôt me concentrer sur le thème qui me semble sous-tendre tout le film, en réminiscence, évidemment chez Wong, des films précédents, même si après 2046 il disait, je crois, penser abandonner les histoires de couple mélancoliques.
J'ai lu quelque part que dans le transfert de Hong Kong aux Etats-Unis quelque chose s'était perdu, mais je ne souscris pas totalement à cela.
Ce film est un film certes pas remarquable mais intéressant tout de même, en dépit d'un caractère par trop appuyé qui "appelle" quasiment, j'en conviens, les critiques de "too much" qui pleuvent sur le pauvre Wong.
Mais pour qui est passablement acquis à son esthétique, je ne pense pas qu'on doive jeter "My blueberry nights" avec les restes des réveillons (notamment ceux du foie gras d'une certaine marque renommée infesté au botulisme, on ne peut vraiment plus avoir confiance en personne, alors quant à se baffrer comme les personnages de Wong...).
Assez de suspens, je m'attèle à la question des traces.
La longue scène du bocal à trousseau de clé dans le bar laisse clairement entrevoir l'importance de la réflexion sur la trace, liée éminemment avec le temps et avec la mémoire, les marottes de Wong.
Que reste-t-il de notre passage s'interroge Elizabeth dans un de ses nombreux monologues intérieurs?
Un trousseau de clé, une ardoise (en référence à celle du flic alcoolique, ça existe???), la trace de votre reflet dans une vitre, dans le regard des autres?
Elizabeth confie s'être trouvée dans et grâce aux regard des autres, malgré ses changements de noms (et de vêtements, comme toujours, à l'instar de M. Cheung, les actrices du film, notamment N. Jones change régulièrement de vêtements).
Il traîne tout au long du film une interrogation sur l'identité et sur ce qu'il peut rester de l'identité humaine une fois que l'on a disparu, au sens propre comme au sens figuré.
Rien ou pas grand chose?
Que reste-t-il d'Arnie, suicidé à l'endroit même où il avait rencontré des années auparavant la femme (la sienne) à cause de qui il se tue?
Un mini autel-souvenir derrière lequel Wong filme le couple Elizabeth Sue Linn dans un beau traveling latéral, laissant à peine apparaître le visage du disparu sur une photo très vite floutée.
Que reste-t-il du père de N. Portman?
Une voiture et des souvenirs dans la mémoire de sa fille.
Plus justement il reste deux voitures, celle de sa fille et celle que N. Jones "gagne" grâce à l'excursion entre filles.
J. Law finit par jeter les clés alors qu'il s'y refusait auparavant, pour ne pas prendre la décision de clore à tout jamais les portes qu'elles ouvrent.
Mais en réalité ces portes sont ouvertes ou fermées uniquement par la volonté et par la vie et le temps.
Qu'est-il arrivé à l'un des couples dont le barman garde précieusement les clés lui demande Elizabeth?
La vie est passée, le temps est passé.
C'est bien un des thèmes fétiches de Wong qui surgit ici.
Le temps et la vie passent, le métro ou les mouvements humains (à pieds, en voiture...) passent selon un mode qui nous échappe. Dans le cinéma de Wong ils passent parfois selon une temporalité "irréelle", à la fois accélérée et ralentie.
Dans une interview au Figaro (Happy New year to you, Mister President... comme l'a peut-être chanté Carla) WOng disait s'intéresser à l'Amérique des coeurs brisés.
Et de fait ses personnages ne respirent la joie d'amours simples et enrichissantes.
Le couple sur le baiser duquel se termine le film est en fait le seul à se retrouver et à finalement s'aimer "tout simplement", mais combien de temps, combien de kilomètres pour que cela soit possible?
De Norah Jones partie sillonner l'Amérique en large ou de J. Law sis dans son bar, attendant le retour de la belle, lequel a le plus voyagé? Lequel s'est le plus découvert à lui-même.
Deux visions du "connais-toi toi même" ici, l'une dans l'immobilisme, la seconde dans le mouvement.
Mais par-delà le temps et l'espace (mental ou kilométrique) l'évolution et le progrès dans la connaissance de soi semblent être indispensables à l'accomplissement de l'amour.
Ainsi qu'en est-il du nouveau Wong Kar-wai??
La traversée du Pacifique (on doit plutôt souscrire à une traversée par l'Europe, parce que son cinéma n'est pas exempt d'"europitude") l'a-t-elle conduit en de nouvelles terres filmiques?
Si le film n'atteint pas à l'intensité des précédents, à mon goût, ce n'est peut-être pas tant parce qu'il est, d'une certaine manière "américain", mais plutôt, sans doute, parce que Wong est en "translation", je souhaite qu'il ne s'y perde pas, mais je ne le crains guère.

            

 

OOOO 

 

           André- Pierre Lacotte

Publié par Notreciné à 14:33:46 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) |

MEILLEURS FILMS 2007 - Paul Cartron (invité) | 04 janvier 2008

 

 

1/ Les promesses de l'ombre (David Cronenberg)

2/ Chronique d'une femme chinoise/ Fengming he (Wang Bing)      INEDIT

3/ La graine et le mulet (Abdelatif Kechiche)

4/ INLAND EMPIRE (David Lynch)

5/ Paranoid Park (Gus Van Sant)

6/ Redacted (Brian de Palma)                                                 INEDIT (sortie le 20 Février 2008)

7/ Loft (Kioshi Kurosawa)

8/ Retour en normandie (Nicolas Phillibert)

9/ Chacun son cinéma (collectif)

10/ Le ballon rouge (Hou Hsiao Hsien)                                      INEDIT (sortie le 30 Janvier 2008)

     

                                                

Publié par Notreciné à 22:49:12 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) |

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