Ont écrit dans "Notre Cinéma":
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Le panoramique réduit la configuration d'un espace homogène, un, stable et géométrique en une bande plate et raide. L'immobilité sereine des objets (vérifiable dans la réalité) passe ici au statut d'un mouvement qui exhalte leur caractère sordide. L'espace ne cesse de se replier sur lui- même. Il n'a plus de centre, plus de repère. Il ne cesse de tenter de s'échapper de ses inexorables cloisonnements. Le cercle ouvert vers l'extérieur que dresse le panoramique ne fait que consolider le manque de perspective des lieux. Les meubles et les objets, par leur proximité, deviennent lignes stratifiés qui sont comme autant de barrières et de rayures à l'homogénéité et à la souplesse d'un espace habité. La lenteur amorphe du travelling a le ryhtme empesé d'un corps ensommeillé incapable de se lever. Au sein du monde réduit surdessiné par le film, l'arc du panoramique se limite d'autant plus, offrant l'image d'un centre mou qui, après s'être rassasié, se recouche. Les meubles sont des élastiques trainants et fatigués. Le corps humain n'est qu'une moindre animation, sollicitant tout au plus une attention dispersive. Second film d' Akerman, seconde expérimentation géniale sur l'espace clos. Et la gazinière est le mobilier le plus nettement dessiné du film.
Thomas C
Publié par Notreciné à 01:39:40 dans Images en écho | Commentaires (0) | Permaliens
C'est la discorde et la dissonance du dérèglement enfantin qui règle la ritournelle du premier film (déjà sublime) de Chantal Akerman. La montée de la fillette en direction de son appartement qui servira de décor au film fait l'objet d'une précipitation désaccordée des mouvements, d'une démolition en fragments des plans, tandis que le chant de la fillette se distort en vocalises enlaidis et en glousseements ridicules. A l'intérieur d'un espace fermé, en l'occurence, la cuisine- appartement du personnage principal, que fait on? Enjeux vains et angoissants (s'enfermer encore plus) et moyens dérisoires pour les mettre en oeuvre (utiliser du scotch pour défaire l'espace intersticiel qui relie la porte à l'extérieur), la tragédie existentielle passe par un burlesque remodelé, dans le sens d'une hystérie sauvage; le désordre et l'étriqué font bon ménage. Ce n'est pas le cas de la jeune fille, qui, d'un double geste, étale les objets par terre et jette le liquide de nettoiement. L'incohésion et la maladresse empréssée sert la calamité d'une vie quotidienne détraquée et lamentable. Ne reste plus que l'explosion, qui provient des mêmes ressources d'un quotidien minuscule, détaillé et abimé (le gaz allumé par l'allumette). L'inauguration du travail sur la Shoah par Akerman à partir des models réduits de l'enfance, du genre léger et de l'espace domestique.
Thomas C
Publié par Notreciné à 01:23:20 dans Images en écho | Commentaires (0) | Permaliens
Visage de l'onirisme radieux exhumé au coeur des profondeurs d'un aller en guerre lent et monotone dont le destin, par les innombrales récits- étapes de la grande et vaine Histoire du Portugal est connu d'avance. De la monotonie sec d'un cercle de contingent, surgissent les poches de batailles, fragments arrachés à l'épopée d'une conscience de L'Histoire d'un pays, comme autant de monolithes raides et embaumés près à s'effriter dans la vanité piteuse de leur élévation. La tentative de se reconcilier dans l'apparat et la luxure des glorieuses images du passé ne fait pas échapper à l'impératif crue des vérités guerrières: c'est toujours le dérisoire et le NON qui l'emporte. A la fin, le récitant a le visage enrubané de blanc médical. C'est le sort réservé à celui qui a exhumé et fait étincelé les récits au devenir sordide. Il ne reste qu'au camarade mourrant la dernière hallucination d'un ancêtre dont la grande beauté n'a d'égal que la profonde tristesse. Peu avant, attestait le récit de la glorieuse défaite du roi Sebastien le désiré que la seule gloire de la guerre tient à ce que les errances héroiques et déchus fassent l'objet de remontées d'images absurdes et par là même voluptueuses dans leur émanation d'imaginaire. En effet, alors que l'ennemi a attaqué depuis longtemps, que la destruction fait rage, Sebastien tient la position, il ne commande pas, jusqu'au bout, à ses hommes d'attaquer. C'est dans l'attente et la résistance passive que grandeur et prémonition assagi de la perte à venir trouvent à se rencontrer, ou échec et majesté se croisent.
Thomas C
Publié par Notreciné à 01:08:00 dans Images en écho | Commentaires (0) | Permaliens
A rebours du cinéma de fiction de Maurice Pialat, la forme apparente de ce premier film turc affiche du début à la fin douceur, et distance à l'égard du sujet filmé. Loin de la pénétration à vif et de l'esthétique de la tranche de sa glorieuse filmographie, douceur et circonspection sont ici les lignes dominantes de la mise en scène. La raison s'en trouve dans le texte dit par la voix off: "on n'approche Bizance que timidement". Film sur la luxure et la mejesté des lieux de la grande Byzance et du palais du Sultan, c'est le regard premier de l'étranger qui arrive et qui, impressionné par le caractère monumental des édifices, des façades et des formes, reste à la lisière, le regard défait et saisi. C'est paradoxalement le rayonnement de ces surfaces et l'insidieux espace de réverie hallucinné qu'elles proposent au regard qui fait reculer la voix off, douce et plate qui, avouant sa fatigue, prend congès de nous.
Thomas C
Publié par Notreciné à 19:15:40 dans Images en écho | Commentaires (0) | Permaliens
Oedipe devenu roi ne sait pas que la chute tragique succèdera à son élévation chimérique et éphémère tandis que le vieux Tiresias a conscience que l'ambiguité est l'affaire des destinées et que l'impasse et l'absence de savoir préeminent sur le monde dépassent de loin les oripeaux des projections divines. Ou comment deux figures mythologiques ramenés à la terre quittent la transcendance pour la rigueur placide du sol paysan. Le récit tragique de l'oppression et de la résistance, quant à lui, ne passe pas par le spectacle et la grandeur du visible. Marque du bas et de l'ombre, il se révèle, comme une longue coulée analytique et sans fin, entre les images, imprimés sur une lettre lue ou dans l'abyme d'un plan au noir. A l'écoute de ce récit profane, une image d'une nature rayonnante n'apparaît que sous la menace de la suggestion de sa destruction déjà survenu, tandis que dans un autre plan, un corps immobile se laisse traverser par le récit macabre et désespéré, résistant à l'horreur spectrale de sa raideur et de sa fière allure.
Thomas C
Publié par Notreciné à 19:05:24 dans Images en écho | Commentaires (0) | Permaliens
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