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Notre Cinéma


 



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My Blueberry Nights - Wong Kar-Waï | 06 janvier 2008


Année : 2007

Réalisateur : Wong Kar-Waï

Acteurs : Norah Jones (Elizabeth) ; Jude Law (Jeremy) ; David Strathairn (Arnie) ; Natalie Portman (Leslie) ; Rachel Weisz (Sue Lynne)

Durée : 1h35

Synopsis : Une jeune femme décide d'arpenter l'Amérique afin de trouver des réponses aux questions qu'elle se pose sur l'amour. A travers les larmes et le grand amour l'apprentissage n'est qu'un début.

« My Blueberry Nights » est le premier film tourné en anglais aux Etats-Unis de Wong Kar-Waï. Il est vrai que beaucoup de réalisateurs asiatiques ont, à un moment de leur carrière, décidé de « migrer » aux Etats-Unis peut-être dans un espoir de découvrir une nouvelle esthétique. Dans la plupart des cas, ces expériences furent sans succès (nous pouvons prendre l'exemple de John Woo).

En est-il de même pour le film de Wong Kar-Waï ?

 

Un corps découpé

Une chose est frappante à la première vue de ce film c'est notamment le traitement du corps de la part du réalisateur. Les personnages n'existent pas en tant qu'unité entière mais seulement par morceaux que se soit via les pieds d'Elizabeth ou via un cadrage au niveau de la taille. Les corps n'existent jamais dans leur entier. Ce n'est que lors de la scène ou Jeremy réparé sa caméra de surveillance que nous pouvons apercevoir son corps et celui de deux autres clients en leur entier. Cependant ce n'est pas la subjectivité de la caméra du réalisateur qui nous offre ces unités évoluant dans la diégèse mais bien la subjectivité d'une autre instance : celle du spectateur peut-être. Dans ce film, le corps est donc toujours représenté par bribes, par morceaux. Ce n'est donc que par le truchement d'une autre subjectivité que le personnage peut trouver sa place au sein de l'espace filmique.

Une identité fracturée

Beth, Betty, Lizzy autant de prénoms que d'identité pour ce personnage qui parcourt l'Amérique pour tenter de trouver les truchements dissimulés de l'amour. Comme nous avons pu le voir, non seulement les corps sont totalement déconstruits mais l'identité même du personnage est comme dispersé à travers son voyage. Nous pourrions donc dire que le personnage d'Elizabeth est composé de plusieurs instances : à New-York elle est Elizabeth, à Vegas elle est une autre et ainsi de suite. C'est comme si à son départ de New-York, Elizabeth avait éclaté en plusieurs particules et que ces dernières deviendraient des particules autonomes donnant naissance et un autre « moi ». Autant de division corporelle pour de questions posées. A la fin du film chaque particule rejoindrait la source même de ce qui les a fait naître : le corps d'Elizabeth. Les réponses que cherchaient Elizabeth sont en fait présentes bien avant son départ via le personnage de Jeremy. Jeremy incarne l'amour que cherche Elizabeth. En effet, au fil du film des ressemblances apparaissent notamment lors de la séquence ou Jeremy tente de s'interposer lors d'une bagarre dans son café et lorsqu'Elizabeth rentre dans le café après s'être fait agresser dans le métro. Si nous prêtons attention aux détails nous nous apercevons qu'ils ont du coton dans le nez dans une narine différente comme si le réalisateur avait voulu prédire que ces deux personnages termineraient l'aventure ensemble. A travers ce simple détail nous pouvons en déduire que les deux personnages se complètent.

Il n'y pas que le personnage d'Elizabeth que l'on peut considérer comme ayant de multiples identités. Nous pouvons également appliquer cette théorie au personnage de Jeremy. En effet à travers la possession de toutes ses clés nous pouvons voir en lui une sorte de personnage capable de s'approprier les identités des propriétaires des clés. En effet, lors de la séquence ou Elizabeth lui demande à qui appartenait toutes ces clés, ce dernier est capable de lui parler de toutes ces personnes qui un jour son arrivé dans son café et sont partis à tout jamais. Même s'il ne veut pas jeter ces clés car il ne veut pas être celui qui fermerait ces portes à jamais, il décide tout de même de toutes les jeter comme si le personnage avait évolué et qu'une partie de lui voulait découvrir ce qui se cachait justement derrière ces portes.

L'usage du ralenti comme alternative d'évolution

Dans le film de Wong Kar-Waï nous nous retrouvons face à certains partis pris esthétiques qui peut dérouter certains notamment ceux qui ne connaissent pas l'œuvre du cinéaste. En effet ces nombreux plans de métros peuvent faire références au dernier plan d'« Happy Together » ou la caméra est sur le toit du métro avec ce dernier avançant à toute allure notamment grâce à l'usage de l'accéléré. L'usage du ralenti à de nombreux moments dans le film n'est pas à prendre comme un déroulement du savoir esthétique du réalisateur mais plus à prendre comme quelque chose de bien plus important. Le ralenti n'intervient pas forcément lors de moments clés du film mais est plus à envisager comme une sorte de seconde couche temporelle ou le personnage aurait toute aise d'évoluer. C'est-à-dire que s'opérerait alors un changement temporel mais également corporel lorsque le personnage passerait de l'espace diégétique à un espace autre qui est celui du ralenti. Le personnage ainsi pris dans le flot du ralenti évoluerait pour donner naissance à une autre partie du personnage qui n'avait pas encore été révélé. A travers l'usage du ralenti nous pouvons extrapoler sur le fait que dans ce film Wong démontre à quel point il exerce une sorte de magnétisme sur le film car il se sert de la matière filmique et s'en sert bien. Le réalisateur arrive à remanier l'espace diégétique et à nous offrir des séquences dont l'émotion est aussi grande que dans ses films asiatiques. Il nous offre ainsi une séquence lors de la fin du film ou nous croyons que l'ex petite amie revient via un plan ou nous voyons une main prête à ouvrir la porte du café et inscrire donc dans la tête du spectateur l'impossibilité de la formation du couple entre Elizabeth et Jeremy. Or il s'avère que cette scène a eut lieu bien avant et que cette dernière s'avère être un flashback.

Malgré son voyage aux Etats-Unis Wong Kar-Waï n'a pas oublié tout se qui faisait sa force c'est-à-dire une maîtrise du temps et de l'espace filmique. On en redemande.

0000

      Anthony Boscher

Publié par Notreciné à 09:30:25 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) |

My Blueberry Nights : Wong Kar-wai en Amérique, un essai à transformer | 05 janvier 2008

 




    J'affectionne particulièrement un hirsutisme de facade à la seule idée de termes sportifs sortis de leur contexte, beurk! Mais bon, on peut se laisser parfois aller à quelques facilités...
M'attendant à une fieffée platitude, je suis au final ressorti presque emballé par le film (presque).
Wong a dit que son envie de tourner avec Norah Jones avait été motivée par sa voix, qu'il avait entendue (dans un taxi me semble-t-il). Pour "gauloiser" quelque peu je dirai qu'au visionnage de son dernier film la voix de Norah Jones ne doit pas être la seule chose qui l'a séduit... La présence de Natalie Portman, qui ne dispute en rien en matière de beauté à N. Jones ne fait que conforter cette impression.
Je n'étais jusqu'à présent pas spécialement sensible au charme de la fille amércaine de R. Shankar, mais alors là, sur grand écran et filmée par le maître!!!
Mais je m'égare quelque peu, nous sommes sur un blog sérieux diantre! Fi de considérations esthétiques de ce type... Oui mais tout de même.
Ce n'est pas la première fois que Wong fait état de cet attachement à la voix, donc au Verbe et au mot.
A propos des Cendres du temps, son film le plus bavard jusqu'à présent, Stephen Teo a cité une interview dans laquelle Wong expliquait qu'il avait découvert les romans et histoires d'arts martiaux par le medium de la radio et que cela était à l'origine de l'importance des mono- et dialogues dans son film.
Beaucoup de texte ici encore. De beaux silences toutefois.
Je ne compte pas me lancer dans le grand débat qui accompagne la sortie de ce film.
Trop maniériste? A la limite de l'auto-dérision? Caricatural? Mauvais?
Faiblesse du scénario?
Jeu pitoyable de N. Jones?
Je vais plutôt me concentrer sur le thème qui me semble sous-tendre tout le film, en réminiscence, évidemment chez Wong, des films précédents, même si après 2046 il disait, je crois, penser abandonner les histoires de couple mélancoliques.
J'ai lu quelque part que dans le transfert de Hong Kong aux Etats-Unis quelque chose s'était perdu, mais je ne souscris pas totalement à cela.
Ce film est un film certes pas remarquable mais intéressant tout de même, en dépit d'un caractère par trop appuyé qui "appelle" quasiment, j'en conviens, les critiques de "too much" qui pleuvent sur le pauvre Wong.
Mais pour qui est passablement acquis à son esthétique, je ne pense pas qu'on doive jeter "My blueberry nights" avec les restes des réveillons (notamment ceux du foie gras d'une certaine marque renommée infesté au botulisme, on ne peut vraiment plus avoir confiance en personne, alors quant à se baffrer comme les personnages de Wong...).
Assez de suspens, je m'attèle à la question des traces.
La longue scène du bocal à trousseau de clé dans le bar laisse clairement entrevoir l'importance de la réflexion sur la trace, liée éminemment avec le temps et avec la mémoire, les marottes de Wong.
Que reste-t-il de notre passage s'interroge Elizabeth dans un de ses nombreux monologues intérieurs?
Un trousseau de clé, une ardoise (en référence à celle du flic alcoolique, ça existe???), la trace de votre reflet dans une vitre, dans le regard des autres?
Elizabeth confie s'être trouvée dans et grâce aux regard des autres, malgré ses changements de noms (et de vêtements, comme toujours, à l'instar de M. Cheung, les actrices du film, notamment N. Jones change régulièrement de vêtements).
Il traîne tout au long du film une interrogation sur l'identité et sur ce qu'il peut rester de l'identité humaine une fois que l'on a disparu, au sens propre comme au sens figuré.
Rien ou pas grand chose?
Que reste-t-il d'Arnie, suicidé à l'endroit même où il avait rencontré des années auparavant la femme (la sienne) à cause de qui il se tue?
Un mini autel-souvenir derrière lequel Wong filme le couple Elizabeth Sue Linn dans un beau traveling latéral, laissant à peine apparaître le visage du disparu sur une photo très vite floutée.
Que reste-t-il du père de N. Portman?
Une voiture et des souvenirs dans la mémoire de sa fille.
Plus justement il reste deux voitures, celle de sa fille et celle que N. Jones "gagne" grâce à l'excursion entre filles.
J. Law finit par jeter les clés alors qu'il s'y refusait auparavant, pour ne pas prendre la décision de clore à tout jamais les portes qu'elles ouvrent.
Mais en réalité ces portes sont ouvertes ou fermées uniquement par la volonté et par la vie et le temps.
Qu'est-il arrivé à l'un des couples dont le barman garde précieusement les clés lui demande Elizabeth?
La vie est passée, le temps est passé.
C'est bien un des thèmes fétiches de Wong qui surgit ici.
Le temps et la vie passent, le métro ou les mouvements humains (à pieds, en voiture...) passent selon un mode qui nous échappe. Dans le cinéma de Wong ils passent parfois selon une temporalité "irréelle", à la fois accélérée et ralentie.
Dans une interview au Figaro (Happy New year to you, Mister President... comme l'a peut-être chanté Carla) WOng disait s'intéresser à l'Amérique des coeurs brisés.
Et de fait ses personnages ne respirent la joie d'amours simples et enrichissantes.
Le couple sur le baiser duquel se termine le film est en fait le seul à se retrouver et à finalement s'aimer "tout simplement", mais combien de temps, combien de kilomètres pour que cela soit possible?
De Norah Jones partie sillonner l'Amérique en large ou de J. Law sis dans son bar, attendant le retour de la belle, lequel a le plus voyagé? Lequel s'est le plus découvert à lui-même.
Deux visions du "connais-toi toi même" ici, l'une dans l'immobilisme, la seconde dans le mouvement.
Mais par-delà le temps et l'espace (mental ou kilométrique) l'évolution et le progrès dans la connaissance de soi semblent être indispensables à l'accomplissement de l'amour.
Ainsi qu'en est-il du nouveau Wong Kar-wai??
La traversée du Pacifique (on doit plutôt souscrire à une traversée par l'Europe, parce que son cinéma n'est pas exempt d'"europitude") l'a-t-elle conduit en de nouvelles terres filmiques?
Si le film n'atteint pas à l'intensité des précédents, à mon goût, ce n'est peut-être pas tant parce qu'il est, d'une certaine manière "américain", mais plutôt, sans doute, parce que Wong est en "translation", je souhaite qu'il ne s'y perde pas, mais je ne le crains guère.

            

 

OOOO 

 

           André- Pierre Lacotte

Publié par Notreciné à 14:33:46 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) |

MEILLEURS FILMS 2007 - Paul Cartron (invité) | 04 janvier 2008

 

 

1/ Les promesses de l'ombre (David Cronenberg)

2/ Chronique d'une femme chinoise/ Fengming he (Wang Bing)      INEDIT

3/ La graine et le mulet (Abdelatif Kechiche)

4/ INLAND EMPIRE (David Lynch)

5/ Paranoid Park (Gus Van Sant)

6/ Redacted (Brian de Palma)                                                 INEDIT (sortie le 20 Février 2008)

7/ Loft (Kioshi Kurosawa)

8/ Retour en normandie (Nicolas Phillibert)

9/ Chacun son cinéma (collectif)

10/ Le ballon rouge (Hou Hsiao Hsien)                                      INEDIT (sortie le 30 Janvier 2008)

     

                                                

Publié par Notreciné à 22:49:12 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) |

MEILLEURS FILMS 2007 - André Pierre Lacotte | 04 janvier 2008

 

   Choisir 10 films seulement parmi la (les ?) centaine(s) vu(es) dans l'année (restons modeste) qui s'est écoulée est un réel crève-cœur, il s'agit d'établir un classement qui est, forcément et en partie, injustifié mais pas nécessairement injustifiable, il faut bien s'amuser un peu en début d'année.

Puisque tel est l'exercice tâchons de nous y atteler sans (trop) états d'âme ni de remords.

En préambule je ne peux m'empêcher de faire une mention spéciale à la daube de l'année (voire plus car strictement aucune affinité, si ce n'est une bonne partie de rigolade) « Angel », de l'ami Ozon qui m'était pourtant plutôt sympathique. Mieux vaut stopper net ma digression parce qu'en terme de bouses innommables, l'année fut riche et fertile, la bouse étant par ailleurs un excellent fertilisant en même temps qu'un bon combustible. Alors laissons leur souvenir partir en fumée (gageons que cette fumée soit bio).

 

 

 

1/ Paranoid Park (Gus Van Sant)

 

2/ INLAND EMPIRE (David Lynch)

 

3/ Ne touchez pas à la hache (Jacques Rivette)

 

4/ The Departed (Martin Scorsese)

 

5/ 7h58 ce samedi là (Sydney Lumet)

 

6/ La nuit nous appartient (James Gray)

 

7/ Boulevard de la mort (Quentin Tarantino)

 

8/ Secret Sunshine (Lee Chang Dong)

 

9/ Election 1 & 2 (Johnnie To)

 

10/ Persépolis (Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud)

 

 

  

     Les esprits chauvins constateront que la production française est bien confidentielle dans mon classement, j'en veux pour raison principale le déséquilibre qualitatif, lié au nombre de toute manière, entre nos films nationaux et les films américains de l'année.

Je dois bien avouer que France, Allemagne, Roumanie et Italie pour l'Europe, tapaient à la porte de mon classement, mais comme je l'ai souligné plus haut, classement = arbitraire.

De même pour les pays asiatiques, la richesse des productions chinoises, coréennes et japonaises, pour ne citer que les plus importantes en nombre de films, aurait tout à fait justifié une figuration plus imposante dans mon classement, mais là il m'aurait fallut inscrire une cinquantaine de films...

De grosses déceptions (« Boarding Gate » ou « Les promesses de l'ombre », les plus tristes pour moi) m'auraient également incité à descendre littéralement nombre de films mauvais, et cela m'aurait permis d'établir un lien avec un désormais fameux article (de J.-M. Frodon) questionnant le trop grand nombre de films produits.

Force est pour moi de constater que trop c'est trop. Je suis pour (qui serait contre ?) le soutien aux premiers films... mais jusqu'où faut-il aller ?

De plus et j'en finirai ainsi avec mes atermoiements post-réveillons je ne prétends pas avoir fait le tour des sorties de l'année, je confesse honteusement avoir raté les deux Eastwood, par exemple !

Mais qui dormant un minimum et exerçant une profession à plein temps pourrait arriver à suivre le train des sorties (sachant que si l'on rationalise on doit arriver à plusieurs sorties PAR JOUR, en additionnant la masse indienne, asiatique, américaine et européenne) ? 

 

Paranoid Park me semble être le film le plus abouti de Gus Van Sant à ce jour, je n'ai même aucun scrupule à le qualifier de chef-d'œuvre. J'avais déjà énormément aimé presque toute sa production (notamment ses trois derniers films), et je dois bien avouer que ce dernier opus est un bijou.

 

Inland Empire est de la même manière un très grand opus de Lynch, je ne sais pas toutefois si je le considère comme son meilleur, mais, de la même manière que chez Van Sant, je le classe parmi ses meilleurs films. Je ne saurai départager Inland Empire de Mulholland Drive ou de Lost Highway.

 

Ne touchez pas la hache, que j'ai vu, me semble-t-il cinq ou six fois, résiste parfaitement à un visionnage multiple et répété. Et je n'en ai que plus été déçu par « Les amours d'Astrée et de Céladon ». Tout dans ce film me semble être d'une très haute volée. Chef-d'œuvre également.

 

The departed/Les infiltrés est un très bon Scorsese. Dans une moindre mesure que Spielberg qui me semble pondre des navets plus vite que son ombre, la production de l'italo-américain quoiqu'inégale à mon goût recèle de véritables coups de maître, celui-ci en était un grand.

 

Before the devil knows you're dead/7h58 ce samedi-là me conforte dans l'idée que j'aurai fort à gagner à me rafraîchir la mémoire avec les autres films de Lumet dont je ne conserve que quelques bribes de Serpico. Grand film, grande tragédie, superbe fin qui coupe le souffle et glace le sang.

 

We own the night/La nuit nous appartient, vu quasiment dans la foulée du précédent travaille un autre registre du film policier, les relents républicains qui en émanent me semblent habilement et subtilement contrebalancés par un des ressorts profonds du film : la solitude en dépit des liens familiaux, ironiquement présentés ( ?) comme les seuls « vrais ». Une désespérance que je qualifierai quasiment de « mystique » baigne le film. Ainsi ne comprends-je toujours pas la question d'un de mes camarades : « Pourquoi faire un tel film maintenant ?».

Loin d'être un échec je crois que ce film ne mérite pas le délaissement de certains. Je le trouve d'une profondeur et d'une actualité brûlante. C'est pour cela que je m'étale un peu trop...

 

Grindhouse : Deathproof/Boulevard de la mort, un nouveau et plaisant Tarantino. J'hésite encore à me déterminer sur une question : étant un peu un inconditionnel du grand ado qu'est Tarantino serais-je capable de gober n'importe lequel de ses films ? Je ne le suis absolument pas dans ses dérives malsaines de gore-sadisme, lorsqu'il se complaît à flatter la pornographie-boucherie qui sommeille en tout ado mal fini soit en chacun de nous, à divers degrés. Je ne donne absolument pas le même sens ni la même valeur aux trépanations, lacérations, découpage de gros dans ses propres films et dans des ordures pestilentielles comme les Hostel et autres dégénérescences de l'esprit cinématographique, même de bas étage.

 

Secret sunshine est une véritable révélation. Je ne connaissais pas Lee Chang-Dong et j'ai désormais hâte de voir d'autres films de sa pâte, et de ses pattes. Quelle justesse, quelle sensibilité dans le cadre et dans la couleur, je vois de nombreuses correspondances que je ne saurai toutefois expliciter ici avec « Ne touchez pas la hache ». La dimension politique du film n'est à mon sens qu'un élément mélioratif supplémentaire. Une remarquable dénonciation du mensonge religieux, de la part d'un Sud-Coréen, c'est du même niveau qu'un Garde Suisse qui étalerait les sous-vêtements du dogme catholique romain.

 

Election I/Election II, je connaissais déjà et j'appréciais déjà beaucoup Johnnie To depuis « Breaking news », même si je ne connais vraiment qu'une ridicule toute petite partie de sa production. Les deux films m'ont laissé abasourdi. C'est donc confiant (et à raison) que je suis allé voir « Exilé », que j'aurai pu mettre en lieu et place de ces deux films. L'ultra violence de ces productions asiatiques me laisse perplexe toutefois, mais il ne me semble pas s'agir du même rapport à la mort et à la souffrance que chez Tarantino ou les dégénérés du caniveau comme Eli Roth (beurk, rien que le nom me donne envie de vomir). Inquiétant toutefois.

 

Persepolis, voilà qui me permet de finir en douceur ce classement. Quelle fraîcheur, quel plaisir que ce petit chef-d'œuvre qui, modestement, s'impose comme une très belle réussite. Pas de fantastique, pas de démesure, l'histoire simple de quelqu'un de simple, l'Histoire rencontre celle d'une jeune fille. Les turpitudes de l'Iran, les ravages de la religion et du capitalisme marchand d'armes. Beaucoup de charme pour décrire une vie pas toujours paisible ou charmante. Et pour en revenir à ce que j'ai déjà exprimé plus haut, quelle délicatesse et quelle intelligence pour décrire les séances de torture... Qu'on est loin du dégueulasse avilissant de Saw ou d'Hostel !

Un beau moment de cinéma, ça fait toujours du bien. Un graphisme particulier et un film pour tout âge sans pour autant s'adresser au jeune public comme à de « petits adultes » ou à des décérébrés.

La grande intelligence de ce film, c'est d'être intelligent, qu'on me pardonne la facilité.

 

Une très belle année de cinéma passée, vive la nouvelle qui débute !

 

 

 

 

Publié par Notreciné à 20:57:04 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) |

MEILLEURS FILMS 2007 - Thomas Clolus | 31 décembre 2007

 

 

                                  1/ Dong (Jia Zhang ke)

                                  2/ Still life (Jia Zhang ke)

                                  3/ L'homme sans âge (Francis ford Coppola)

                                  4/ Paranoid Park (Gus van Sant)

                                  5/ Boulevard de la mort (Quentin Tarantino)

                                  6/ Syndromes ans the century (Apichatpong Weerasethakul)

                                  7/ INLAND EMPIRE (David Lynch)

                                  8/ Les amours d'Astrée et de Céladon (Eric Rohmer)

                                  9/ Bug (William Friedkin)/ Les promesses de l'ombre (David Cronenberg)

                                  10/ I don't want to sleep alone (Tsai Ming Liang)

 

Hors compétition car inédit/ En avant Jeunesse (Pedro Costa)_ sortie le 13 Février 2008

 

 

Publié par Notreciné à 22:26:59 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) |

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