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Notre Cinéma


 



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Paris Cinéma 2008 - Lundi 07 Juillet | 08 juillet 2008

15h00. Troisième groupe de courts-métrages pour la compétition officielle de Paris Cinéma 2008. Dans Plot Point, de Nicolas Provost, New-York est filmé et se met en scène elle-même. L'image documentaire se fait alors fiction et le spectre de la paranoïa post-11 septembre. De la tombée de la nuit jusqu'au levé du jour, c'est une nouvelle face de la grosse pomme qui se dévoile, avec évidemment ses lumières. Michael Mann est cité frontalement (le dernier plan du film et la musique de Moby). C'est donc un métrage très influencé, formellement maîtrisé. On regrette parfois que le réalisateur, par l'usage des trucages sonores, force un peu le trait, oblige et façonne une fiction à l'insu de l'image documentaire. Le film suivant, de l'allemand Jörn Staeger, est un métrage dont le propos est résolument écologiste (passant de la fable, au film d'horreur, par le film expérimental). Au final, on a plutôt un objet qui ne ferait pas tâche dans la programmation du Futuroscope. Pas assez abstrait pour être expérimental, le film est effectivement dans ce tremblotement d'images qui lui est caractéristique. Deux mouvements (un de caméra, l'autre de la nature), qui intriguent un instant mais pas plus. Le film s'appelle Journey to the Forest. S'en suit La Saint-Festin, le seul court-métrage d'animation de la compétition, écrit et réalisé par Annelaure Daffis et Léo Marchand. François Morel prête sa voix à l'ogre qui est le personnage principal de cette fable basculant du pittoresque au grave et glauque, de l'humour noir à la horreur gore, à la morale de contes pour enfants. Le tout dans un graphisme et une animation hybride. Collages, films et dessins. Petit film monstre à l'image de son personnage principal. Petit film bête et même pas méchant ? Les amateurs de pirouettes à la « il ne faut pas se fier aux apparences » devraient s'y retrouver.  S'en suit Boulevard l'Océan, de Céline Novel, qui s'inscrit directement dans cette veine contemporaine de cinéastes/acteurs néo burlesques (Romy, Abel et Gordon). Ici, on retrouve du Buster Keaton dans le rapport du corps humain face, avec et contre les forces de la nature. Le dernier court-métrage de ce troisième groupe, est de Raphaël Chevènement. Une Leçon Particulière est un film sur les signes et leurs interprétations (un poème de Victor Hugo et la séduction féminine). Le réalisateur (aussi auteur d'un ouvrage analysant une émission télévisée de Thierry Ardisson) se pose donc en sémiologue. La mise en scène n'est pourtant pas démonstrative ou essayiste. La fin du métrage est justement et littéralement ouverte. Elle laisse place à plusieurs signes tandis que ceux énoncés jusqu'alors étaient mal interprétés. Et encore. Le réalisateur, présent à la séance, avoue avoir modifier la fin du film, et de manière considérable (je ne vous révèle rien pour le moment, dès fois que vous verriez ce film). Les signes et leur interprétations sont dits, mais finalement à l'image de ce plan final. Ils sont multi-significatifs. Peut-être bien saisis, peut-être pas. Et puis après ? Le personnage qui tente de saisir le texte et la séduction, se retrouve seul et s'ouvre à l'infini. Que signifie t-il, lui qui essaye de comprendre et qui est esseulé ?

 

            La suite de la journée sera grande. Eprouvante car faites d'expériences filmiques merveilleuses mais en tous points, nouvelles. Dans la spontanéité de l'écriture on ne sait à quoi s'attendre dans les lignes qui suivent (inspiration ou médiocrité, dégonflement et épuisement quant à la petitesse de l'écrivain face à ses sujets). Je me rends compte à quel point le film influe sur l'écriture. Le lyrisme du texte sur La Frontière de l'Aube semble en être symptomatique. La précipitation du commencement de ce texte (pour arriver plus vite au point où nous en sommes) est aussi symptomatique de cela. Dimanche, lors d'une table ronde organisée à la Cinémathèque Française quant à la critique de cinéma et internet, les intervenants parlaient de la critique comme d'un genre littéraire (j'ignore d'ailleurs si c'est Godard qui, le premier, parla du critique comme d'un écrivain plus que d'un expert). Si l'émotion que me suscitent certains films fait lorgner le texte plus vers le lyrisme, une certaine prose, que vers le discours purement critique et expert, ce n'est pas une faiblesse. On peut même alors critiquer la critique. C'est aussi ce que permet le format internet. Il en était question lors de la table ronde. La nouvelle forme. Notre Cinéma est un blog, mais n'en a pas vraiment l'usage. C'est une plateforme que l'on partage à plusieurs, une plateforme elle-même traversée d'images et de sons. Une plateforme de discours sur le cinéma qui peut se permettre d'être aussi audio-visuelle. C'est aussi le fait que Notre Cinéma s'est fait librement sous Blogg. Il s'agit de notre hébergeur, et cela diffère énormément d'une revue et de son éditeur. Le lectorat de Notre Cinéma est potentiellement celui de tout ce qui se fait sous Blogg (blogs de fans et midinettes en tout genre, mais aussi journaux intimes et très intimes etc...). La base et l'organisation de données de Blogg fait que ce sont ces utilisateurs qui seront les lecteurs privilégiés de Notre Cinéma. Certains laisseront des commentaires, avec les modalités d'expressions qui leur sont propres et qui diffèrent des nôtres ; beaucoup ne font que passer, sans doute refroidis par ces pages de textes, assez conséquentes pour être lues derrière un écran d'ordinateur. Le journal de bord pourrait d'ailleurs être l'instant propice pour réconcilier un aspect critique avec un aspect purement blog. Justement, le journal de bord, dans sa forme et sa mise à jour quotidienne, se rapproche par bien des égards du journal intime. Finalement, il s'agit de ça. C'est le partage d'une expérience émotive personnelle, qu'il est impudique ou pas de partager. Est-ce qu'en tenant ce journal, je ne me dévoile pas tant que je dévoile des films ? La critique se cache sans doute quelque part quand je n'ai pas aimé un film et que je me ménage pas vis à vis de lui. L'équilibre n'a peut-être pas sa place. Le cinéma, en mots et sur internet, en mots et sur un blog. Je vous renvoie au texte de Thomas Clolus, qui, alors que nous nous engouffrions dans la brèche internet, pensait déjà nécessairement Notre Cinéma pour et dans ce qu'il est.

 

            Our Cinema. Inscription parmi beaucoup d'autre s'inscrivant sur les images malades et envolées de Todo Todo Teros de John Torres, va nous replonger en plein dans cette après-midi dantesque, car, cinématographiquement écrasante et géniale, mais aussi exclusivement philippine. La place du texte est centrale dans les deux films de cette sacrée (le mot est à la fois maladroit, excessif et juste) après-midi. Le deuxième film (A Short Film About Indio National, de Raya Martin) est muet, en grande partie. Un plan sonore mais muet, un autre parlant, et le reste entièrement noir et blanc et silencieux. Seulement des intertitres. Comment ,...comment prendre ces deux films un par un ? Ce sont pour moi deux découvertes, avec des esthétiques et des cinéastes (Todo Todo Teros est le premier film de John Torres cependant). A Short Film About Indio National est, bien qu'exigeant, plus discernable, sans doute plus maîtrisé, démesuré dans son épure, que le brûlot poétique, politique et artistique Todo Todo Teros. Le rapport des images au monde, des rythmes au monde, des mots dits et écrits. Raya Martin et John Torres sont tous les deux très jeunes. Leur film semble enfouir les mêmes thématiques mais leurs modalités d'expressions artistiques, langagières sont absolument différentes. Pas qu'il y ait la simplicité d'une part et la complexité d'autre part, il y a dans les deux cas la maladie qui s'exprime à sa manière, les mots qui s'inscrivent de force, la parole qui se délie, les images qui se superposent au monde. Ça parle de l'être, des civilisations (indigènes ou philippines), et de l'art, celui du cinéma, de son rapport avec le monde, ce qui le fonde, le déconstruit, fait son extension et son rétrécissement.  


Simon Lefebvre

 

Publié par Notreciné à 01:58:07 dans Ecriture festivalière | Commentaires (3) |

Paris Cinéma 2008 - Samedi 05 Juillet | 06 juillet 2008

De plus en plus malmené dans mon usage du temps (celui de voir, mais aussi celui d'écrire), je me retrouve là, en plein milieu d'après-midi, à devoir rendre compte du samedi 5 juillet. Nous verrons quand cette anomalie, ce déséquilibre, sera rétabli. Ce retard semble symptomatique de la frénésie festivalière. Son rythme dépasse le notre et finit par nous dépasser. Déjà, après quelques jours de festivités, nous sommes largués. Ne voyez pas ça comme un aveux de faiblesse, d'échec, mais plutôt comme un constat, qui, faute de m'émouvoir, me permet d'être ici, derrière mon écran d'ordinateur. Et là, soudainement, j'ai le temps d'écrire. Je me démobilise de la ferveur festivalière pour revenir ici, et revenir sur hier. Tiré du contexte festivalier, c'est finalement un ordre juste. Il n'y a plus de précipitation, presque en tout cas. On sait que ça va revenir.

Et il est difficile de se préparer à ce qui va suivre quand ce qui nous précède ce sont La Frontière de l'Aube de Philippe Garrel et Dernier Maquis de Rabah Ameur-Zaïmeche, deux films qui sortiront en octobre. Deux grands films qui seront vus à l'échelle d'un mois, et qui sont ici vus en une soirée. Merveilleuse et barbare organisation festivalière, si bien qu'on regrette presque d'avoir le temps de pouvoir écrire et transmettre tandis que l'expérience spectatorielle est mise à fleur de peau.  La Frontière de l'Aube est un film qui ressemble à Garrel et qui est différent. Proche et inaccessible. On est dans une force qui s'anime, agonise, brûle dans le film (les rapports entre personnages, leur actions et inactions avec les décors) et dans notre rapport passionné et souffrant avec cet objet. En cela, l'histoire d'amour du cinéaste avec son public est similaire à ces instants où François voit Carole dans son miroir. Apparition effrayante et belle, celle de l'amour mort et vivant. Ce rapport est inversé dans l'autre histoire d'amour du film, de François à Eve. Quel corps prend l'amour ? Quelle incarnation ?  C'est une veine romantique, la plus authentique, la plus violente aussi, que Garrel souffre dans La Frontière de l'Aube. Car il a cette urgence qui cohabite avec l'agonie, ce déséquilibre constant des corps avec les autres. Les plans les plus beaux et les plus durs sont ceux de Carole, titubante et instable, pathétique et belle. Ils sont symptomatiques de cet amour réel qui se persuade de la démesure et de l'irréel. Nombreuses sont les fissures, les failles dans les murs qui font et défont les décors du film. Elles apparaissent discrètement ou frontalement quand l'amour se fragilise. Les espoirs s'y engouffrent, les douleurs en jaillissent. Conscience et inconscience d'un amour, d'un bonheur perdu, qui persiste dans le prolongement de son existence, au-delà de tout, plus que de raison. Le film porte ces failles sur lui, comme autant de cicatrices qui sont palpables et remémoratives. Ce sont aussi les nôtres, quelques choses que nous partageons de gré ou de force avec La Frontière de l'Aube. C'est une histoire d'amour fou que nous vivons avec le film, comme une douleur lancinante, comme un nœud au cœur.

Dernier Maquis peut-être (bien) vu après l'expérience Garrel. Le film de Ameur-Zaïmeche propose un univers dur, mais aussi une (des) échappée(s). Le monde du travail est ici constitutif d'un univers à part entier, mais un univers où rien ne sera figé. La réalité sociale, du travail est toujours aussi dure mais n'est ici pas une fin en soit. Les hommes de Dernier Maquis vont pour un ailleurs. Comment procéder. Construction d'une mosquée pour apprivoiser un nouveau territoire, spirituel, religieux, qui pare à la poussière, la boue et le bruit. Dernier Maquis va être en fait un film sur la difficulté de quitter un territoire. La jonction d'un univers à l'autre n'est pas aussi limpide qu'une construction faite de briques et béton. Des ponts font la jonction et empêchent la mise à nue dans un ailleurs. Alors, le film va pour décrire la religion et le monde du travail. Leur cohabitation possible. Vous le verrez vous même, les mouvements ascendants et descendants de la caméra de Ameur-Zaïmeche proposent une lecture flanchent des situations imparties. Il y a des lignes de fuites dans le film, qui sont amenées par des « acteurs » plus importants qu'on ne le croit. C'est un pur vecteur pour l'échapée, un moyen de quitter le territoire, d'en sortir. L'aspect pictural de Dernier Maquis dégage aussi une force implacable. La couleur rouge est omniprésente, dans ce qu'elle a de vive, de frontale. Elle laisse libre cour à beaucoup d'interprétations auxquelles il est tentant et dangereux de se frotter. Ce sont aussi ces palettes, ces amas, montagnes de palettes qui sont transportées par les fenwicks des  ouvriers. Ces transports modulent l'espace, comme le simple mouvement de briques transforme un espace à la Tetris. Jeu de boîtes qui créent à l'intérieur même de ce territoire. Il y a un optimisme poignant dans Dernier Maquis. On peut bouger en moduler à merci, créer. Optimisme voulu par le cinéaste, présent à la soirée :« Le dernier plan du film est un mur de palettes, et on y voit la lumière qui passe au travers ». Cet optimisme et cette force émanent d'ailleurs de cet homme étrange qu'est Rabah Ameur-Zaïmeche. Ces rencontres avec les cinéastes (je me rappelle de Manoel de Oliveira) sont à chaque fois impressionnantes de par la ressemblance, la cohérence des films par rapports à leur auteurs. Les belles personnes font les grands films.


Simon Lefebvre

 

Publié par Notreciné à 16:51:02 dans Ecriture festivalière | Commentaires (0) |

Paris Cinéma 2008 - Vendredi 04 Juillet | 05 juillet 2008


Enfin ! J'y suis arrivé ! Quitter le Mk2 Bibliothèque, ses pop-corn et ses films d'auteurs, lieu aussi généreux que paranoïaque (en tout cas pour le provincial que je suis). C'est avec une heure d'avance que j'arrive à la Cinémathèque Française et que je me réjouis de découvrir une longue file. Nous allons rencontrer Aki Kaurismäki. Le cinéaste finlandais sait sa réputation, une partie du public s'y fige. Nous dans la salle, lui sur la scène, avec Pascal Mérigeau. Beaucoup de rires tandis que Kaurismäki devient plus un spectacle qu'un homme. J'interprète ici une sorte de violence confuse jaillissant de l'équation Kaurismäki + espace théâtral. Le rire n'est sans doute pas l'expression majoritaire du public, mais c'est justement celle qui exprime, qui se fait entendre. Elle donne une couleur et une identité à la masse alors que le cinéaste passe son regard triste et intense sur nous. Simple personnage original dont la parole et le geste ne sont qu'élucubrations bien venues ? Finalement, peu importe. Un extrait de Hamlet goes business passe. Aki allume sa cigarette en même temps que son personnage. Cinéaste qui fait corps avec son cinéma et qui fait spectacle. La « salle » applaudit  le geste. Il y aura tout le long de la rencontre, ce jeu de la vérité et de la trahison entre le cinéaste et son auditoire. Le cinéaste s'avoue lâche. La fulgurance du burlesque dans ses films est une échappatoire à ses pleurs, lui qui pleure du matin au soir. La réaction du public à ce moment est une jolie démonstration du jeu de vérité que nous évoquions précédemment. Il y a les rires et un silence qui ne se fait donc pas entendre. Moi, je vois un homme à l'image de ses films. La tristesse délie de l'absurde, et de cet absurde se cache une beauté, une poésie précieuse et infiniment touchante. Il y a beaucoup de chiens dans les films de Kaurismäki et des hommes, à qui, il demande de ne bouger que un sourcil, comme on peut demander à l'animal de bouger sa queue. Egalité ironique. Ce n'est ni une dévalorisation, ni, justement, un nivellement quelconque. Kaurismäki nous cite Bresson et Renoir pour leur travail, leur vision, leur art quant au jeu de l'acteur. Il y a bien cette immanence, ce jaillissement beau et grave de l'acteur dans les films du cinéaste. « On apprend que ce n'est pas tant la caméra qui doit bouger que la pensée qui doit bouger à l'intérieur du cadre ». « Quand on voit « Le Cri » de Münch, ce n'est pas le tableau qui crie, mais nous ». Phrases elles-mêmes fulgurantes dans un jeu de chat et de souris avec Mérigeau. Le cinéaste est dur au dialogue. C'est aussi ça la force de cet instant, en ce début d'après-midi du 4 juillet 2008 à la Cinémathèque Française de Paris. Le dialogue avec Kaurismäki se fait au-delà de la parole, qui, chez le cinéaste, est espiègle, tricheuse, peut dire beaucoup en étant futile, peut tromper en étant sèche. Déséquilibre admiratif et déçu. Le regard de qui sur qui ? Choisissez vous-même. Sachez en tout cas que le miens fut impressionné et ému. Et, pour prolonger ce dialogue, j'espère que bientôt nous aurons des vidéos de cette rencontre (chose possible aux vues des nombreuses caméras présentes).

            Petite (grande) pause à la suite de ce début d'après-midi éprouvant. La prochaine étape sera une entorse au règlement, puisque, je quitte les sentiers festivaliers pour Valse avec Bachir de Ari Folman. Dans ce journal de bord, nous abordons souvent la difficulté humaine de l'expérience festivalière et cinématographique en tout cas. Ce 4 juillet 2008 est violent, exigeant et magnifique avec moi-même (à moins que je sois mon propre bienfaiteur et bourreau). Le film de Folman est à mon avis un film important, qui prend marque dans le temps et l'Histoire, comme Redacted de De Palma. En parlant de temps, celui qui est impartit pour la rédaction de ces petits billets ne varie pas d'un yota. Tout juste, il se meut. C'est donc ce matin, samedi 5 juillet que vous rends compte de « ce 4 juillet 2008 ». Revenons-y, après tout, à l'échelle effrénée du festival, c'était tout à l'heure. Cette frénésie est propice à ne pas ralentir l'élan. Alors je continue dans la compétition courts-métrages. Cette série là est passionnante, à commencer par le fabuleux Rolyo d'Alvin B. Yapan (Philippines). Meilleur court que j'ai vu jusqu'alors. Politique, poétique. On espère que le film sera visible après le festival car dans ces moments, les mots peuvent être barbares vis à vis de la matière filmique. Nous verrons par ailleurs si nous ferons un billet post festival, pour revenir plus amplement sur les temps forts. Suivent Surface, deuxième court-métrage portugais en compétition. Le film de Rui Xavier prend l'immensité de l'océan comme vecteur d'un passage vers un univers nouveau et à la fois familier. Un voyage aux repères perdus. The Shooter, film palestinien de Ihab Jadallah, est une réflexion ironique sur les images, tant hollywoodienne que journalistique sur un pays dont l'action est morte et le décor ruiné. La forme courte nous donne tout juste le souvenir d'un paysage dépeuplé, désertique, et de personnages s'affairant à transformer les vestiges de la guerre en un décor de fiction Z. Les Couillus, de la française Mirabelle Kirkland, filme un groupe d'hommes enfermés dans un gymnase pour un stage de revalorisation masculine. Humour noir et caméra proche et mouvante. Dénoncer les violences conjugales en enfermant ces hommes, en les mettant entre- sois. Exercices de simulations, confessions. Ces hommes sont en cure comme on est en cure de tabac ou d'alcool. Il y a une confusion malvenue des dépendances et des maux de sociétés. Le film se termine par une pirouette ironique lorgnant vers la morale. Le dernier film est le plus décevant. Il s'agit du sud-coréen Tide of Love de KIM Hyun-jin. Noir et blanc soigné, bruit de vagues lancinants et notes doucettes de trompette. La jolie histoire et la jolie image, à l'image de cette énorme peluche que se fait offrir l'héroïne. Le sable, la mer, une peluche, un banc, quelques notes et puis l'amour. Une chanson de Laurent Voulzy en film. Rolyo, retenons Rolyo. Et retenons ce nom : Alvin B. Yapan. Privilégiés de la capitale, nous avons tout le loisir de retourner voir ce film mardi 8 et mercredi 9.

            Et la journée (quelle journée !) s'achèvera par une autre rencontre, pour l'avant-première de « Christophe Colomb, l'énigme » de Manoel de Oliveira. Le film est bouleversant, qui m'évoque forcement quelque phrase pompeuse. Démonstration : un film de cinéma. Le Temps et l'Histoire à travers les corps et l'architecture. Qu'est-ce qui se fige et qu'est-ce qui passe ? Terrible et beau temps qui passe. Il passera vite cet été, on l'espère, puisque « Christophe Colomb, l'énigme » sortira sur nos écrans en septembre. Manoel de Oliveira, était présent aussi bien dans la salle que dans le film (dans lequel il joue quasiment lui-même). Un homme jeune. N'équilibrons pas le terme. Et à cet égard, « Christophe Colomb, l'énigme » à beaucoup de points commun dans ses thématiques avec Youth without Youth de Francis F. Coppola. Proches et différents à la fois car la simplicité la bonté de Oliveira fait que le film est davantage touchant dans son immensité. Impression qui me vient sans doute de la proximité physique avec le cinéaste à ce moment là.


Simon Lefebvre 

Publié par Notreciné à 11:27:44 dans Ecriture festivalière | Commentaires (0) |

Paris Cinéma 2008 - Jeudi 03 Juillet | 04 juillet 2008

Cette deuxième journée sera placée sous le signe de la compétition. 10 courts-métrages et 1 long. Hier, nous abordions (notamment à travers les commentaires) la difficulté qui découlait de la torsion du nombre de film et du temps. La compétition courts-métrages se fait en quatre sessions de cinq films. Sans doute que dans ma naïveté, mon enthousiasme, j'ai vu gros, en ayant la présomption de voir dix films. Dans ce rythme effréné propre au festival, laisse t-on une moindre chance au film ? Quelle est la frontière entre l'enthousiasme, la curiosité, et la cinéphagie, la boulimie filmique ? Il y a ceux qui voit dans cette démarche quelque chose allant du ridicule au fasciste. Il y a ceux, j'en fais parti, qui ont le fameux « pass » illimité. Envie de voir, de vivre chaque film, d'être avec eux le plus possible. Qu'on les accompagne et qu'ils nous accompagnent, qu'on se fâche, qu'on se cherche ou qu'on se séduise. Effet miroir ou immersion cinéphilique. Il y a à mon avis beaucoup à apprendre. C'est aussi en cela que l'expérience festivalière est douloureuse et fascinante. Et moi qui ère toujours, au Mk2 Bibliothèque. Je m'émanciperai de ce multiplexe demain, promis, pour voir le nouveau Manoel de Oliveira.

            En attendant, et pour y revenir, j'ai vu 10 courts-métrages, tous en compétition officielle. Comment, en un billet d'humeur (à défaut d'appeler ça « journal de bord ») parler de ces films, leur laisser à travers moi-même, la place de s'exprimer, de se dévoiler ? Faire vite ? Faire de la sélection dans la sélection ? Citons tous d'abord chaque film, dans leur ordre de projection, et laissons l'écriture spontanée de ce billet faire les choses. Sonia and Her Family, film documentaire slovaque de Daniela Rusnokovà, laisse la parole murmurante à Sonia, mère de quatorze enfants. Elle se confie sur son rôle de mère, isolé et statufié. L'utilisation de la voix-off juste à l'oreille impose au spectateur un point de vue et un ressenti. Sonia par Daniela, c'est le portrait d'une mère réduite à son rôle de génitrice, dont les tenants sont aussi bien sociaux que religieux. C'est donc une pure vision de statuts que ce film nous donne à voir. Des parents qui enfantent, et des enfants qui ne sont ni plus ni moins que des enfants. Le dernier enfant auquel donne naissance Sonia se fera appelle Daniela, et porte sur ses épaules les espoirs d'une réussite sociale et familiale. Il y a une amertume et une certaine violence que l'on ressent à l'annonce de cette fin. La fascination de la cinéaste pour cette « donneuse » de vie ne fût pas sans oublier la justesse du recul. Les espoirs de Sonia sont sans doute vampirisés par la caméra. Ce sera le seul court-métrage documentaire de la journée. As Lay I Dying, métrage malaisien de Yuhang Ho et Weekend, de la portugaise Clàudia Varejao sont sûrement les métrages les plus réjouissants de ce premier lot. Ils ne sont pas parfaits. Ils ont surtout en commun une forme soignée, qui ne parvient pas à se lover à la générosité de l'entreprise, à une certaine complexité de récit propre au format court. Ils ont aussi en commun l'élément aquatique, omniprésent, dans lequel les corps baignent où vont pour s'y plonger. C'est cet élément qui ralentit le mouvement et change les perceptions. Elles y sont moins perceptibles, mais aussi plus délicates et plus sensibles, plus difficiles à discerner. When I Become Silent, film nippon de Hyoe Yamamoto (en sa présence) est un prélude à un film chorale à venir du réalisateur. Beaucoup d'étalages sentimentaux résumés dans un plan final. Le traitement musical fait de sa romance une simple anecdote de midinette, une simple parenthèse dans on ne sait quoi. Continuons sur les déceptions de cette sélection avec Saturday's Shadow de l'anglais Nick Gordon et Cargo de l'australien Leo Woodhead. Le format court fait précipite ici le récit vers le raccourcit tandis que l'histoire insinue un ordre évident lorgnant vers la morale ou le discours simpliste. Plus dans la lignée du film de Yamamoto, le court ukrainien Le Serment, de Maryna Vroda, s'attache aux amourettes d'un jeune homme, vite désillusionné par sa fiancée-des-bois. Nous avons ensuite le curieux Invitation to Dine with Comrade Stalin, qui en quelques plans séquences fixes, peint la désuétude communiste au travers de deux femmes, l'une ronde, l'autre âgée, et d'un poulet mort qu'elles transportent et transforment de l'extérieur vers la cuisine.  Une certaine poésie émane du film malgré une attirance malvenue pour les figures pittoresques (on pense au film Taxidermie dans ces moments). Enfin, Alexandra, de Radu Jude, est la bonne surprise de cette première partie de la compétition. Le jeune cinéaste Roumain y filme l'anxiété d'un père divorcé, qui s'étonne d'entendre sa fille ne pas l'appeler « papa ». En huit-clos dans un milieu à la fois étranger et familial pour ce père esseulé, l'espace est chamboulé, l'ordre et les figures tutélaires chamboulées. La paroles adulte côtoie et se heurte à celle enfantine.  Une cuisine/anti-chambre, un salon/garage. Deux hommes, deux femmes, une petite-fille. L'action se loge tout en haut d'un immeuble auquel il à fallu se hisser à la force de tout son corps. Film à découvrir si possible, car je n'ai (hélas, mille fois hélas) pas le temps de m'étendre.

 

Dernier temps de ma journée, il s'agit de Tribu, de Jim Libiran, film en compétition officielle, mais aussi, seul représentant philippin de la compétition. Il faut que je fasse vite alors je vais céder à la transmission de l'opinion, de l'avis : j'ai aimé. Le film, qui se déroule à Tondo, plus grand bidonville de Manille, va voir deux gangs s'allier contre un autre, pour venger le meurtre d'un des leurs. Le film de Libirian est évidemment très proche du documentaire. Tous les protagonistes sont des membres de gangs à Tondo, de nombreuses scènes sont des copié/collés d'expériences vécues par le cinéastes, originaire de Tondo. Tribu, en plus de témoigner sans complaisance de la réalité de son environnement, est un film sur l'expression des corps adolescents de ces quartiers pauvres de Manille. Il n'ont pas de place à l'identité propre, sont de la famille ou du groupe. L'énergie qu'ils contiennent s'extériorise lors de magnifiques scènes de rap, ou les protagonistes/acteurs frappent les mots,  pour qu'ils saignent ou exultent. A chaque fois, ces rap se font en cercle. Cadre et ronde à la fois. Il y a une limite qui contient les corps et un rythme qui dicte le débit langagier. Quand cette ronde se baisse, la violence contenue dans les corps déborde et c'est alors un nouveau mode d'expression, d'une beauté et d'une brutalité qu'on sait et qui, inévitablement, est éphémère. L'entrain juvénile qui précède tout juste la mort. Tribu bénéficiera t-il d'une sortie en salle en France ? Le réalisateur nous confiait que ce genre de film ne trouve que très rarement de distributeur de par son sujet. Film de la sous-culture qu'on aimerait voir émerger pour le redécouvrir.

 

 Simon Lefebvre

Publié par Notreciné à 01:34:31 dans Ecriture festivalière | Commentaires (2) |

Paris Cinéma 2008 - Mercredi 02 Juillet | 03 juillet 2008

>Privilégié perdu

Ici commence un petit journal de bord sur le Paris Cinéma, festival se déroulant dans la capitale chaque début de juillet, ce depuis six ans maintenant. Ce prélude « savant » sur la question n'en est pas un en réalité puisque c'est une première pour moi. C'est d'autant plus nouveau pour moi que, n'habitant pas Paris, je maîtrise encore mal la gestion optimale de mon temps. Les nombreux films sont en effet répartis sur 5 arrondissements (je crois) et 8 salles (il me semble). Ça va être dur. Surtout qu'il y a beaucoup à voir. Comme souvent alors, il faut s'obliger à se faire une sélection. C'est ça, ou se laisser guider au fil de la journée par ce que nous propose le programme. Très peu pour moi. Je le rappelle, je ne suis pas parisien, je suis donc loin d'être ici un festivalier préparé et serein. Quand bien même, est-il possible d'être prêt ?

Petit tour des festivités : Paris Cinéma 2008 se répartit en cinq « temps ».

La sélection internationale
Les invités d'honneur
Cinéma philippin
Evènements
Ateliers et rencontres

Je vous laisse le soin d'aller voir quels films guettent derrières cette répartition [www.pariscinema.org/]. De mon côté, j'ai le regret de vous annoncer que je ne mettrai pas à l'honneur les invités de cette édition. Ces invités ne sont pourtant autres que Cronenberg, Kaurismäki, Carrière, Kuo, Baye et Elkabetz. Rien n'est définitivement planifié, il y a toujours le temps ( que le programme l'impose ou non ) de voir durant ce festival les films mettant à l'honneur ces cinéastes et acteurs. En réalité, j'ai la joie de vous annoncer que nous allons découvrir le cinéma philippin ainsi que certaines des avant-premières. Ce sont en effet mes priorités. Le cinéma philippin, parce que c'est une cinématographie trop inconnue en France, et que la curiosité cinéphile me guide tout naturellement à voir le plus possible de ces films. Les avant-premières seront aussi mes priorités puisqu'elles bénéficieront pour la plupart de la présence de leur réalisateur. Cinéma philippin et avant-premières : ici, à Paris, nous serons de nombreux « privilégiés de la capitale » (dixit mon ami Thomas Clolus, par SMS interposé).

Cette première journée donc, se fera, uniquement au MK2 Bibliothèque (ou se déroule le gros de la compétition ainsi que le panorama philippin). Cette « immobilité » n'est pas tant le fruit de ma sélection personnelle que le handicap mobilo-parisien. Promis, les jours passants, je me disperserai dans la capitale. Conséquence de cette mobilité hésitante : 3 films vus (sur une trentaine projetés).


>My country, my philippines

C'est L'éveil de Maximo Oliveros, d'Auraeus Solito, qui inaugure mon festival. Le film se déroule en la présence de son cinéaste. La présentation est brève. Pour ne vous livrer qu'une chose, je vous dirai que le cinéaste considère avoir perdu son innocence en faisant le tour du monde avec son film. En filmant le quartier dans lequel il a grandit, et en le projetant ailleurs dans le monde, Solito à pris conscience de la pauvreté de celui-ci. C'est en effet dans ces rues cernées d'habitats délabrés, dans ces ruelles étriquées que les personnages et le film minaudent, inspirés par des horizons plus télévisuels et numériques. Canons de beautés féminins transposés des posters à la rue, classiques hollywoodiens détournés en dvd pirates, nature documentaire du film parasitée par des fulgurances clip-et-sketches ou encore esthétisantes. Dans la moiteur et la petitesse du quartier, les enfants se tassent dans une petite salle pour regarder la télévision, rêver de cet ailleurs qui  les extirpent un peu du ronron, du vase clos, de l'asphyxie. Cette innocence du cinéaste n'a pas su résister à ces ailleurs télévisuels, ces images d'une « réalité » enviée. Cette innocence est à la fois dommage et belle. Les temps forts du film résident principalement dans les enjeux et la figure de Maximo. C'est un personnage duel. Enfant et adulte. Enfant et parent. Petit frère et petite sœur. Garçon et fille. Maximo évolue dans une famille de trois hommes : son père et ses deux frères. Les filles dans le film ne sont qu'un modèle à prendre, un calque que le héros androgyne va s'attacher à modeler sur lui-même. Il s'agit tantôt de séduire l'autre, de protéger ses frères/fils (figure maternelle) et de servir le nid familial. Maximo minaude, aime, éprouve pour et par toute ses dualités. Cette intensité du personnage se perd dans les récits parallèles (histoire de vengeance, histoire d'amour). L'apprentissage, l'éveil peine à s'épanouir dans l'éparpillement vain des récits dans ce minuscule quartier. Reste que cette première découverte en est une bonne, car, c'est un premier film, un film sur la fin de l'innocence malgré lui. Les imperfections du film sont celles, maladroites, de cette innocence. Il y a une émotion particulière et précieuse qui se dégage de L'éveil de Maximo Oliveiros. C'est aussi ça la réjouissance du film. C'est de s'être pleinement accomplit et de se révéler tel quel vers les territoires inconnus.

Nous parlions d'influence et d'imagerie télévisuelle. Big Time, de Mario Cornejo est présenté sur le programme comme étant un « Pulp Fiction sauce philippines ». La métaphore culinaire alliée à un chef d'œuvre estampillé à outrance comme référent de moult navets n'est pas pour me rassurer. Le jeune Cornejo présente son film comme le fruit d'une équipe enthousiaste qui a pris un plaisir sincère à la tâche. En réalité, le film ne nous apprend rien, ne suscite rien. Partout dans le monde, dans chaque cinématographie nationale (et la Philippine ne fera pas exception), il y a des cinéastes qui aspirent à faire comme leurs idoles (qui sont souvent Tarantino, Scorsese et Coppola). Guy Ritchie est la figure de proue de cette veine de cinéastes. Cornejo est le Guy Ritchie Philippin. 1h45 pour cette simple conclusion. Partout dans le monde, nous avons nos cinéastes qui aspirent à être des « comme ».

 

Enfin la journée se termine par la projection de La vie moderne, en présence de Raymond Depardon. Ce film clôture la trilogie paysanne du réalisateur. Nouveaux moyens techniques (un procédé australien permettant la transmutation du numérique à la pellicule), utilisation pour la deuxième fois du stéréo dans la filmographie du cinéastes, un film d'1h30 en 50 plans. « Ce n'est pas un film documentaire [...] c'est une no-fiction ».  La vie moderne va poser un regard sur la fin et la relève de la paysannerie. Depuis 1998, Depardon à suivit des cultivateurs, des éleveurs et les retrouve pour la plupart ici. L'une des forces du film réside dans les traits qui marquent les visages de tous ces gens. C'est le labeur et le temps qui façonne et fige les expressions pour une dernière fois, celle de ce film qui ferme la boucle. Les anciens et nouveaux paysans. Il n'y a ici ni passé, ni anticipation. C'est un présent ému, qui sait qu'on va en rester là, qu'on devra bientôt partir. Alors, La vie moderne évite de filmer la paysannerie comme quelque chose de pittoresque ou d'exotique, une carte postale pour public urbain en mal de campagne. Nous sommes juste avec des hommes et des femmes, que le cinéastes à suivit depuis dix ans. La fin nous noue le cœur. Tandis que nous redescendons de la montagne, la silhouette de ce vieillard disparaît dans la lumière crépusculaire et les courbes des montagnes. Le mouvement est limpide. Il ne laisse pas la place à la condescendance, la complaisance ou l'hypocrisie.

 

Il y a, je m'en rends compte soudainement (alors qu'il faut écrire, dire, transmettre son expérience), qu'il y a beaucoup à dire sur La vie moderne. Mais il est tard, et les  moyens informatiques dont je dispose ne sont pas en mon entière possession. Vous le voyez, ce Paris Cinéma 2008 ne va pas m'épargner, tant au niveau humain que matériel.  Et bien, il ne me reste plus qu'à laisser ce texte accroché quelque part dans la toile internet.  A demain, peut-être.


Simon Lefebvre

Publié par Notreciné à 01:44:22 dans Ecriture festivalière | Commentaires (1) |

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