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Notre Cinéma


 



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Tout est pardonnée - Mia Hansen Love | 10 novembre 2007

 

   Premier film de Mia Hansen Love, ancienne critique aux Cahiers du Cinéma, je retiens de ce film délicat et propre les quelques instants d'éclats qu'il dispose au gré de son récit. En effet, le film, dans sa totalité, est finalement, dans son propos, assez convenu et conservateur (tout est dans le titre), mais le filmage intuitif et sensible de Mia Hansen Love propose quelques moments de fulgurances, de brillance, qui laissent envisager des choses prometteuses pour la suite de la « carrière » de la jeune cinéaste qui a tous nos encouragements. Ce qui me retient, c'est par exemple le fait que le filmage, insensiblement, souvent, se déporte, se dévie du centre supposé et annoncé de la scène, par le détours de cris ou de déplacements furtifs d'enfants, qui font la scène se déborder, le centre d'attention du spectateur se perdre, et l'affect rayonner, un temps, avant de reprendre l'essentiel. Mia Hansen Love a cette qualité fondamentale pour n'importe quelque cinéaste qui prétend filmer au présent d'être attentif aux choses qui bougent, et y compris et surtout aux détails, à l'infime. Ainsi, la caméra flotte avec légèreté alors que le récit raconte un drame familial et intime. Il y a la fois retenue et équilibre, justesse et débordement. On peut voir en partie cette indéfinition, cette ouverture comme étant une marque de faiblesse, une non radicalité, une hésitation. On peut tout aussi bien apprécier l'émotion à fleur de peau, d'inspiration eustachienne (la scène du parc) et manienne qui s'en dégage, par fragments isolés.

  Michael Mann, sur lequel Mia Hansen Love, critique de cinéma, a écrit de très beaux textes « Femmes de Mann », notamment, participant d'élever ce cinéaste à la place qu'il mérite depuis le début (celle des plus grands cinéastes américains contemporains), m'est revenu à l'esprit, durant la projection du film, sans doute davantage  par une fixation cinéphilique de ma part que par parenté généalogique et affective du cinéma la jeune femme avec ce cinéma.  C'est le cas du premier plan, entrée en matière discrète et voluptueuse dans l'univers de la fiction, avec un plan d'ensemble dans la pénombre, ou l'espace est troué de points de lumière et d'incandescence qui excitent le regard. Dans ce plan se lit le confort d'une pénétration délicate dans la matière du film, d'une invitation au regard, en même temps que l'inquiétude, l'angoisse à venir des drames portés par la fiction à venir. Riche et sensible volupté du plan qui rappelle la torpeur délicate des premiers plans de Heat. Aussi, dans l'usage que Mia Hansen Love fait de la musique, celle d'une sphère enveloppante et stratifiée dans sa participation active à l'ambiance scénique et spatiale, la proximité de Michael Mann se fait également ressentir. Il n'est pas anodin qu'une telle mise en scène musicale se déploie dans les clignotements d'une boîte de nuit. On se souvient que Mann filme en ce moment parmi les plus grandes séquences de boîte de nuit, dans ses deux derniers films, Collatéral et Miami Vice.

     Nul doute que le point d'orgue du film réside dans la scène du parc, ou les retrouvailles entre le père et sa fille, accompagné de sa copine, se joue sur le mode de la ballade silencieuse. Là, l'équilibre du film et sa délicatesse émotionnelle se trouve, dans l'expression muette, ou ce sont les mouvements physiques pures des corps des personnages et de la caméra glissante et caressante qui véhiculent le sens secret de la scène, et qui recomposent les liens entre deux personnages absent l'un de l'autre depuis longtemps.

  Autre point très positif du film, le jeu et la présence de Paul Blain, fils de Gérard Blain. La douce fragilité du personnage, la brutalité rentrée et l'éclat halluciné de son regard produit une incarnation véritable et saine, dans la cartographie du cinéma français d'aujourd'hui.

   Tout est pardonné est un film qui ne juge pas. Il n'en libelle pour autant pas moins un cheminement peu audacieux du point de vue de la morale.

   00OO

            Thomas Clolus

Publié par Notreciné à 23:00:08 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) |

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