Ont écrit dans "Notre Cinéma":
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<< Semaine du 10 au 16 Octobre | B. Guillemet | Ratatouille - Brad Bird | Mise en relations d' observations sur le plan séquence (Pier Paolo Pasolini) et Snake eyes (Brian De Palma) >>
Avec ce film Brad Bird déclare ouvertement la guerre au réel et à ceux qui aiment lorsqu'il est capté. Nous sommes dans son esprit comme ce critique aigri, coupé du monde et antipathique. Nous sommes d'ailleurs pires que ça vu que le personnage finit par aimer la ratatouille du petit rat. Mais revenons au début de l'histoire afin de ne pas nous perdre.
Analysons point par point ce film. Tout commence avec Rémy petit rat gastronome, pure produit de l'animation numérique et donc, son représentant, voire sa personnification. Celui-ci va pour pouvoir faire de la cuisine, entendez par-là de l'Art, il est d'ailleurs plusieurs fois présenté comme un artiste, avec l'aide d'un humain pas très dégourdi : Linguini. En vérité il est faux de dire « avec l'aide de » ; pour être juste il faut dire « à l'aide de » car Linguini est explicitement utilisé par Rémy vu qu'il est un véritable pantin entre les mains de ce dernier, bougeant en fonction de ses cheveux sur lesquels tire Rémy. Voilà ce qu'est l'humain aux yeux de Brad Bird : un pantin entre les mains du numérique, vision assez juste toutefois, il suffit pour s'en convaincre de se souvenir des propos de Vigo Mortensen durant le tournage du Seigneur des anneaux où il disait avoir passé une journée à se battre contre une balle de tennis.
Mais Brad Bird va au-delà du simple constat et veut nous convaincre de la force et du côté positif de l'animation numérique car elle permet le rapprochement des êtres humains, scène où Rémy provoque le baiser entre Linguini et Cosette, et surtout permet l'art et ce aux dépends des êtres humains : la cuisine de Rémy. Et nous serions obligés d'aimer sa cuisine sous prétexte qu'elle nous rappellerait ou nous ramènerait à notre enfance, comme le critique Ego lorsqu'il goûte la ratatouille de Rémy. Bird va ici à mon goût un peu trop loin. Selon lui le numérique est génial et devrait remplacer tout au cinéma, nous n'aurions plus besoin que d'humains derrière leurs ordinateurs qui programment des 0 et des 1 et de quelques « acteurs » afin d'assurer les voix. Car enfin c'est la dernière chose que Rémy - le numérique - ne sait pas faire, et Bird nous le montre très bien dans une scène où Linguini est endormi et où Rémy arrive à le faire bouger mais pas à le faire parler.
Pauvre humain et pauvre réel car si le numérique peut être très intéressant, il peut aussi être dangereux quant à notre perception du monde. Nous sommes nourris d'images et si celles-ci deviennent toutes numériques comme le souhaite Bird alors notre rapport au monde en sera totalement changé et pas forcément pour le meilleur. Car si les corps humains sont absents c'est l'organique dans son entier qui disparaît de l'écran, plus d'excréments, il suffit pour s'en assurer de voir les égouts du film, l'eau usagée est juste grise noir rien de plus, même les déchets que mangent les autres rats nous semblent jolis et au final pas si sale. C'est donc un monde où les corps sont tellement idéalisés, abstraits (rappelons-nous bien que ce ne sont que des 0 et des 1) que nos corps réels deviennent quasiment des déchets. De même l'accident qui peut surgir à chaque instant, le réel contre lequel lutte ou par lequel se laisse entraîner le réalisateur disparaît lui aussi totalement, si les herbes bougent à l'arrière plan c'est parce que quelqu'un l'aura décidé. Tout est sous contrôle. Là encore bel exemple de mise en scène que l'on pourrait presque traiter de fasciste. Il me semble qu'au lieu de rester ébahit devant la beauté ou les améliorations techniques de l'animation numérique nous ferions mieux de réfléchir à ce qu'elle peut apporter au cinéma de bon comme de mauvais.
En tous les cas je n'ai certainement pas retrouvé le goût de mon enfance avec votre fable Monsieur Bird car il ne suffit pas de mettre une souris numérique qui parle et qui gesticule sous mon nez pour que je m'émerveille, surtout lorsque celle-ci sert à faire passer votre message puant.
Barthélémy Guillemet
Publié par Notreciné à 18:48:20 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (1) | Permaliens
11-07-2008 15:36
De Inconnue Sujet:
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Commentaires