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L'espacier qui règle le film repose sur un principe actif de distance compensée, ou les rapprochements et les réintégrations s'effectuent dans la foulée des grands écarts préalablement entrepris par le scénario. Quand la mère dépose/ relaie la possession de son enfant à Depardieu, ce délaissement et cette béance lui permet aussi le saut inattendu (car inespéré dans les premières minutes du film, à l'heure de la une de journal faisant l'éloge de l'accès et de la reconquête du travail mis en boule) vers l'institution. Saut précipité, puisque cette intégration s'applique dans le champ de l'aide à la veieillesse en maison de retraite. La coincidence et l'équilibre de cette rencontre, entre les balbutiements d'une intégration recherchée et la passivité amenagée de la vie finissante est une belle idée. On ne sait plus qui est le parrain de l'autre, qui veille sur l'autre. C'est d'ailleurs une des grandes beautés du film que de proposer un bouquet de veilles attentives et mutuelles, de sommeil en alerte. La nuit est un feu qui brûle, un visage illuminé par la grâce de quelque brindille qui se consumme. Aussi, les dormeurs veillent l'un sur l'autre (fils et père de substitution, les rôles étants glissants et homogènes). Il le faut, car, au petit matin, un corps peut être retrouvé mort, l'horreur et la disparition ayant le même visage que le confort de l'enfant qui dort. Le fils Depardieu tousse, jusqu'à l'agonie, et c'est le second fils de la forêt qui va opérer le grand écart d'une transaction entre forêt et civilisation, monde sauvage et grand patrimoine, présent sans identité et passé historique habillé en tourisme. Par l'imaginaire de l'enfance, l'inaccessible mute en peméabilité déroutante. C'est l'idéal porté par Depardieu, que va réaliser le second fils. Cet idéal qui, chez Depardieu, n'est qu'une vieille historiette, celle d'un valet dont les seuls chuchotements permettent d'établir un lien avec le roi. Ce n'est aussi que l'écran de papier administratif (acte de naissance pour devenir père) qu'il souhaite istantané, oubliant les lourdes et pesantes médiations du procédural et du judiciaire... L'équilibre et la recomposition du lien par le papier sera opéré par le second fils, qui obligera une autre mère de substitution au courage de la lecture d'une missive annonciataire du retour providentiel de la mère originelle, de la seule, de la vraie. C'est cet abus de l'enfance comme hyper- permission des noeuds et des accords retrouvés à partir d'espaces distendus qui fait la faiblesse du film. Le meilleur du film résidait dans le jeu du juxtaposé et de l'indissociable entre l'enfance brute et l'adulte vil (Guillaume Depardieu), entre la force virile et l'extrême finesse (Guillaume Depardieu), entre le clochardisme primitif, homme originaire et le soupçon aristocratique et versaillais (Guillaume Depardieu). Le plus mauvais réside en ce que les grands écarts deviennent instantannés réconciliés: en un raccord, l'enfant devient adolescent. Et, à la sortie de la maison, la mère providence revient dans nos bras, comme tombée du ciel. Et la fameuse France qui haît ne trouve pas à être représentée. Durant tout le film, elle reste à la lisière du champ. Avec la très douteuse valeur du courage comme principe d'évocation d'accomplissement futur des personnages.
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Thomas Clolus
Publié par Notreciné à 01:51:31 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) | Permaliens
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