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C'est la discorde et la dissonance du dérèglement enfantin qui règle la ritournelle du premier film (déjà sublime) de Chantal Akerman. La montée de la fillette en direction de son appartement qui servira de décor au film fait l'objet d'une précipitation désaccordée des mouvements, d'une démolition en fragments des plans, tandis que le chant de la fillette se distort en vocalises enlaidis et en glousseements ridicules. A l'intérieur d'un espace fermé, en l'occurence, la cuisine- appartement du personnage principal, que fait on? Enjeux vains et angoissants (s'enfermer encore plus) et moyens dérisoires pour les mettre en oeuvre (utiliser du scotch pour défaire l'espace intersticiel qui relie la porte à l'extérieur), la tragédie existentielle passe par un burlesque remodelé, dans le sens d'une hystérie sauvage; le désordre et l'étriqué font bon ménage. Ce n'est pas le cas de la jeune fille, qui, d'un double geste, étale les objets par terre et jette le liquide de nettoiement. L'incohésion et la maladresse empréssée sert la calamité d'une vie quotidienne détraquée et lamentable. Ne reste plus que l'explosion, qui provient des mêmes ressources d'un quotidien minuscule, détaillé et abimé (le gaz allumé par l'allumette). L'inauguration du travail sur la Shoah par Akerman à partir des models réduits de l'enfance, du genre léger et de l'espace domestique.
Thomas C
Publié par Notreciné à 01:23:20 dans Images en écho | Commentaires (0) | Permaliens
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