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Notre Cinéma


 



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La Vengeance Dans La Peau - Paul Greengrass | 10 novembre 2007

 

     Le dernier épisode de la série mettant en scène Jason Bourne est incontestablement le meilleur. Car le plus équilibré. Car celui ou la narration est le plus adéquat avec le rythme de la fuite de Jason Bourne. A vrai dire, entre cet opus et celui qui le précède (La mort dans la peau), du même Paul Greengrass, la différence se joue a peu de choses. Mais ce peu suffit à faire de l'un un modeste film d'action parmi d'autres, et à distinguer l'autre comme une des  pierres les mieux taillées de cette année 2007. Explications : A l'instar de ce qu'avait fait l'année précédente le génial et sous- estimé Mission Impossible 3, de J J Abrahams, artisan audio- visuel de la perte ( LOST), La vengeance dans la peau tire avec brio les conséquences d'une certaine tendance du cinéma d'action contemporain, dont il pousse l'esthétique à un point d'accomplissement. Le personnage n'en est plus un, en ce qu'il n'a plus d'identité. La ou le grand cinéma moderne, a, depuis les années 60, fait de cette perte d'identité un état précurseur et originel duquel découle le ralentissement, celui de l'involution stasique (Antonioni), ou de l'errance (Wenders), le mieux qu'avait à faire le cinéma d'action hollywoodien, afin de survivre, était de jouer sur son propre terrain et de traduire cette perte identitaire par un optimisme fondamental et aveugle. Celui de l'accélération. D'une motricité gratuite et sans repères ou l'absence de balises aboutit à une vitesse et à une course en roue libre. Cinéma optimiste car, à tort ou à raison, le cinéma d'entertainment  américain a toujours été un cinéma de l'optimiste, de la croyance. Ainsi, il s'agit ici de croire que de la fuite permanente aboutira la recomposition d'une identité. Ce qui est passionnant, c'est que ce but ne passe pas par le raffermissement ou la solidification du visible, mais par l'éclatement, la dissolution de celui- ci. Cela passe par la mise en scène. Jason Bourne fuit, il se fuit lui- même, tente de s'abstraite du monde du contrôle technologique et communicationnel, non pas en accédant à une autre place, un autre lieu. Il n'y a pas d'espace d'habitation alternatif dans le monde, qui n'est qu'une pieuvre relié par les écrans d'ordinateurs et les téléphones portables. Le seul moyen de survie est donc une activité en pure perte, qui passe par l'écrasement du corps, la réduction de la figure en motif abstrait et fuyant. Le mouvement cinématographique ne tend plus à dessiner des lignes et des courbes, mais à produire des traces, des impressions fugitives et décolorées. A la surpuissance de la communication, la mise en scène de Paul Greengrass oppose la compression rythmique et tactile de juxtaposition formelle qui crée non plus des espaces, mais des stries, des accrocs interticiels physiques qui permettent de pénétrer une inconnue. C'est l'illisibilité et l'indifférenciation du monde qui permet de retrouver l'identité, par l'intermédiaire d'images mentales et intérieures qui ne distribuent l'éclaircissement et la révélation qu'au gré de leur opacité et de l'image défigurée qu'elles émettent de la réalité. L'indice n'existe que dans la confusion. L'action n'est pas chorégraphie physique qui révèle la vérité claire de l'esprit. Elle n'est qu'allusion perceptive et déconstruction de la ligne claire du mouvement.  Quand Jason Bourne utilise un téléphone portable, ce n'est pas tant pour tisser un lien, une droite transversale dans l'espace transparent du monde, que pour créer une nouvelle déviation, une parallèle asymptotique qui attire le point de vue inquisiteur sur lui pour mieux le perdre et le dérouter. (Scène de la gare). On n'évolue pas dans un hall de gare pour prendre le train, mais pour profiter de la concentration attentiste produite par la masse des voyageurs. Jason Bourne est bien en partance, mais il doit emprunter d'autres voies de communications que celles, balisés et codés, qui règlent l'espace du monde. Quand il va à Tanger, ce n'est pas pour reconstituer une image redéfinie de lui, loin du labyrinthe des buildings et des avenues. C'est pour s'échapper sur les toits et éclater les vitres. On est loin de l'identification intègre que permettent les dunes et les horizons ouverts du Maghreb.  Enfin, afin de se soustraire au contrôle et de continuer à exister, sous un autre régime d'identification par le visible, Jason Bourne devient une tâche ombrageuse dans l'eau, qui suspend et dilate le temps. La noyade vaut apparition de soi sur toutes les télévisions du monde comme être- mort. Mais une dernière fois, la disparition n'est plus une fin. C'est un moyen pour exister, pour soi, dans l'oubli figuratif du monde. Alors que s'élève le superbe Extreme Ways de Moby, la tâche sombre se redéploie, et accède de nouveau à la vie.

 

   000O

 

      Thomas Clolus

Publié par Notreciné à 23:16:40 dans Correspondance cinéphile | Commentaires (0) |

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