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Entretiens avec Edgard Varèse (1883-1965) par Georges Charbonnier
8 entretiens enregistrés en décembre 1954 et janvier 1955 et diffusés entre le 5 mars et le 30 avril 1955 par la Radiodiffusion nationale.
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Présentation radiophonique de Déserts par Jean Toscane (Texte de Pierre Boulez)
Déserts (concert de la création mondiale au Théâtre des Champs-Elysées le 2 décembre 1954)
Orchestre National
Direction Hermann Scherchen (1891-1966)
Paru le 13 septembre 2007 chez INA Mémoire vive
Du dernier film de Jean-Marie Straub, O Somma Luce, Jacques Morice écrit pour Télérama : "presque une caricature". Que ces mots soient écris dans les pages d'un hebdomadaire dont la conformité s'oppose parfaitement à ce cinéma là (un cinéma de résistance, un cinéma de l'acte politique, un cinéma ouvert), n'a rien d'étonnant. Jacques Morice pourrait d'ailleurs s'étonner ici de l'emploi du terme "ouvert". Des quatre films projetés (dont O Somma Luce), n'a t-il vu peut-être que ce qu'un regard conforme voudrait bien voir. Dans EUROPA 2005, 27 octobre (co-réalisé avec Danielle Huillet), cinq fois deux panoramiques ouvrent puis referment sur clôtures et barrières. Au milieu: le transformateur électrique dans lequel Zyad et Bouna ont trouvé la mort à l'issue d'une course-poursuite avec des policiers. Dans Joachim Gatti, la photo du jeune homme qui perdit un oeil suite à un tir de flash-ball, est l'unique butée visuelle (Rousseau est lu hors-champ par le cinéaste). Dans Corneille/Brecht enfin, Cornelia Geiser récite un texte dos à une fenêtre grande ouverte donnant sur une barre d'immeuble qui obstrue l'écran, puis en lit un autre assise dans un fauteuil posé dans le coin d'une pièce.
Si d'aventure vous allez voir ces films (acte auquel je vous invite vivement), je ne peux que souhaiter que les descriptions conformément faites ci-dessus, vous paraissent caricaturales à votre tour. C'est bien parceque l'esthétique straubienne met à l'épreuve un regard accomodé à des modalités convenues de réprésentations qui voudraient donner a priori à un film une certaine forme, qu'elle parvient à atomiser absolument le cadre et dégage alors le regard pour une implication politique et une libération poétique.
Déserts, de Varèse, introduit O Somma Luce. Il s'agit d'un enregistrement public de l'oeuvre au Théâtre de Paris en 1954. On raconte (et cela s'entend ici) que le public parisien goûtait alors très peu la musique contemporaine. Varèse en est un précurseur. Déserts est la première oeuvre à mélanger aux instruments acoustiques la table de mixage sur bande magnétique. On peut alors entendre, au bout de quatre minutes environ, les premiers cris du public scandalisé, s'élever contre l'orchestre (Déserts dure près de trente minutes). "Bande de salauds!" "C'est une décadence!". Le public habitué à un bougeois confort d'écoute est offusqué par l'intrusion de la bande. Ces voix qui s'élèvent en 1954 contre l'oeuvre de Varèse, sont certainement cousins des mots qui se couchent dans les pages de Télérama. Straub a toujours été à l'avant-garde du cinéma, bousculant la "bonne" forme en faisant durer les plans, en faisant tourner le dos de ses acteurs à l'écran - sans jamais qu'ils ne se retournent -, en élevant lui aussi sa propre voix (cf: Joachim Gatti). La bande magnétique qui fit trembler le Théâtre de Paris en 1954 est, de fait, cousine de bande filmique straubienne. Les deux aujourd'hui, sont numérisées. Mp3 pour Varèse ici, caméras et projections numériques pour Straub. Les deux n'ont absolument rien perdu de leur force.
Simon Lefebvre
ps: N'hésitez pas à me réclamer Déserts, version intégrale et en bonne qualité si vous le désirez.
Publié par Notreciné à 15:03:07 dans Notre musique | Commentaires (1) | Permaliens
09-01-2011 23:32
De The Church Mice Sujet:
Déserts
Commentaires