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GUIGNE OU CHANCE ?? | 26 novembre 2007

J'encourage tous les parisiens à continuer à se presser pour choper le seul métro qui passe entre 12 et 14h. Avec un peu de chance, on va pouvoir passer en dessous des 10 millions de franciliens...

Ayez conscience que vous lisez là les mots d'une puissance supérieure, je suis une déesse, je suis incassable, je suis invincible, je résiste à tout (sauf à la tentation devant du chocolat ! !)

Je suis votre nouveau Dieu.

Pressez vous dans les escaliers du métro, pressez-vous, précipitez-vous vers la mort, hâtez-vous, elle est partout !

La mort et moi ne sommes vraisemblablement pas suffisamment amies pour que nos chemins se croisent.

En revanche la vie a encore joué avec moi, elle me provoque avec son ironie amère, toujours cette ironie, la même, pff...

Je voulais juste rentrer chez moi piquer un petit roupillon.

Je voulais juste bénéficier d'une courte demie-heure pour résister à la journée.

Je voulais juste revenir ressourcée pour boucler gentiment mes dossiers. On sait qu'on partira une heure plus tard, mais en forme, au lieu de partir une heure plus tôt complètement mort de fatigue.

Bref.

Père-Lachaise. C'est presque ironique aussi comme nom de station quand on pense à la scène...

Le métro arrive. Je sais que j'ai peu de temps pour dormir, je ne peux pas me permettre de le louper celui-là. Impossible.

LE TROU NOIR.

Comment je suis passée de l'état de personne totalement équilibrée à cette espèce de pantin complètement manipulé par les lois mécaniques et désormais désarticulé ? ?
Je pensais qu'avec un centre de gravité si bas, ce genre de désagrément ne pouvait jamais arriver !

Combien de marches ? A compter les cm² de mon corps qui me font souffrir, beaucoup.

Dans ces cas là, une seule chose à faire : attendre soit le niveau 0, soit la mort, mais machine est en route, rien ne sert de lutter, on fait le grand saut dans le vide.

Boum.

Morte ? Vivante ?

Vivante ? Morte ?

Je n'entends que les pièces de monnaie quitter mes poches, puis une espèce de nuage sonore autour de moi.

Réaction. On se relève tant bien que mal, on s'assoit sur les marches pour constater que la vie ne vous a pas quittée, qu'elle voulait juste rigoler un peu quoi ! !

Ouf !

Et boum.

Impossible de savoir comment je me suis retrouvée de la position assisse sur ces marches sales, à la PLS sur le sol encore plus sale avec des manteaux sur le dos et dont l'odeur m'est totalement inconnue .

J'ouvre les yeux. Je ne vois et n'entends que des pieds. Des voix, des accents, des « appelez les pompiers », des « Mademoiselle, vous m'entendez ? », « Vous m'entendez ? ! »

-Ben oui je vous entends, ça va ! Je tente de me relever..

-Non, vous n'avez pas le droit de vous lever tant que les pompiers ne sont pas arrivés !

-Ben pourquoi ? ? Je veux rentrer chez moi ! ! J'ai pas beaucoup de temps alors si je reste là ! ! !

-Vous êtes dans l'enceinte de la RATP, sous notre responsabilité, nous ne pouvons pas vous laisser repartir aussi facilement.

-Mais j'ai rien, je vous signe un truc, et vous me laissez partir ! ! Je tente à nouveau de me relever...

-Non, non, restez là. Vous vous souvenez de votre prénom ?

J'aurais bien fait le coup du « Alice » mais dans ces circonstances, j'ai préféré ne pas blaguer. Je réponds, docilement.

-Oui, je m'appelle ...

-Vous habitez où ?

-Ils arrivent quand ?

-Vous avez mal quelque part?

-Ben oui, partout !

-Vous avez mal à la tête ?

-Nan ça va

-Vous avez envie de vomir ?

-Non (enfin sur ta tête peut être oui). Il est quelle heure ?

-12h50

-Je suis pressée!

-Oui, vous avez sans doute des choses à faire mais ça attendra...

Résignée, ben j'attends. Et là, le craquage. J'ai pleuré. Pleuré parce que je veux dormir chez moi, pas m'assoupir sur un quai de métro. Pleuré parce que mon but c'est d'être le plus invisible possible, et que là, tout le monde m'observe comme un bête blessée sur le bord de la route. Je me sens humiliée.

Haaaaa, les pompiers ! !

-Bon, ca va ?

-Ben wé

-Vous avez mal où ?

-Là, pis là, pis là, mais c'est normal, ça va faire des bleus, des courbatures, mais rien de cassé, je peux bouger !

-Et la tête ?

-(Alouette ? ?) ca va!

Il s'adresse à un collègue :

-Regarde sa tête s'il n'y a pas des déformations (ben forcement y'en a...) ou des extra machin choses..

-Aieuuuuuuu, ça tire les cheveux vos gants en coutchou ! !

-Les cervicales ça va ?

-Mais wé, allez, je signe où pour partir ? ?

-Venez avec nous, on va au guichet pour régler tout ça

-pffffffff

-On vous emmène à l'hôpital ?

-Pour quoi faire, je dois retourner bosser moi ! !

-Quelqu'un à prévenir ?

-.... Ben non...

Et c'est reparti pour un interrogatoire en règle digne de la gestapo dans les locaux VIP de la RATP.

Nom, adresse, ville, date de naissance, profession, traitements en cours, maladies en cours (et en phase finale ils y ont pensé ?)

-Vous zètes sûre, vous préférez pas aller aux urgences, on n'est pas à l'abri d'une mauvaise ecchymose, ou...

-Nan...

-Bon...

-Vous êtes sûre que ça va bien ? Des problèmes perso peut être ?

-Nan. Je suis secouée ! ! ! ! ! C'est normal!!! je viens de dévaler les marches là, ça ne justifie pas assez qu'on puisse craquer ? ? !

-Bon ok. Au moins, ne retournez pas bosser. Vous pouvez poser votre après midi ?

-Nan, je dois aller bosser.

-Vous devez reprendre à quelle heure ?

-Ca va, heureusement je suis aux horaires variables, parce que là... (sous-entendu avec vos conneries..)

-Bon, dans ce cas signez là...

Signé, libre ! !

-Bon, surtout, si ça va pas, vous revenez nous voir...

-Mais wè...allez, bonne journée


Hé Fuck, je voulais juste rentrer dormir un peu.. Même pas mangé. Pfff. Bon, je repasse chez moi juste pour le principe. Et regarder de plus près mes bleus...
Dans tout ça (passons aux choses futiles) un gant troué, mes ongles retournés et cassés (ca fait mal ça!!!), mes chausures neuves abîmées, mon brushing en l'air, et j'ai même pas pensé à mâter les pompiers !!!


Publié par AMNESIA à 18:21:04 dans HAAAAAAAN !!! | Commentaires (0) |