
Le fond de notre existence, c'est elle-même : cet être-là têtu.
Il en découle la volonté d'être là.
Puis, peut-être, le désir d'y être.
Enfin, les compromis avec la réalité, pour continuer d'y être.
Publié par PandarDeBrillar à 16:36:37 dans Opinions de Pandar | Commentaires (1) | Permaliens

Je poursuis ici ton invitation, ami Alain[1], à discuter des premiers livres de mon enfance. Après Jules Vernes, je vais évoquer Anatole France - qui, comme tu le sais, se retrouve dans A la recherche du temps perdu de ton cher Proust, sous les traits de M Bergotte.
Mon deuxième plongeon parmi les lettres, aussi enfiévré que le premier, se fera grâce à la Rôtisserie de la reine Pédauque, dans une antique édition de mon grand'père - prof de français et d'anglais.
Sa folie gaie, son anarchisme bienveillant et la pétulance voltairienne qu'il met à jouer avec les idées établies, pour les éreinter, m'y ont converti aux fêtes de l'esprit - qui ne sont pas toutes vaines.
Son goût épicurien pour la sensualité bannissant toute vulgarité, la truculence de son rapport à la gastronomie, tout en les précisant, les formulant, ont ouvert des appétits à l'adolescent que j'étais.
La mise en exergue de la tolérance et du désire - comme seul fondement légitime du « bien » - me libéraient d'autres considérations et même d'un certain malaise existentiel.
En revanche, les recherches kabbalistiques ne m'ont laissé aucun vrai souvenir. Ces brefs passages, qui sacrifient à la mode de l'occultisme de la fin du 19ème, m'ont un peu ennuyé ; à moins que je ne les aie simplement pas compris.
Reste que j'ai particulièrement apprécié les enseignements que le sceptique Jérôme Coignard (qui deviendra le « rôle-titre » d'un autre livre, non moins stimulant, du même auteur) a instillés, en échange du gîte et du couvert à Jacques Tournebroche, et incidemment à moi-même, car d'érudites considérations s'y mêlent intimement à Eros et Thanatos.
Non, il n'y a rien de poussiéreux dans l' ensemble de l'œuvre, dont le style ensorcelant, limpide, doctement facétieux, en fait une sorte de fraîche fontaine, où il fait bon se ressourcer.
Cet été je lis, enfin, Les Dieux ont soif. Miam !
Publié par PandarDeBrillar à 16:08:51 dans Lu | Commentaires (1) | Permaliens

Pour se découvrir,
il est nécessaire
de se courber et
de rabattre les surgeons,
pousses, feuilles et fleurs.
De cette manière,
on aperçoit aussi
son prochain.
Publié par PandarDeBrillar à 16:30:46 dans Opinions de Pandar | Commentaires (0) | Permaliens

Je ne me rappelle pas de son nom - évanoui dans le sillon de son départ.
Dans ma mémoire, son visage se confond avec celui de Nico[1]. Souvenez-vous cette muse improbable, top model, chanteuse et actrice tantôt underground, tantôt dans la lumière. Découverte à 16 ans par Fellini, collaboratrice d'Andy Warhol, elle sera l'amante de Brian Jones, de Bob Dylan et d'Alain Delon - dont elle aura un fils qui deviendra photographe.
Lorsque je la rencontre, celle dont je parle ne connaît pas la gloire, mais il est évident qu'elle s'en fout. D'une beauté sculpturale, angélique, elle respire dans un monde à part.
Ma Nico traverse la vie comme accoudée à un balcon, d'où elle regarde les autres s'agiter, travailler, se distraire, sans s'intéresser à aucune de ces activités.
Dans la vieille ville, elle habite une sorte de sacristie assez délabrée, qui semble sortie du Moyen-âge. Il en émane un cachet exceptionnel, qui invite l'esprit à divaguer.
Il y a, au rez-de-chaussée, une vaste pièce unique à très haut plafond, où se trouvent son lit, une cuisinière et quelques
meubles abîmés, auxquels elle ne prête pas plus d'attention qu'au reste.
Inscrite en lettres à l'uni, elle n'en suit aucun cours, ne se lève jamais avant 14h, passe sa vie au lit ou sur un banc proche de son gîte.
Les quelques lignes de coke hebdomadaires, qui constituent son seul intérêt concret pour le monde, sont financées par des mandats de ses parents. Parfois, une passe lui permet d'arrondir ses fins de mois.
Il n'y a aucun avenir possible pour elle dans ce monde. Elle y est une île improductive, superbe et désinvolte.
Elle apprécie certes un peu d'affection de temps à autres, mais pas du tout les grandes démonstrations.
Je suis fasciné, scotché, par cette absence de besoin des autres et ce désintérêt pour soi-même. Il y a quelque chose d'extraordinairement attachant dans son dédain universel.
Me fondre dans son aire revient à me séparer de mes exigences d'agir, de juger, de me faire une place. Tout ce qui fait ma vie ordinaire passe au rebut, comme autant de manifestations intempestives de la société productiviste.
Un soir d'été, je me rends chez elle, frappe au portail monumental. Ma Nico n'ouvrira ni ce soir, ni les suivants. Sans dire un mot, elle a diaparu.
Notre histoire n'a duré qu'environ six mois et me laisse l'impression d'avoir brièvement rejoint un véritable ailleurs, invivable mais essentiel.
1. David Mackenzie
dirige actuellementun film sur sa vie,
avec Tilda Swinton dans le rôle de Nico.
Publié par PandarDeBrillar à 17:51:37 dans En chantier | Commentaires (0) | Permaliens

Pour l'humanité,
Dieu a ajouté
le raisonnement,
il a développé le rêve
et la liberté.
Nous acquittons-nous de cette faveur ?
Publié par PandarDeBrillar à 19:06:21 dans Opinions de Pandar | Commentaires (0) | Permaliens
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