Culture scientifique
Un processus explicatif
Dans un premier temps, on peut caractériser la science de la manière suivante : un corps de connaissances ou d'études ayant un objet déterminé et reconnu, des méthodes heuristiques propres, fondées sur des relations objectives entre les éléments pris en considération, le plus souvent de manière quantifiée.
Elle s'oppose à la connaissance « vulgaire », aux opinions, car elle unifie des notions, sans elle confuses et éparses, elle s'oppose à la philosophie en ce qu'elle est spécialisée et ne retient que des faits positifs, à la religion car elle se fonde sur la raison et écarte les influences non démontrables de mondes invisibles, à l'art car elle n'a pas de but esthétique, à la technique car les applications pratiques ne sont pas sa fin dernière.
Se situant entre ces puissances et capacités distinctes, la science prétend parfois à la totalité, mais les religions la revendiquent également, ainsi que la littérature, la poésie ou l'art, voir la psychologie et les idéologies.
La science est avant tout un effort conscient d'investigation. Selon Bachelard, celui-ci présuppose la rêverie[1] « la science se forme plutôt sur une rêverie que sur une expérience et il faut bien des expériences pour effacer les brumes du songe. ».
Cette médiation imaginative est antérieure au concept, à la formule et à l'image, qui eux vont différencier culture humaniste et culture scientifique[2]. « La science et son objet diffèrent de l'opinion et de son objet, en ce que la science est universelle et procède par des propositions nécessaires et que le nécessaire ne peut être autrement qu'il est » (Aristote).
Tel est un des premiers principes de la science. Cependant la science n'est pas immuable, elle progresse, satisfaisant ainsi à une des tâches essentielles du psychisme de l'homme qui tend à l'invention, l'activité, voire l'aventure.
La science est un biais pour comprendre le monde, agir sur lui et le rendre prévisible. Elle s'efforce de parvenir à l'intérieur des choses, au fond des objets qu'elle considère, conçus comme le terme même de son activité.
Les vérités qu'elle élabore surgissent, parfois lentement, du chaos, mêlées à l'illusion et à l'erreur. Un mouvement dialectique incessant de discrimination va du vrai au faux, comme du faux au vrai, en dépassant les conditions qui ont donné lieu aux représentations et systèmes que la science conçoit.
L'erreur et l'illusion sont des moments de la connaissance, dont se dégage ce qui, à un certain moment, peut être baptisé : la vérité. Son élaboration suppose des raisonnements rigoureux, permettant d'atteindre au nécessaire et à l'universel, annoncés par Aristote. Les démonstrations deviennent ainsi indépendantes des hasards de l'expérience, toujours pratique et contingente, pour devenir des évidences nécessaires.
L'esprit scientifique
L'esprit possède, avant même de procéder à toute démarche scientifique, une exigence de liaison des phénomènes entre eux, d'explication et d'argumentation par des causes et des effets[3] : « le principe de causalité, invitation à découvrir ».
L'expérience fournit la précieuse matière de la connaissance, mais c'est l'esprit qui, d'une part dispose l'expérience dans son enveloppe spatio-temporelle et qui, surtout, lui donne ordre, cohérence et signification, par l'exercice de son jugement, par la reconnaissance de relations entre les phénomènes observés.
Ce qui apparaît lié dans les phénomènes de la nature, a été en fait rattaché par l'esprit.
C'est l'esprit humain qui construit lui-même, avec l'appui de la substance que procure la connaissance sensible, l'objet de son savoir et ses systèmes épistémologiques.
L'esprit scientifique induit par lui-même un élargissement continu des cadres de la connaissance, qui n'est donc jamais définitivement stabilisée[4]. « On fait de la science avec des faits, comme on fait une maison avec des pierres ; mais une accumulation de faits n'est pas plus une science qu'un tas de pierres n'est une maison (Poincaré).
Ni le champ d'analyse de la science ni ses méthodes d'approche ne sont clos ou figés. Ces progrès mettent en cause les fondements même de l'esprit scientifique, car ils résultent d'une réflexion sur les concepts initiaux de la science, d'une mise en doute des idées évidentes.
C'est ainsi que la représentation intuitive du concept de matière, de loi naturelle, de déterminisme, ne peuvent plus être admis sans avoir préalablement été réévalués. Mais il y plus, les facultés de l'entendement ne sont pas non plus éternelles[5] : « Les principes de notre raison ne sont pas des catégories intangibles, mais sont susceptibles d'évoluer par le dialogue continuellement poursuivi entre la raison et l'expérience.
"Les principes de la raison sont relatifs au moment de l'histoire où ils s'exercent (...). En ce sens on peut dire que la science instruit la raison" (Bachelard). L'astronomie de Newton est un cas particulier de la relativité d'Einstein, comme la géométrie euclidienne est un cas particulier de la « pangéométrie » de Lobatchevski.
Le temps et l'espace sont à reconsidérer et cet examen retentit sur les structures même de l'entendement. « L'allure révolutionnaire de la science contemporaine doit réagir profondément sur la structure de l'esprit. L'esprit a une structure variable dès l'instant où la connaissance a une histoire[6]. ».
Importance de l'irrationnel
La science n'est pas constituée définitivement, ni par l'ensemble des connaissances, ni par ses méthodes, ni par les champs qu'elle investit. Elle est de toute part sujette à l'invention, « quête inachevée vers la connaissance objective » ; Popper la distingue des autres domaines du savoir, par sa capacité à être réfutée (falsifiabilité), plutôt qu'à être vérifiée.
La succession des systèmes épistémiques, l'un invalidant le précédant, expriment le progrès des sciences et l'aspect dynamique de la vérité.
Or la logique est inutile à l'invention : elle sert davantage à circonscrire l'erreur, qu'à découvrir la vérité.
En dernier ressort, l'expérimentation est une interprétation contrôlée de la nature. Il y a choix de faits désignés comme significatifs, ou cruciaux, par l'observateur. De là l'hypothèse se confirme ou s'infirme, conduisant à des lois de plus en plus générales - raisonnement inductif - et même à la réévaluation de la notion de loi, qu'apportent les raisonnements probabilistes actuels.
Les impulsions dynamiques qui traversent la science peuvent prendre leur source, radicalement, en dehors d'elle. O.C. de Beauregard va jusqu'à affirmer que[7] « toute découverte importante est irrationnelle. Jamais un rationaliste n'aurait inventé la théorie des quantas ».
Science et culture globale

La science n'est pas avant tout un savoir, elle suppose un enrichissement. La culture scientifique se trouve solidaire des autres domaines qu'explore l'esprit de l'homme.
Elle s'insère dans la culture globale, lieu de ces interactions.
Elle est en fait indissociable de la culture lato sensu, car elle participe de ce trésor collectif possédé par l'humanité, en ce qu'elle contribue à la formation de l'esprit de la personnalité tout entière, avec l'intelligence, la sensibilité et les facultés de discernement esthétique, ainsi que les voyages et l'expérience de la vie.
Particulièrement spécifique de la culture occidentale, elle développe certaines dispositions de l'esprit, avec d'autres, exerçant toutes ensemble l'esprit critique, le jugement et le goût.
Alain remarque : « Comte, si souvent profond, fut l'égal des plus grands lorsqu'il définit la prière par la poésie. Cette parole mesurée, de sois à soi,... donne du large et la respiration convenable. Le regard de l'esprit se porte au loin et met chaque chose en sa juste place. Je retrouvais cette même idée, que je n'attendais guère, en lisant les observations et les raisonnements du célèbre Lyell sur les volcans... en un passé où l'homme n'était point. Ce genre de paysage repose l'œil... Ce qui nous manque, quoique nous sommes entrain pour le faire, c'est l'homme universel, dans tous les sens de ce beau mot. L'homme de métier gâte nos affaires, par une conscience trop rapprochée de ce qu'il fait, et je dirai presque le nez dessus[8]. »
C'est toute la culture, y compris la science, qui, opposée à un savoir se résumant à une simple acquisition de connaissances, par l'attention qu'elle voue aux grandes réalisations du passé, en leur conférant une valeur inspiratrice, peut rendre apte à apprécier les réalisations actuelles et inciter à la création d'autres perspectives.Publié par PandarDeBrillar à 17:13:40 dans Opinions de Pandar | Commentaires (0) | Permaliens
Mon cher Buffon,
Tu n'y es pas du tout ! Le paon est certes un animal vaniteux, mais qui ne le serait à moins ?
Le port imposant de la tête, ornée d'une aigrette en couronne, des rectrices rouantes, la démarche fière, les proportions élégantes de son corps, son goût pour la vie demi-sauvage en forêt, tout, enfin, prédispose cet aristocratique animal à former l'image de la majesté, et l'incline à croître en un panache où chaque ocelle tend à devenir, et non sans raison, un condensé de fatuité.
Par ailleurs, mesquinement doté par la nature de raison et de cœur, c'est-à-dire juste assez pour qu'il ne s'en aperçoive point, il peut entretenir de la sorte la tranquillité d'esprit et de sentiment, ordinairement si nécessaire au bonheur.
Et pourtant... encore paonneau, ce phénix ne peut dissimuler une flétrissure qui le sabote.
Vois-tu, si sa femelle même, bien qu'incapable de faire la roue, est aussi hautaine que son compagnon - ils vivent par paires - c'est que sa race est frappée d'infirmité : son cri aigu est désagréable à certains, ignoble pour d'autres.
La disposition altière de ce grand animal n'a pas pour cause la splendeur de son être, comme croit le vulgaire, mais bel et bien la blessure morale que lui inflige ce talon d'Achille vocal.
Incapable d'explorer les qualités fortes ou nuancées, les vérités et les joies que le chant procure à ses adeptes, lorsqu'il s'y essaie, ses semblables même se désolent.
On prétend que le paon crie lorsqu'il considère ses pieds, mais cette légende d'origine médiévale ne semble exister que par charité : il n'a besoin d'aucun stimulant pour que ses vociférations provoquent l'effroi qui le désespère.
On dit qu'il braille, et pour cause ! S'il cherche à dissimuler son ambition et même un certain égoïsme, c'est que la conquête du monde de la voix est
pour lui plus ténébreuse, héroïque et, disons-le, démoralisante, que pour bien des créatures.
Bref, cet instrument ne lui est d'aucun secours pour exprimer les affections subtiles qu'il lui arrive de ressentir. Toujours la complexion physique de l'organe détermine sa voix, et le trahit.
La plupart des paons finissent, adultes, par se résigner, à moins qu'ils ne portent cette croix avec morgue, tentant d'enfouir aux confins de la conscience cette tache congénitale.
Ceux-là ne s'expriment presque plus, sauvages et ombrageux, ils s'efforcent de ne communiquer qu'en variant postures et attitudes.
Ils compensent cette infériorité en se perdant d'admiration orgueilleuse pour la beauté plastique
qu'ils procurent à la création... mais tous ne s'en accommodent pas ainsi.
Lorsque disparaît le soleil, les paons et les paonnes se perchent sur des branches pour rejoindre Morphée.
Toutefois, certains et certaines, plus portés à la contemplation, plus sensibles à l'harmonie de l'univers, se mettent à l'écoute.
Ils cherchent à percevoir la musique qui vient de la forêt si un vent doux en fait chanter les ramées, ils épient les rossignols des nuits entières, luttant afin de ne pas succomber au sommeil, et s'ils savaient sourire, ils le feraient.
On raconte qu'un paon de cette trempe, un soir, ferma les yeux afin de se mieux pénétrer du récital offert à son ouïe par le monde et les astres. L'hymne devint messe, puis romance, assoupissante sérénade, enfin frêle berceuse.
C'est ainsi qu'il s'éleva dans les airs et découvrit des contrées inconnues de lui et de ses semblables. Bientôt il quitta la forêt et survola un point lumineux, qui l'attirait. C'était une ville.
S'approchant, il entendit des sons nouveaux, inimaginables, inimaginés. Il se posa non-loin de la source sonore. Un orchestre jouait en plein air.
C'était une symphonie. Mais les voix des outils que l'on frappe, que l'on caresse, au-travers desquels on souffle et tous les autres, avaient beau être merveilleux, inouïs et somptueux, quelque chose manquait.
Comme tu le sais, en ce temps-là, les hommes ne savaient pas interpréter les œuvres de façon harmonieuse. Les notes se succédaient sans discontinuer, à peine le dernier ton du hautbois s'estompait-il que le violon répondait, presqu'interrompu par les cymbales. Il n'y avait aucun silence intercalé entre les notes.
Quelle émotion... ressentir au même instant tant de blandices acoustiques, se reconnaître incapable de manier le moindre de ces instruments avec des ailes, et réaliser simultanément que l'orchestre ne produisait qu'une sorte de cacophonie.
Il avait découvert à la fois les possibilités d'instruments qui le ravissaient, et la cause de leurs dissonances : il n'y avait aucun silence ! On ne pouvait savoir si les notes étaient tenues jusqu'au bout ou finissaient mollement, si les rythmes se détachaient... on ne respirait pas avec l'orchestre.
Le paon était douloureux, envahi, et pourtant une euphorie sereine le saisissait. Des limites intimes, personnelles, et qu'il croyait naturelles, cédèrent. C'était si fort que cela le rendit presque triste. Son cœur enfla, sa conscience augmenta.
Alors il comprit qu'il lui avait été donné d'entendre cette musique pour faire présent aux hommes de la séraphique perfection à laquelle des notes justement accordées peuvent atteindre. Il pouvait produire, lui, ces suspensions, ces pauses que cèlent des souffles secrets. Il pouvait être la grâce ordonnatrice des sons.
Sans comprendre comment ni pourquoi, il se réveilla soudain parmi ceux de son espèce, sur la branche d'où il avait pris essor cette nuit-là.
Il transmit aux membres de sa tribu tout le savoir qui lui avait été fraîchement révélé. S'y intéressa une minorité, essentiellement constituée de ceux des paons qui, la nuit, juchés dans les branchages, écoutent le jeu des arbres et du vent.
Depuis, chaque paon, s'il le veut intensément, peut lier et détacher et recomposer, tous les éléments d'une œuvre musicale de son choix. Lorsque, enfin, il maitrise absolument son art, mais alors seulement, il impose sa magie silencieuse à tous les exécutants du morceau qu'il s'est approprié.
Il est devenu la musique suprême : le silence. En fermant les yeux, il sert la musique, et ses interprètes lui obéissent, toujours et partout. On dit que ces paons-là connaissent le bonheur et la compassion
Ils détiennent la clef du monde, ce sont nos semblables.
Sachons reconnaître l'inaudible battement de leurs ailes, dans toutes les salles de concert, dans chaque opéra, et toutes les fois que des hommes se rencontrent pour des notes s'assemblent.
La voix, certes, manifeste de l'intelligence dans le langage. Elle peut être la lumière et la vérité de l'être. Par la musique et le chant, devenir sa plus féconde et sa plus pure manifestation.
Or, la vérité du paon n'est ni dans sa splendeur extérieure sans mérite, ni dans le trouble éraillé de sa parole. Le plus profond accord qu'il ait éprouvé et qu'il nous lègue comme un devenir, est fait de la texture de son silence.
Voilà ce que, mon cher naturaliste, tu ne verras jamais sous une lentille de microscope. Et pourtant, c'est là tout ce qui m'importe.
Publié par PandarDeBrillar à 18:02:30 dans Choses vues | Commentaires (1) | Permaliens

Ne plus recenser nos manques, faiblesses et autres chutes,
faire cesser l'interminable babil intérieur que nous nourrissons,
c'est toucher au rien de soi, y reconnaître le produit de notre intellect,
qu'avec pompe, on nomme : « je ».
Publié par PandarDeBrillar à 18:21:22 dans Opinions de Pandar | Commentaires (0) | Permaliens

Des oiseaux jacassent sur le chemin de ce parc public.
Sans qu'on s'y attende,
Elle ressent intensément leur présence et court en plein milieu.
Beaucoup s'envolent, un reste, et celui-là : c'est elle.
Publié par PandarDeBrillar à 22:03:25 dans Poèmes | Commentaires (0) | Permaliens

La passion fusionne deux égoïsmes en un.
L'amour ouvre à un nouvel univers :
celui que l'autre perçoit.
Pourtant, même à deux,
la plupart des gens voyagent seuls.
Publié par PandarDeBrillar à 20:49:48 dans Opinions de Pandar | Commentaires (0) | Permaliens
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