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L'Auberge Danoise: le retour | 01 octobre 2008

Nous n'étions plus que vingt-cinq lundi dernier. Vingt-cinq « heureux élus » sur les centaines de demandes qu'a reçu la formation.

C'est qu'entrer en école de journalisme est loin d'être une sinécure. C'est un processus qui prend plusieurs mois, voire des années pour peu que l'on s'acharne. Il y a en début d'année l'envoi des dossiers de candidature, lettres de motivation, CV et articles à l'appui. Seul un dossier sur dix est retenu, paraît-il. Pour les 10% de chanceux, viennent ensuite les épreuves écrites, mi-mai. Synthèse, écriture, légendage et un questionnaire de culture générale aussi farfelu que thématiquement diversifié. Nouvelle sélection, et nouvelles épreuves pour les soixante derniers, un mois plus tard. Cette fois, il s'agit de convaincre un jury (un professeur et un journaliste), le tout en vingt minutes. Un test d'anglais clôt la session de recrutement. Seul vingt-cinq seront pris. Les résultats : fin juin.

Positif.

L'été est passé. On s'est endormi en rêvant de plateaux de télévision, de reportages photos au bout du monde et d'enquêtes sur les narco-traficants. On voyait, serein, l'école arriver comme l'étape initiale d'une logique ascension vers les cîme du Journalisme et de la béate reconnaissance admirative du grand public.

Et puis l'on est vite retombé sur terre, ou plutôt sur nos chaises. Journaliste est un métier précaire. Sortir d'une formation reconnue n'empêche pas les années de galères, les CDD en presse locale, et le risque de passer sa carrière à couvrir chiens écrasés et querelles de voisinage. Chance, talent et pistons sont autant d'atouts que le futur journaliste doit essayer de développer en sa faveur. Et en attendant les spots des plateaux télé ou les studios des grandes radios parisiennes, on nous forme à la presse locale, la « PQR » (Presse Quotidienne Régionale), celle qui fait vivre le plus de journaliste et fait vendre le plus de journaux (rappellons que Ouest-France est le quotidien le plus vendu en France).

Quant aux clichés, tentez de les remiser au garage, ils reviennent au galop. Le journaliste est un type « qui fume, qui est de gauche et qui boit beaucoup ». Démenti immédiat de notre professeur-référent : « c'est pas tout à fait vrai, il y a aussi quelques journalistes de droite ». De préférence, le journaliste est aussi cynique ; et lorsque l'étudiant ne l'est pas encore, il risque de le devenir rapidement. Parmi les règlent qui régient la hiérarchisation de l'information, la plus emblématique est bien la fameuse loi du mort/km. Ainsi vaut-il mieux deux morts à deux kilomètres de chez soi, que cinq morts à dix kilomètres. « Et si en plus, ces deux morts sont des enfants, c'est génial », insiste notre professeur. Encore mieux si c'est un crime de sang, parce que, paraît-il, « c'est plus croustillant ».

Le journaliste n'est pas le seul cynique de l'histoire. Les pages les plus lues d'un journal sont, dans l'ordre, les rubriques nécrologiques, compte-rendus de justice et faits divers. « Adaptez-vous à la demande du public », nous bassine-t-on. CQFD.

 

L'Auberge Danoise revient donc, en France, à Tours. Peut-être pas aussi active que l'année dernière, mais tout aussi enthousiaste. Bonne lecture et à bientôt !

Publié par ncls à 21:29:37 dans Vie quotidienne | Commentaires (2) |

Volatilisé au pays des gourmets | 19 août 2008

La tournée des soixante-huit restaurants aux trois étoiles Michelin en soixante-huit jours, en passant par Rome, Tokyo ou New-York, même Jules Vernes n'y avait pas pensé. Et pourtant, c'est l'insensé défi que s'est lancé Pascal Henry, mystérieux suisse de quarante-six ans.

De l'homme, on ne sait pas grand-chose, si ce n'est sa profession de coursier à moto. Il vit seul et parle peu de lui, même à ses amis. Une passion toutefois, la gastronomie. L'homme se rend régulièrement au restaurant de Gérard Rabaey avec lequel il prend l'habitude de parler cuisine après le repas, parfois des heures durant. C'est peut-être au cours d'une de ces cavalcades à moto, entre Genêve et Montreux, où s'est installé le chef normand, que le projet du coursier est né: cotôyer les étoiles, s'envoler soixante-six jours au pays des trois-étoiles, puis revenir sur terre. Du moins l'avait-il annoncé ainsi à ses amis, quelques jours avant d'entamer son périple. Et de disparaître.

Le marathonien du goût apparaît, comme prévu, le 5 mai, chez Paul Bocuse. Il expose au célèbre cuisinier son projet, lequel, emballé, lui offre un livre d'or qu'il lui recommande de faire signer à chaque étape, et le recommande auprès de ses fameux collègues. Chaque jour, Pascal Henry se rend dans un nouveau restaurant. Le même rituel, toujours. Il commande le menu dégustation, s'attarde à table et paye cash. Peu à peu, son histoire se répand et Jacques Perrin, un célèbre chroniqueur suisse, se prend d'admiration pour son compatriote auquel il consacre plusieurs articles dans son blog.

Le 12 juin, quarantième étape. Le Phileas Fogg de la gastronomie s'arrête en Espagne, au célèbre restaurant catalan El Bulli. La même routine que d'habitude. Il s'attarde, discute avec un couple voisin de table. Vers minuit, il se lève pour aller chercher une carte de visite dans sa veste, et disparaît. On ne le verra plus.

L'alerte n'est pas donnée tout de suite. Peu habitués à avoir de ses nouvelles, ni sa famille ni ses amis ne s'inquiètent. Il faut quelques semaines pour que ses admirateurs, Bocuse et Perrin en tête, parviennent à médiatiser l'affaire et à faire engager de sérieuses recherches. La police espagnole fouillera les alentours du restaurant, en vain. L'enquête piétine, le dossier transmis à Interpol.

Puis, vers la mi-août, la police suisse informe la police espagnole que le disparu a été aperçu à Genêve, il apparaît même sur la vidéo d'un distributeur automatique. Les recherches sont abandonnées sur la péninsule ibérique ; quant à la police suisse, elle n'engage pas de poursuite : après tout, l'homme n'est accusé de rien, le chef d'El Bulli ayant renoncé à la note du dîner. Quelques jours plus tard, un officier suisse laisse même entendre au journal Le Temps que la police saurait où se trouve Pascal Henry, tout en préservant sa tranquilité. Ah, la discrétion suisse...

La question n'est maintenant plus de savoir si le motard-coursier-marathonien-gastronome est encore en vie, car la chose semble acquise. Surtout lorsqu'on apprend, il y a peu, que l'homme en est à sa seconde disparation soudaine, la première, c'était vingt ans plus tôt. Non, la question est plutôt de savoir pourquoi il a stoppé son voyage, en si bon chemin. Il en était déjà à la quarantième étape. N'avait-il plus d'argent ? A-t-il eu peur des proportions médiatiques qu'ont pris son insensé projet ? Voulait-il faire parler de lui en disparaîssant ? Voulait-il disparaître de façon spectaculaire ?

L'Auberge Danoise -qui vaut bien ses trois-étoiles au guide Michelin- détient la réponse de cette fatidique question. C'en était si simple que personne n'y a pensé. Pascal Henry a stoppé son tour du monde des trois-étoiles Michelin, car il n'avait plus faim. CQFD.

 

Pour plus de précisions sur cette affaire culinaire, voir les excellents, exemplaires et aériens articles de Jean-Claude Ribaut (Le Monde), de Vincent Noce (Libération), et le blog de Jacques Perrin.

Publié par ncls à 19:40:44 dans Insolite | Commentaires (0) |

Ou quand Europe 1 plagie l'AFP | 12 août 2008

Dans le petit monde des médias, une information circule comme ça. Un journaliste obtient ladite information, et la recoupe (vérifie avec une seconde source). S'il travaille pour une agence de presse, il publie alors une dépêche qui sera envoyée aux différents médias (presse écrite, audiovisuelle, web...). Et s'il ne travaille pas pour une agence, il publie son information (c'est le fameux «scoop») et attend que les agences de presse le reprenne pour le diffuser largement.

Ce qui différencie les différents médias, c'est le traitement de cette information, surtout sur Internet. Certains la reprennent textuellement, d'autres y ajoutent des informations ou un regard différent, et quelques malheureux... la vole. Illustration avec cette affaire sortie ce soir: une plainte a été déposée pour vente de tee-shirt antisémites dans le célèbre quartier parisien de Belleville. C'est L'AFP qui «sort» l'histoire, et publie cette dépêche aux alentours de 18h.

France-Info n'est pas en reste. Sans doute la radio avait-elle eu vent de cette histoire plus tôt, ou alors elle a actualisé cet article sans mettre à jour l'heure d'actualisation, mais outre une interview du principal concerné, elle présente une photo et des précisions historiques.

L'information est reprise petit à petit. A 20h17, Lepoint.fr publie cet article reprenant les informations données dans la dépêche AFP. La source n'est pas l'AFP, mais Reuters, ce qui revient au même. L'article est même enrichi d'une information trouvée sur le site web de l'association qui a déposé plainte. Bon réflexe.

A peu près à la même heure, Libération.fr publie un article ressemblant, citant sa source AFP, et ajoutant une courte déclaration du président de la BNVCA (c'est le nom de l'association). Une photo des tee-shirts concernés illustre même l'article. Le prestige du nom, sans doute.

Lefigaro.fr fait encore mieux: à 21h51, outre la photo, le site web du quotidien de droite publie une interview complète de Sammy Ghozlan (c'est le nom du président de la BNVCA).

Et puis, au milieu de tout ça, LE gros boulet. Europe1.fr. Qui publie, à 20h (soit 2h après la sortie de l'information), un article reprenant mot à mot (mais dans un sens différent) la dépêche de l'AFP. Comble de l'extraordinaire: le titre de l'article est au mot près le même que celui de la dépêche. Et bien sûr, la source AFP n'est citée nul part, évidemment. La boulette est énorme. Et même si, à cette heure-là, les journalistes titulaires ne sont peut-être plus au bureau, et même si, vu la période, c'est un stagiaire qui a «découpé» la dépêche, une station qui s'auto-déclare radio d'actualité n'a pas le droit à ce genre de boulettes.

Le journalisme est déjà suffisamment décrédibilisé comme ça pour que des incompétents s'en mêlent.

Publié par ncls à 23:43:40 dans Opinion | Commentaires (0) |

Sexe non disponible | 07 août 2008

Bien qu'ayant signé une clause de confidentialité avec l'ESSEC, je ne trahirai aucun secret en révélant ici que la fameuse école de commerce utilise un logiciel américain pour gérer la scolarité de ses étudiants. Américain... jusqu'au stéréotype. Ainsi donc, lors de la sélection du sexe de l'étudiant, le choix est laissé entre "masculin", "féminin" et... "non disponible".

Sont fous, ces américains.

Publié par ncls à 20:47:03 dans Insolite | Commentaires (1) |

Parlons Chine | 05 août 2008

Puisque la Chine est à l'honneur partout ou presque, soyons fous et (re)actualisons ce blog à l'air du temps. Ainsi donc, comme dans tous les journaux, sur toutes les télés et presque toutes les radios, parlons des Chinois, de la République Populaire de Chine, de Pékin et des JO de Beijing... euh Pékin... euh...

Evidemment, la solution toute trouvée d'avance ressemblait à ça: « Pékin doit être l'ancien nom de Beijing » - pas la peine d'en faire un plat, soit dit-en passant.

Ou alors à ça: « Pékin c'est le quartier principale, ou le nom de la ville, et Beijing c'est la ville ou la mégapole » - pas la peine d'en faire un plat non plus.

Et non, en fait, c'est encore plus simple. C'est juste parce que, ne sachant pas comment prononcer «Beijing», certaines flemmardes de langues occidentales ont préféré garder «Pékin». Explication.

Avant la dynastie des Ming, «Beijing» s'écrivait donc «Beiking» (prononcez «Peïkine», devenu «Pékin» pour les Français, «Pechino» pour les Italiens, «Peking» pour les hollandais). Après les Ming, «Beiking» était donc devenu «Beijing». Sauf que, difficulté, «Beijing» se prononce «Peïtine». Alors bon, plutôt que de tout changer, on a gardé le vieux nom. Qui n'est pas l'ancien nom, mais qui en est l'ancienne version. Même si personne n'a compris, pas de quoi en faire un plat, on avait dit.

Comme quoi, c'est utile pour la culture générale d'avoir une collègue Chinoise. Elle s'appelle Jin-Jin. Ou Jing-Jing. Faudrait que je pense à lui demander comment elle l'écrit, son nom.

Publié par ncls à 23:46:56 dans Vie quotidienne | Commentaires (0) |

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L'intro

21 ans, étudiant en journalisme, un pied en indre-et-loire, un autre en île-de-france et la tête -encore- au danemark... http://danemark.blogg.org

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