Pour vivre plus de trois mois au Danemark, pour les citoyens de l'Union Européenne, il faut déposer une demande de permis de séjour. Pour cela, il y a un questionnaire à remplir, détaillant les moindres détails de sa vie: des études aux noms et dates de naissance des parents, en passant par les boulots auparavant occupés ou par la source de ses revenus... Demande qui, le cas échéant, peut être refusée. Si elle est acceptée (ce qui, pour les Erasmus, ne devrait pas trop poser de problèmes), il faut alors se rendre à l'administration danoise pour obtenir son CPR Number. "CPR" par ci, "CPR" par là... Les danois n'ont que ce mot dans la bouche. Qu'est-ce donc que ce fameux CPR Number ??
C'est en fait un numéro (figurant sur une carte jaune comme ci-dessous) qui est attribué à chaque personne vivant au Danemark, danois ou ressortissant étranger (en situation légale, bien sûr). A ce numéro est associé le lieu de résidence et toutes les infos délivrées dans la demande de permis de résidence. Sorte de "carte d'identité pour résident dans le pays" ? Jusque-là, oui.

Sauf qu'en fait le CPR Number est indispensable pour vivre au quotidien au Danemark. Tu veux te faire soigner? Il faut le CPR. Tu veux trouver un boulot? Il faut le CPR. Tu veux ouvrir un compte en banque? Il faut le CPR. Tu veux acheter un téléphone portable? Il te faut le CPR. Tu veux commander un livre à la bibliothèque? Il te faut le CPR. Tu veux accéder à internet à partir de la bibliothèque? Il te faut le CPR. Tu veux emprunter un film à la vidéothèque? Il faut le CPR. Le CPR est partout; il est indispensable à la vie en société.
Le CPR n'est donc qu'un numéro, mais à partir de ce numéro, il est possible de retracer toute ta vie. Savoir où tu vis, où tu bosses, connaître ton numéro de téléphone, ceux de tes amis, ton compte en banque, ce que tu lis, ce que tu écoute... Astucieux système pour l'administration. Toute les informations sont regroupées, plus besoin de les recouper dans les divers services administratifs. Oui, mais...
Oui, mais voilà. Comment se sentir libre lorsqu'on sait que quelqu'un, à tout moment, peut tout savoir de nous? Comment protéger ce sentiment de vie privée, d'intimité qui, avec ce numéro, n'existe plus que partiellement?
Outre ce sentiment, le fait de n'être plus qu'un numéro rappelle cruellement certains douloureux passages de notre histoire. L'époque où nos ancêtres ne furent plus qu'un assemblement de chiffres, sur une ligne; une ligne au milieux de milliers d'autres lignes sur des listings sans fin. Image d'autant plus désagréable lorsqu'on connaît l'influence de l'extrême-droite au Danemark...
Pour les danois, le CPR Number est tout naturel et ne semble choquer personne. Question d'éducation sans doute, d'histoire et de culture aussi. La liberté n'est qu'un sentiment dépendant de la sensibilité de chacun, finalement. Pour moi, français, c'est inacceptable, ne serait-ce que pas principe. L'idée au départ est bonne, mais rend la situation propice à de fâcheux dérapages. Mais il est vrai que le Danemark est le pays de la transparence: il va falloir s'y habituer.
En signant ma demande de permis de résidence, j'ai lu attentivement le "règlement" qui figurait (en français) sur la dernière page. Règlement autorisant l'état danois à se servir de ces informations le cas échéant, et à les diffuser si besoin. Ma main a tremblé en signant. C'est que l'on naît danois, ou l'on ne l'est pas.
Publié par ncls à 22:53:54 dans Insolite | Commentaires (1) | Permaliens
Aujourd'hui, à Århus, c'était la fête des voisins. Dans ma rue, c'était des petits drapeaux danois qui étaient plantés tous les vingt mètres dans l'herbe. Comme à chaque occasion festive, d'ailleurs: on voit des drapeaux danois partout. Dans le quartier "bourgeois" de Camille et Clémence, les voisins avaient même bloqué la rue et installé château gonflable pour les enfants et chapiteau pour le repas des adultes. C'est qu'au Danemark, on ne fait pas les choses à moitié.
Pour les étudiants, c'était aussi "picnic and fun games". Nous n'étions qu'une cinquantaine (contre cent-vingt inscrits), population décimée par les "party" de la veille au soir sans doute... Pour le concept, "stupid games" aurait été plus approprié, mais on s'est bien éclaté! Et ce malgré l'humidité ambiante: en effet il avait plu dans la matinée! Pour la première fois depuis une semaine et deux jours. La journée s'est terminée dans le jardin de Camille, autour d'un sujet de discussion animé: les insultes et autres gros mots de son pays! En allemand, polonais, espagnol, portugais, italien, français, danois. Paraît-il qu'il fait maîtriser les insultes pour pouvoir apprendre correctement une langue, alors...
La chute de ce billet revient ce soir à Giulia qui déclarait tout à l'heure (en français of course): « somnoler, c'est joli à dire, et c'est joli à faire ».
:)
Nico
Publié par ncls à 01:50:39 dans Vie quotidienne | Commentaires (3) | Permaliens
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