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EX NIHILO

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Philosophie et gouffres | 29 mai 2007

J'ai lu ce que l'on nomme philosophie vers l'âge de quatorze ans et je me souviens bien pourquoi. Parce que j'aspirais à combler un gouffre qui était en train de s'ouvrir en moi.
Ce n'était en rien pour me cultiver où préparer un quelconque avenir universitaire à proprement parler. Mes études déclinaient, mes relations se dégradaient, ma famille n'était qu'une zone de guerre où tout était conflit interne et externe. Et quand je suis tombé sur Ainsi Parlait Zarathoustra de Nietzsche pour commencer, puis Traité du Désespoir et Le Concept de l'Angoisse de Kierkegaard et bien j'ai eu le sentiment obscur qu'il y avait là une nourriture pour répondre aux tourments qui m'assaillaient plus intensément chaque jour. Certes toute la densité de ces textes n'atteignait pas encore mon esprit mais ça et là, je puisais des fulgurances, des pépites d'espérances qui m'aidaient très concrètement à me lever encore le matin. Il se passait quelque chose de fondamentalement non théorique mais quasi chimique, comme des infusions de drogues pour l'esprit, des drogues plus libératrices qu'aliénantes. Mais parfois obsédantes et qui hantent jusque tard dans la nuit. Par exemple le "concept" de l'éternel retour me torturait assez les méninges alors j'achetais l'ouvrage de Karl Löwith l'explicitant. Et ainsi de suite. Je cherchais à rendre tolérable ce qui était devenu à la puberté une sorte de réel froid et désincarné, figé, creux, absurdement contingent. Tout ce qui est décrit dans La Nausée de Sartre me tombait sur le coin des neurones et comme disent les stoïciens, je me sentais littéralement "abcès du monde", désemparé et éclaté. La philosophie s'est présentée comme une voie quasi initiatique pour regagner un centre de gravité, ou du moins un chemin de forces vitales, pouvant faire sens comme l'on dit maintenant. Faire sens c'est-à-dire produire des illusions à même de résister à la vacuité des impératifs pragmatiques qui s'annonçaient à l'horizon, à savoir travailler, s'adapter, être fonctionnel, utile, efficace, actif, consommateur et autres fadaises mortifères à mes yeux. C'était un besoin auquel la poésie répondait également, mais sur un plan plus strictement émotionnel. Dans la philosophie je cherchais un où plutôt des systèmes qui m'octroient des ouvertures de conscience. Etre ouvert sur la mort comme le dit Rilke, mais aussi sur les brèches, les portes dimensionnelles qu'un rationalisme étroit cherche à fermer. Mon approche était sans doute adolescente et immature mais je la revendique, car comme le décrit si bien le romancier Gombrowicz, l'immaturité permet de ne pas se figer dans les moules préparés par la maturité. L'apogée de mon rapport à la philosophie fut quasi d'ordre mystique (un psychiatre parlerait bien évidemment de délire hallucinatoire mais il n'est pas présent alors je continue eh eh) lorsqu'en voyage à Nice en 1988, je subis une insolation sur la plage et voulus retrouver le chemin de mon hôtel où je venais de débarquer (mais je n'avais pas conservé son adresse sur moi). Pendant des heures je cherchais sa trace pour me reposer, le décor tournoyant, les passants me prenant pour un ivrogne en état d'ébriété, les commerçants me disant qu'un tel hôtel (en tout cas comme je le décrivais) n'existait pas, bref, les heures passant et au comble du désespoir, j'envisageais de repartir à Paris alors que je venais à peine d'arriver ! Je passais devant une librairie chrétienne et cherchais à travers les couvertures des ouvrages un secours quelconque, une aide mais le vide régnait plus vivement encore. Je me sentais trembler et prêt à l'effondrement final, pas frais comme un gardon en somme quand je levais la tête au ciel et cru y apercevoir le portrait de Nietzsche se dessiner entre deux nuages. Soudain une force irrésistible m'envahit, et alors que je tournais en rond dans la ville et venais de faire non pas la promenade des anglais mais celle de l'absurde depuis environ huit heures, je me mis en route comme téléguidé et fonçais droit sur l'hôtel comme à l'aveugle, et ce en une minute. Déshydraté mais heureux je m'endormais pour ne me réveiller que le lendemain soir. Le surlendemain je décidais pour me remettre de mes émotions de prendre un train régional afin de visiter l'arrière-pays niçois, ayant déjà rangé cette dérive nocturne dans un coin de mon inconscient. Je décidais de descendre au hasard à une station, car le paysage me semblait enchanteur. Je longeais quelques mètres la côte et je m'aperçus qu'un sentier gravissait sur ma gauche la petite colline surplombant l'étendue méditérannéenne, à une dizaine de mètres de mon point d'observation. Un panneau trônait à son entrée sur lequel était indiqué : " Chemin Frederic Nietzsche. C'est ici qu'il a composé un chapitre d'Ainsi Parlait Zarathoustra"(je cite de mémoire). Ce village d'Eze reste gravé dans ma mémoire à jamais. Est-ce utile de préciser qu'avant de parvenir à cet endroit, je dévorais cet ouvrage depuis six mois nuit et jour ? J'ai compris ce jour là que la philosophie ne s'enseignait pas à proprement parler dans les universités mais avant tout dans le sang et l'esprit tourmenté des hommes, sur les sentiers escarpés, sous les insolations tenaces, derrière les hôtels improbables, dans le rejet des autres, face à la mer, dans la solitude et l'égarement.



Ceci pour Nietzsche donc, sachant qu'il m'a aidé par la suite encore maintes fois mais aussi a contribué à renforcer des failles et à m'affaiblir sur d'autres plans. Sa pensée est bel et bien dangereuse quand on l'approche sensiblement. Se reporter sur certaines de ses impasses à
Nietzsche Et Le Cercle Vicieux de Klossowski.

Publié par ex nihilo à 01:04:28 dans EX NIHILO | Commentaires (2) |

Emergo | 27 mai 2007




Tournés vers la pierre
De nos solitudes à plusieurs
Nous feignons l'échange
A moitié vivants
Nous pourrions demander plus
Par exemple comment planter ce monde
Comme on plante du couteau une pomme
Ou comment ruiner l'amnésie du bonheur

A l'intérieur de nous
Des coeurs qui mutent en silex

Mille jours
Qui partent en vidanges
A côté du coin des choses
Nous tombons en morceaux

Défaits
Nous tombons en morceaux

Une enfance en bris épars
Son ombre sur les tempes


Et maintenant je nous vois
Maintenant je vous le dis
Plus près de la mort
Qu'une rose en Novembre

Je rêve d'une noyade dans des eaux écarlates
Pour toucher le fond
De cette ombre

Et recoller ces putains de morceaux
Faire la prise du siècle
Plus près de la mort
Qu'un écorché de Rembrandt

Tournés vers la pierre de nos solitudes
Nous feignons la vie
Nous pourrions demander plus
---------------------------------------------------------


Nous vieillirons lentement
Des orchidées noires dans les yeux

Nous mourrons différemment
Les yeux ouverts
Sur des objets qui se dissolvent

Dans l'indémontrable
Tordus et malades
D'avoir tout surestimé

Nous verrons l'enfance sainte
Qui clôture l'avenir

Alors nous descendrons au coeur de l'humus insituable
Tendrons des bras cruels et indéterminés
Prendrons confiance dans des corps de fortune

Gardant nos rêves
Pour Argent comptant
Ouvrant nos bouches
Vers d'autres Vous
Sans horizon
Et nous tenant dans nos ombres
Avalant la force
Du mystère haché

Allez
Assombrissons-nous
Dans la désertion et l'inaction
D'une extase invisible

Publié par ex nihilo à 20:31:04 dans EX NIHILO | Commentaires (1) |

Le grand retournement | 18 mai 2007

 

 

Blancheur aux iris
Un reflet d'infini s'y déploie
Ouvert sur des aubes de possibles
Tu es sans miroir
Ton coeur sans détours

La blessure qui signe le temps
Se chargera de toi
Sacrifiant l'intact
Souillant l'inconnu
Du sceau de la conscience
Abandonnée aux réalités
Tu sentiras la puissance du fictif
Monter en toi
Ton sang est propre
Tes mots sont doux
Ta vie est pure

Noirceur à l'horizon
Un reflet de finitude s'y emploie
Fermé sur des crépuscules d'impossible
Tu seras ce qui se mire
Et ton coeur source de rupture

Publié par ex nihilo à 21:42:07 dans EX NIHILO | Commentaires (0) |

Objet et ressac | 18 mai 2007

Je suis un être mort
Oui
Maintenant je suis un objet
Sans visibilité
Froid et dur
Porté par l'Atrocité du recommencement
En tourbillon gris
Je m'éxécute via la ronde des mirages
En tournures somnambules
Débris de voeux mal assemblés
Morceau par morceau
Tous se perdent
Les uns après les autres
En rangs frêles
Plongés dans l'effacé
Au loin, des rires, des murmures de désirs
Mais aucun qui ne porte jusqu'ici
Et je regarde au dehors
Le femme jouer sur le rivage
Nouer des sensations avec le ressac
J'entends s'ébruiter son existence
Comme un rêve distancié
Mais je suis un être mort
Oui
Maintenant je suis un objet

Publié par ex nihilo à 21:20:42 dans EX NIHILO | Commentaires (3) |

Nus et glacés | 15 mai 2007

Nus et glacés

L'empathie rend aigre
brûle les yeux

Tu ne sens pas ma douleur
Elle t'indiffère et tu la méprises

Quand tu es blessée
Quant tu es joyeuse
J'oublie de respirer

Je ne rêve jamais
Je SUIS MORT-NE
Le suicide en bandoulière
Comme une facétie de fin d'année

La sympathie rend faible
Altère les mots

Tu ne crois plus en moi
Cela ne compte pas

Quand tu ris
Quand tu pleures
J'oublie de vivre

Au moment de t'étreindre


J'oublie de simuler ce qui n'est pas
Je suis dans le vrai
C'est-à-dire nulle part


Inhumaine et stupide
Tu rampes dans l'idiotie de l'insensibilité


Dans une pierre
elle loge
et mange sa pourriture
Un régime de fermentation
Qui clôture son esprit
Je lui parle comme à un cadavre et lui demande :

parle-moi dans tes rêves
marche à mes côtés
parle-moi dans tes rêves
marche à mes côtés

Mais dans une pierre elle loge
et mange sa pourriture


Obstruction
Obstruction des sourires fictifs
Ouvrent des fentes
Dans des avenues canines
Ouvrent des fissures dans ton coeur de silex

J'attends de voir s'écouler ton sang

Un rire nerveux accroché à la gorge
Décolore ta reconstruction
Insinue le poison dans tes idées
Y colle ma mauvaiseté
Tu verrouilles tes entrées

Et cachant tes pensées
Dédouble ton intérieur
Mais tout s'obstrue sur un rire authentique




Nus et glacés

Plaqués aux murs
De l'insomnie inaugurale

Reliés à nos ombres brûlées par les heures brutes
Fichées dans les crevasses
De nuits insomniaques

Captifs du maudit sous-sol
Soulager la tension du vide
Qui s'empare de la gorge comme un fauve invisible
Y crache ses impasses d'effroi

Enfermés dans des noeuds impersonnels
Privés de visage

Arrimés aux souvenirs létaux
Nus et glacés




Les porcs

Vous jouez aux porcs, et vous devenez l'auge
Vous jouez dans la boue du grégaire, et vous descendez dans l'informe
Chutez et demeurez au fond de vos gouffres
Vous aurez encore la vue pour entrevoir, au loin l'horizon
Où le monde s'ébat, aveugle
Quand on y descend, il est trop tard pour se lamenter
Les caves égotiques n'ont pas d'issues
Vous y avez établi votre théâtre de déréliction
Pour masquer vos tares, vos mastications de l'inutile
Vos singeries stériles

Regardez-vous
Regardez la mastication des millénaires
La tourmente de vos gesticulations tourne à vide

Et fermente déjà sous vos pas
Prend en étau vos replis orgueilleux
Il ne reste déjà plus que les restes
D'ombres enfuies
D'espoirs enfouis
Regardez-vous

Pendant qu'il demeure encore un rai de luminosité
Dans la crevasse de vos retraites porcines


Publié par ex nihilo à 22:00:40 dans EX NIHILO | Commentaires (1) |

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