Il est temps de changer ma présentation. (Pour ceux qui ne connaissaient pas la précédente c'est con ; elle était vraiment bien.)
C'est pas mal comme intro ça. Recyclable à l'infini. Et qui du coup me permet de me mettre dans la poche autant les écolos que les conservateurs. De plus ça laisse aux nouveaux venus un impalpable regret ; un douloureux sentiment, celui d'être né trop tard, ou pas vraiment au bon endroit, d'avoir manqué quelque chose ; et évidemment d'essentiel. Le truc qui fidélise son lecteur quoi : "J'ai loupé mon passé je réussirai mon avenir. Et c'est grace à cet homme que ça va se faire. Je le sens, je le sais."
Cela dit vous avez raison ! Je le pense en toute réciprocité.
Que serais-je sans vous ?
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Encore un ventre à explorer, demain, un ventre chaud. Couloirs sans issue qui montent et qui descendent, labyrinthe cher aux poètes de la nuit carcérale et à leurs amours inavouées, inavouables, qu'ils tiennent en laisse (fantômes) jusqu'à l'heure du jugement dernier. Dans les yeux de mon amour, dans ces yeux-là, dans ces yeux seuls (pardonnez-moi si j'insiste) il y a des chiens tenus en laisse par des fantômes et des arbres immenses qui tapissent le ciel d'avant les temps vécus, les temps marins, les temps rauques jouxtant d'autres amours en forme de cour intérieure où la lumière ne pénètre que par saccades quand tout un fourmillement de visages et de trompes suffit à peine à donner l'illusion de la Vie et de la blancheur éternelle. J'explorerai ce ventre jusqu'aux boyaux les plus reculés dont aucune conscience humaine n'a jamais soupçonné l'existence : galeries en spirales qui se resserrent jusqu'à l'étreinte ulcérée qui me fera hurler de douleur ! Je poursuivrai néanmoins mon exploration. Seul ! Où es-tu, toi que j'ai libérée de cette tension qui te faisait t'agripper à des murailles plus lisses que du verre contre lesquelles tu usais tes griffes jusqu'au sang ? Aurais-tu à la fin traversé ces murs, cette part de ténèbres qui t'était due à toi aussi, et que nous n'avons pas su entretenir ?
Vital Bender
Publié par libou à 00:25:36 dans Demain avant de naître | Commentaires (0) | Permaliens
La transparence se vit de l'intérieur. Déambuler le long de sombres couloirs en ruine appelle cette trouée de jour qui saille au gré des voûtes prêtes à s'écrouler au moindre déplacement d'air (qui provient lui aussi du fond des tripes). Patauger dans la glu des heures immobiles avec l'illusion de savoir voler et voler à coup sûr. Non ! assez de ces baies opaques ! de ces murs à travers lesquels retentissent les supplications des condamnés à vivre à tout prix ! La nuit est le domaine suprême. Il n'y en a pas d'autre... Silence ! Qui vient ? Quel pas sonne sur ces dalles froides au-delà desquelles reposent les reliques des vivants qui soupirent ? Les morts veillent et ricanent. Les vivants dorment. Et la nuit est si belle. Si belle... Oubliez-moi !
Vital Bender
Publié par libou à 20:10:14 dans Demain avant de naître | Commentaires (2) | Permaliens
Part de nuit, part de rêve... Part de toi. Qui m'est due et que je revendique. Comme je revendique la poussière. L'enfer... Ou le paradis recomposé pour tes beaux yeux. Toute la douleur humaine concentrée en une seule secousse. Le cycle des départs, des retours. La tendre frénésie des heures qui gouttent, qui n'achèveront jamais leur chute (à quoi bon ?). Si tu te manifestes, la saison se retrousse comme une vieille peau et je me transforme en chouette que l'on clouera au-dessus d'un porche usé par tant de pas humains que...(je ne sais plus...) Part de raison ou de déraison. Part de folie douce entre ces murs dont j'ai perdu conscience. Démon ! Oh magie des rubans qui s'enroulent autour de tes cuisses entrouvertes là-bas... magie des longs serpents de lune qui se déroulent de ton pubis aux étoiles... J'ai faim ! Ma bouche tète un sein de morte sur une grève couverte de petits poissons. Tout ce qui appartient à ce corps me nourrit et me nourrira ma vie durant jusqu'à ce que je devienne moi-même aussi raide que ce crustacé sur le sable ardent à travers les rétines de la mort. Qu'est-ce que cette garce de vie nous apporte sinon cette fièvre, sinon cet état grumeleux de cette vie passagère à la Vie rompant avec ce cycle des retours et des non-retours et des saisons fanées et des bruines, oh saisons dont je ne puis parler sans un pincement au coeur, oh visages condamnés à s'éteindre comme des lucioles dans cette part de jour que je n'ai jamais songé à revendiquer (mais qu'est-ce que vivre ?) quand je vois tant de corps se lever et poursuivre leur pérégrination coûte que coûte... quand toutes ces morts se refermeront comme des huîtres sur des perles plus incertaines que l'essence même de nos vies et de nos morts successives... Je me retourne. Tu es là. Faite de jour et de nuit. Faite de vies et de morts acquises et revendiquées. Rien ne change. Rien n'est immuable. J'ai appris à te regarder sans baisser les yeux. Part d'enfance et de source. Part de moi-même plus précieuse que ma propre vie...
Vital Bender
Publié par libou à 23:31:50 dans Demain avant de naître | Commentaires (0) | Permaliens
Premier papillon de l'année derrière la vitre, reflet du globe lumineux : présage qui m'entrouvre tous les confins. Dans une chambre sans murs, sans fenêtres, un enfant regarde la mer et son émerveillement est pareil à ce reflet, à ce voltigement effaré, à ce signe... Pareil à cette part de nuit claire qui me revient quand j'ai abjuré ce que j'avais à abjurer, quand j'ai accompli ce que j'avais à accomplir, mais je ne sais plus quelle part, mais je ne sais plus quelle nuit et je n'ai jamais rien fait qu'attendre (une créature quelconque, une inspiration incontrôlée, un effet de style, une trombe de soleils dans ma tête, un vieux rêve qui se dresserait soudain entre mes yeux et la mer) et je suis cet enfant, cette lueur, cette chrysalide échouée à l'intérieur du globe lumineux, à l'intérieur du reflet, à l'intérieur de cette vitre striée d'atroces rainures comme si des griffes ou des serres d'oiseau s'étaient acharnées contre elle. Je reprends enfin conscience. Mes doigts saignent. La lune est ronde dans l'embrasure du cette fenêtre dont j'ignorais l'existence.
Vital Bender
Publié par libou à 13:44:40 dans Demain avant de naître | Commentaires (0) | Permaliens
Mon amour...
(C'est peut-être la première fois qu'un poème commence par ces mots : mon amour...
c'est peut-être aussi la dernière...)
Il est encore trop tôt.
Les mots sont bien trop friables.
Les mots sont des débris d'écorces
flottant à la surface de nos désirs.
A la surface de nos sentiments refoulés.
Ce paysage a la fièvre.
Je marche à l'aveuglette.
Mon amour... Je marche... Où es-tu ?
Il se peut que tu ne te souviennes de moi qu'à travers cette apparence de ruines de formes de profils sans relief.
Il se peut que je ne me souvienne de toi qu'à travers l'oscillation de ton éloignement.
Il se peut...
Mais la parole n'est qu'une reproduction d'organes à vif.
Un leurre tendre...
La parole nous cloue à des poteaux de circonstances.
Et tu es là vulnérable éternelle.
J'ai tracé autour de toi ce cercle à l'intérieur duquel je ne puis pénétrer qu'au mépris de ton chant et de ta raison.
Au mépris de ta liberté.
Mon amour...
Mais j'ai déjà trop parlé.
Retour à la parole unie.
La parole avant sa dispersion.
Qui est aussi ce chant.
Mais saison fugace.
Ma liberté.
Mon amour...
Te dire : tu es déjà si loin.
Ou l'écrire seulement...
Entre deux sanglots.
Entre deux cris de joie.
Ou de stupeur.
Entre deux piétinements fous.
Sous la lune ronde.
Au fond d'un puits tari.
Sous le soleil au zénith...
Au fond des choses mortes.
Au fond des cassures.
A l'intersection de tous les rayons éclatés.
Vital Bender
Publié par libou à 23:44:01 dans Demain avant de naître | Commentaires (0) | Permaliens
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