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Présentation

Il est temps de changer ma présentation. (Pour ceux qui ne connaissaient pas la précédente c'est con ; elle était vraiment bien.)


C'est pas mal comme intro ça. Recyclable à l'infini. Et qui du coup me permet de me mettre dans la poche autant les écolos que les conservateurs. De plus ça laisse aux nouveaux venus un impalpable regret ; un douloureux sentiment, celui d'être né trop tard, ou pas vraiment au bon endroit, d'avoir manqué quelque chose ; et évidemment d'essentiel. Le truc qui fidélise son lecteur quoi : "J'ai loupé mon passé je réussirai mon avenir. Et c'est grace à cet homme que ça va se faire. Je le sens, je le sais."


Cela dit vous avez raison ! Je le pense en toute réciprocité.


Que serais-je sans vous ?


 

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C'est un jour comme un autre | 07 août 2009

C'est un jour comme un autre.
La mère de ces petits enfants (elle a perdu la raison) du matin au soir lance des morceaux de pain à des oiseaux imaginaires.
Un homme sur un banc ne la quitte pas des yeux.
Fait semblant de lire le journal de la veille entre deux averses.
Porte un chapeau de paille rongé par les chiens errants et les intempéries.
La femme tour à tour chantonne pour elle-même entre ses dents pointues et converse à sa façon avec les volatiles.
L'homme sort un harmonica de sa poche.
Encore une de ces vies à oublier avant même de l'avoir vécue !
Encore un de ces mouchoirs crasseux dans lequel on mord par dépit ou par habitude
ou par passion.
Depuis plus d'une heure la jeune femme demeure prostrée dans son laps de temps.
L'allée est vaste comme un ciel dont on a perdu conscience.
Il ne faut plus me parler d'oiseaux (d'oiseaux d'oiseaux d'oiseaux !...) pense-t-elle en grattant le sol de ses doigts trop fins.
Un enfant détale aussitôt.
Un autre essuie une larme en regardant sa mère sucer un petit caillou blanc.
L'homme jouit du spectacle.
Les jours ressemblent aux jours ressemblent aux jours ressemblent... pense-t-il en enveloppant son harmonica dans un mouchoir sale.
La pluie redouble:
Le deuxième enfant se met à courir.
Court court vers sa mère.
Vers la cristallisation du vide.
L'homme soulève son chapeau.
Un oiseau s'en échappe.
Puis un autre.
Un autre encore...
L'enfant le regarde ébahi.
A demain dit l'homme.
Et il s'en va.
La main dans son journal.
Le journal sur le banc.
Le banc dans son chapeau.

Vital Bender

Publié par libou à 19:20:39 dans Demain avant de naître | Commentaires (12) |

Jour II | 06 août 2009

Tant est que je suis bien content de voir poindre un matin que j'accueille avec le courage d'enfin soulager ma vessie.
Il fait encore frais. Après un petit déjeuner et une inspection de matelas, je me lance en quête de feu. Un torrent à traverser, un pierrier à escalader et une longue descente dans les pâturages du Plan jusqu'à la cabane du même nom. La cabane sera vide et je décide d'y passer la nuit. J'estime avoir suffisamment marché pour un deuxième jour étant donné les tenaces courbatures dues à la montée d'hier. Je pourrai compenser dans la soirée le temps pris en bavardages dans la journée. Et puis bon... surtout il faut avouer que j'ai peur d'avoir froid, et le matelas, et les bêtes. Bref, demain sera assez tôt. Par contre je m'engage à ne pas faire de feu et à dormir fenêtre ouverte. Parce que qand même faut pas exagérer... et peut-être qu'une courte acclimatation suffira.
Je charge une couverture dans mon sac. C'est une précaution qui ne sera pas du luxe.

J'ai eu tout aussi froid en cabane. Moins longtemps mais tout autant. En fait c'est le temps nécessaire pour que le sac prenne la température du corps. Comme il faisait tout de même bien plus chaud ça a duré moins longtemps. Je crois que le truc c'est de se coucher avant d'avoir eu le temps d'avoir froid. On verra ce soir.
La nuit fut donc plus reposante quoique peuplée de cauchemars, dont un qui mettait en scène mon metteur en scène. Rien d'étonnant puisque je pense à Oedipe les 3/4 de mon temps ici. C'était ce que j'appelle un cauchemar cadeau. De ceux qui révèlent une peur profonde. Que je connaissais d'ailleurs mais que je ne savais pas si ancrée. Une véritable aubaine pour mon personnage en fait : Thèbes est démuni face à la peste et doute de ce roi qui n'a pas encore l'air d'avoir de solution.

Publié par libou à 22:34:06 dans Oedipe Horn | Commentaires (0) |

Je sors d'un café en ruine | 05 août 2009

Je sors d'un café en ruine
laissez-moi je n'ai plus de tronc
plus de tête
je vacille
me désagrège lentement
dans la lumière très douce
très pure.
Le monde autour de moi
poursuit tant bien que mal
son extraction
hors de sa béance rouge.
Je l'ai poussée cette porte
comme un supplicié
ou un cadavre
je suis resté debout
parmi la foule visqueuse
qui n'avait d'yeux
que pour ton masque
ton masque rouge.
L'air est saturé de pollens
des gosses hurlent sur un trottoir
de l'autre côté des murs
de l'autre côté des sons
de l'autre côté du temps
et de la blancheur.
Je voudrais tatouer ton coeur
partout sur ma peau
sur des fragments de ciel
sur les mers du sud
sur la structure de la nuit
de la nuit rouge.
Des morts rampent le long des façades
laissez-moi
je n'ai plus de bouche
plus de sexe
plus de raison...
Un chien traverse la rue
un bossu rit aux éclats
un aveugle tire sur sa clope
avec de brusques sursauts
d'homme châtré.

Vital Bender

Publié par libou à 19:55:11 dans Demain avant de naître | Commentaires (0) |

Jour I (2) | 04 août 2009

Je me mets au travail les quelques heures avant que le soleil ne se couche.
Technique physique et vocale puis outils d'interprétation pour Oedipe Roi. C'est lui qui m'a amené dans ce lieu austère et retranché. Je pensais pouvoir y trouver l'ampleur et l'âpreté qui lui manquent. Je ne me suis pas trompé.
Une fois le soleil couché, le froid est aussitôt au rendez-vous. Il vaut mieux ne pas tarder. Je vivrai ces dix jours à son rythme. Seulement mon super tout neuf sac de couchage confortable à zéro degré et viable à moins douze ne parvient pas à réchauffer mes extrémités déjà refroidies. Je frissonne une grande partie de la nuit et je suis certain qu'il fait bien plus de zéro. J'appréhende le pire en cas de baisse de température car je suis bien conscient que ça peut vraiment être bien pire. Ça m'énerve. Ce qui peut-être fait partie de leur système d'évaluation car ça me réchauffe un peu. Je suis sûr qu'ils font leurs tests sur des morphologies à la Mike Horn, laissant congelés des organismes comme le mien conditionnés sous régime tempéré tout au long de l'année.
Autre souci : mon matelas gonflable se dégonfle et me laisse au contact d'un sol glacial toutes les heures environ. (j'ai trouvé au matin du deuxième jour le responsable à quelques millimètres de l'embouchure. Irréparable évidemment.) En outre, je me suis offert quelques frayeurs splendides, dues à des animaux inconnus frayant autour de la tente. L'incongruité de ces déplacements m'a cueilli en état de demi sommeil, à cette frontière de l'inconscience, à cet abandon de la raison, à l'émergence des schémas enfantins, mythologiques, ataviques. Pulsations incontrôlables et frénétiques, celles primaires de l'instinct de survie, très efficaces car me laissant indéniablement alerte puisqu'à la limite foudroyé. Jusqu'à ce que la raison tempère un peu tout ça. Quoiqu'avec peine car les mouvements d'un objet non identifié derrière un millimètre de toile en pleine nuit et loin de tout c'est flippant. Et on a beau savoir que le diable est dans sa tête, que l'ours est honni dans les Pyrénées et que le loup préfère les chaperons rouges.

Publié par libou à 23:13:42 dans Oedipe Horn | Commentaires (0) |

Jour I (1) | 03 août 2009

Temps agréable, plutôt chaud quoique passablement couvert.
Un sac de 30kg au chargement paraît déjà lourd (enfin dans les limites de ma relativité). En course ce sont les hanches qui accusent le coup, spécialement la gauche. J'évolue lentement, marque des pauses régulières. J'ai un besoin de tout observer autour de moi, de me remplir de chaque relief. Puis une fois dans le vallon où je veux poser ma tente, il s'agit de reconnaître le lieu idéal. Après quatre heures de marche et de nombreuses évaluations, un endroit me paraît adéquat : plat, à l'abri d'éventuelles chutes de pierres, des vents nord et ouest et situé sur le versant sud, sauvage et hors des sentiers battus. En cas de pluie prolongée je crains par contre que quelques rigoles y convergent. Je ne vois rien de mieux pour l'instant et j'ai une pelle miniature et pliable pour parer à ce genre de problème.
Quand je veux m'en servir une fois la tente montée, je constate aussitôt son inefficacité. C'est un joujou inopérant sur ce genre de sol au réseau de racines ténu et épais. De plus elle ne peut se maintenir ouverte et m'a entaillé en se refermant inopinément. C'est à peine un outil à terreau.
Un ruisseau s'écoule quelques minutes plus loin. Si le soleil brille, une toilette à l'eau glaciaire à 2500m d'altitude est une expérience plutôt amusante. Par temps couvert je ne serais pas téméraire.
Le contact des éléments sur ma peau est si plaisant que je repousse le rhabillage. Ce sont des moments si rares de nos jours dans nos sociétés. Je ne dénoncerai pas notre confort ; les conditions pour qu'un tel moment soit agréable ne sont pas si souvent réunies. D'ailleurs une fois tout organisé, je réalise que j'ai oublié le feu pour mon réchaud à gaz. Je suis à deux heures de la cabane la plus proche : je connais déjà ma course de demain. ./.

Publié par libou à 21:11:54 dans Oedipe Horn | Commentaires (0) |

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