Il est temps de changer ma présentation. (Pour ceux qui ne connaissaient pas la précédente c'est con ; elle était vraiment bien.)
C'est pas mal comme intro ça. Recyclable à l'infini. Et qui du coup me permet de me mettre dans la poche autant les écolos que les conservateurs. De plus ça laisse aux nouveaux venus un impalpable regret ; un douloureux sentiment, celui d'être né trop tard, ou pas vraiment au bon endroit, d'avoir manqué quelque chose ; et évidemment d'essentiel. Le truc qui fidélise son lecteur quoi : "J'ai loupé mon passé je réussirai mon avenir. Et c'est grace à cet homme que ça va se faire. Je le sens, je le sais."
Cela dit vous avez raison ! Je le pense en toute réciprocité.
Que serais-je sans vous ?
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Je me mets au travail les quelques heures avant que le soleil ne se couche.
Technique physique et vocale puis outils d'interprétation pour Oedipe Roi. C'est lui qui m'a amené dans ce lieu austère et retranché. Je pensais pouvoir y trouver l'ampleur et l'âpreté qui lui manquent. Je ne me suis pas trompé.
Une fois le soleil couché, le froid est aussitôt au rendez-vous. Il vaut mieux ne pas tarder. Je vivrai ces dix jours à son rythme. Seulement mon super tout neuf sac de couchage confortable à zéro degré et viable à moins douze ne parvient pas à réchauffer mes extrémités déjà refroidies. Je frissonne une grande partie de la nuit et je suis certain qu'il fait bien plus de zéro. J'appréhende le pire en cas de baisse de température car je suis bien conscient que ça peut vraiment être bien pire. Ça m'énerve. Ce qui peut-être fait partie de leur système d'évaluation car ça me réchauffe un peu. Je suis sûr qu'ils font leurs tests sur des morphologies à la Mike Horn, laissant congelés des organismes comme le mien conditionnés sous régime tempéré tout au long de l'année.
Autre souci : mon matelas gonflable se dégonfle et me laisse au contact d'un sol glacial toutes les heures environ. (j'ai trouvé au matin du deuxième jour le responsable à quelques millimètres de l'embouchure. Irréparable évidemment.) En outre, je me suis offert quelques frayeurs splendides, dues à des animaux inconnus frayant autour de la tente. L'incongruité de ces déplacements m'a cueilli en état de demi sommeil, à cette frontière de l'inconscience, à cet abandon de la raison, à l'émergence des schémas enfantins, mythologiques, ataviques. Pulsations incontrôlables et frénétiques, celles primaires de l'instinct de survie, très efficaces car me laissant indéniablement alerte puisqu'à la limite foudroyé. Jusqu'à ce que la raison tempère un peu tout ça. Quoiqu'avec peine car les mouvements d'un objet non identifié derrière un millimètre de toile en pleine nuit et loin de tout c'est flippant. Et on a beau savoir que le diable est dans sa tête, que l'ours est honni dans les Pyrénées et que le loup préfère les chaperons rouges.
Publié par libou à 23:13:42 dans Oedipe Horn | Commentaires (0) | Permaliens
Temps agréable, plutôt chaud quoique passablement couvert.
Un sac de 30kg au chargement paraît déjà lourd (enfin dans les limites de ma relativité). En course ce sont les hanches qui accusent le coup, spécialement la gauche. J'évolue lentement, marque des pauses régulières. J'ai un besoin de tout observer autour de moi, de me remplir de chaque relief. Puis une fois dans le vallon où je veux poser ma tente, il s'agit de reconnaître le lieu idéal. Après quatre heures de marche et de nombreuses évaluations, un endroit me paraît adéquat : plat, à l'abri d'éventuelles chutes de pierres, des vents nord et ouest et situé sur le versant sud, sauvage et hors des sentiers battus. En cas de pluie prolongée je crains par contre que quelques rigoles y convergent. Je ne vois rien de mieux pour l'instant et j'ai une pelle miniature et pliable pour parer à ce genre de problème.
Quand je veux m'en servir une fois la tente montée, je constate aussitôt son inefficacité. C'est un joujou inopérant sur ce genre de sol au réseau de racines ténu et épais. De plus elle ne peut se maintenir ouverte et m'a entaillé en se refermant inopinément. C'est à peine un outil à terreau.
Un ruisseau s'écoule quelques minutes plus loin. Si le soleil brille, une toilette à l'eau glaciaire à 2500m d'altitude est une expérience plutôt amusante. Par temps couvert je ne serais pas téméraire.
Le contact des éléments sur ma peau est si plaisant que je repousse le rhabillage. Ce sont des moments si rares de nos jours dans nos sociétés. Je ne dénoncerai pas notre confort ; les conditions pour qu'un tel moment soit agréable ne sont pas si souvent réunies. D'ailleurs une fois tout organisé, je réalise que j'ai oublié le feu pour mon réchaud à gaz. Je suis à deux heures de la cabane la plus proche : je connais déjà ma course de demain. ./.
Publié par libou à 21:11:54 dans Oedipe Horn | Commentaires (0) | Permaliens
Le feu atomise l'espace
nous avons des os des viscères
de longs poils en toutes saisons
des écailles pour capter la lumière.
Nos enfants jouent avec des têtes de morts
qu'ils lancent pour faire tomber des quilles
sur une passerelle flottante.
Le feu consumait nos consciences rétives.
Nos femmes étaient toutes frigides
cependant
elles savaient se laisser aimer
quand nos bouches goulues
entre leurs cuisses
crachaient de petits poissons.
Le feu dégorgeait des ruelles
que nous arpentions avec tout notre passé
nos têtes chauves
nos soucis majeurs.
Nous poursuivions à l'infini
tant de visages perdus
visages bleuis
visages de femmes...
Vital Bender
Publié par libou à 13:01:07 dans Demain avant de naître | Commentaires (0) | Permaliens
J'ai écrasé le chien
dans le cendrier
la cigarette aboie tristement.
Ta main fixe écarte un rayon
sous les feuilles
sous des lambeaux d'heures
ta main qui savait aussi se fondre
dans le paysage
été comme hiver
quand je hurlais à la mort
pour conjurer cette obsession de la joie
cette obsession de l'amour.
Alors je devenais moi aussi invisible
je disparaissais sous la terre
tu tombais aux pieds de la perfection
en l'accusant de tout ton corps
et elle t'écrasait les mains
dans une écuelle.
Aujourd'hui tes doigts se faufilent
entre d'autres formes embuées.
Le chien est mort : il s'est éteint
comme un cigare
sur le bord d'une assiette.
Je ne fume presque plus.
J'aboie à sa place
quand tu me prends sur tes genoux
pour me consoler (oh si peu !)
de n'être point parfait.
Vital Bender
Publié par libou à 13:03:09 dans Demain avant de naître | Commentaires (0) | Permaliens
Mais aucune page ne restera indéfiniment vierge.
Les chevaux piaffent d'impatience à divers points de cet horizon quadrillé
et dans une marge fictive
et dans chaque petit carreau
brille
une constellation d'yeux porcins.
Le poète écarquille les yeux
allume une cigarette
fronce les sourcils
écarte le voile
et la bouche béante
contemple le monde réel.
Il ne respire plus par lui-même.
Chaque palpitation de son corps
correspond à celle du cosmos
qu'il sent fluer en lui
et cette union sacrée
le rend fou.
Une odeur tenace de mégots et d'apparences fumigènes
l'oblige à réintégrer sa carcasse.
Le poète crache un noyau de cerise sur le bitume
soupire profondément
se frotte les yeux en songeant à des formes rétrospectives au-dessus des toits
derrière des ruines
des tentures.
Il a faim.
L'ombre à l'orée de son cou devient jaune.
Il se tâte la carotide.
Sa bouche tète un sein (cafetière renversée)
le chat fait un mouvement brusque
la photo sur le mur dissimule une éclaboussure de cervelle humaine (ou végétale).
Ce qui fut plus jamais ne sera :
cette perspective profonde
le ballet des sirènes (des sorcières)
tout cela et tant de rêves dissous
dans l'acide du temps.
Le poète simule un cri de femme anogarsmique
qui fait sursauter le chat
et siffler la cafetière.
Le sapin de Noël est tout sec
il faudra songer à le brûler
songer à faire un enfant
à écouter le tam-tam des heures creuses contre les tempes
songer à tous ceux à toutes celles
à qui personne ne songe...
Le poète pour qui la femme
n'est qu'un objet virtuel...
Vital Bender
Publié par libou à 21:21:26 dans Demain avant de naître | Commentaires (0) | Permaliens
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