Il est temps de changer ma présentation. (Pour ceux qui ne connaissaient pas la précédente c'est con ; elle était vraiment bien.)
C'est pas mal comme intro ça. Recyclable à l'infini. Et qui du coup me permet de me mettre dans la poche autant les écolos que les conservateurs. De plus ça laisse aux nouveaux venus un impalpable regret ; un douloureux sentiment, celui d'être né trop tard, ou pas vraiment au bon endroit, d'avoir manqué quelque chose ; et évidemment d'essentiel. Le truc qui fidélise son lecteur quoi : "J'ai loupé mon passé je réussirai mon avenir. Et c'est grace à cet homme que ça va se faire. Je le sens, je le sais."
Cela dit vous avez raison ! Je le pense en toute réciprocité.
Que serais-je sans vous ?
Depuis le 08-03-2007 :
401074 visiteurs
Depuis le début du mois :
8138 visiteurs
Billets :
322 billets
Ainsi le parti dont je dénonçais les méthodes ici a gagné 10 sièges le 11 octobre passé. C'est donc bien une tenue de plongée qu'il me faut, au mieux des culottes de pêcheur. Mais le drame dans les remontées insalubres c'est qu'une poche fécale en révèle toujours une autre.
Je n'avais pas envie de parler de cette initiative grotesque mais il se trouve que sur facebook, un ami -et le pire c'est que c'est vraiment quelqu'un que j'avais aimé rencontrer- publiait chaque deux jours une de ces pitoyables affiches UDC anti-minarets (c'est donc un plaisir de pouvoir publier celle de la contre-offensive.). N'y tenant plus j'étais intervenu avec virulence pour au cours des échanges émousser mes ardeurs. Je sentais bien que ça ne servait à rien. On ne se serait jamais entendu. De plus je n'avais pas envie de rentrer dans un comportement similaire mais à l'opposé. C'est un fonctionnement qui légitime le leur. Les extrémistes se nourrissent de l'exclusion de quel côté qu'ils soient. Ce qui est désolant c'est qu'ils ne se rendent pas compte qu'ils parlent exactement la langue de ceux qu'ils excluent. Et je ne veux pas que ce soit la mienne. (Et c'est pas toujours simple.)
Mais l'affligeant dans tout ça c'est que selon les sondages, l'initiative a de fortes malchances de l'emporter. Ce qui en plus des arguments qui me tiennent à coeur serait une catastrophe diplomatique pour la Suisse. Triste constat qui m'amène à douter du droit de vote -mais non de la démocratie mixte qu'à l'instar de Churchill je considère encore comme le moins mauvais des systèmes.- Car comme disait à peu près Platon : la foule populaire est un animal aveugle et inconsidéré. Conception reprise par Aristote qui tira un parallèle entre la démocratie démagogique et les autres aberrations monstrueuses du pouvoir. Car comme pour celles-ci c'est toujours un intérêt particulier (dans le cas de la démocratie, celui de la majorité) qui l'emporte sur un intérêt général.
Et c'est encore vrai 2500 ans plus tard. Snif.
Publié par libou à 13:07:38 dans cot-cot-idien | Commentaires (0) | Permaliens
J'ai suffisamment évité le sujet dans "Oedipe Horn" pour qu'il soit nécessaire de ne pas y revenir. Ou il y a trop à en éprouver pour avoir à en dire. Par contre Oedipe n'existerait pas sans Jocaste. Et c'est pas peu de le dire.
Celle de notre version est interprétée par Emmanuelle Ricci. Qui donne aussi voix à la Prétresse et à la Servante.
Créon et le berger sont campés par Daniel Monnard (qui a joué Orgon dans le Tartuffe dont nous sortons juste.).
Tirésias et le messager de Corinthe sont joués par David Pion.
Marika Dreistadt (qui jouait ma soeur dans "Division familiale") se charge des magnifiques poèmes du Coryphée.
Et franchement tous ces acteurs sont superbes.
Mais il y a surtout la version de Nancy Huston qui, suite à l'impulsion de Gisèle Sallin - qui signe la mise en scène des deux pièces - a donné une pensée et une parole à cette Jocaste (magistrale Véronique Mermoud) épouse et mère. Car si Oedipe Roi est proposé, c'est pour offrir le miroir public à la version intime et privée de Nancy. Eux (formidables) sont déjà en scène depuis le début du mois et vont tourner un peu partout en Suisse romande.
Et comme vous pouvez le voir en image, le livre de Nancy Huston est publié et disponible en librairie. Sans trahir le moins du monde la version de Sophocle elle l'éclaire pourtant de rebondissements à la limite du scandale. L'Echo des Labdacides aurait vraiment eu quelque chose d'intéressant à se mettre sous la dent. Contrairement à nos magazines people qui ne parviennent plus à trouver de superlatifs susceptibles de compenser la platitude de leurs potins.
Publié par libou à 10:22:00 dans carnet d'autrefois | Commentaires (0) | Permaliens
"Plus je vais, plus je mesure avec stupéfaction la distance qu'il y a entre la réalisation de son oeuvre et son élargissement dans le public. Les facultés inventives, créatrices sont précisément contraires à celles d'habileté, de calcul, de méthode qu'il faut pour se faire connaître." C.-F. Ramuz
Ben oui. Il y a un moment où faut bien redescendre de sa montagne et s'ouvrir un chemin dans la foule. Avec ce nouveau paradoxe qu'on la souhaiterait nombreuse et qu'en même temps on voudrait ne pas y penser. Sans doute tout simplement parce qu'on aimerait être aimé tout en craignant ne point l'être. Parce qu'on rêverait que les facultés inventives et créatrices soient en soi celles d'habileté et de calcul. Mais comme l'a dit Ramuz, qui était pourtant servi question facultés, c'est pas pareil.
Alors départ :
Oedipe Roi c'est avant tout au Théâtre des Osses à Givisiez
les 29,30 octobre, 6,20,21,22,27,28,29 novembre et 8 et 11 décembre
Jeudi à 19h, vendredi + samedi à 20h et dimanche à 17h
Comme deux spectacles -intimement liés puisqu'il s'agit de Jocaste Reine (création mondiale de Nancy Huston)- sont joués en même temps aux Osses, il y a des jours où la possibilité de les voir successivement est offerte
les 31 octobre, 1,7,8,14,15 novembre et 12 décembre
OR samedi à 18h et dimanche à 16h / JR samedi à 20h30 et dimanche à 18h30
Pour les Valaisans il y aura aussi la soirée du 5 décembre aux Halles de Sierre où les deux spectacles sont proposés.
Et même un petit coup en France, les 17 et 18 décembre au Théâtre du Château d'O à Montpellier.
Publié par libou à 11:32:11 dans puits à coq | Commentaires (9) | Permaliens
A nouveau un peu de musique pour parler cinéma. Vieux cinéma déjà puisque le Dardenne dardeur d'amour est déjà sorti il y a plusieurs années. Mais il faut le voir. Je rechignais et repoussais toujours davantage le moment tant les plans rapprochés de la caméra à l'épaule de "Le fils" m'avaient éreinté. Point du tout au niveau de l'intrigue. Toujours pertinente chez les frangins mais bien au niveau du choix esthétique. Et j'avais pas envie de m'infliger ça avec "L'enfant". Mais ce film est un vrai petit joyau et Jérémie Rénier remarquable. Une symphonie à la rythmique parfaitement maîtrisée. Les temps sont étirés sur un fil d'où ils ne basculent jamais du côté de l'ennui. Que ce soit dans la durée des plans que dans celle de la progression dramatique. L'insoutenable légèreté du héros est passée au scalpel des réalisateurs avec on dirait davantage d'authenticité que ne le ferait un documentariste. C'est à la fois lourd et léger, tendre et agaçant. Et bien sûr si le héros finira par accoucher de sa conscience dans la douleur, laissant la morale sauve, le regard n'est jamais jugeant.
Et hier soir j'ai plongé encore plus loin vers les débuts du septième art avec le monstre des monstres. Je pense évidemment à Charlie Chaplin. J'avais vu "Les feux de la rampe" quand j'étais bien plus petit et n'en gardais qu'un souvenir très vague. Me souvenais d'une histoire d'amour, d'un mec qui se cassait la pipe dans la grosse caisse de l'orchestre et que la fin m'avait beaucoup fait pleurer. Il y avait bien tout ça mais aussi une fine pellicule de déception. Au début. Le doublage est bien entendu insupportable. Surtout les voix féminines. Mais ça ce n'est point la faute du Chaplin. Il n'a d'ailleurs commis aucune faute. Il interroge juste la gloire et la vieillesse, la vieillesse et la gloire. Il passe avec brio du muet au parlant car les discours un peu faits du début, ces hymnes à la vie et au courage se heurtent très vite à la difficile réalité de leur application. Ce qui sauve l'ensemble. Bien sûr je ne critique point Chaplin. Tout simplement parce que ce n'est pas possible. Il a tout inventé. Mais c'est le regard d'un spectateur blasé qui a plus de cinquante ans de cinéma dans le cortex. Ce qui ne m'a pas empêché de pleurer à la fin. Je n'ai toujours pas vu de clown plus touchant.
Après Fanfarlo, c'est au tour de Bombay Bicycle Club d'ouvrir un cinémoi. De ces géniaux Tommy à peine pubères qui vous pondent des ritournelles à l'accroche infaillible. Ce dernier, je l'écoutais avant d'aller jouer le Cléante du Tartuffe. Je tentais d'y puiser la joie et la légèreté qu'il me fallait.
Pour Oedipe je sais toujours pas quoi écouter...
Publié par libou à 19:08:36 dans cinémoi | Commentaires (0) | Permaliens
L'Ablate.
J'en ai déjà parlé auparavant sur ce blog, notamment en initiant la série des "Demain avant de naître". Vital Bender y avait apporté la contribution de certains de ses poèmes. Nous étions plutôt nombreux, pas toujours les mêmes à participer à ce journal littéraire.
Et avec certains plus téméraires nous avions aussi créé des soirées. Au début toutes simples où seulement nous lisions les textes des autres ou les nôtres. Puis ça s'était élaboré pour aboutir à des espèces de performances théâtrales où se mêlaient les délires de chacun dans un ensemble plus ou moins cohérent. Il doit en rester une trace vidéo quelque part. Je serais bien curieux de voir ça.
Tout ceci pour en venir à la piécette qui suit, écrite tout spécialement pour une de ces soirées dont le thème rassembleur était le phonème "b a l". Elle est un peu longue pour un post mais ça vous aidera à patienter. Je sais bien que sans moi vous êtes démunis et la dernière ligne droite d'Oedipe risque de bien m'occuper ces prochains jours.
Le grand prêtre
Voilà mes frères, l'heure décisive du rituel suprême a sonné. Baal Zebub, que son nom soit magnifié, a affrété ses mouches à terre. Le moment tant attendu, mes fils, est à nos portes. Levez les yeux et glorifiez ce céleste instant où le produit du grand fornicateur sera enfin inséminé dans sa terre porteuse. Toutes les conditions sont réunies mes enfants, et on m'a signalé à l'instant que le colis était livré. Qu'on l'apprête donc pour l'ultime sacrifice ; que le ferment de son sang soit mêlé à la glaise matricielle et qu'ils deviennent tous deux le ciment bâtisseur de la grande destruction. (il se calme) Amenez maintenant la vierge et ôtez-lui son bâillon. Qu'on entende la délectable et sacrée supplique qui doit précéder toute mise à mort.
Le travesti reste immobile et silencieux
Le grand prêtre
Ô vierge sublime ! Nous allons procéder à ton exécution et cela en passant par quatre chemins. Crie donc... griffe... hurle ! Car tu auras le privilège de voir passer ta mort.
il observe interloqué le travesti qui demeure toujours aussi silencieux et immobile
Le grand prêtre
Amenez les instruments et récoltez la souffrance. Que les larmes se fondent au sang et les supplications à la douleur !
Les bourreaux commencent lentement à démembrer le travesti qui commence à parler
Le travesti
J'aimerais ce soir qu'on me dise pourquoi il est des choses qu'il ne faut pas dire ou d'autres qu'on ne doit pas faire. J'aimerais aussi qu'on m'explique les critères qui permettent de classer ces choses dans les catégories du permis ou du déconseillé, de l'induit ou de l'interdit. Je voudrais comprendre ce soir pourquoi je me trouve ici où pour des raisons obscures on voudrait que je me plaigne, que je gémisse et demande grâce.
Le grand prêtre
Mais elle est folle !
Le travesti
Ca ne sera qu'une fois de plus où l'on se dérobe grossièrement à mes questions... auxquelles je me suis sans doute habitué d'ailleurs. Elles arrivent comme ça un jour on ne sait trop comment et on se gausse d'une conscience, on savoure une liberté, on arbore une supériorité, puis le temps passe et avale tout. (on lui ôte le premier bras) Mais c'est pour ça qu'on vieillit, pour ça que la peau se fripe, que les cernes noircissent et que les seins tombent. A cause de ces questions qui demeurent malgré l'inertie des automatismes, malgré les gestes qu'on répète ou ces vérités qu'on s'invente et auxquelles on croit coûte que coûte. Alors que là, tout au fond, à l'apesanteur de ce maudit instant de lucidité, la question persiste sans réponse. On évite d'y penser mais on sait ; c'est intime et indélébile.
on lui a déjà arraché les deux bras
Le grand prêtre
Ta gueule ! Ta gueule ! Ta gueule ! Ta gueule !... Tu vas supplier oui !?! (il lui crache dessus et le rosse) comme pour lui-même : C'est pas possible qu'il n'ait pas mal ! Putain il va tout foutre en l'air ! au travesti : C'est bon t'as fini ?! à part : Au moins c'est déjà ça. (il arpente la scène puis décidé) Tranchez-lui le reste ! Il finira bien par crier... de toute façon il est trop tard.
Le travesti
Mais le plus drôle, c'est que malgré tout ça ; au lieu de se sentir libérés définitivement et inéluctablement, on s'acharne sans aucune réponse puisqu'elles n'ont pas de raison... on s'acharne à vouloir croire que c'est important, que NOUS sommes importants et qu'il faut se protéger, s'épargner émotions et douleurs, faire sa place, briller, se déhancher lubriquement aux yeux de cette digne broyeuse d'âmes, de cette institution du respectable. (on lui tranche la première jambe)
Ou alors on s'insurge contre elle, contre le fait qu'elle nous étouffe, qu'elle ne nous permet pas de paraître le torse bombé ou les poches pleines, car on tient à son petit rôle et qu'importe les moyens (il imite le grand prêtre) "Le grand moment est arrivé" Mais quel moment pauvres cons !? Le moment de la réponse ?
le grand prêtre s'affale et pleure sur sa cérémonie qui bat de l'aile mais seulement sur sa cérémonie
Vous ne mesurez même pas la taille de votre bêtise. Vous êtes la victoire du monde dont vous souhaitez la fin, vous êtes son apothéose, son couronnement par l'absurde. Et vous voudriez que j'aie mal, que je souffre et que je gémisse alors que vous fûtes ma révélation, ma frontière tant attendue, cette limite où on bascule. (on lui coupe la deuxième jambe et il tombe). Léger, si léger tout à coup, je vole et vous n'en savez rien ; vous n'en saurez jamais rien de cette baffe qu'on reçoit tout à coup et qui n'a tellement aucune nécessité qu'elle en devient indispensable...
Plus de place, plus de déhanchement, plus que l'essentiel... tellement vivant, tellement là, et pour l'éternité.
Je vous aime couillons ! il pleure doucement, les yeux remplis d'amour
Je vous aime.
(A la mémoire d'Olivier qui jouait le rôle du travesti et qu'un anévrisme cérébral a depuis fauché à l'aube de sa renaissance.)
Publié par libou à 17:30:43 dans poêt rerie | Commentaires (0) | Permaliens
<< |1| 2| 3| 4| 5| 6| 7| 8| 9| 10| 11| 12| 13| 14| 15| 16| 17| 18| 19| 20| 21| 22| 23| 24| 25| 26| 27| 28| 29| 30| 31| 32| 33| 34| 35| 36| 37| 38| 39| 40| 41| 42| 43| 44| 45| 46| 47| 48| 49| 50| 51| 52| 53| 54| 55| 56| 57| 58| 59| 60| 61| 62| 63| 64| 65| >>
Commentaires