Il est temps de changer ma présentation. (Pour ceux qui ne connaissaient pas la précédente c'est con ; elle était vraiment bien.)
C'est pas mal comme intro ça. Recyclable à l'infini. Et qui du coup me permet de me mettre dans la poche autant les écolos que les conservateurs. De plus ça laisse aux nouveaux venus un impalpable regret ; un douloureux sentiment, celui d'être né trop tard, ou pas vraiment au bon endroit, d'avoir manqué quelque chose ; et évidemment d'essentiel. Le truc qui fidélise son lecteur quoi : "J'ai loupé mon passé je réussirai mon avenir. Et c'est grace à cet homme que ça va se faire. Je le sens, je le sais."
Cela dit vous avez raison ! Je le pense en toute réciprocité.
Que serais-je sans vous ?
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La folie pour survie
Un plateau obscur fendu d'une entaille lumineuse. Dans ce rai de lumière, un corps brisé qui sanglote, suffoque. La première image de Division familiale dit beaucoup de ce qui va se jouer dans le clan dévasté. Derrière la porte libérant cette diagonale infernale, un père s'est suicidé. Et la blessure ne cessera de saigner, déversant son torrent de dérèglements. Toxicomanie, schizophrénie, logorrhée psychotique, Julien Mages dresse la liste des troubles provoqués par un tel événement. Avec un style où l'embouteillage du langage et les répétitions saccadées racontent le définitif sentiment d'étrangeté pour les proches blessés. Accablant ? Non car, face au jeune auteur et metteur en scène romand, les comédiens, jeunes eux aussi, restent autonomes, vivants.
"Petit papa, petit con (...) je peux revenir plus tard tu nous tues je reviendrai plus tard elle est où ta tombe." Comme le cadet (René-Claude Emery), le fils aîné (Frank Arnaudon) n'a pas supporté l'acte fatal. Lui qui avait répondu par le travail à la névrose familiale termine interné après une crise obsessionnelle qui a la tombe pour objet.
Tout le théâtre naissant de Julien Mages réside dans l'idée de lésion. De division intérieure qui a donné son nom aux trois pièces écrites depuis 2006. L'auteur, 31 ans, est diplômé de la Haute Ecole de théâtre de Suisse romande, mais a laissé le jeu de côté pour l'exploration des névroses familiales. Avec succès. Les Perdus, sa prochaine pièce, lancera, en septembre, la saison du Théâtre de Vidy. Le sujet ? La vie d'un groupe de squatters. On ne sera plus dans les abîmes familiaux, mais les secousses de l'âme et du corps restent au coeur du propos.
Secousses, oui. Car, de la mère (Irma Ryser-Zogaï) aux fils en passant par l'interné (Frank Michaux), chaque personnage de Division familiale tremble, vacille sous le poids de son trauma. Seule la fille (Marika Dreistadt) tient bon. Un ballet parfois convenu autour de la folie, mais prenant dans ses enjeux de survie.
Marie-Pierre Genecand
Publié par libou à 21:48:29 dans puits à coq | Commentaires (0) | Permaliens
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