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Les petits noirs de Stéphane Laurent

entretiens littéraires au coin du zinc...

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Stéphane Laurent est journaliste et rewriter dans l'édition.

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Un petit noir avec Frédéric Boudet | 22 février 2007

Frédéric Boudet a publié aux éditions de l'Olivier un recueil de nouvelles intitulé Invisibles et que je tiens pour l'un des livres français les plus touchants de ces dernières années. Entretien - découverte avec un auteur furieusement prometteur, comme au coin du zinc, devant un bon petit noir...


-La notice biographique en quatrième de couverture de votre recueil ne dit presque rien de vous. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?


- Mon éditeur sait être laconique en effet... J'ai trente huit ans, je vis à Paris et suis originaire du Mans, dans la Sarthe. J'attache une importance assez grande aux racines, mes personnages sont souvent sans attaches, sans prise semble-t-il avec le réel, mais je crois qu'ils savent d'où ils viennent, même si cela est source de souffrance souvent plus que de sérénité. Je parlerai du Mans et de mon rapport à cette ville un jour dans un texte qui est en gestation quelque part, un le Mans revisité par la littérature, ça va sans dire. Quant à l'écriture, c'est un cliché de dire qu'elle a toujours été là, et que ce premier livre publié n'est pas le premier écrit.

          
- Invisibles est votre premier recueil : dans quelles circonstances avez-vous été amené à écrire les nouvelles qui le composent ? 


 - Je venais de terminer un roman (qui m'a pris trois ans) et je me suis rendu compte qu'il n'était pas bon, que pour l'envoyer à une maison d'édition je devais le réécrire entièrement (ce que j'avais déjà fait plus ou moins trois fois). Un peu désespéré (la vie est tout de même courte !), j'ai décidé, aidé en cela par le souvenir de celui que j'appelle mon « maître », Raymond Carver, de laisser tomber et de me remettre à écrire des nouvelles pour composer un recueil et enfin pouvoir envoyer quelque chose. La nouvelle permet de finir un texte en quelques semaines ou un ou deux mois au plus (impossible à faire avec un roman !) et surtout de travailler le style, de ciseler son texte, quand le roman vous laisse parfois embourbé jusqu'au cou dans les méandres de la structure, des personnages, des parties et des sous-parties etc. Au bout d'une année et demie j'avais une douzaine de textes que j'ai estimés suffisamment bons pour être envoyés. Quant à être publiés, ce fût la bonne surprise !


- Un inconnu qui débute son parcours littéraire par un recueil de nouvelles chez un éditeur (relativement) important : les contes de fées sont donc possibles en ce bas monde ?


- Eh oui ! L'Olivier était en tête de ma liste, ils ont publié une grande partie des écrivains américains qui m'ont donné envie d'écrire et m'ont tout appris, Raymond Carver en tête. C'était donc assez inespéré ! Mais c'est une maison qui a toujours défendu ce genre littéraire, Olivier Cohen a beaucoup dit son amour de la nouvelle, et c'est vrai que leur catalogue est fait d'assez nombreux auteurs français inspirés par la littérature américaine, ce qui est assez vrai de mon recueil, je crois.


- Il y a dans vos nouvelles un vrai sens du rythme et de l'intrigue, un ancrage très crédible dans le quotidien, et des personnages denses et forts qui évoquent les meilleurs travaux des nouvellistes américains... Ceux-ci font-ils partie de vos influences ?


- Oui, définitivement. Carver en tête mais aussi Richard Ford, Russell Banks, Jim Harrison, et les grands « anciens », Faulkner et Steinbeck en tête. J'ai lu plus d'auteurs américains que de français. Djian a écrit un livre superbe, Ardoise, où il dit la dette qui est la sienne vis-à-vis d'une brochette d'auteurs : tous ou presque sont américains (sauf Cendrars et Céline, deux indispensables !), et tous font partie de ma bibliothèque idéale (il faut lire Ardoise !).


- L'absence, le deuil, l'incommunicabilité, les rapports filiaux... autant de thèmes qui semblent proches de vos préoccupations. D'où tirez-vous votre inspiration ?


- Grande et difficile question... réellement. Comme beaucoup, j'ai plusieurs « sources », qui m'échappent, je veux dire par là que ma façon de travailler consiste à me connecter à ces « sources », qui sont quelque part, et pour faire vite, entre le monde, le souvenir, le regret, le cœur et l'inconscient, et de les laisser couler, mon rôle est celui du scribe, je ne fais que retranscrire. Ceci pour le premier jet. Ensuite, c'est à l'hémisphère gauche d'entrer en scène et de donner une forme, patiemment, minutieusement, obsessionnellement, à coups de marteaux, de ciseaux, de scalpels, de chiffons ou de plume, pour que cela sonne, tienne debout tout seul. Et si ce qui reste vibre encore, si c'est encore « inspiré », je garde. L'enfance, ce qu'on appelle les « relations », être fils, être père, être mère, mais aussi être vivant, quand on pourrait aussi être mort (ça viendra...), le regret, la nostalgie sont mes grandes obsessions. Pourquoi ? Je ne cherche pas à le savoir. C'est déjà beaucoup qu'elles veuillent bien prendre forme littéraire, laissons faire...


- Comment Invisibles a t-il été reçu par le public et la critique ? Etes-vous satisfait des ventes ?  Des réactions qu'il a suscitées ? 


 - J'ai eu quelques articles positifs dans la grande presse comme on dit, c'est toujours satisfaisant. Les libraires ont eu l'air d'apprécier aussi et les ventes satisfont mon éditeur semble-t-il, je n'ai donc pas à me plaindre ! Si la question est « auriez-vous aimé en vendre suffisamment pour pouvoir en vivre pendant cinq ans et ne faire qu'écrire ?», la réponse est oui (mais ça n'est pas le cas !).
 
- Quels sont aujourd'hui vos projets, en matière d'écriture ?


- Je travaille actuellement à un roman. Il sera assez proche je pense de l'univers des nouvelles qui composent Invisibles.


Invisibles, par Frédéric Boudet - Editions de l'Olivier - 2006 -15 euros.
Le blog de l'auteur: fredericboudet.blogspot.com
 

Publié par Genève à 15:55:17 dans Les petits noirs de Stéphane Laurent | Commentaires (2) |

23-02-2007  08:21  23-02-2007 08:21
Merci pour ce retour  De  Marco  Sujet:  Merci pour ce retour
Déjà lu cette itv sur l'ancien blog. Mais merci pour ce retour des petits noirs sous cette forme nouvelle !
22-02-2007  19:15  22-02-2007 19:15
Bien !  De  nicole laugel  Sujet:  Bien !
Bien contente de ce retour du "Petit noir avec..." ! Ne me reste plus qu'à me précipiter en librairie pour acheter "Invisibles" que son auteur nous donne ici très envie de lire.

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