La Cimade est une organisation non gouvernementale qui accueille, oriente et défend les demandeurs d'asile, les réfugiés et tous les migrants. Nous organisons des permanences d'accueil pour accompagner les migrants dans leurs démarches administratives et juridiques. Témoins de leurs situations, des injustices et des inhumanités, nous intervenons dans la cité pour alerter, conscientiser et mobiliser. Nous aspirons à la socièté fraternelle du "Vivre Ensemble".
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mediapart 4/9/08
L'Etat veut contrôler les associations dans les centres de rétention
Par Carine Fouteau
Brice Hortefeux attend de la
«discrétion» de la part des associations qui seront autorisées à entrer
dans les centres de rétention administrative (CRA) à partir du 1er
janvier 2009.
Le coup est rude pour la Cimade, mais pas
seulement. Seule organisation présente dans ces lieux où sont enfermés
les sans-papiers en instance d'expulsion, elle apporte depuis
vingt-cinq ans une aide juridique aux «retenus» afin qu'ils puissent
faire valoir leurs droits.
Ses relations avec le ministère de
l'immigration n'ayant cessé de se détériorer, elle sait qu'elle risque
de devoir partager sa mission avec d'autres structures, dont certaines
sont réputées plus conciliantes à l'égard de la politique menée par
Brice Hortefeux. Mais elle ne s'attendait pas aux nouvelles
instructions contenues dans le cahier des charges qui vient d'être
rendu public.
La convention triennale la liant à l'Etat arrivant
à échéance en décembre, le ministère en profite pour changer la donne.
Publié le 2 septembre 2008 au bulletin officiel des annonces de marchés
publics, l'appel d'offre «relatif au marché pour l'information, en vue
de l'exercice de leurs droits, des étrangers maintenus dans les centres
de rétention administrative» détaille la réorganisation de la présence
associative. Le «marché» est ouvert à toutes les personnes morales :
les associations, mais aussi les sociétés privées et les structures
parapubliques peuvent se porter candidates.
La France est
divisée en huit zones territoriales, chacune comprenant trois à cinq
centres de rétention. La vue d'ensemble dont disposait la Cimade pour
évaluer la politique engagée par le gouvernement dans les centres de
rétention vole en éclat. Huit «personnes morales » différentes
pourront, de fait, remplir la mission jusqu'alors confiée à la Cimade,
ce qui suppose des pratiques variées, et pas forcément coordonnées,
d'un centre à l'autre. L'idée d'un tandem, par exemple avec le Secours
catholique, semble tomber à l'eau puisqu'une seule structure pourra
postuler pour un «lot».
Un droit de regard de l'Etat
Voilà
pour la forme. Sur le fond, l'Etat exige un droit de regard sur les
informations rassemblées par le «prestataire», mais aussi de la
«discrétion» et de la «neutralité». Pour espérer être retenu, celui-ci
doit en effet «s'engager (...) à faire preuve de discrétion et à ne pas
divulguer, en sa qualité de prestataire de l'Etat, des faits ou des
informations sur les situations individuelles qu'il aura à connaître».
Il s'engage également «à respecter une stricte neutralité au regard des
situations individuelles rencontrées». En cas de non-respect de ces
clauses, «l'administration peut résilier le marché sans indemnité». Par
ailleurs, l'association devra «rendre compte à l'administration,
représentée par le préfet, de la réalisation des prestations (...)
selon une périodicité trimestrielle»
Ces documents ne
pourront pas être communiqués «dans le cadre des rapports et
communications propres à la personne morale». C'est là tout un pan du
travail réalisé chaque année par la Cimade qui s'effondre, puisque
l'association s'efforçait dans un rapport annuel de rendre publics à la
fois des témoignages individuels et des considérations générales. C'est
aussi une manière, pour l'Etat, d'éviter la publication de documents
embarrassants, comme cela avait été le cas après l'incendie des CRA de
Vincennes en juin. Cet événement semble d'ailleurs avoir hanté le
rédacteur de l'appel d'offre puisqu'il précise que «le marché peut être
résilié avec indemnité dans le cas où les CRA d'un lot ne serait plus
en mesure d'accueillir des étrangers».
Cet appel d'offre
inquiète à la Cimade. «Les intervenants risquent de devenir des
auxiliaires du ministère de l'immigration : non seulement notre
activité sera étroitement surveillée, mais en plus on peut s'interroger
sur le type d'informations que nous aurons le droit de faire passer aux
retenus : est-ce que ce sera l'information juridique que l'on avait
l'habitude de donner ou est-ce que cela se résumera à des instructions
revues et corrigées par le gouvernement ?», s'interroge l'un d'entre
eux.
La Cimade, à laquelle l'Etat verse chaque année 3,88
millions d'euros, fait les frais de sa position critique à l'égard de
la politique d'immigration du gouvernement. En multipliant les
interlocuteurs, Brice Hortefeux la sanctionne. Il mise aussi sur
d'éventuels désaccords entre les associations qui, pour l'instant,
n'ont pas trouvé de réponse commune.
Dans la région lyonnaise,
Forum réfugiés, souvent citée en «exemple» des «associations
raisonnables» par Brice Hortefeux, devrait d'ailleurs répondre à
l'appel d'offre, selon son directeur Olivier Brachet. «Les relations
entre la Cimade et le ministère ne sont pas au beau fixe. Cet espèce de
monopole qu'avait cette association, il n'a plus lieu d'être. Plutôt
qu'une parole confisquée, il y aura une diversité d'expression»
Plus prudentes, la Croix-Rouge et
France terre d'asile (FTDA) affirment ne pas vouloir «entrer en
concurrence avec la Cimade». De fait, la division fait le jeu du
ministère de l'immigration qui cherche à départager les associations en
fonction de leur degré de coopération. Depuis que les CRA de Vincennes
ont été réduit en cendre, les relations avec la plupart d'entre elles
sont exécrables.
La Cimade n'est pas la seule à être dans le
collimateur. Le réseau Education sans frontières (RESF) n'est pas non
plus en odeur de sainteté. Quant à SOS soutien aux sans-papiers, Brice
Hortefeux a engagé des poursuites, accusant ses militants d'avoir
incité à la révolte les étrangers retenus dans le CRA du Mensil-Amelot,
en Seine-et-Marne, début août.
Reste à savoir quelle stratégie
va adopter la Cimade. Car l'une des conséquences de ce démantèlement
pourrait être son désengagement total. Et les sans-papiers seraient les
premiers à en subir les conséquences.
Publié par groupe.cimade63 à 23:02:51 dans ALERTE : La République dégénère ! | Commentaires (2) | Permaliens
Publié par groupe.cimade63 à 22:54:14 dans ALERTE : La République dégénère ! | Commentaires (0) | Permaliens
Après la mise en ligne de l'article intitulé «Fichier Edvige: le ministère refuse de s'expliquer» (lire Quotidien du 11 juillet), la place Beauvau a finalement réagi par la voie d'un email envoyé par son porte-parole, Gérard Gachet (photo), à Têtu.
Il vient conforter les inquiétudes suscitées par le décret.
Dans sa réponse, le porte-parole établit clairement que le décret vise à permettre le fichage de militants homosexuels ou séropositifs.
Il développe un argumentaire qui ajoute d'autres inquiétudes à celles ayant déjà provoqué la colère et la mobilisation des associations LGBT,de syndicats et de partis politiques et procède à une attaque en règle de la Commission nationale Informatique et Libertés (Cnil).
«Les données sur la santé ou la sexualité ne sont pas enregistrées pour elles-mêmes», explique Gérard Gachet.
Leur mention n'est autorisée que pour un besoin incident lié à une activité.
Dans le domaine du renseignement, il s'agit essentiellement du militantisme.
Ainsi, pour pouvoir enregistrer que quelqu'un est responsable d'une association professionnelle d'homosexuels, il faut autoriser,au titre de l'association, la caractéristique dite sensible.
De même un militant d'une association servant une cause médicale, qui aurait participé à une intrusion violente dans un ministère ou une préfecture, sera intégré au fichier avec la finalité,médicale, de sa cause.
Ce ne sont donc pas les personnes qui en tant que telles sont
caractérisées.»
L'homosexualité et la séropositivité seront donc toutefois bien fichées «pour un besoin incident lié à une activité» militante.
En clair, l'orientation sexuelle des individus ne sera pas fichée en
tant que telle, sauf si ces individus sont militants d'une
association de défense des droits des gays et des lesbiennes.
De même, un militant défendant les séropositifs qui mènerait une
action choc dans un lieu public sera «intégré au fichier avec la finalité, médicale, de sa cause».
La réponse du porte-parole de Michèle Alliot-Marie propose une interprétation du décret qui est en contrariété directe avec la loi du 6 janvier 1978, dite loi Informatiques et libertés.
En effet, l'article 8 de cette loi, visé par le décret créant «Edvige», prévoit qu'«il est interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel [...] relatives à la santé ou à la vie
sexuelle [des personnes]».
Par ailleurs, le porte-parole de Michèle Alliot-Marie soutient, contrairement à ce qu'avait souligné la Cnil dans son avis du 16 juin 2008, que les données relatives à la santé et à la vie sexuelle ont toujours été enregistrées dans les fichiers des services de renseignements.
Or, le décret du 14 octobre 1991 relatif aux fichiers gérés par les renseignements généraux ne permettait pas l'enregistrement de données relatives à la santé et à la vie sexuelle.
Enfin, Gérard Gachet estime que «le communiqué de la Cnil est inexact» sur certains points; il minimise également le rôle de l'avis de l'organisme sur les modifications apportées au projet de décret.
Le porte-parole de Michèle Alliot-Marie insiste sur le fait que c'est essentiellement l'avis du Conseil d'État qui a conduit la place Beauvau à apporter des modifications.
Têtu regrette que l'avis du Conseil d'État n'ait pas été alors rendu public et invite le gouvernement à le faire.
par Stéphane Garneri
http://www.tetu.
Publié par groupe.cimade63 à 22:46:00 dans ALERTE : La République dégénère ! | Commentaires (0) | Permaliens
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