La première édition
de ce guide avait pour objectif de donner des premières indications à ceux
(personnels de l'Education nationale, parents d'élèves ou militants associatifs
ou syndicaux, voire élèves eux-mêmes), qui découvraient, souvent avec stupeur,
qu'un élève ou un jeune de leur entourage était sans papiers et menacé
d'expulsion au premier contrôle de police.
Aujourd'hui le Réseau
Education Sans Frontières a plusieurs années d'existence. Les militants et
citoyens qui s'en réclament sont présents dans toute la France et parfois au-
delà de nos frontières, les organisations et associations qui participent à son
action ou la soutiennent se sont multipliées, des collectifs ont surgi partout
dans les villes, les quartiers, parfois les villages, structures durables de
solidarité ou regroupements conjoncturels liés à la défense, non seulement des
jeunes scolarisés, mais des enfants et de leurs familles. Et de multiples
actions ont été menées, souvent avec succès, pour obtenir des régularisations,
empêcher des expulsions.
Car l'obsession de la « maîtrise des flux
migratoires », c'est à dire de la fermeture des frontières, la tentation de
flatter la xénophobie pour conquérir des voix, le phantasme de l'étranger
menaçant « l'identité nationale », se sont traduits par de nouveaux
durcissements de la législation, qui pénalisent notamment le droit à la vie
familiale.
Pire, la répression a été aggravée par la fixation de quotas
sans cesse plus élevés en matière d'interpellations et de reconduites à la
frontière. Une véritable « chasse aux sans-papiers » se mène au prix de
terribles dérives : examens baclés des dossiers dans les préfectures,
interpellations au domicile, à proximité des écoles ou dans les préfectures,
multiplication des contrôles au faciès et des rafles dans les quartiers
populaires, etc. Une traque qui a déjà provoqué des drames insupportables, de la
chute d'Ivan à la mort de Chulan et de Baba Traore, tentant d'échapper à une
intervention ou un contrôle de la police.
Mais face à cette mécanique
répressive, qui risque de la pourrir de l'intérieur, la société a réagi : plus
de 130 000 citoyens ont signé la pétition « Nous les prenons sous notre
protection » ; le film réalisé par les cinéastes « Laissez-les grandir ici ! » a
été applaudi par des centaines de milliers de personnes ; partout des
enseignants, des parents d'élèves, des militants, des élus, des artistes, des
intellectuels, et le plus souvent de simples citoyens écrivent, signent des
pétitions, manifestent, rendent visite aux sans-papiers en lutte dans leur
entreprise, vont dans les préfectures ou les commissariats, se rendent sur les
lieux des rafles ou dans les aéroports pour imposer une régularisation ou
empêcher qu'un jeune soit arraché à l'avenir qu'il se construisait, que des
parents soient privés d'un père ou d'une mère, qu'une famille retourne de force
vers l'enfer ou simplement la misère qu'elle avait réussi à fuir...
Ce
guide n'offre pas de recettes : il tente, modestement, de mettre au service de
ces mobilisations les acquis de l'expérience accumulée par tous et partout, de
donner les outils, militants et juridiques, pour aider l'action de tous ceux qui
refusent l'inacceptable.
Il reste que, même si la solidarité citoyenne
peut régler nombre de cas de jeunes ou de familles sans papiers - pas tous,
hélas ! - , la question dépasse évidemment les situations individuelles et le
cas par cas. Les drames que nous dénonçons, les souffrances qui attirent une
sympathie légitime, révèlent une remise en cause de droits fondamentaux. C'est
pourquoi l'élan de solidarité qui se manifeste à l'égard de ceux qui vivent,
étudient ou travaillent à nos côtés, appelle, non seulement la régularisation,
mais aussi la nécessaire abrogation des lois anti immigrés. Il dessine les
contours d'une autre société, plus tolérante et plus respectueuse des individus,
des droits et des libertés, celle que nous voulons laisser aux jeunes
générations...
juin 2008, RESF, 3ème édition, 100 pages, 5 + 0 de
frais d'envoi
>>> Cette publication est également téléchargeable en
cliquant ici.
Commentaires