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Des nouvelles bientôt | 02 août 2007

Je reprendrai mon blog, de loin en loin, dans quelque temps. J'ai terminé l'écriture de mon nouveau recueil, "Multitudes minérales". Certains lecteurs privilégiés ont souligné la parenté avec Ramuz ! Bel honneur ! Des revues pourraient publier des extraits. J'attends désormais des nouvelles de mon éditeur.

A bientôt

P.R

Publié par ROSSET à 09:44:42 dans Amis poètes... | Commentaires (0) |

Le bon La Fontaine... | 20 mai 2007

Quand on parle de poésie, on évoque rarement La Fontaine, que l'on associe, c'est bien normal, aux fables. Pourtant, que de pages purement poétiques dans l'oeuvre de La Fontaine ! et je vous livre aujourd'hui la fable la plus lyrique  de toutes ses fables. Une merveille de sagesse, de calme... Un hommage à la poésie. 

Le Songe d'un habitant du Mogol (XI, 4)

Jadis certain Mogol vit en songe un Vizir
Aux champs Elysiens possesseur d'un plaisir
Aussi pur qu'infini, tant en prix qu'en durée ;
Le même songeur vit en une autre contrée
Un Ermite entouré de feux,
Qui touchait de pitié même les malheureux.
Le cas parut étrange, et contre l'ordinaire :
Minos en ces deux morts semblait s'être mépris.
Le dormeur s'éveilla, tant il en fut surpris.
Dans ce songe pourtant soupçonnant du mystère,
Il se fit expliquer l'affaire.
L'interprète lui dit : Ne vous étonnez point ;
Votre songe a du sens ; et, si j'ai sur ce point
Acquis tant soit peu d'habitude,
C'est un avis des Dieux. Pendant l'humain séjour,
Ce Vizir quelquefois cherchait la solitude ;
Cet Ermite aux Vizirs allait faire sa cour.

Si j'osais ajouter au mot de l'interprète,
J'inspirerais ici l'amour de la retraite :
Elle offre à ses amants des biens sans embarras,
Biens purs, présents du Ciel, qui naissent sous les pas.
Solitude où je trouve une douceur secrète,
Lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais,
Loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais ?
Oh ! qui m'arrêtera sous vos sombres asiles !
Quand pourront les neuf Soeurs, loin des cours et des villes,
M'occuper tout entier, et m'apprendre des Cieux
Les divers mouvements inconnus à nos yeux,
Les noms et les vertus de ces clartés errantes
Par qui sont nos destins et nos moeurs différentes !
Que si je ne suis né pour de si grands projets,
Du moins que les ruisseaux m'offrent de doux objets !
Que je peigne en mes Vers quelque rive fleurie !
La Parque à filets d'or n'ourdira point ma vie ;
Je ne dormirai point sous de riches lambris ;
Mais voit-on que le somme en perde de son prix ?
En est-il moins profond, et moins plein de délices ?
Je lui voue au désert de nouveaux sacrifices.
Quand le moment viendra d'aller trouver les morts,
J'aurai vécu sans soins, et mourrai sans remords.

Publié par ROSSET à 11:10:02 dans Amis poètes... | Commentaires (0) |

Napoléon le Petit | 04 mai 2007

 J'apprécie, quand elle est à la fois esthétique et universelle, la poésie engagée. Souvent, la poésie militante perd de sa force avec les années, devenant une simple poésie de circonstance, limitée et vite désuète, aux limites de la propagande lorsqu'elle est instrumentalisée. Mais si Victor Hugo ne faisait pas l'unanimité au moment où Les Châtiments circulaient en France, sous le manteau, son oeuvre fut reprise et lue par les Résistants, tout comme Hugo lisait les vers magnifiques d'Agrippa d'Aubigné, montrant par là que le combat pour la tolérance, la liberté et la fraternité n'a pas d'âge.

La grande poésie militante, engagée et généreuse, parfois dans sa force de suggestion dramatique, résonne encore aujourd'hui pour nous mettre en garde contre les tentations autoritaires plus ou moins assumées.

Oui, Hugo. Pour ce Verbe aussi fort que l'Epée.

Oui, Hugo, pour espérer des jours meilleurs.

Oui, Hugo, pour rappeler les valeurs humanistes et républicaines essentielles, quels que soient les époques et les pays. 

Ultima verba (Victor HUGO, Les Châtiments)

   

La conscience humaine est morte ; dans l'orgie,
Sur elle il s'accroupit ; ce cadavre lui plaît ;
Par moments, gai, vainqueur, la prunelle rougie,
Il se retourne et donne à la morte un soufflet.
 
La prostitution du juge est la ressource.
Les prêtres font frémir l'honnête homme éperdu ;
Dans le champ du potier ils déterrent la bourse ;
Sibour revend le Dieu que Judas a vendu.
 
Ils disent : "César règne, et le Dieu des armées
L'a fait son élu". Peuple, obéis, tu le dois !  -
Pendant qu'ils vont chantant, tenant leurs mains fermées,
On voit le sequin d'or qui passe entre leurs doigts.
 
Oh ! tant qu'on le verra trôner, ce gueux, ce prince,
Par le pape béni, monarque malandrin,
Dans une main le sceptre et dans l'autre la pince,
Charlemagne taillé par Satan dans Mandrin ;
 
Tant qu'il se vautrera, broyant dans ses mâchoires
Le serment, la vertu, l'honneur religieux,
Ivre, affreux, vomissant sa honte sur nos gloires ;
Tant qu'on verra cela sous le soleil des cieux ;
 
Quand même grandirait l'abjection publique
À ce point d'adorer l'exécrable trompeur ;
Quand même l'Angleterre et même l'Amérique
Diraient à l'exilé : "Va-t'en ! nous avons peur !"
 
Quand même nous serions comme la feuille morte ;
Quand, pour plaire à César, on nous renierait tous ;
Quand le proscrit devrait s'enfuir de porte en porte,
Aux hommes déchiré comme un haillon aux clous ;
 
Quand le désert, où Dieu contre l'homme proteste,
Bannirait les bannis, chasserait les chassés ;
Quand même, infâme aussi, lâche comme le reste,
Le tombeau jetterait dehors les trépassés ;
 
Je ne fléchirai pas ! Sans plainte dans la bouche,
Calme, le deuil au cœur, dédaignant le troupeau,
Je vous embrasserai dans mon exil farouche,
Patrie, ô mon autel ! Liberté, mon drapeau !
 
Mes nobles compagnons, je garde votre culte ;
Bannis, la République est là qui nous unit.
J'attacherai la gloire à tout ce qu'on insulte ;
Je jetterai l'opprobre à tout ce qu'on bénit !
 
Je serai, sous le sac de cendre qui me couvre,
La voix qui dit : malheur ! la bouche qui dit : non !
Tandis que tes valets te montreront ton Louvre,
Moi, je te montrerai, César, ton cabanon.
 
Devant les trahisons et les têtes courbées,
Je croiserai les bras, indigné, mais serein.
Sombre fidélité pour les choses tombées,
Sois ma force et ma joie et mon pilier d'airain !
 
Oui, tant qu'il sera là, qu'on cède ou qu'on persiste,
Ô France ! France aimée et qu'on pleure toujours,
Je ne reverrai pas ta terre douce et triste,
Tombeau de mes aïeux et nid de mes amours !
 
Je ne reverrai pas ta rive qui nous tente,
France ! hors le devoir, hélas ! j'oublierai tout.
Parmi les éprouvés je planterai ma tente :
Je resterai proscrit, voulant rester debout.
 
J'accepte l'âpre exil, n'eût-il ni fin ni terme,
Sans chercher à savoir et sans considérer
Si quelqu'un a plié qu'on aurait cru plus ferme,
Et si plusieurs s'en vont qui devraient demeurer.
 
Si l'on n'est plus que mille, eh bien, j'en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ;
S'il en demeure dix, je serai le dixième ;
Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là !

Publié par ROSSET à 11:51:53 dans Amis poètes... | Commentaires (0) |

Expliquer la littérature ? | 25 avril 2007

On peut aimer ou détester les prix Goncourt. Mais j'ai bien aimé la réponse du dernier Goncourt. A une époque où l'on aime tout expliquer, par tyrannie de la transparence, il se refuse, comme je me refuse, à livrer des "clés" d'interprétation sur son oeuvre. La posture anti-explicative peut être aussi perçue comme une posture médiatique (un anti-Nothomb ?), mais on touche là à un vrai problème...

Sage attitude... Concevrait-on Baudelaire critiquant la critique, éditant un fascicule d'explication de ses "Phares" ? Verrait-on Rimbaud écrire depuis l'Afrique des lettres commentant son oeuvre, expliquant ses "Illuminations", corrigeant les interprétations des critiques ?

On me pose parfois la question des "clés" autobiographiques de mon écriture... Le poncif n'est pas loin. On ne pourrait écrire qu'à partir de sa vie et de ses "choses vues". Peut-être. Ou peut-être pas. Que Lamartine ait en effet demandé "ô Temps suspends ton vol" ou que ce soit une figure de Poète extérieure, que Rimbaud ait évoqué Londres ou Florence dans ses "Ponts", tout cela ne n'intéresse pas. Un écrivain n'a pas à s'expliquer sur ses écrits. Il les laisse. C'est à travers les lecteurs que le sens prend forme. L'auteur n'a pas à faire de dessins. Il écrit. Parfois dépossédé par son écriture, alors l'auteur naît. Je vous laisse lire donc la fin de la réponse de J. Littell qui dit ce que je dis :

"C'est vrai, au cours de la rédaction des Bienveillantes,
certaines choses m'ont dépassé, elles m'ont échappé, mais je n'ai rien
à répondre là-dessus. Je me refuse à expliciter. La littérature,
justement, c'est ça.”

Publié par ROSSET à 17:03:00 dans Trahisons du crépuscule | Commentaires (0) |

Une femme poète romantique | 17 avril 2007

Un auteur méconnu. Une femme de lettres, romantique, qui plus est. Une femme appréciée de Baudelaire. Il s'agit de Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) qui a exploré les voies de la sensiblité et de l'engagement, notamment lors de la révolte des canuts à Lyon. Le poème ci-dessous est lyrique à souhait, mais son écriture et sa voix méritent une (re)lecture de nos jours.  

  

Une lettre de femme

Les femmes, je le sais, ne doivent pas écrire ;
J'écris pourtant,
Afin que dans mon coeur au loin tu puisses lire
Comme en partant.

Je ne tracerai rien qui ne soit dans toi-même
Beaucoup plus beau :
Mais le mot cent fois dit, venant de ce qu'on aime,
Semble nouveau.

Qu'il te porte au bonheur ! Moi, je reste à l'attendre,
Bien que, là-bas,
Je sens que je m'en vais, pour voir et pour entendre
Errer tes pas.

Ne te détourne point s'il passe une hirondelle
Par le chemin,
Car je crois que c'est moi qui passerai, fidèle,
Toucher ta main.

Tu t'en vas, tout s'en va ! Tout se met en voyage,
Lumière et fleurs,
Le bel été te suit, me laissant à l'orage,
Lourde de pleurs.

Mais si l'on ne vit plus que d'espoir et d'alarmes,
Cessant de voir,
Partageons pour le mieux : moi, je retiens les larmes,
Garde l'espoir.

Non, je ne voudrais pas, tant je te suis unie,
Te voir souffrir :
Souhaiter la douleur à sa moitié bénie,
C'est se haïr.

Publié par ROSSET à 23:29:20 dans Amis poètes... | Commentaires (0) |

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