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Après avoir rendu hommage à quelques grands noms de la poésie, je veux parler de Ramuz, l'écrivain suisse d'expression française, trop souvent perçu comme "régionaliste". Erreur manifeste : Ramuz est un immense auteur, ses nouvelles sont imprégnées de Racine. Ses romans sur la montagne sont d'authentiques chefs-d'oeuvre : Derborence, La Grande Peur dans la montagne, Si le soleil ne revenait pas. Je reproduis un extrait de ce roman magnifique dans lequel des habitants d'un village du Valais croient que le Soleil ne se lèvera plus, plongeant le monde dans une nuit éternelle. Belle métaphore de la guerre. La fin est résolument optimiste, et le climat de ce roman est tour à tour fantastique, sombre, lyrique. Un bonheur de lecture que je veux vous faire partager.
Car, même au gros de l'hiver, même dans ces villages où le soleil ne se montre pas de tout le jour, rien n'est plus beau à voir, d'ordinaire, que la pureté du ciel et l'éclat de la neige. Même ici où on ne voit pas le soleil pendant six mois, on le sent qui est là, derrière les montagnes, et envoie en délégation ses couleurs, qui sont le rose pâle, le jaune clair, le roux, dont un pinceau minutieux revêt autour de vous les pentes. La neige sur les toits est comme du linge qu'on vient de passer au bleu ; elle est sur les côtés des toits comme des piles de draps de lit pliés en quatre dont on voit les épaisseurs lesquelles débordent; et la masse dépassant, de temps en temps, se rompt et tombe, avec un bruit d'écrasement, comme un fruit mûr. La neige est à la point des pieux comme des bonnets en laine d'agneau. L'air est à la fois immobile et animé d'un mouvement secret ; il ne se respire pas, il se boit.
Charles-Ferdinand RAMUZ, Si le soleil ne revenait pas.
Publié par ROSSET à 14:14:07 dans Des mots et des jours, chroniques poétiques | Commentaires (0) | Permaliens
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Philippe ROSSET
Publié par ROSSET à 10:27:10 dans Présentation | Commentaires (0) | Permaliens
Magnifique fin de poème que celle du "Cimetière marin" de Paul Valéry. Beaucoup auront noté la similitude entre la fin de ce poème et celle du poème de Ponge "Plat de poissons frits" : même souffle du vent, même décor à Sète ; Francis Ponge propose une fin (et aussi une faim !) "à notre portée", concrète, immédiate, épicurienne. Paul Valéry se montre plus lyrique, plus grave, avec un souffle presque romantique qui rappelle Chateaubriand.
C'est la plus belle fin de poème que je connaisse !
Le vent se lève ! . . . il faut tenter de vivre !
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !
Rompez, vagues ! Rompez d'eaux rejouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs !
Publié par ROSSET à 10:20:09 dans Des mots et des jours, chroniques poétiques | Commentaires (0) | Permaliens
Je livre peu à peu mes références poétiques... Pas forcément mes sources d'inspiration, mais ceux que j'aime lire... Rimbaud, bien sûr, génie parmi les génies, mais aussi Guillevic, Saint-John Perse... Et puisque je parlais ce matin de la vie que nous apporte la poésie (Saint-John Perse : "pour mieux vivre"), je ne résiste pas à l'envie de parler de Francis Ponge. "Raisons de vivre heureux" : c'est pour lui le titre que devrait avoir tout poème. Goûtez à son "Plat de poissons frits"... Le poème pour lui est à la fois "objeu" et "objoie". Il est délice, saveur, plaisir. C'est aussi cela la littérature. Un plaisir à déguster.
PLAT DE POISSONS FRITS
Publié par ROSSET à 13:51:00 dans Des mots et des jours, chroniques poétiques | Commentaires (0) | Permaliens
Une page de belle poésie... Et je ne peux m'empêcher de rappeler la belle réponse que Saint-John Perse donnait lorsqu'on lui demandait "à quoi bon écrire " :
"Pour mieux vivre"
Alors, vivons mieux avec cette belle page extraites de Vents :... Eâ, dieu de l'abîme, les tentations du doute seraient promptes Où vient à défaillir le Vent... Mais la brûlure de l'âme est la plus forte, Et contre le sollicitations du doute, les exactions de l'âme sur la chair Nous tiennent hors d'haleine, et l'aile du Vent soit avec nous ! Car au croisement des fiers attelages du malheur, pour tenir à son comble la plénitude de ce chant, Ce n'est pas trop, Maître du chant, de tout ce bruit de l'âme - Comme au grand jeu des timbres, entre le bol de bronze et les grands disques frémissants, La teneur à son comble des grands essaims sauvages de l'amour. "Je t'ai pesé, poète, et t'ai trouvé de peu de poids. "Je t'ai louée, grandeur, et tu n'as point d'assise qui ne faille. "L'odeur de forges mortes au matin empuantit les antres du génie. "Les dieux lisibles désertaient la cendre de nos jours. Et l'amour sanglotait sur nos couches nocturnes. "Ta main prompte, César, ne force au nid qu'une aile dérisoire. "Couronne-toi, jeunesse, d'une feuille plus aiguë ! "Le Vent frappe à ta porte comme un Maître de camp, "A ta porte timbrée du gantelet de fer. "Et toi, douceur, qui vas mourir, couvre-toi la face de ta toge "Et du parfum terrestre de nos mains..." Le Vent s'accroisse sur nos grèves et sur la terre calcinée de nos songes ! Les hommes en foule sont passés sur la route des hommes, Allant où vont les hommes, à leur tombes. Et c'est au bruit Des hautes narrations du large, sur ce sillage encore de splendeur vers l'Ouest, parmi la feuille noire et les glaives du soir... Et moi j'ai dit : N'ouvre pas ton lit à la tristesse. Les dieux s'assemblent sur les sources, Et c'est murmure encore de prodiges parmi les hautes narrations du large. Comme on buvait aux fleuves incessants, hommes et bêtes confondus à l'avant-garde des convois, Comme on tenait au feu des forges en plein air le long cri du métal sur son lit de luxure. Je mènerai au lit du vent l'hydre vivace de ma force, je fréquenterai le lit du vent comme un vivier de force et de croissance. Les dieux qui marchent dans le vent susciteront encore sur nos pas les accidents extraordinaires. Et le poète encore est avec nous. Et c'est montée de choses incessantes dans les conseils du ciel en Ouest. Un ordre de solennités nouvelles se compose au plus haut faîte de l'instant. Et par là-bas mûrissent en ouest les purs ferments d'une ombre prénatale - fraîcheur et gage de fraîcheur, Et tout cela qu'un homme entend aux approches du soir, et dans les grandes cérémonies majeures où coule le sang d'un cheval noir...
S'en aller ! s'en aller ! Parole de vivant.
Publié par ROSSET à 10:41:35 dans Des mots et des jours, chroniques poétiques | Commentaires (0) | Permaliens
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