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Napoléon le Petit | 04 mai 2007

 J'apprécie, quand elle est à la fois esthétique et universelle, la poésie engagée. Souvent, la poésie militante perd de sa force avec les années, devenant une simple poésie de circonstance, limitée et vite désuète, aux limites de la propagande lorsqu'elle est instrumentalisée. Mais si Victor Hugo ne faisait pas l'unanimité au moment où Les Châtiments circulaient en France, sous le manteau, son oeuvre fut reprise et lue par les Résistants, tout comme Hugo lisait les vers magnifiques d'Agrippa d'Aubigné, montrant par là que le combat pour la tolérance, la liberté et la fraternité n'a pas d'âge.

La grande poésie militante, engagée et généreuse, parfois dans sa force de suggestion dramatique, résonne encore aujourd'hui pour nous mettre en garde contre les tentations autoritaires plus ou moins assumées.

Oui, Hugo. Pour ce Verbe aussi fort que l'Epée.

Oui, Hugo, pour espérer des jours meilleurs.

Oui, Hugo, pour rappeler les valeurs humanistes et républicaines essentielles, quels que soient les époques et les pays. 

Ultima verba (Victor HUGO, Les Châtiments)

   

La conscience humaine est morte ; dans l'orgie,
Sur elle il s'accroupit ; ce cadavre lui plaît ;
Par moments, gai, vainqueur, la prunelle rougie,
Il se retourne et donne à la morte un soufflet.
 
La prostitution du juge est la ressource.
Les prêtres font frémir l'honnête homme éperdu ;
Dans le champ du potier ils déterrent la bourse ;
Sibour revend le Dieu que Judas a vendu.
 
Ils disent : "César règne, et le Dieu des armées
L'a fait son élu". Peuple, obéis, tu le dois !  -
Pendant qu'ils vont chantant, tenant leurs mains fermées,
On voit le sequin d'or qui passe entre leurs doigts.
 
Oh ! tant qu'on le verra trôner, ce gueux, ce prince,
Par le pape béni, monarque malandrin,
Dans une main le sceptre et dans l'autre la pince,
Charlemagne taillé par Satan dans Mandrin ;
 
Tant qu'il se vautrera, broyant dans ses mâchoires
Le serment, la vertu, l'honneur religieux,
Ivre, affreux, vomissant sa honte sur nos gloires ;
Tant qu'on verra cela sous le soleil des cieux ;
 
Quand même grandirait l'abjection publique
À ce point d'adorer l'exécrable trompeur ;
Quand même l'Angleterre et même l'Amérique
Diraient à l'exilé : "Va-t'en ! nous avons peur !"
 
Quand même nous serions comme la feuille morte ;
Quand, pour plaire à César, on nous renierait tous ;
Quand le proscrit devrait s'enfuir de porte en porte,
Aux hommes déchiré comme un haillon aux clous ;
 
Quand le désert, où Dieu contre l'homme proteste,
Bannirait les bannis, chasserait les chassés ;
Quand même, infâme aussi, lâche comme le reste,
Le tombeau jetterait dehors les trépassés ;
 
Je ne fléchirai pas ! Sans plainte dans la bouche,
Calme, le deuil au cœur, dédaignant le troupeau,
Je vous embrasserai dans mon exil farouche,
Patrie, ô mon autel ! Liberté, mon drapeau !
 
Mes nobles compagnons, je garde votre culte ;
Bannis, la République est là qui nous unit.
J'attacherai la gloire à tout ce qu'on insulte ;
Je jetterai l'opprobre à tout ce qu'on bénit !
 
Je serai, sous le sac de cendre qui me couvre,
La voix qui dit : malheur ! la bouche qui dit : non !
Tandis que tes valets te montreront ton Louvre,
Moi, je te montrerai, César, ton cabanon.
 
Devant les trahisons et les têtes courbées,
Je croiserai les bras, indigné, mais serein.
Sombre fidélité pour les choses tombées,
Sois ma force et ma joie et mon pilier d'airain !
 
Oui, tant qu'il sera là, qu'on cède ou qu'on persiste,
Ô France ! France aimée et qu'on pleure toujours,
Je ne reverrai pas ta terre douce et triste,
Tombeau de mes aïeux et nid de mes amours !
 
Je ne reverrai pas ta rive qui nous tente,
France ! hors le devoir, hélas ! j'oublierai tout.
Parmi les éprouvés je planterai ma tente :
Je resterai proscrit, voulant rester debout.
 
J'accepte l'âpre exil, n'eût-il ni fin ni terme,
Sans chercher à savoir et sans considérer
Si quelqu'un a plié qu'on aurait cru plus ferme,
Et si plusieurs s'en vont qui devraient demeurer.
 
Si l'on n'est plus que mille, eh bien, j'en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ;
S'il en demeure dix, je serai le dixième ;
Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là !

Publié par ROSSET à 11:51:53 dans Amis poètes... | Commentaires (0) |

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