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            bien , mais pas politiquement correct | 08 juillet 2006









            Actuel/article
            «La Gay Pride est trop respectable»


               PROPOS RECUEILLIS PAR FRANCE SANTI   


             

            .
            HOMOS - Marie-Hélène Bourcier, sociologue hors norme dans le paysage académique français, militante lesbienne et activiste queer, considère que la Gay Pride en général est devenue une manifestation trop brave. Entretien avec celle par qui la théorie queer est arrivée en France.

            Pas femme, mais Butch et SM... Telles sont les qualificatifs utilisés par Marie-Hélène Bourcier quand on lui demande de se définir. Mais Marie-Hélène Bourcier est aussi une des sociologues françaises les plus intrigantes du moment. Son domaine de prédilection: les théories du genre, la pensée «queer» et l'activisme. Cette normalienne –aujourd'hui maître de conférences à l'université de Lille– est un électron libre perturbateur qui prend un malin plaisir à naviguer à contresens du monde académique français. Elle était à Lausanne pour le colloque «Homosexualités au pluriel» organisé dans le cadre de la Swiss Pride 2006. L'occasion de lui demander ce qu'elle pense de la Gay Pride.

            Quelle importance revêt actuellement une manifestation comme la Gay Pride?
            Marie-Hélène Bourcier: C'est compliqué. D'un côté la Pride est un moyen d'affirmation, une occupation de l'espace public qui permet de «visibiliser» la population gay. Elle est donc importante. Toute une frange de la population gay a besoin d'une telle manifestation qui lui permet de présenter certaines revendications. Après... Elle pose tout de même problème. Sans remettre en cause sa force culturelle et politique, je dirais que la Pride est devenue insuffisante et contestable.

            En quoi est-elle aujourd'hui insuffisante et contestable?
            Le problème de la Pride c'est qu'elle est devenue trop gentille et trop respectable. Elle s'est donné un agenda normatif. Par exemple, en revendiquant le droit au mariage. D'ailleurs, je ne comprends pas cette histoire de mariage. Je comprends certes que les gens prennent des engagements, mais le mariage n'apporte rien. Il nous rabat sur un modèle romantique, de sentimentalité alors qu'il existe tellement d'autres formes de contrats possibles, à court, moyen ou long terme. Même un contrat de garantie pour une machine à laver, dans sa diversité, me semble plus intéressant comme base contractuelle. Je regrette cette focalisation sur le mariage. En suivant ce processus de normalisation, la manifestation s'est transformée en un défilé classique. Elle se fait sans les marges qui, elles, organisent leurs propres marches.

            Il y a donc des Pride parallèles?
            Oui. A Paris actuellement, il y a la marche des «tordus». Parce que celles et ceux qui s'identifient queer –tordu est en fait une traduction française de «queer»– ne se reconnaissent pas dans l'autre Pride, trop droite. Ce phénomène n'est pas nouveau. Il y a toujours eu des contre-Pride. A New York et à San Francisco, par exemple, la vieille de la manifestation, il y a toujours une marche «dyke». Si les lesbiennes font ça, ce n'est pas parce qu'elles sont des affreuses séparatistes, mais parce qu'elles sont autrement trop peu visibles. Car avant tout problème d'agenda trop restreint, il y a le fait que la Pride est surtout gay, c'est-à-dire faite pour les hommes.

            On peut donc dire que la Pride exclut aussi?
            C'est évident! Les Pride n'ont jamais été une vitrine pour les minorités trans, par exemple. D'où l'importance des marches alternatives «trans-pédés-gouines». Elles donnent l'occasion aux gens qui ont envie de marcher de travers de se montrer. Parce que la Gay Pride, c'est: «je marche droit».


            Quelles sont les alternatives à la manifestation actuelle?
            Je ne sais pas. Mais on innoverait sans doute dans la culture gay ou LGBTQ ou trans-pédés-gouines –suivant comment on veut l'appeler– si on se débarrassait de la référence aux émeutes de Stonewall (qui ont opposé la communauté gay de New York à la police, ndlr). Mais encore une fois: on ne peut pas être contre ou pour la Pride. Elle garde une certaine pertinence politique. Il ne faudrait pas jeter la Pride avec l'eau du bain. Il y a cependant une chose qui me paraît vraiment discutable, c'est le désir d'exporter cette manifestation. La Pride est calquée sur un modèle anglo-saxon et je ne pense pas que nous –en tant qu'Européens– nous devions forcément l'exporter en Russie, Turquie ou ailleurs. Pour moi, c'est là une démarche limite coloniale –pour dire un gros mot– qui est franchement contestable. I

            Publié par cmoijibe à 01:07:46 dans actu générales | Commentaires (0) |

            atlas gay | 08 juillet 2006













            BROKEBACK MOUNTAIN
            Le complexe de l'Atlas gay
            Par Marc-Jean FILAIRE



            Il n'est pas aisé de comprendre les raisons d'un succès cinématographique, la réunion de procédés formels et de conditions publicitaires ne suffit pas. Il demeure une part, difficile à cerner préalablement, d'écho psychologique qui varie dans le temps selon les circonstances sociales et culturelles avec lequel les spectateurs entrent en résonance. Brokeback Mountain a dépassé toutes les attentes, il a conquis une renommée mondiale en quelques mois malgré le thème de l'amour homosexuel qui risquait d'être un pesant obstacle - ce qu'il a été dans certains pays. Néanmoins, la difficulté à accepter de manière raisonnée ce qui est encore considéré comme répréhensible ou immoral, alors même que l'émotion entraîne à la compassion, conduit parfois à falsifier le propos pour que l'interprétation proposée passe outre le paradoxe. Le film d'Ang Lee, adapté de la nouvelle d'Annie Proulx, est l'objet d'une telle falsification.


            La critique a été unanime : Brokeback Mountain est une histoire d'amour “ universelle ”. Qu'on se le tienne pour dit. Avait-on tant insisté sur le caractère “ universel ” de l'amour à la sortie d'Autant en emporte le vent, de Love Story, de Titanic ? Pour Brokeback Mountain il s'agit de rendre visibles l'interdit et l'inacceptable. Lourde tâche. Si la morale est sauve, le film est bon ; dans le cas contraire, il n'est que voyeurisme et perversion.


            Cependant, Brokeback Mountain n'est pas autre chose que l'histoire de deux hommes qui se désirent et dont le désir est nié, empêché et finalement anéanti pour la seule raison qu'il n'est que désir homosexuel. Et le film d'Ang Lee, réalisateur hétérosexuel, est bien un film idéologiquement gay, dans la mesure où il est revendication sociale pour la reconnaissance d'un désir d'ordre sexuel tout autant que de vie commune, pour la visibilité d'un amour particulier - et non “ universel ” - de deux gars tout ce qu'il y a de plus banals et populaires. Et si certains s'accrochent à l'idée d'“ universel ”, elle n'existe que par le fait que toute narration est susceptible de projection psychologique et d'assimilation aux personnages. En outre, l'amour d'Ennis et Jack n'est donné à voir que parce qu'il est homosexuel et donc impossible dans le contexte socio-culturel des années 60 et 70 dans le sud des États-Unis. On peut se demander si une telle situation a son équivalent dans l'espace de l'amour hétérosexuel ? Une différence sociale, religieuse, ethnique, aussi scandaleuse qu'elle puisse être présentée, n'est pas ressentie comme une atteinte à l'ordre naturel de la condition humaine, dans la mesure où l'amour de deux personnes du même sexe les exclut du cycle de la procréation. Il serait donc naïf de croire qu'à l'aide de la seule étiquette d'“ universel ”, on puisse passer outre la singularité d'un amour entre hommes. Ainsi, à l'aide de la nouvelle d'Annie Proulx (toutes les citations sont celles de la traduction - médiocre il est vrai - d'Anne Damour aux éditions Grasset, 2005), à laquelle le film est assez fidèle, il convient de définir la perspective idéologique de l'œuvre d'Ang Lee qui donne à voir une tragédie moderne et sociale.


            La pesanteur du temps


            L'amour d'Ennis et Jack est aux prises avec le temps : tempus edax rerum, “ le temps dévoreur des choses ” et surtout de l'amour lorsqu'il est interdit. Pendant vingt ans, les deux hommes entretiennent une relation factice de façade qui, aux yeux du monde, est une amitié confortée par un goût partagé de la pêche ; pendant vingt ans, tous deux tentent de concilier désir et discrétion en partant se perdre dans la nature, loin du regard d'une foule intolérante. Que ce soit dans la nouvelle d'Annie Proulx ou le film d'Ang Lee, le temps occupe une place fondamentale, puisqu'il permet les rares retrouvailles des amants mais qu'il montre également le statu quo d'une situation bloquée et rendue immuable dans le mensonge.









             


             

            Les saisons passent, les familles se font, voire se défont, les enfants grandissent, la moustache et les rides apparaissent sans que la situation évolue pour les deux anciens cow-boys. Qu'importent les références aux montres et aux pendules, aux attentes et aux longs voyages, aux mois de retrouvailles et aux saisons d'absence, la contrainte extérieure grève la vie des deux personnages au point de ne plus permettre la moindre modification, le moindre espoir de vie commune et de maison partagée. En pointillés, il ne demeure que les courtes semaines de fuite vers les hauteurs, comme si, dans les montagnes, il était enfin possible de respirer l'air frais de la passion véritable et non les miasmes délétères de l'oppression sociale. Néanmoins, l'altitude n'empêche pas l'illusion, la fausseté, puisqu'il ne peut s'agir que d'un rêve de bonheur et non du bonheur lui-même, enfin atteint et tangible.


            On sera peut-être étonné de constater que les deux œuvres, romanesque et cinématographique, utilisent des procédés contradictoires pour donner l'image de ce statisme situationnel. Ainsi, la nouvelle d'Annie Proulx cherche à concentrer les effets, à densifier un texte dont le peu de mots se fait l'écho de la parole des personnages peu enclins à développer leurs propos : que ce soit une discussion en montagne ou une parole écrite comme la carte postale de Jack reprenant contact (“ Entendu dire que tu étais à Riverton. Serai dans le coin le 24, pensé m'arrêter pour te payer une bière ”, p. 36), les protagonistes ne sont ni bavards ni expansifs, même sur leurs sentiments (“ Allons, Ennis, tu m'as expédié au septième ciel, fais quelque chose pour que ça continue ”, p. 54). Esprits frustes, parole fruste. Le texte joue de cette pauvreté intellectuelle et tend vers une formulation à la limite de l'elliptique parfois. La contrepartie est alors l'impression d'épure qui se dégage du récit. Le sentiment amoureux en paraît encore plus pur, plus intense, dans la mesure où il est moins victime des mots et des concepts. Encore une fois, il faut redire l'importance du désir d'Ennis et Jack, lequel se passe de mots et s'incarne dans la chair même des amants qui ne se retrouvent que pour rouler au creux d'un lit (“ Ils partirent dans le pick-up de Jack, achetèrent une bouteille de whisky et vingt minutes plus tard ils étaient au motel Siesta à faire rebondir un lit ”, p. 41) ou dans la poussière d'un campement sauvage (“ Une chose ne changeait jamais : l'intensité fulgurante de leurs rares accouplements était assombrie par le sentiment que le temps leur échappait, le temps trop court, toujours trop court ”, p. 68), limitant leurs échanges verbaux à quelques souvenirs. Les corps parlent pour eux et ne mentent pas.


            Quant à ces corps, ils sont aussi les lieux où le temps laisse sa trace et rappelle que si la situation n'évolue pas, le temps n'épargne personne. Ils vieillissent au cours des vingt années de retrouvailles éphémères et d'échappées montagnardes : le corps de Jack s'empâte (“ Jack s'était étoffé des épaules et des hanches ”, p. 60) et les yeux d'Ennis se rident fortement dans le film.


            Tout autant que les fleuves au cours unidirectionnel et les saisons au mouvement cyclique, les corps redisent l'inéluctabilité de l'écoulement temporel qu'Ennis préfère nier, alors que Jack souhaiterait y introduire le changement. Pour le dire autrement, Ennis se satisfait d'un futur à définir mais auquel il ne permet jamais d'advenir, alors que Jack espère un présent qui tienne compte des acquis du passé et des incertitudes à contenir. Sa mort le voue définitivement au passé, tandis qu'Ennis, seul désormais, se fige dans une posture d'attentisme intenable (“ Jack, je jure... ”, p. 93 et “ Jack, je te jure... ” dans le film) qui ne le mène nulle part.


            À l'écriture concise de la nouvelle, Ang Lee oppose un film de deux heures et quatorze minutes, qui prend le temps de laisser se dérouler les étapes de la vie, les pesanteurs psychologiques et les compromis sociaux. La densité de la nouvelle, qui se satisfait des ellipses, trouve son pendant dans le délayage filmique de l'information et même son gonflement ; ainsi, Ang Lee donne à voir la famille de Jack, et notamment la suffisance machiste de son beau-père, mais aussi l'homme qui pourrait remplacer Ennis dans la vie de Jack, ainsi que Cassie Cartwright, la jeune femme amoureuse d'Ennis et prête à le sauver de lui-même : autant d'indices d'une dilution informative qui aide à s'immerger dans la complexité réaliste des personnages. L'illusion de leur quotidienneté permet de satisfaire la curiosité du spectateur, qui se laisse plus facilement séduire par un être perçu dans son humanité complexe que par un personnage inconnu à la sexualité moralement suspecte.


             


             


            Ainsi, les deux approches artistiques conduisent à deux conceptions du temps. Si la nouvelle fonctionne de manière circulaire en une grande analepse assimilable à un souvenir d'Ennis, on peut considérer par contraste que le film fonctionne sur un mode plus romanesque qui privilégie l'analyse psychologique dans la durée et par le biais du détail observé : l'adaptation cinématographique offre au spectateur une perception progressive de l'inéluctabilité d'un processus destructeur qui évolue avec lenteur et de façon inexorable. Dans le dossier de presse du film on peut lire : “ Ang avait envie de raconter l'histoire de ces gens qui vivent à une époque et dans un lieu où ils n'ont pas le droit d'éprouver ces sentiments, ni de les exprimer ” (Michael Costigan, producteur exécutif). La nouvelle, quant à elle, annonce dès le départ la solitude finale d'Ennis - même si l'incipit en italique ne date pas de la toute première édition du texte - et donc le résultat tragique d'une histoire encore à venir et dont les détails n'aideront pas à comprendre autre chose que la mécanique dévastatrice. Pourtant, lorsque l'on regarde le film, à tout moment il semble qu'une issue heureuse pourrait être envisagée et que le bonheur simple qu'espère Jack n'est pas inaccessible, cependant l'oppression latente de la morale sociale veille et nos protagonistes sont empêchés par l'épée de Damoclès qu'est cette contraignante assignation à s'aligner sur le modèle hétérocentriste, exclusif et répressif.


            Le poids de la morale


            Si le temps est un moteur de l'anéantissement des personnages, c'est parce que la vingtaine d'années qui égrène les événements de l'histoire couvre une période où l'homosexualité est considérée comme un vice social et dans le meilleur des cas comme une pathologie. Pour certains, à l'instar d'Alma, l'épouse d'Ennis, fermer les yeux ou refermer la porte suffit pour ne pas voir (“ Quand elle constate la relation de son mari avec Jack, elle a peur d'en parler et ne sait comment aborder le sujet. Alors, elle garde tout cela en elle, comme un secret honteux ”, Michelle Williams, dossier de presse), pour d'autres, le père d'Ennis par exemple, il faut éradiquer cette perversion de la manière la plus violente possible. Ainsi, l'amour des deux hommes est cantonné au silence, à la dissimulation, voire à l'autodestruction, parce qu'il est du domaine de l'interdit.


            Considérons tout d'abord la manifestation contextuelle du rapport à l'interdit selon le point de vue de la société des années 60 et 70. Face à l'inconnu, seule la condamnation est de rigueur : ce que l'on ne comprend pas doit être supprimé. Les signes manifestes de cette conception ne se donnent à voir que dans la violence. Ennis est marqué par celle-ci, dont il a vu le résultat à l'âge de neuf ans : son père, qui est peut-être le meurtrier (“ Merde, autant que je puisse le savoir, c'est lui qui l'avait fait ”, p. 52), l'a contraint à voir le cadavre, brisé par les coups et les mutilations, du vieux Earl (“ Ce que le démonte-pneu avait fait on aurait dit des tomates brûlées répandues sur tout son corps, son nez était déchiré d'avoir raclé sur le gravier ”, p. 52) ; Ennis sait que devant son fils le père n'aurait pas plus de retenue et que sa rage serait tout aussi meurtrière (“ S'il vivait encore et passait la tête par la porte en ce moment même, tu peux parier qu'il sortirait son démonte-pneu ”, p. 52-53). Le film reprend le récit fait à Jack et y ajoute l'horreur de l'image analeptique : une seule image du corps gisant dans un fossé d'irrigation, un plan fixe, celui que l'on peut croire imprimé dans la mémoire de l'enfant devenu grand et de l'adulte effrayé (“ Ennis parle peu. Ce silence nous semblait non seulement lié à une expérience traumatisante dans son enfance, mais aussi à la découverte de sa propre sexualité. Ennis se cache derrière une attitude violente. Il peut devenir violent parce qu'il a très peur ”, Ang Lee, dossier de presse). Ang Lee ajoute à ce souvenir un autre événement qui aide à percevoir le poids psychologique que représente la contrainte sociale : lors d'une séance de rodéo, Jack est sauvé de la fureur du taureau par un clown, auquel il tente d'offrir un verre le soir venu. Cependant, son offre est refusée et le clown sans costume s'écarte de Jack pour aller retrouver d'autres hommes avec qui il échange des propos inaudibles tout en regardant Jack de manière agressive. La scène trouve son intérêt dans l'ambiguïté érotique que suscite Jack et qui est tout de suite refoulée par l'autre homme, lequel ne trouve refuge contre ce qu'il ne comprend pas ou s'interdit de comprendre que dans le groupe protecteur et exclusif. On aura perçu que les avances, discrètes, de Jack le mettent en danger dans le cadre machiste de la société des États américains du sud. À la violence physique relatée par Ennis répond la violence psychologique endurée par Jack : “ Ennis et Jack font partie de l'Ouest américain qui a des valeurs machistes et traditionnelles. Ils doivent donc garder en eux tout ce qu'ils ressentent ” (Ang Lee, revue de presse).


             


            La contrainte morale conduit les deux jeunes gens à entrer dans le rang en se mariant et en fondant chacun une famille. Certes, il serait mensonger de dire que le statut de père leur déplaît - Ennis est un père aimant et présent, Jack enseigne le respect à son fils lors de l'épisode filmique relatif à la télévision pendant le repas - mais ils ne l'ont pas choisi, ils s'y sont conformés parce qu'aucun autre modèle de couple ne leur était proposé, d'autant plus que leur manque de culture livresque ne leur donne pas accès à des modèles mythiques, littéraires ou historiques susceptibles de les libérer de la norme sociale. L'un et l'autre ont intériorisé l'interdit jusqu'à s'en faire les défenseurs : “ Suis pas pédé ” dit Ennis, et Jack de répondre : “ Moi non plus. C'est parti comme un boulet. Regarde personne que nous ” (p. 28). Ainsi, alors même qu'ils sont seuls dans la montagne et sans contrainte apparente, les deux amants revendiquent leur hétérosexualité et justifient leur attirance mutuelle par le fait qu'ils sont loin de toute société, donc de femmes. Il leur faudra se perdre quatre ans et se retrouver presque par hasard pour admettre la réalité de leur désir. Pourtant, cela ne les empêche pas d'avoir des liaisons avec des femmes, ce qui permet à Annie Proulx et Ang Lee de ne pas caricaturer non plus la condition humaine en une antinomie naïve entre homosexualité et hétérosexualité exclusives, la réalité du désir étant infiniment plus complexe. Néanmoins, l'attitude d'Ennis et Jack montre combien les normes sociales sont contraignantes : l'un et l'autre ont intériorisé l'interdit qui circonscrit leur sexualité, comme le révèle la confrontation qui a lieu après le divorce d'Ennis. Alors même que l'obstacle social est levé et que Jack se laisse bercer par l'illusion qu'Ennis acceptera de partager sa vie, l'attachement au modèle parental devient le nouveau prétexte pour ne pas se mettre en marge des codes de la communauté. En termes métaphoriques, les amants se contentent de l'ombre pour échapper à la lumière de la visibilité, ils cherchent par tous les moyens d'éviter le regard des autres et craignent qu'en pleine rue on lise la vérité sur leur visage : “ Si on le fait [s'embrasser] là où il faut pas, on est cuits. Y a rien pour brider un truc pareil. Ça me fout la trouille. ” (p. 48).


            À vouloir être invisibles, c'est progressivement eux-mêmes que les deux amants estompent, et plus particulièrement Ennis, qui refuse tout engagement malgré les propositions et même les infidélités désespérées au Mexique de Jack (“ Je pense qu'Ennis se punit lui-même d'éprouver ce besoin et ce désir. La peur s'est installée en lui à un très jeune âge et ses sentiments le dégoûtent ”, Heath Ledger, revue de presse). À se refuser ce qu'il désire réellement, Ennis en vient progressivement à perdre tout ce qui pourrait être sien, il vogue d'un emploi précaire à un autre, mais c'est surtout ses relations avec ses proches qui pâtissent de sa crainte à s'investir dans une relation homosexuelle suivie : il perd tout d'abord Alma, qui divorce au bout d'une dizaine d'années, puis ses filles après le repas de Noël chez Bill (“ Il resta longtemps sans chercher à voir ses filles, se dit qu'elles lui feraient signe lorsqu'elles auraient l'âge et l'intelligence de s'éloigner d'Alma. ”, p. 59-60) et, enfin, selon Ang Lee, Cassie Cartwright, la dernière personne à tenter de l'arracher à sa lente déchéance. Tout cela ne fait qu'annoncer la perte ultime de Jack, non par sa mort, mais en apprenant des parents du défunt que celui-ci avait pour projet de venir retaper la ferme familiale pour s'y installer avec un autre homme. À vouloir échapper au regard des autres - espoir raté dès le début de leur relation, puisque Joe Aguirre les a observés avec ses jumelles -, Ennis finit par sortir du champ visuel de Jack même, du moins c'est ce qu'il peut être en droit de croire, après la mort de ce dernier, auquel il reste fidèle dans sa misère et sa solitude.


            La charge psychologique de la morale collective est telle pour les deux hommes que vivre en société est difficile : Ennis se renferme peu à peu en lui-même, Jack est obligé de fuir parfois vers le Mexique pour apaiser son désir homosexuel, et cette double fuite gène l'épanouissement de leur passion au point d'en briser l'élan fusionnel.


            Une tragédie sociale


            La situation qui accable Jack et Ennis porte les marques de la fatalité tragique : l'étude la temporalité et de l'oppression sociale a déjà révélé combien ils étaient victimes de circonstances si contraignantes qu'elles les empêchaient d'accéder à un bonheur que les deux auteurs nous font sentir comme à portée de main. Jamais les deux amants ne retrouvent la joie insouciante de leur séjour à Brokeback Mountain.


             


             

             








            Le texte d'Annie Proulx ne cesse de fournir des indices pour annoncer l'issue douloureuse de son récit et, dans une ambiance postromantique, la nature est l'écho des sentiments des personnages au point d'en devenir le substitut narratif. L'exemple le plus éloquent est assurément l'évolution météorologique durant l'escapade dernière des deux amants en mai 1983 : l'inquiétude fondamentale d'Ennis semble appeler l'orage et symboliquement la destruction de la beauté simple de son bonheur temporaire : “ Ennis, veillant au grain, cherchait à l'ouest les cumulus qui auraient pu apparaître par une telle journée, mais le bleu du ciel était si profond dit Jack, qu'il allait se noyer à regarder en l'air ” (p. 62-63) ; et quelques paragraphes plus loin le mauvais présage d'advenir : “ Le matin du troisième jour arrivèrent les nuages qu'Ennis attendait, un tourbillon gris venant de l'ouest, une barre sombre qui poussait devant elle un vent froid et de légers flocons ” (p. 65). Quant à Jack, quoi qu'il fasse ou propose, il se heurte à la fixité d'Ennis, ce qui se résume dans l'image d'un accomplissement impossible, fuyant entre les doigts de celui des deux qui tente de le retenir : “ Jack mit pied à terre, recueillit l'eau glacée dans sa main, des gouttes cristallines s'échappant de ses doigts, la bouche et le menton luisant d'humidité ” (p. 64). Les animaux eux-mêmes ont partie liée avec le sens : “ l'ours apeuré disparut dans les arbres, galopant d'une allure pataude qui lui donnait l'air à moitié disloqué ” (p. 64) : comment ne pas voir en cette bête effrayée par les hommes l'annonce de ce qu'est en train de devenir Ennis, un vieil ours solitaire ? Et pour s'assurer que le lecteur comprend bien les symboles que l'on met à sa portée, Annie Proulx ajoute une comparaison qui explicite la valeur allégorique du récit qu'elle vient de faire : “ Comme de vastes nuages de vapeur montant des sources thermales en hiver, des années de choses tues et aujourd'hui indicibles - acceptations, déclarations, remords, culpabilités, craintes - s'élevèrent autour d'eux ” (p. 74).


            Quant à Ang Lee, il donne à voir des symboles tout aussi évocateurs et, de la même manière que la nouvelliste, il les intègre à la narration en tant que signes annonciateurs. Avant et après l'épisode dans les massifs de Brokeback Mountain, Jack regarde Ennis dans son rétroviseur : d'une vision à l'autre, on est passé de l'homme distant à l'homme distancé qui disparaît peu à peu dans le lointain parce qu'il n'avance pas aussi vite que Jack ; symboliquement, Jack est celui qui roule - n'est-ce pas toujours lui qui fait les voyages pour retrouver l'homme aimé ? -, qui progresse et rêve de changement, alors qu'Ennis n'avance lentement que vers le néant pour s'y confondre presque : “ Tout ce que j'ai jamais fait comme voyage, c'est de tourner autour de la cafetière à chercher la poignée ” (p. 70). Voué au statisme ou au mouvement circulaire, Ennis se condamne à la solitude, ce que la composition générale de la nouvelle donne à voir : le récit commence et finit avec lui, la boucle diégétique l'enferme dans le souvenir de Jack, qu'il n'a pas su rendre heureux, et toutes les promesses ne servent plus qu'à entretenir le mouvement de la spirale : “ Jack, je [te] jure... ”.


            En outre, dire d'Ennis qu'il est “ condamné ”, dans le cadre d'une interprétation tragique des œuvres, c'est postuler qu'il est coupable d'une faute commise ; mais peut-on accuser quelqu'un de n'avoir pas eu le choix ? En effet, contrairement à Jack, il est miné depuis son enfance par le souvenir du meurtre au démonte-pneu, qu'il projette au final, malgré ce qu'on lui dit des circonstances accidentelles, sur la mort de son amant : l'idée de la mort violente imposée à l'homosexuel qui vit sa sexualité se manifeste chez Ennis comme une nécessité. Si faute il y a, il ne fait que la porter, elle lui est imposée par les autres qui ont construit un monde où son désir est considéré comme une faute. Qu'importe de savoir si son amour est pur, son désir n'entre pas dans les schémas formatés de la morale collective. La norme sociale est bien l'espace où la fatalité trouve sa réalisation, et Ennis, plus que Jack encore, en est la victime, parce que loin dans son passé, il a été marqué par la violence hétérocentriste. Sa faute, comme celle de Joseph K. selon Franz Kafka et même Orson Welles qui a adapté Le Procès au cinéma, ne peut être qu'auto-générée dans un contexte social contraire à une éthique personnelle. À cela s'ajoute que, dans le contexte judéo-chrétien qui constitue la trame morale de la société américaine, le désir en soi est d'ores et déjà lié au mal : qui cherche son propre plaisir est un pervers, car le bonheur de l'homme n'est pas de ce monde et ne peut donc pas trouver de réalisation ici-bas. Quant à Jack, parce qu'il a voulu parvenir plus vite au bonheur, il a été condamné plus tôt, laissant à Ennis le purgatoire qu'est la solitude inexorable. Les deux œuvres amènent donc de manière différente à la critique d'une morale qui prône le respect des conventions uniformisantes au détriment du bonheur de l'individu. On ne commentera pas le fait que les critiques aient tant encensé un film dont l'issue fatale conforte le goût d'un retour à l'ordre établi.


             


             


             

             





















































             





















             





















             














































































































               


















             



























             




             


             


             


             






















            Aborder la dimension tragique du récit conduit à s'interroger in fine sur le possible héroïsme des personnages, d'autant plus que le contexte culturel choisi est celui du cow-boy moderne, “ héritier démocratique de la fatigue mythique du chevalier ” (G.-N. Granville, Le Courrier de l'Unesco, septembre 1989). Entre Ennis, si peu corrompu par l'hybris social qu'il accepte de tout perdre sans rien tenter, et Jack, qui rêve d'une petite ferme pour y mener une vie simple à deux, on ne sait qui appeler “ héros ”. Pourtant, si l'on appréhende leurs destins confondus, c'est l'essence du tragique que l'on retrouve en eux. L'un a espéré passer outre la norme commune et réaliser un bonheur scandaleux aux yeux de tous, l'autre endure le châtiment infernal de l'échec ; celui-ci porte l'espoir toujours à venir de celui-là, qui avait tenté de l'atteindre ; et tous deux affrontent un destin qui les anéantit : “ Vous pourriez facilement dire qu'Ennis et Jack vivent dans le mensonge, mais ils y sont obligés. Je ne pense pas qu'ils aient connu d'autre façon de survivre. Ce n'est pas comme s'ils avaient eu le choix ” (Ang Lee, revue de presse). Jack et Ennis, à l'échelle de la destinée ne font qu'un dans un présent insatisfaisant et perpétuellement reconduit, tiraillés entre un passé heureux fulgurant et le fantasme de le voir renaître.


            Tragédie sociale, Brokeback Mountain, comme son nom anglais le laisse deviner, est le récit de deux êtres au “ dos brisé ” pour lesquels le “ retour ” au bonheur entraperçu est rendu impossible. Il ne peut qu'y avoir eu “ Brokeback Mountain ” dans le passé, et il ne peut plus y avoir “ Brokeback Mountain ” dans l'avenir. Pourtant, la fatalité du destin ne fige pas la réalité : bien au contraire, le film, adaptation pour le grand public d'un texte auparavant peu connu, donne à voir, par le jeu spéculaire propre au cinéma de fiction, quels sont les travers et les dangers de l'uniformisation morale de la sexualité. On peut donc être d'autant plus surpris de constater que les commentateurs et les critiques, censés être un tant soit peu objectifs ou du moins lucides, n'aient proposé qu'une lecture restrictive du film en niant la spécificité de l'amour homosexuel et du même coup en reproduisant les carcans idéologiques contre lesquels Annie Proulx et Ang Lee s'étaient insurgés. La morale sociale bourgeoise et judéo-chrétienne est encore loin d'avoir le “ dos brisé ”, elle demeure pesante sur les épaules des gays, Atlas modernes, contraints de supporter l'oppression fatale (ou sociale) pour ne pas risquer l'exclusion sociale (ou fatale).








             


             

            Publié par cmoijibe à 00:01:52 dans actu générales | Commentaires (0) |

            insolite | 07 juillet 2006

            Le corbillard irlandais roulait à tombeau ouvert

                



            DUBLI - Le chauffeur d'un corbillard a été pris en flagrant délit d'excès de vitesse par la police irlandaise alors qu'il conduisait en tête d'un cortège funèbre.


            John Carr a été condamné à payer une amende de 80 euros et s'est vu retirer deux points sur son permis pour avoir dépassé de 19km/h la limite de vitesse autorisée (50 km/h) dans une zone du comté de Donegal, dans le nord-ouest de l'Irlande.


            "C'est la première fois que j'entends parler d'un corbillard pris en excès de vitesse. Je suppose que je devrai payer l'amende", a déclaré John Carr à l'Irish Times.


            Plusieurs autres véhicules présents dans le cortège ont eux aussi été verbalisés.

            Publié par cmoijibe à 16:19:00 dans actu générales | Commentaires (0) |

            maroc lamentable homophobie | 07 juillet 2006






            homo ou pedophile ?
            Le scandale Soumère

            La justice marocaine a-t-elle cédé aux pressions dans l'affaire Soumère ? A-t-elle fait preuve d'une coupable indulgence à l'égard du directeur du théâtre Mogador à Paris et résident Marrakchi depuis 30 ans ? Les dirigeants de l'association « Touche pas à mon enfant » le pensent. Après analyse des éléments du dossier, on comprend la position de cette association qui fait un effort formidable pour protéger les enfants de Marrakech contre les prédateurs sexuels. Le témoignage du mineur qui accable Soumère a été ignoré par le juge. Les circonstances de l'arrestation affaiblissent la défense de l'accusé. Celle-ci, comme le montre notre enquête, recèle des contradictions rédhibitoires. En l'occurrence, l'instruction semble avoir effectué son travail correctement. Les acteurs de la société civile qui militent contre le phénomène de la pédophilie à Marrakech reconnaissent que la police est de plus en plus efficace et diligente dans son travail. C'est pour cela que les manquements de la justice dans cette affaire sont une tragédie. Ils risquent de décourager une dynamique positive où le travail de la société civile rencontre l'efficience des pouvoirs publics. Si le verdict exhale une odeur de mansuétude coupable, il est aussi problématique car il retient le chef d'accusation d'homosexualité. C'est un avis sans doute minoritaire au sein de notre société, mais il faut absolument le défendre. L'homosexualité ne doit pas être criminalisée. Les relations sexuelles entre adultes consentants ne regardent pas la société. Et bien sûr, on ne le répétera jamais assez, l'homosexualité n'est pas la pédophilie. Enfin, il est intolérable qu'un individu influent puisse, dans ce genre d'affaire en particulier, échapper à la loi. S'il est hors de question de condamner M. Soumère, notre enquête permet de mettre le doigt sur une justice dysfonctionnelle. Hélas, ses dysfonctionnements suggèrent le pire dans cette affaire.



            Il y a deux mois, l'annonce de l'arrestation du directeur du théâtre parisien Mogador a fait l'effet d'une bombe. Les associations de défense de droits des enfants ont salué le travail de la police marrakchie. D'autant que l'année en cours a connu une recrudescence des arrestations au sein des touristes pédophiles. Rien que pour 2006, un Belge, trois Allemands et un Hollandais ont été traduits en justice pour pédophilie. Et si d'habitude, la justice était clémente dans ce genre d'affaires, les dernières condamnations, nettement plus lourdes, suggéraient un changement d'attitude de la part des tribunaux. Les médias ont multiplié ces derniers mois les reportages dédiés au tourisme sexuel : M6, France 2 mais également 2M qui a même réservé une émission de son "Grand angle" au phénomène.


            Gros poisson
            L'affaire Jack-Henri Soumère est donc arrivée dans ce contexte bien particulier. L'homme, qui possède une ville au cœur de Gueliz et fréquente la ville ocre depuis 32 ans, est non seulement riche mais également très influent. Il possède un carnet d'adresses impressionnant dans lequel on trouve des artistes, des producteurs, des hommes d'affaires et des politiciens (maires, conseillers régionaux...). A 60 ans, Soumère est directeur de trois théâtres français, dont le célèbre Mogador à Paris avec à son palmarès des centaines de spectacles et près d'un million et demi de spectateurs par an. Il a produit plusieurs artistes dont Nicoletta et la célèbre Dalida. En 2003, il a été élevé au grade de Chevalier dans l'Ordre national de la légion d'honneur. Soumère présentait donc le portrait type du gros poisson attrapé par la police judiciaire de Marrakech au terme d'une filature de plusieurs jours. Et c'est dans la soirée du 24 avril dernier, alors qu'il venait de recevoir un jeune homme et un adolescent, que les policiers vont opérer leur descente. Selon le procès verbal de la police, la perquisition a été décidée suite à des informations faisant état de jeunes hommes et d'adolescents qui fréquentaient le domicile de Soumère. En cette soirée du 24 avril, Jack-Henri Soumère va les recevoir vêtu uniquement d'une "foukiya" (robe d'intérieur marocaine). La moisson sera, elle, de taille : un godemiché noir en plastique, un morceau de hachisch, de la crème et des huiles, des préservatifs, des photos et des images pornographiques dans l'ordinateur et les portables de Soumère. Mais Soumère n'a pas été pris en flagrant délit d'acte sexuel. Les déclarations de l'adulte et du jeune mineur sont accablantes. L'adulte, qui s'avèrera être un rabatteur, va avouer qu'il avait ramené le mineur pour avoir une relation sexuelle avec le sexagénaire et que c'est bien Soumère qui lui avait demandé de le faire. L'adolescent dira aux policiers qu'il avait connu Soumère grâce à Internet, sur le site gay cyberman.com. Ce dernier lui a appris qu'il travaillait dans les arts dramatiques. Le mineur a également déclaré qu'il avait déjà rendu visite à Soumère chez lui deux jours auparavant et que le rabatteur en question lui avait proposé d'avoir une relation sexuelle avec le Français pour 300 à 400 Dhs. Concernant la soirée du 24 avril, il avouera être venu pour des relations sexuelles et que Soumère lui avait demandé de l'accompagner dans sa chambre à coucher. Il expliquera qu'au moment où la police est arrivée, il était en train de "prendre le temps de se décrisper, pour se préparer à passer à l'action".


            Homo ou pédophile ?
            Pour sa part, Soumère nie en bloc les accusations d'incitation d'un mineur à la prostitution. Il avouera son homosexualité mais persistera à dire que le mineur est venu chez lui parce qu'il cherchait du travail. Il soutiendra même que l'enfant lui a présenté sa carte d'identité nationale qui indiquait l'âge de 21 ans ! Peine perdue : le juge d'instruction l'inculpe « d'homosexualité, incitation à la prostitution d'un mineur de moins de 18 ans, détention et consommation de résine de cannabis, aménagement d'une résidence pour la prostitution et détention d'objets et d'images pornographiques ». Il est placé en garde à vue. Il passera 22 jours de détention avant d'être remis en liberté, pour des raisons de santé, avec l'obligation de rester sur le territoire marocain. Il commence alors à multiplier les actions pour promouvoir sa cause. Tout d'abord il envoie un e-mail à ses amis français se plaignant d'être l'objet d'un coup monté. « Je vous assure être innocent. Seule l'homosexualité est un délit passible d'un an de prison (mon chef d'inculpation) », écrit-il dans le courrier alors qu'il était également inculpé d'incitation d'un mineur de moins de 18 ans à la prostitution. Il multiplie les entretiens avec "Le Parisien", il parle de machination, de coup monté sans pour autant argumenter ses allégations. Il dit avoir vu les papiers du mineur alors qu'un jeune de 16 ans ne possède pas de CIN. Il soutient enfin qu'il est poursuivi pour son homosexualité. Ce qui lui a permis de mettre en place un comité de soutien qui affichait sur sa page d'accueil un nombre impressionnant de personnalités françaises acquises à sa cause. Le comité reprenait la rengaine de Soumère alors que le procès était encore en cours : le crime de Soumère est d'être homo, un délit dans un pays comme le Maroc. La deuxième chaîne lui offre également une tribune, dans son J.T. A une semaine du verdict, Soumère, plein d'émotions, clamera son innocence sur 2M, sans parler, cette fois, de son homosexualité.
            Au tribunal, le procès va durer plus de quatre heures. Soumère est défendu de bâtonnier des avocats de Marrakech. Le mineur est convoqué pour témoigner. Mais, curieusement, le juge décide de ne pas prendre son témoignage en considération. « Les protocoles liés aux droits des enfants et qui sont ratifiés par le Maroc insistent sur l'importance du témoignage des mineurs, surtout dans les dossiers de l'exploitation sexuelle. L'inculpation se base essentiellement sur les propos de l'adolescent. Ecarter le témoignage du mineur veut tout simplement dire qu'il n'y a plus d'accusation », tranche maître Errachidi, membre de l'AMDH et avocat de "Touche pas à mon enfant".


            Le show Soumère
            Plus encore, l'AMDH et l'association "Touche pas à mon enfant" se sont vu interdire le droit de se constituer partie civile, à cause du refus affiché par les parents de l'enfant. Soumère répétera devant la Cour les mêmes propos qu'il a tenus à la presse. « Oui, je suis homosexuel. Non, je ne suis pas un pédophile. Je n'aime pas les enfants. J'ai toujours fait la guerre contre ça », lance-t-il au juge. Il reviendra sur la théorie du complot en disant qu'il ne sait pas qui est derrière cette affaire, « mais cette histoire n'est pas normale ». Il niera même consommer du cannabis, même si la police en a trouvé dans sa maison. Idem pour le matériel pornographique. « Soumère a été ménagé par la Cour. On ne lui posait pas de questions gênantes. On n'essayait pas de le confondre. Le comble, c'est qu'à la sortie du tribunal, il est venu nous dire qu'il allait créer une association pour lutter contre la pédophilie et collaborer avec notre ONG ! », s'exclame un membre de l'association "Touche pas à mon enfant". Le tribunal a rendu son verdict : quatre mois de prison avec sursis et 5000 Dhs d'amende pour les charges d'homosexualité et de détention de cannabis. La Cour l'a disculpé de la charge d'incitation d'un mineur à la prostitution. « Je suis atterré par cette décision juridique. Nous nous sommes portés partie civile parce que nous pensons que c'est un cas d'abus sur un mineur, pas parce qu'il est homosexuel. Enfin, la Cour a snobé la Convention de l'Onu sur les droits de l'enfant, contre la prostitution et la pornographie. Quel est donc le message qu'on veut passer aux pédocriminels ? », se révolte Mme Anouar, présidente de "Touche pas à mon enfant". Contacté par téléphone, le mineur qui a peur de parler à la presse nous a toutefois répété que Soumère lui a effectivement proposé de pratiquer un acte sexuel pour de l'argent... Des propos que le juge n'a pas pris en compte. Mustapha Dahali, le rabatteur, a pour sa part été condamné à quatre mois de prison ferme et 5.000 dirhams d'amende ! Le lendemain du procès, Soumère est rentré en France. Il publie immédiatement sur son site (www.soumere.com) un message de remerciements aux membres du comité de soutien tout en leur annonçant qu'il allait prendre quelques jours de repos pour retrouver ses forces. Marrakech, la ville ocre qui catalyse l'espoir de 2010 et ses 10 millions de touristes, elle, a peur pour ses enfants devant une justice à géométrie variable...

            Publié par cmoijibe à 01:46:00 dans actu générales | Commentaires (2) |

            l'arroseur arrosé | 06 juillet 2006

            Des incidents à Lyon après la qualification de la France


            LYON (AP) -- Des incidents ont éclaté mercredi soir à Lyon après la qualification de l'équipe de France pour la finale de la Coupe du monde de football, a-t-on constaté sur place.
            Les pompiers ont secouru une vingtaine de personnes blessées par ces violences, a-t-on appris auprès des Sapeurs pompiers lyonnais.
            Par ailleurs, des voitures incendiées étaient signalées tôt jeudi matin dans les IIIe et VIIIe arrondissements de Lyon, ainsi qu'à Villeurbanne.
            Dès la fin de la rencontre face au Portugal (1-0), des incidents se sont produits aux abords de la place Bellecour, dans le deuxième arrondissement de Lyon (centre), a constaté un journaliste de l'Associated Press.
            Une centaine de jeunes répartis en plusieurs groupes ont bousculé et marché sur des voitures arrêtées par la foule, alors que des bouteilles et des poubelles étaient jetées.
            Des gens dans leurs voitures ont été choqués et de nombreux vols dans des véhicules ont été signalés.
            Tôt jeudi matin, les CRS étaient présents aux abords de la place Bellecour et faisaient usage de gaz lacrymogène pour disperser la foule.
            Au contraire de nombreuses ville françaises, la municipalité de Lyon n'avait pas voulu installer d'écran géant pour que les Lyonnais puissent assister à la demi-finale face au Portugal. La ville avait invoqué des raisons de sécurité

            Publié par cmoijibe à 02:43:20 dans actu générales | Commentaires (0) |

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