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Etoiles et tubes ?

Un monde, des mondes, des contradictions, des extrêmes et au milieu, quelque part, peut-être dans un tube (pourquoi pas ?), l'étoile.

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Marina Tsvétaïéva - extrait de Quinze Lettres de Marina Tsvetaeva à Boris Pasternak | 14 janvier 2008

 

Entendus ce soir sur France Culture, les yeux sur le halo des phares trouant la nuit. Ces extraits de lettres entre ces deux âmes. Des extraits lus par des comédiens. Des phrases venues de la nuit, articulées du bout de la route. Une grande émotion qui vous prend, sans trop savoir pourquoi, comme si ces mots, écrits au début du siècle dernier, résonnaient encore.

Dés que je peux, je cours acheter de quoi lire plus, de quoi vibrer encore aux cris écrits de cette poétesse russe que je ne connaissais pas encore mais que j'entendais depuis toujours.

 

Extrait d'une lettre du 31 décembre 1929 à Meudon

[...] Boris, avec toi je redoute chaque mot, voilà la raison de mon silence épistolaire. Car nous n'avons rien d'autre que les mots, nous y sommes condamnés. Car tout ce qui, avec d'autres, passe - sans mots, les mots sans voix, sans rectification par la voix. Le peu de chose prononcé (l'air a tout mangé) - est affirmé, muettement hurlé. Boris, d'ordinaire, dans toute relation humaine, les mots sont juste une main-forte, une béquille, une dernière extrémité, et l'extrémité l'est toujours - dernière. On dit bien - en guise d'adieu. Je ne sais pas si elle est vraiment de lui, mais Stépoune a eu une formule définitive : « Ce qui a perdu les romantiques, c'est d'avoir toujours été les derniers. » Chacune de nos lettres est la dernière. Tantôt - la dernière avant notre rencontre, tantôt - la dernière pour toujours. Peut-être est-ce d'écrire rarement que tout reprend à neuf - à chaque fois. L'âme se nourrit de la vie, ici l'âme se nourrit de l'âme, auto-dévoration, impasse. [...]

Quinze Lettres de Marina Tsvetaeva à Boris Pasternak, éditions Clémence Hiv


Publié par kristo à 23:11:47 dans Les poèsies que j'aime | Commentaires (0) |

Pablo Neruda - Traduction d'un discours de Pablo Néruda | 03 décembre 2007

 
Décidément, en ce moment je n'ai d'yeux que pour ce Chilien aux univers multiples, pour ce regard là, pour cette présence grise et noire encore vibrante sous la chimie du vieux papier photo.
Il est toujours là dans ces mots qui grincent comme de vieilles portes qu'on ouvre, dans ces phrases qui emportent comme une bannière qui claque, dans les idées qui enivrent comme un alcool fort, dans le feu du poète éternel qui surprend et menace puis, finalement, qui nous ramène à nous.

Oui, ce type là fait partie de ceux qui ouvrent des portes pour nous. Il fait partie de ces poètes qui libèrent. J'aime ce mec, terriblement.

Et nous, où « mourrons nous lentement » ? Le savez-vous ? Le sais-je ?

 

 

Il meurt lentement
celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n'écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver
grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l'habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu

Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d'émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les coeurs blessés

Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu'il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n'a fui les conseils sensés.

Vis maintenant !

Risque-toi aujourd'hui !

Agis tout de suite!

Ne te laisse pas mourir lentement !

Ne te prive pas d'être heureux !


Publié par kristo à 20:59:45 dans Les poèsies que j'aime | Commentaires (2) |

Pablo Neruda - Image (extrait de La rose détachée) | 30 novembre 2007

 

Je n'avais pas oublié le 24 novembre. Ce poème là, à lire dans tous ces détails est bien plus profond que ce qui aurait pu être dit. Et regarder ce qui n'existe pas...

 

D'une femme qui fut rencontre fugitive
je conserve le nom bien enfermé : c'est un coffret :
j'en élève parfois les syllabes rouillées
qui grincent tels de vieux pianos désaccordés :
de la pluie surgissent aussitôt les arbres de l'époque,
les jasmins, les deux nattes victorieuses
d'une femme au corps disparu, perdue,
noyée dans le temps comme dans les lentes eaux d'un lac :
ses yeux s'y sont éteints comme charbons en cendre.

Il existe pourtant dans ce qui se dissout
un parfum mort, des veines enterrées
ou simplement la vie au milieu d'autres vies.

Tourner la tête vers - et seulement -
vers la pureté, fleure bon :
tâter le pouls du zénith torrentiel
de notre jeunesse amoindrie :
envoyer rouler une bague dans le vide,
pousser des hauts cris en plein ciel.

Le temps, à grand regret, me manque pour mes vies,
la minime, le souvenir laissé dans un compartiment,
dans une chambre ou bien en quelque brasserie
comme un parapluie laissé sous l'averse :
ces lèvres qu'on ne voit pourraient bien être celles
que l'on entend soudain comme une rumeur marine,
dans une inadvertance du chemin.

C'est pourquoi Irène ou Rosa, Maria ou Leonor,
vides coffrets, fleurs sèches dans un livre
appellent du fond de l'esseulement :
alors il faut ouvrir, écouter ce qui est
sans voix, et regarder ce qui n'existe pas.


Publié par kristo à 17:19:51 dans Les poèsies que j'aime | Commentaires (2) |

Ibn Arabi - Extrait du Chant de l'ardent désir | 19 novembre 2007

 


Approche-toi du site des bien-aimés, avec qui fût scellé le pacte,
Site que toujours favorisent les nuages porteurs de pluie !
Et impatient, respire la brise de leurs terres,
Afin que les âmes t'inspirent où ils sont.


Je sais, présume qu'ils plantèrent leurs tentes à l'ombre des banians,
Là-bas où poussent, parmi les arbrisseaux, l'absinthe et le cathame !

Loin, la nostalgie me consume ; près je ne suis pas guéri.
En l'absence et la présence, la nostalgie.
La rencontrer amène ce que je ne pouvais soupconner :
Guérir la passion crée une autre passion.
Car rebelle et orgueilleuse,
La beauté de celle que je vois s'accroît lors des rencontres,
Et la passion doit se comparer au surcroît de la beauté !

En savoir +

Publié par kristo à 11:29:10 dans Les poèsies que j'aime | Commentaires (7) |

Abbé Claude CHERRIER (1655-1738) - Description chimérique d'un être de raison... | 16 octobre 2007


Sans commentaires...


DESCRIPTION CHIMÉRIQUE D'UN ÊTRE DE RAISON, FABRIQUÉ DE PIÈCES RAPPORTÉES, HABILLÉ D'UNE ÉTOFFE A DOUBLE SENS, LEQUEL FUT CONSTRUIT PAR UNE ASSEMBLÉE D'ÉQUIVOQUES, ASSISTÉES DU GÉNIE BURLESQUE (1713)



Il a un corps de garde,

Des membres de période,

Une tête d'Armée,

Une face de théâtre,

Des traits d'arbalète,

Le front d'un bataillon,

Des yeux de bœuf,

Deux temples de Jupiter,

Un nez de Bachot,

Des joues de Peson,

Une bouche du Danube,

Une langue étrangère,

Des dents de scie,

Une haleine de savetier,

Des oreilles d'écuelle,

Une ouïe de carpe,

Une chevelure d'arbre,

Une barbe d'épic,

Un cou de tonnerre,

Une gorge de montagne,

Des bras de mer,

Un poing d'Espagne,

Des mains de papier,

Des côtes de Barbarie,

Des cuisses de noix,

Des jambes étrières,

Des pieds d'estaux,

Un dos de fauteuil,

Un cul de sac,

Des parties d'Apothicaire,

Un cœur d'Opéra,

Les entrailles de la terre,

Des os de Noël,

Des veines de marbre,

Une âme de soufflet.

 


.......................


Il a une mine de plomb,

Un air de Cadmus,

Un port de mer,

Une voie d'eau,

Un champ de bataille,

Un accent circonflexe,

Un creux de puits,

Une taille de plume,

Un regard de fontaine,

Un ris de veau,

La gravité de l'air,

Une justice subalterne,

Un esprit de vin,

Une lumière de canon,

Un jugement téméraire,

Une justesse de contrepoids,

Une ruse de guerre,

Une expérience de Physique.

Je vous dirai de plus qu'il était d'un accès de fièvre quatre,

D'une douceur de miel,

D'un caractère gothique,

Qu'il avait de belles inclinations de tête,

Le pas de Calais,

Et la diligence de Lyon.

Tous ces faits mémorables prouvent qu'il était brave comme une mariée.



Publié par kristo à 15:01:58 dans Les poèsies que j'aime | Commentaires (2) |

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