Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

Etoiles et tubes ?

Un monde, des mondes, des contradictions, des extrêmes et au milieu, quelque part, peut-être dans un tube (pourquoi pas ?), l'étoile.

Vos avis m'intéressent !

Mail du blog: mailto:tubulures@gmail.com

Image Hosted by ImageShack.us

TRADUCTION

Août

DiLuMaMeJeVeSa
   1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031 

Compteur

Depuis le 30-01-2007 :
119713 visiteurs
Depuis le début du mois :
1714 visiteurs
Billets :
302 billets

Certes... | 24 août 2007

Alors voilà. Certes, de retour. Pas de vacances au Portugal comme prévu. Modification de dernière minute pour faire face aux évènements. C'est ainsi. Les choses changent. La vie, c'est la transformation. L'univers lui-même est le témoin que tout, perpétuellement, est en mouvement. Nous ne devrions donc pas en être surpris lorsqu'à l'échelle de nos vies, nous avons l'occasion de le vérifier. Il n'empêche que ces leçons sont parfois difficiles à acquitter.

Un papa qui fait une insuffisance respiratoire nécessitant une hospitalisation puis une marche forcée vers une maison de retraite médicalisée. Certes, un établissement privé. Certes, il n'y a rien dans ce joli château aménagé de l'image glauque du trou à vieux, du mouroir aux odeurs moisies ou de l'antichambre de la mort. Certes, aujourd'hui, nous pouvons vivre vieux.

Certes, chanceux que nous sommes dans ce 21ème siècle, notre attente peut durer longtemps. Nos forces vives peuvent s'épuiser à loisir, couler de nos corps comme une fuite sur un pneu percé, mollement, lentement, graduellement. Encore nous pouvons vivre, intubés, mesurés, reliés aux machines sans âmes.

Ainsi s'affiche la malédiction qui nous rend spectateurs de notre descente vers la mort avec, à chaque jour qui passe, encore un peu moins de souffle, encore un peu moins d'énergie, encore un peu moins de vie. Nous devrons mourir couchés, alités, surveillés, impuissants dans les bras professionnels des infirmières dévouées.

Comme, en vieillissant, la mémoire courte s'efface et que les vieux souvenirs restent, notre cerveau, qui croira encore avoir 30 ans, aura tout le loisir de mesurer l'écart entre l'imaginé et le réel. Dans l'univers stérile de cet enfer blanc, nous rendrons ce dernier souffle, démissionnés de ces engagements, de ces volontés, de ces choix qui font de nous des Hommes.

Sans doute, loin des nôtres, nous n'échapperons pas à la conscience médicale des internes urgentistes ou de la science respectée d'un spécialiste patientant pour reprendre sa partie de golf interrompue par notre fin imminente. C'est la loi nouvelle. Certes.

Papa a donc quitté sa maison dans laquelle son état physique ne lui permettait plus de vivre. Nous, ses fils, nous étions là pour tenter de l'aider un peu dans ce moment difficile. Tous, nous avons essayé de faire ce que nous pouvions, entre la douleur, la pitié et les souvenirs surgissant du passé. Nous avons éprouvé la terrible sensation de la vieillesse qui s'était emparée de cet homme comme la brute expérience du temps qui, sur nous également, avait déjà insidieusement laissé ses marques.

Hier à peine, ce père nous prenait dans ses bras, riant aux éclats. La force et la vie coulaient en lui et il semblait que cela ne pouvait avoir de fin. Il y a si peu de temps encore, nous respections sa colère et obéissions avec crainte à ses injonctions. Hier encore, il était un Dieu, présidant à nos destinées, garantissant notre sécurité. Hier, il ne pouvait rien nous arriver. Aujourd'hui, voilà que je contemple son visage émacié, défait, faible et pâle. Voilà que, sous mes yeux, cet arbre sous lequel nous nous protégions se rabougrit, s'étiole, se prépare indubitablement au grand hiver.

Et moi qui voudrais tant pouvoir faire quelque chose, voilà que je fais face à la terrible expérience de la résignation contrainte. Je ne peux rien de plus. Il n'y a rien à faire. Un « au revoir » pendant lequel on tente de banaliser les choses, de les rendre comme avant, d'entretenir l'illusion, encore, comme un calmant dérisoire.

« Je repasserais bientôt Papa et je t'appelle demain ».

Un dernier regard durant lequel on ramasserait bien cette croix pour aider ce vieux monsieur privé de forces à la traîner. La porter pour lui, un peu, afin de lui donner une partie de cette énergie qui lui permettrait de vivre encore à la hauteur de son âme, sans tristesse, pour garder le goût des choses et l'envie encore. Hélas, nous sommes toujours seuls face à notre propre drame. Jamais cette phrase ne m'avait parue aussi évidente.

Fermer la grande maison déjà si vide. Monter dans la voiture et repartir vers la vie qui attend. Ici. Oui, je suis de retour mais un bout de moi restera toujours dans cette parenthèse de temps, dans les bras de papa, brave, fort et riant aux éclats. Mon fils me regarde et je me revois à son âge. Oui, je suis revenu et je suis devenu mon père. La roue tourne, les choses changent : c'est la loi.

Ce soir, en regardant le ciel de mon jardin, je sais que les étoiles brillent au dessus des nuages. Demain, la télévision dit qu'il fera beau. Je respire un grand bol d'air.

Je t'aime papa.

Certes...


Publié par kristo à 22:56:46 dans Humeurs | Commentaires (5) |