Un monde, des mondes, des
contradictions, des extrêmes et au milieu, quelque part, peut-être dans un tube
(pourquoi pas ?), l'étoile.
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<< Création, conscience, choix... | Blaise Cendrars - extrait des Rhapsodies gitanes | Synchrone >>
Je me souviens que le canapé rouge était installé au bord de la piste, dans un tournant, et que je m'arrêtai pile tellement cette rencontre était inattendue. Le bruit de mes engrenages n'était pas encore apaisé ni le nuage de poussière que ma vieille Ford avait soulevé, retombé que je vis la femme qui me tenait en joue abaisser son arme et je l'entendis me dire émerveillée :
- ... ô, j'ai tout de suite compris qu'il n'était pas un bandit de grand chemin quand j'ai vu une si belle voiture...
J'étais éberlué.
Dans un coin du canapé, une négresse toute réjouie, qui avait un mauvais fusil de chasse entre les genoux, donnait le sein à un magnifique négrillon nu, qui pouvait avoir dans les quatre ans et qui tétait comme un glouton. A côté d'elle, trois fillettes, six, huit et dix ans, revêtues d'une longue chemise blanche, sages comme des images mais mourant de vergogne, me dévoraient des yeux à travers leurs doigts écartés, les mains plaquées sur le visage. Autour de ces innocentes sur leur canapé rouge, la solitude, la menace d'une clairière tropicale.
- ... ô, le Monsieur est le premier à passer. Est-ce qu'ils ont terminé la route, les hommes ?...
- Mais... mais... qu'est-ce que vous faites là, donzella ? lui demandai-je en retrouvant mes esprits.
- O, on nous a promis une route, et depuis la fin de la saison des pluies je viens ici voir passer la route avec mes chérubins à qui j'ai promis de leur montrer des merveilles. Est-ce que la route arrive bientôt ? C'est long...
En effet, une route était jalonnée quelque part, du côté de Santa-Rita, à 300 kilomètres de là, et seule ma vieille Ford, qui en avait vu bien d'autres durant mes vagabondages au Brésil, avait pu franchir les embûches et les mauvais pas de la piste qui m'avait mené bon premier dans cette clairière.
- Mais où habitez-vous, grand Dieu ?
- O, par là, me répondit la négresse, en pointant son pouce derrière son dos, par là-bas, de l'autre côté de la corne du bois, dans les collines d'Arraraquâra. C'est à six lieues d'ici, mais on s'ennuie...
- Et votre mari ?
- O, mon homme ? Il y a deux ans que nous l'attendons, les chérubins et moi. Il travaille à la route et c'est la route qui va nous le ramener. Avant, il travaillait au pont...
- Quel pont ?
- O, le pont, le pont qui lui a donné le canapompé, pas vrai mes chérubins ? il est beau, rouge, hein Monsieur ?
- Il est très beau.
- O, c'est moi qui l'ai installé là et nous sommes bien, là, avec mes chérubins pour voir venir cette route et toutes les belles choses qu'elle doit nous apporter... Alors, cette route, elle est loin d'ici, elle flâne, oui, elle se repose ?... O la vilaine qui fait du chagrin au petit cœur de mes chérubins !... Mais vous êtes bien venu, vous, le premier, et c'est gentil !
Publié par kristo à 12:13:00 dans Les poèsies que j'aime | Commentaires (0) | Permaliens
L'aurore que j'aime se lève la
nuit resplendissante et n'aura pas de couchant
Al-Hallâj