Ici, c'est la paix. Il n'y a ni bruit, ni pollution, ni klaxons des automobilistes, ni crissements de pneus, ni cris bruyants des enfants à la sortie de l'école ou dans les cages d'escaliers, ni sirènes hurlantes des ambulances et des voitures de la police et des pompiers.
Ici, les seuls "bruits" qu'on entend sont les doux chants des oiseaux, le frottement des feuilles d'arbres, les brindilles craquant sous vos pieds, les battements de votre cœur et votre respiration. Une virée matinale quotidienne à travers ses sentiers, il n y a pas mieux pour éviter de rendre visite au toubib.
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Par Mohamed Arezki Himeur
Liberté du 02 septembre 2009
C’est très beau, magnifique, sublime, lâchera Hayat, au détour d’un visage, à quelques centaines de mètres de la station climatique de Tikjda, perchée à près de 1.500 mètres d’altitude, sur les hauteurs de Bouira. Elle était émerveillée par le décor verdoyant, les cèdres qui s’élancent l’assaut du ciel et les montagnes, majestueuses, qui surplombent ce site touristique, l’un des plus beaux du Djurdjura.
Avant même que son époux ne gare la voiture et n’éteigne le moteur, leurs trois enfants – deux filles et un garçon âgés entre 8 et 12 ans – se sont précipités hors du véhicule. Ils sont retournés, en courant, au dernier virage qu’ils venaient de franchir pour voir, regarder de plus près les singes magots accroupis sur le bas côté de la route ou sur les talus dominants la chaussée.
C’est la première fois que Hayat, algéroise de pure souche, met les pieds à Tikjda. Son époux, Kamel, originaire de Béjaïa, connaissait l’endroit. Il l’avait visité une seule fois. Cela remonte à près d’une trentaine d’années. C’était au début des années 80. « Le site a beaucoup changé. Les montagnes sont dénudées. L’érosion a fait son effet. Parce qu’une grande partie des cédraies a disparu, ravagée par les incendies durant les années noires de 90 », constate-t-il avec amertume.
Le couple et les enfants revenaient de Béjaïa où ils ont passé deux semaines de vacances, au bord de l’eau. Ils rentraient sur Alger. En cours de route, Hayat a « suggéré avec insistance » à son époux de faire une courte virée vers Tikjda. C’est une amie à elle qui lui avait soufflé l’idée au départ de Béjaïa. « N’oublie pas de faire un détour du côté de Tikjda. Tu ne le regretteras pas. Tu seras émerveillée », lui avait-elle dit. Hayat ne regrette pas de s’être rendue, d’avoir monté à Tikjda. « C’est une excellente idée. Cette bifurcation m’a permis de découvrir et de faire découvrir à mes enfants ce merveilleux site qu’est Tikjda », dira-t-elle, tout en pressant le pas pour rejoindre ses enfants qui contemplaient les macaques.
Déjà, un projet mijote dans sa tête. Elle songe à y revenir, pour quelques jours, pendant les prochaines vacances scolaires d’hiver. Elle tentera de « vendre » aussi l’idée à des amies et aux membres de sa famille, ankylosés par la sédentarisation à Alger. Elle est sûre de rallier certains couples amis de son quartier à ce projet. Surtout si l’opération promotionnelle mise en œuvre au niveau de la station climatique est maintenue jusqu’à la fin de l’année.
Succès de l’opération promotionnelle
Tikjda est un véritable joyau touristique. Ce n’est donc pas par hasard que le site draine, tout au long de l’année, en été comme en hiver, au printemps comme en automne, la grande foule. Depuis le début juillet, la station climatique affichait complet. Il n’y avait pas, au milieu de la première quinzaine d’août, un seul lit de libre à l’auberge des jeunes et dans son annexe, situés à l’entrée de la station.
Quelques mètres plus, au détour d’un petit virage, apparaissent deux belles bâtisses flambant neuf. Il s’agit de deux nouvelles unités hôtelières. Elles affichaient elles aussi complet. Il ne restait, le jour de notre passage, que cinq ou six lits de libre sur les quelques 230 lits (117 chambres) que compte la station.
Il ne fait pas de doute que l’opération promotionnelle lancée par les responsables des lieux pour relancer le tourisme à Tikjda a été une réussite. Le prix d’une chambre single est fixé à 2.000 dinars et celui d’une chambre double à 3.000 dinars, petits déjeuners compris dans les deux cas. Une réduction est accordée pour un séjour de plus de trois nuits. Le client bénéficie d’un hébergement gratuit pour la 4ème nuit. Le cadeau est encore plus intéressant après la cinquième nuit : l’hébergement et la restauration de la sixième nuitée sont à la charge de la station climatique.
Les enfants âgés de 13 à 17 ans bénéficient d’une réduction de 50% pour l’hébergement, tandis pour les enfants de moins de 12 ans l’hébergement est totalement gratuit durant tout le séjour des parents. « La promotion est intéressante. C’est pour cela que nous affichons complet », dira Mohand Améziane Belkacemi, chargé de la communication de la station climatique. « Je dois signaler que l’accès à toutes les installations de l’établissement est gratuit pour les clients », a-t-il ajouté.
Le tourisme, c’est les idées. Disposé d’un magnifique site touristique, c’est bien, mais avoir également des idées pour attirer et fidéliser la clientèle, c’est encore mieux. Les responsables de Tikjda n’ont pas inventé le fil à coupé le beurre. Mais ils ont mis en application une formule, efficace, pour capter les touristes et les vacanciers. Ils vont certainement maintenir le cap, poursuivre sur cette lancée, pour « gagner » plus de clients durant les mois et années à venir. Le projet est réalisable si les clients sont satisfaits des prestations fournies. Le succès de l’opération se joue à ce niveau.
On ne s’ennuie pas à Tikjda
D’autant que la station va prendre de l’extension et s’agrandir dans les prochains mois. Elle doit récupérer et réhabiliter l’ancien hôtel Djurdjura incendié par les groupes terroristes durant les années 90. Elle doit également entrer en possession d’une carcasse inachevée appelée le « collectif » qui sera transformée en bungalows avec une capacité d’hébergement minimum de 200 lits.
Une autre bâtisse qu’on appelle « le chalet » d’une capacité de 70 lits sera absorbée par la station. Elle deviendra une école d’initiation aux différents sports de montagne (VTT, escalades, spéléologie, ski, randonnées pédestres etc.). Une fois toutes ces infrastructures récupérées et réhabilitées, Tikjda « aura un minimum de 1.000 lits », selon M. Belkacemi.
Cette station climatique a encore changé de « propriétaire ». Elle est confiée pour la gestion au ministère de la Jeunesse et des sports qui se découvre, ainsi, une seconde vocation. Elle a pris la dénomination de Centre national des sports et loisirs de Tikjda (CNSLT). Ce centre est une entreprise à caractère économique et commercial qui est tenu de fournir, à la fin de chaque année fiscale, de bons résultats financiers. Ce qui oblige ses gestionnaires à fournir une double prestation : pour les touristes et pour les sportifs.
Les touristes et vacanciers n’ont pas le temps de s’ennuyer à Tikjda pendant la période estivale. La station leur offre une panoplie d’activités de loisirs et sportives : piscine, billards, baby-foot, tennis de table, handball, football pour les enfants, randonnées pédestres, virées en VTT dans la forêt etc.
Il y a aussi, au programme, plusieurs endroits à visiter, tels que le lac de « Tamda Ouguelmime ». Une merveille de la nature située à 1.750 km d’altitude. Il est de distant d’environ 15 km de la station climatique de Tikjda, mais il faut entre 02H30 à 03H00 de marche à pieds, à travers les sentiers parfois abrupts, pour l’atteindre. Parmi les autres coins qui méritent un détour, une visite, on peut citer, entre autres, les falaises, les belvédères et le balcon de Tikjda.
« Avec un peu de chance, vous pouvez tomber nez à nez avec une hyène rayée. Il y a deux ou trois individus de cette espèce animale qui vivent dans ce coin du Djurdjura », selon M. Belkacemi. On peut voir aussi, toujours avec un peu de chance bien sûr, l’aigle royal. Il est vrai qu’ici les oiseaux et les autres animaux sauvages sont chez eux. Ils sont protégés par la nature et par la loi, du moins dans les textes. Le Djurdjura, classé patrimoine national géré par la Parc national du même nom, est le refuge de nombreuses espèces fauniques.
Tikjda reçoit des milliers de visiteurs et de touristes tout au long de l’année. Leur nombre varie d’une saison à une autre. Ils viennent de toutes les régions du pays. Certains pour un court séjour, d’autres pour un séjour plus long tandis que d’autres encore font le déplacement juste pour une journée. On y rencontre aussi des étrangers.
Tourisme et sports font bon ménage à Tikjda
Mais il y a aussi des gens qui y vivent, presque en permanence. Parmi eux, des sportifs qui viennent pour des entraînements, parfois pour de longs séjours. Ne vous étonnez pas si, au détour d’un virage, vous rencontrez Amar Brahmia. C’est son coin préféré pour les entraînements : d’abord lorsqu’il était athlète, puis maintenant qu’il est chargé de l’entraînement des certains athlètes de haut niveau. M. Brahmia est un amoureux et un infatigable défenseur de Tikjda.
C’est dans « ce coin de paradis », comme il aimait répéter, qu’il a passé une bonne partie de son existence. D’abord comme athlète, pour se préparer aux meetings et compétitions auxquels il avait participé, ensuite, aujourd’hui, comme entraîneur et manager des athlètes algériens. C’est ici, en effet, que se sont entraînés et préparés certains des athlètes qui ont pris part aux Championnats du monde d’athlétisme de Berlin.
Deux champions français d’origine algérienne, Mehdi Baala et Tahri Bouabdellah, s’étaient entraînés l’année dernière à Tikjda, aux côtés des athlètes algériens. L’un d’eux, Mehdi Baali, avait même battu ses compagnons d’entraînement Algériens lors d’un meeting à Monaco. « C’est cela l’athlétisme, c’est le meilleur qui gagne », dira M. Brahmia.
Amar Brahmia est aussi, à ses heures de repos et de loisirs, un fabuleux guide touristique de Tikjda. Il connaît cette montagne dans ses moindres recoins. Et il parle avant amour, fougue et enthousiasme de ses sentiers, de ses arbres, de sa faune, de son air pur et de sa tranquillité. Beaucoup ne le savent pas peut-être. Brahmia est derrière la réalisation du stade du plateau d’Aswel, qui culmine à 1.740 mètres d’altitude. C’est une idée qu’il avait eu très jeune. Quand il était athlète. Lorsqu’il grimpait là haut pour les besoins de ses entraînements, de sa préparation et mise en forme physiques.
« J’ai toujours rêvé de voir ce site bénéficier d’un stade. Et dès que j’ai eu la possibilité, j’ai mis à exécution ce rêve, grâce à l’aide du Comité olympique ainsi que des walis de Tizi Ouzouz et Bouira. Nous avons eu les autorisations et les moyens très facilement », nous a-t-il confié.
Le féerique plateau d’Aswel
Ce n’était pas facile de construire une infrastructure sportive à une telle altitude. La ville la plus proche est Bouira. Et elle se trouve à près de 40 km d’Aswel. Il fallait faire grimper les camions, les engins, le matériel et les produits nécessaires pour réaliser le stade. Cela n’avait pas été une affaire de tout repos. C’était pénible. D’autant que l’insécurité liée au terrorisme y était permanente. Une des personnes qui avait participé à la construction de ce stage avait failli perdre la vie. Elle avait été grièvement blessée par balles dans un attentat en descendant du plateau d’Aswel.
Mais, comme on dit dans la région « laâtav ur itsnahsav », un bon résultat fait oublier les souffrances physiques. Le bébé est né. Il a vu le jour et il est beau. Le projet a été réalisé grâce à la volonté de tout le monde, à l’aide financière et matériel du Comité olympique internationale, de la Fédération internationale d’athlétisme et des wilayas de Bouira et Tizi Ouzou. Il a coûté moins de 300.000 dollars. « Impossible de réaliser une piste, les couloirs, avec tous les sautoirs, deux aires de sauts et deux aires de lancers à ce prix-là », estime M. Brahmia. Mais l’ « impossible » a été terrassé par la volonté, le volontarisme et les aides des uns et des autres.
Lorsqu’il était entraîneur national, M. Brahmia, avait réussi à convaincre les responsables sportifs de ramener à Tikjda 85 athlètes, pour des entraînements. « J’avais insisté pour ramener le maximum de jeunes athlètes, des cadets jusqu’aux seniors, pour qu’ils puissent voir ce paradis. Certains ont accroché et son devenus des champions. J’en suis content », dira-t-il.
Cependant, le plateau d’Aswel n’est pas seulement un stade, un terrain d’entraînements pour les sportifs et autres athlètes. C’est aussi et surtout un site touristique unique, incomparable et féerique, situé sur l’un des sommets du Djurdjura. Durant la saison estivale, par beau temps, il draine de nombreux touristes, visiteurs et amoureux de la nature. Certains, des jeunes des villages des Ouacifs, de Béni Yenni et d’Iboudrarène notamment, y passaient parfois la nuit à la belle étoile. Les gens viennent généralement en famille, avec femmes et enfants, particulièrement les week-ends et les jours de fêtes.
Tourisme : l’après-pétrole de l’Algérie
Du versant nord du site, lorsque le ciel est dégagé, de belles images s’offrent aux visiteurs qui peuvent observer, du haut du sommet d’Aswel, des dizaines de villes et villages construits comme des nids d’aigle sur des collines qui se succèdent, s’entrelacent en contrebas du Djurdjura.
Le plateau d’Aswel, c’est aussi « Annou bw-Aswel » (le gouffre d’Aswel) d’une profondeur de plus de 800 mètres. Des éléments du Groupement de reconnaissance et d’intervention en milieu périlleux de la protection civile de la wilaya de Bouira, baptisé « GRIMP-10 », l’ont exploré durant quatre jours cette semaine. Ils sont descendus dans ses entrailles. Il s’agit d’une opération d’entraînement, de mise à niveaux des participants et d’exploration.
La relance du tourisme en Algérie est remise au goût du jour grâce aux nouvelles dispositions, attrayantes du point de vue économique et financier, contenues dans la Loi de finances complémentaires 2009. Mais, le succès de la démarche implique l’exploitation de tous les sites et « gisements » dont, bien entendu, le tourisme de montagne qui a cet avantage de « fonctionner » toute l’année.
L’après-pétrole réside, peut-être, dans le tourisme. Parce qu’il pourra, si les choses sont faites dans les règles et les standards internationaux, constituer une importante source en devises pour le pays.
M.A.H
Publié par arez à 17:58:40 dans FOCUS ALGERIE - Des nouvelles - de tout un peu | Commentaires (0) | Permaliens
Stade du plateau d'Aswel, sur les hauteurs des montagnes du Djurdjura, en Kabylie (Algérie)
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Vue sur les villages de Kabylie à partir du plateau d'Aswel près de la station climatique de Tikjda
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Vue générale de la station climatique de Tikjda, en Kabylie (Algérie).
Publié par arez à 17:47:53 dans FOCUS ALGERIE - Des nouvelles - de tout un peu | Commentaires (0) | Permaliens
Mohamed Arezki Himeur
Liberté - 30 juillet 2009
Qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il neige ou que le mercure grimpe au-dessus de 40° degrés, la forêt ne désemplit pas. Elle draine, chaque jour, une grande foule, en majorité des Algérois ou des habitants des quartiers périphériques de la capitale.
Beaucoup sont des fous amoureux de cet endroit. Ils y viennent plusieurs fois par semaine. Certains pour courir, effectuer quelques mouvements sportifs, entretenir leur forme physique, décompresser. Parmi eux figurent notamment d’anciens sportifs, toutes disciplines confondues, et des personnalités politiques qu’on peut compter sur les doigts d’une main. D’autres, plus nombreux, font le déplacement, généralement en famille, pour se détendre, respirer un bol d’air frais, s’oxygéner les poumons, effacer les bruits et les agressions quotidiens, divers de la vie citadine.
Malek n’en peut plus. Il ne tient plus debout. Ses jambes n’arrivent plus à le porter. Elles sont devenues comme de “la pâte à modeler”, dit-il en souriant. Il suait à grosses goûtes. Son maillot, trempé de sueur comme une serviette de hammam, est collé sur la peau. Assis sur une grosse pierre, adossé à un arbre, il regarde, un peu jaloux, ses deux amis, Sid-Ali et Omar, continuer, à petites foulées, leur course dans les entrailles de la forêt de Bouchaoui.
Ils en sont déjà à leur quatrième tour. Ils ont choisi le parcours le moins long, donc le moins pénible, à cause de leur ami débutant dans le footing. Mais Malek a décroché au deuxième tour. Il n’en pouvait plus. “Je suis rouillé”, dit-il en s’essuyant le visage et le cou avec une petite serviette, aussi mouillée que son maillot.
Malek en est à sa quatrième sortie à Bouchaoui. Son premier footing a été un calvaire. C’était un vendredi. Le lendemain, il n’a pu rejoindre son travail. Parce que les muscles de ses jambes lui faisaient très mal. “Je ne pouvais pas marcher. Cela a été pénible. J’en ai souffert deux ou trois jours”, dit-il. Aujourd’hui, les muscles de ses jambes ne lui font plus mal, mais il n’arrive toujours pas à tenir le rythme.
Il est vrai que Malek ne cherche nullement à détrôner Morcelli ou Boulmerka. Il ne court derrière aucune médaille, ne convoite aucun prestige. Mais il est résolu à continuer le footing. Juste pour lui, pour préserver sa santé, maintenir sa forme physique et, par ricochet, son moral. Un esprit sain dans un corps sain, en quelque sorte. “Cette bedaine et cette graisse doivent disparaître”, jure-t-il. C’est visible : Malek, la cinquantaine bien tassée, a quelques kilogrammes de plus. C’est le résultat du “dodo, auto et boulot”. “Plus de 20 kg en surcharge”, précise-t-il avec ironie, tout en tapotant son ventre.
Il est 7h30. Des dizaines d’hommes, de femmes, de jeunes filles et de garçons, tout en sueur, essoufflés, galopent ou marchent, en jogging ou autre tenue de sport, à travers les arbres géants, les rangées de pins, de Bouchaoui, sous les chants stridents et bruyants des cigales. Il n’est pas rare de voir trois générations — le père, le fils et le petit-fils — galoper côté à côte, au même rythme, à la même cadence.
Qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il neige ou que le mercure grimpe au-dessus de 40° degrés, la forêt ne désemplit pas. Elle draine, chaque jour, une grande foule, en majorité des Algérois ou des habitants des quartiers périphériques de la capitale. Beaucoup sont des fous amoureux de cet endroit. Ils y viennent plusieurs fois par semaine. Certains pour courir, effectuer quelques mouvements sportifs, entretenir leur forme physique, décompresser. Parmi eux figurent notamment d’anciens sportifs, toutes disciplines confondues, et des personnalités politiques qu’on peut compter sur les doigts d’une main. D’autres, plus nombreux, font le déplacement, généralement en famille, pour se détendre, respirer un bol d’air frais, s’oxygéner les poumons, effacer les bruits et les agressions quotidiennes, diverses, de la vie citadine.
Les uns et les autres vont à Bouchaoui pour se détendre, se reposer, décompresser, préserver leur santé, réduire le taux de cholestérol, éloigner les risques d’AVC et repousser, le plus loin possible dans le temps, l’éventuelle visite chez le toubib. Certains se rendent à Bouchaoui sous les conseils insistants de leur médecin.
D’ailleurs, parmi les habitués du site figurent justement de nombreux médecins. Ils appliquent à eux-mêmes ce qu’ils prônent ou recommandent aux autres, à leurs patients ou amis. Ce qui donne plus de crédit, d’arguments et de poids à leurs conseils, tordant le cou, par la même occasion, au fameux dicton qui dit “faites ce que je vous dis, ne faites pas ce que je fais”.
Bouchaoui : un des réservoirs d’air pur d’Alger
La forêt de Bouchaoui n’est pas réservée uniquement à la pratique sportive, même si cette activité accapare la part du lion une bonne partie de la matinée. L’après-midi, l’endroit est surtout fréquenté par des familles et par des couples. C’est leur destination privilégiée, notamment en été et au printemps. Il vrai que Bouchaoui a tout pour plaire, attirer et combler les amoureux de la verdure, de la nature et des espaces boisés.
En vérité, tout le monde y trouve son compte : détente et repos pour les parents ; toboggans, balançoires et balades à dos de cheval ou de poney pour les enfants ; terrains de football pour les adolescents et les équipes professionnelles ; parcours de différentes longueurs pour les sportifs et les amateurs du footing et aires de stationnement pour les automobilistes. Il convient de relever que ces derniers éprouvent de grosses difficultés, particulièrement les week-ends et les jours fériés, à dénicher une petite place pour garer leur véhicule, tant est importante l’affluence des visiteurs.
“Le taux de fréquentation de la forêt a augmenté ces derniers jours. Ce fort afflux est vraisemblablement lié aux problèmes vécus récemment par des centaines de baigneurs dans les régions de Boumerdès et d’Aïn Témouchent”, constate Si Boualem, 65 ans, un habitué des lieux. “Les parents fuient les plages. Ils ont peur pour leurs enfants. Ils ne veulent pas prendre de risques avec la santé de leur progéniture”, ajoute-t-il, le regard rivé sur ses trois petits enfants qui jouaient, avec leur grand-mère, à cache-cache dans les buissons.
“C’est vrai, il y a plus de monde actuellement dans la forêt”, selon Mohamed, 47 ans, fonctionnaire. Notre interlocuteur a, lui aussi, mis une croix sur la plage. Il n’y a pas mis les pieds, lui et sa petite famille, depuis plus de 6 ans. Les côtes algériennes sont polluées, estime-t-il. Il pense que “les plages d’El-Kettani et de R’mila de Bab El-Oued sont aujourd’hui plus propres que celles de Sidi Fredj et de Zéralda”. Les autorités ne savent pas, selon lui, quoi faire de nos côtes qui s’étendent sur plus de 1 200 km : construire des complexes touristiques ou les livrer aux marchands de sable.
En fait, la majorité de ceux qui fréquentent la forêt de Bouchaoui, en dehors des sportifs et des amateurs de footing algériens et étrangers, sont plutôt des amoureux de la nature, de l’air pur. Cette forêt constitue, avec celle de Baïnem, l’un des deux réservoirs d’air pur qui oxygénent la région d’Alger. Là s’arrête la similitude. Au plan configuration du terrain, les deux sites forestiers sont distincts.
La forêt de Baïnem est mieux fournie et pourvue en végétation. Elle offre, en prime, une vue imprenable sur la grande bleue. C’est un coin de rêve pour les romantiques et les poètes. Elle attire essentiellement des familles et des amoureux de la nature. L’air est peut-être un peu plus pur, raffiné par rapport à Bouchaoui qui étouffe, parfois, sous la poussière soulevée par les coureurs et les chevaux. L’herbe est inexistante en certains endroits du site.
Des battues de sangliers sont régulièrement organisées à Baïnem. Elles se font avec l’accord et sous la surveillance des forces de sécurité. Car cette espèce de bête sauvage représente une menace, un danger pour les personnes habitant à la lisière de la forêt. La nuit, des sangliers s’aventurent, un peu trop parfois, près de la nouvelle cité AADL, selon des habitants.
Le béton menace la forêt
La forêt de Bouchaoui est certainement plus indiquée et recommandée pour la pratique sportive. Elle dispose de plusieurs parcours pour le footing ainsi que des terrains pour les entraînements des équipes de football. “Le site s’y prête pour cette activité”, dit un responsable de Machâal Baladiate Hassi Messaoud rencontré sur place.
L’équipe qui a accédé cette année à la division interrégionale est en stage de 15 jours à Alger. Elle se prépare d’arrache-pied pour affronter ses futurs adversaires, parmi lesquels figurent les équipes de Koléa et de Boufarik. Elle s’est entraînée à plusieurs reprises à Bouchaoui.
Si, à Baïnem, ce sont les sangliers et autres marcassins qui constituent une menace pour les riverains, à Bouchaoui, c’est tout autre chose. Ce sont les riverains qui représentent un danger pour la forêt. La bête noire, c’est le béton. Il a déjà rogné, en certains endroits, les abords de la forêt.
Des arbres ont été arrachés, selon l’association sportive Bouchaoui Athlétique Club, pour ériger à la place des villas et autres éternelles carcasses. L’homme constitue, dans ce cas, une sérieuse menace pour “l’intégrité territoriale” de Bouchaoui.
“Il faut que les autorités prennent la menace très au sérieux. Il faut agir tout de suite pour éviter l’irréparable, pour protéger et préserver la forêt. Bouchaoui doit être classée patrimoine national, au même titre que le Jardin d’Essai d’El-Hamma”, dit Abdellah, la soixantaine, qui fréquente cet endroit depuis la fin des années 1970. “À l’époque, il n’y avait pas beaucoup de monde. La forêt était dense, bien pourvue en arbres, arbustes et buissons. Bouchaoui était fréquentée par quelques dizaines de personnes seulement, essentiellement les week-ends”, ajoute-t-il.
“On se permettait même parfois d’allumer des barbecues pour griller des sardines. On le faisait avec l’accord et sous la surveillance des forestiers qui ne cessaient de tourner dans la forêt à cheval. Pour éviter tout risque d’incendie, les forestiers nous plaçaient dans un endroit dégagé, à côté d’une grande citerne d’eau, à quelques mètres seulement des services administratifs des forêts”, nous confie Abdellah, un amoureux de la forêt de Bouchaoui et un passionné de footing.
“À la fin de la journée, les visiteurs repartaient chez eux en laissant la place propre. Les sachets, les épluchures ou restes de fruits, les boîtes d’emballage de fromage ou de sardines et autres détritus sont jetés dans de petites poubelles installées dans la forêt. Aujourd’hui, c’est différent. Certains visiteurs, pas nombreux heureusement, abandonnent leurs ordures sur place. Autres temps, autres mœurs et autres habitudes”, constate-t-il avec une pointe d’amertume.
Mais Bouchaoui reste toujours Bouchaoui : un espace attirant, merveilleux et enchanteur aussi bien pour les enfants que pour les grandes personnes, promeneurs, sportifs et autres amoureux de la nature. “La forêt vous a offert des moments de détente, à votre tour, offrez-lui votre protection et la propreté”, peut-on lire sur un panneau installé à l’entrée de la forêt, dont le dangereux ennemi demeure le béton.
M.A.H
Publié par arez à 18:15:48 dans FOCUS ALGERIE - Des nouvelles - de tout un peu | Commentaires (0) | Permaliens
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