Ici, c'est la paix. Il n'y a ni bruit, ni pollution, ni klaxons des automobilistes, ni crissements de pneus, ni cris bruyants des enfants à la sortie de l'école ou dans les cages d'escaliers, ni sirènes hurlantes des ambulances et des voitures de la police et des pompiers.
Ici, les seuls "bruits" qu'on entend sont les doux chants des oiseaux, le frottement des feuilles d'arbres, les brindilles craquant sous vos pieds, les battements de votre cœur et votre respiration. Une virée matinale quotidienne à travers ses sentiers, il n y a pas mieux pour éviter de rendre visite au toubib.
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Mohamed Arezki Himeur
Liberté - 30 juillet 2009
Qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il neige ou que le mercure grimpe au-dessus de 40° degrés, la forêt ne désemplit pas. Elle draine, chaque jour, une grande foule, en majorité des Algérois ou des habitants des quartiers périphériques de la capitale.
Beaucoup sont des fous amoureux de cet endroit. Ils y viennent plusieurs fois par semaine. Certains pour courir, effectuer quelques mouvements sportifs, entretenir leur forme physique, décompresser. Parmi eux figurent notamment d’anciens sportifs, toutes disciplines confondues, et des personnalités politiques qu’on peut compter sur les doigts d’une main. D’autres, plus nombreux, font le déplacement, généralement en famille, pour se détendre, respirer un bol d’air frais, s’oxygéner les poumons, effacer les bruits et les agressions quotidiens, divers de la vie citadine.
Malek n’en peut plus. Il ne tient plus debout. Ses jambes n’arrivent plus à le porter. Elles sont devenues comme de “la pâte à modeler”, dit-il en souriant. Il suait à grosses goûtes. Son maillot, trempé de sueur comme une serviette de hammam, est collé sur la peau. Assis sur une grosse pierre, adossé à un arbre, il regarde, un peu jaloux, ses deux amis, Sid-Ali et Omar, continuer, à petites foulées, leur course dans les entrailles de la forêt de Bouchaoui.
Ils en sont déjà à leur quatrième tour. Ils ont choisi le parcours le moins long, donc le moins pénible, à cause de leur ami débutant dans le footing. Mais Malek a décroché au deuxième tour. Il n’en pouvait plus. “Je suis rouillé”, dit-il en s’essuyant le visage et le cou avec une petite serviette, aussi mouillée que son maillot.
Malek en est à sa quatrième sortie à Bouchaoui. Son premier footing a été un calvaire. C’était un vendredi. Le lendemain, il n’a pu rejoindre son travail. Parce que les muscles de ses jambes lui faisaient très mal. “Je ne pouvais pas marcher. Cela a été pénible. J’en ai souffert deux ou trois jours”, dit-il. Aujourd’hui, les muscles de ses jambes ne lui font plus mal, mais il n’arrive toujours pas à tenir le rythme.
Il est vrai que Malek ne cherche nullement à détrôner Morcelli ou Boulmerka. Il ne court derrière aucune médaille, ne convoite aucun prestige. Mais il est résolu à continuer le footing. Juste pour lui, pour préserver sa santé, maintenir sa forme physique et, par ricochet, son moral. Un esprit sain dans un corps sain, en quelque sorte. “Cette bedaine et cette graisse doivent disparaître”, jure-t-il. C’est visible : Malek, la cinquantaine bien tassée, a quelques kilogrammes de plus. C’est le résultat du “dodo, auto et boulot”. “Plus de 20 kg en surcharge”, précise-t-il avec ironie, tout en tapotant son ventre.
Il est 7h30. Des dizaines d’hommes, de femmes, de jeunes filles et de garçons, tout en sueur, essoufflés, galopent ou marchent, en jogging ou autre tenue de sport, à travers les arbres géants, les rangées de pins, de Bouchaoui, sous les chants stridents et bruyants des cigales. Il n’est pas rare de voir trois générations — le père, le fils et le petit-fils — galoper côté à côte, au même rythme, à la même cadence.
Qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il neige ou que le mercure grimpe au-dessus de 40° degrés, la forêt ne désemplit pas. Elle draine, chaque jour, une grande foule, en majorité des Algérois ou des habitants des quartiers périphériques de la capitale. Beaucoup sont des fous amoureux de cet endroit. Ils y viennent plusieurs fois par semaine. Certains pour courir, effectuer quelques mouvements sportifs, entretenir leur forme physique, décompresser. Parmi eux figurent notamment d’anciens sportifs, toutes disciplines confondues, et des personnalités politiques qu’on peut compter sur les doigts d’une main. D’autres, plus nombreux, font le déplacement, généralement en famille, pour se détendre, respirer un bol d’air frais, s’oxygéner les poumons, effacer les bruits et les agressions quotidiennes, diverses, de la vie citadine.
Les uns et les autres vont à Bouchaoui pour se détendre, se reposer, décompresser, préserver leur santé, réduire le taux de cholestérol, éloigner les risques d’AVC et repousser, le plus loin possible dans le temps, l’éventuelle visite chez le toubib. Certains se rendent à Bouchaoui sous les conseils insistants de leur médecin.
D’ailleurs, parmi les habitués du site figurent justement de nombreux médecins. Ils appliquent à eux-mêmes ce qu’ils prônent ou recommandent aux autres, à leurs patients ou amis. Ce qui donne plus de crédit, d’arguments et de poids à leurs conseils, tordant le cou, par la même occasion, au fameux dicton qui dit “faites ce que je vous dis, ne faites pas ce que je fais”.
Bouchaoui : un des réservoirs d’air pur d’Alger
La forêt de Bouchaoui n’est pas réservée uniquement à la pratique sportive, même si cette activité accapare la part du lion une bonne partie de la matinée. L’après-midi, l’endroit est surtout fréquenté par des familles et par des couples. C’est leur destination privilégiée, notamment en été et au printemps. Il vrai que Bouchaoui a tout pour plaire, attirer et combler les amoureux de la verdure, de la nature et des espaces boisés.
En vérité, tout le monde y trouve son compte : détente et repos pour les parents ; toboggans, balançoires et balades à dos de cheval ou de poney pour les enfants ; terrains de football pour les adolescents et les équipes professionnelles ; parcours de différentes longueurs pour les sportifs et les amateurs du footing et aires de stationnement pour les automobilistes. Il convient de relever que ces derniers éprouvent de grosses difficultés, particulièrement les week-ends et les jours fériés, à dénicher une petite place pour garer leur véhicule, tant est importante l’affluence des visiteurs.
“Le taux de fréquentation de la forêt a augmenté ces derniers jours. Ce fort afflux est vraisemblablement lié aux problèmes vécus récemment par des centaines de baigneurs dans les régions de Boumerdès et d’Aïn Témouchent”, constate Si Boualem, 65 ans, un habitué des lieux. “Les parents fuient les plages. Ils ont peur pour leurs enfants. Ils ne veulent pas prendre de risques avec la santé de leur progéniture”, ajoute-t-il, le regard rivé sur ses trois petits enfants qui jouaient, avec leur grand-mère, à cache-cache dans les buissons.
“C’est vrai, il y a plus de monde actuellement dans la forêt”, selon Mohamed, 47 ans, fonctionnaire. Notre interlocuteur a, lui aussi, mis une croix sur la plage. Il n’y a pas mis les pieds, lui et sa petite famille, depuis plus de 6 ans. Les côtes algériennes sont polluées, estime-t-il. Il pense que “les plages d’El-Kettani et de R’mila de Bab El-Oued sont aujourd’hui plus propres que celles de Sidi Fredj et de Zéralda”. Les autorités ne savent pas, selon lui, quoi faire de nos côtes qui s’étendent sur plus de 1 200 km : construire des complexes touristiques ou les livrer aux marchands de sable.
En fait, la majorité de ceux qui fréquentent la forêt de Bouchaoui, en dehors des sportifs et des amateurs de footing algériens et étrangers, sont plutôt des amoureux de la nature, de l’air pur. Cette forêt constitue, avec celle de Baïnem, l’un des deux réservoirs d’air pur qui oxygénent la région d’Alger. Là s’arrête la similitude. Au plan configuration du terrain, les deux sites forestiers sont distincts.
La forêt de Baïnem est mieux fournie et pourvue en végétation. Elle offre, en prime, une vue imprenable sur la grande bleue. C’est un coin de rêve pour les romantiques et les poètes. Elle attire essentiellement des familles et des amoureux de la nature. L’air est peut-être un peu plus pur, raffiné par rapport à Bouchaoui qui étouffe, parfois, sous la poussière soulevée par les coureurs et les chevaux. L’herbe est inexistante en certains endroits du site.
Des battues de sangliers sont régulièrement organisées à Baïnem. Elles se font avec l’accord et sous la surveillance des forces de sécurité. Car cette espèce de bête sauvage représente une menace, un danger pour les personnes habitant à la lisière de la forêt. La nuit, des sangliers s’aventurent, un peu trop parfois, près de la nouvelle cité AADL, selon des habitants.
Le béton menace la forêt
La forêt de Bouchaoui est certainement plus indiquée et recommandée pour la pratique sportive. Elle dispose de plusieurs parcours pour le footing ainsi que des terrains pour les entraînements des équipes de football. “Le site s’y prête pour cette activité”, dit un responsable de Machâal Baladiate Hassi Messaoud rencontré sur place.
L’équipe qui a accédé cette année à la division interrégionale est en stage de 15 jours à Alger. Elle se prépare d’arrache-pied pour affronter ses futurs adversaires, parmi lesquels figurent les équipes de Koléa et de Boufarik. Elle s’est entraînée à plusieurs reprises à Bouchaoui.
Si, à Baïnem, ce sont les sangliers et autres marcassins qui constituent une menace pour les riverains, à Bouchaoui, c’est tout autre chose. Ce sont les riverains qui représentent un danger pour la forêt. La bête noire, c’est le béton. Il a déjà rogné, en certains endroits, les abords de la forêt.
Des arbres ont été arrachés, selon l’association sportive Bouchaoui Athlétique Club, pour ériger à la place des villas et autres éternelles carcasses. L’homme constitue, dans ce cas, une sérieuse menace pour “l’intégrité territoriale” de Bouchaoui.
“Il faut que les autorités prennent la menace très au sérieux. Il faut agir tout de suite pour éviter l’irréparable, pour protéger et préserver la forêt. Bouchaoui doit être classée patrimoine national, au même titre que le Jardin d’Essai d’El-Hamma”, dit Abdellah, la soixantaine, qui fréquente cet endroit depuis la fin des années 1970. “À l’époque, il n’y avait pas beaucoup de monde. La forêt était dense, bien pourvue en arbres, arbustes et buissons. Bouchaoui était fréquentée par quelques dizaines de personnes seulement, essentiellement les week-ends”, ajoute-t-il.
“On se permettait même parfois d’allumer des barbecues pour griller des sardines. On le faisait avec l’accord et sous la surveillance des forestiers qui ne cessaient de tourner dans la forêt à cheval. Pour éviter tout risque d’incendie, les forestiers nous plaçaient dans un endroit dégagé, à côté d’une grande citerne d’eau, à quelques mètres seulement des services administratifs des forêts”, nous confie Abdellah, un amoureux de la forêt de Bouchaoui et un passionné de footing.
“À la fin de la journée, les visiteurs repartaient chez eux en laissant la place propre. Les sachets, les épluchures ou restes de fruits, les boîtes d’emballage de fromage ou de sardines et autres détritus sont jetés dans de petites poubelles installées dans la forêt. Aujourd’hui, c’est différent. Certains visiteurs, pas nombreux heureusement, abandonnent leurs ordures sur place. Autres temps, autres mœurs et autres habitudes”, constate-t-il avec une pointe d’amertume.
Mais Bouchaoui reste toujours Bouchaoui : un espace attirant, merveilleux et enchanteur aussi bien pour les enfants que pour les grandes personnes, promeneurs, sportifs et autres amoureux de la nature. “La forêt vous a offert des moments de détente, à votre tour, offrez-lui votre protection et la propreté”, peut-on lire sur un panneau installé à l’entrée de la forêt, dont le dangereux ennemi demeure le béton.
M.A.H
Publié par arez à 18:15:48 dans FOCUS ALGERIE - Des nouvelles - de tout un peu | Commentaires (0) | Permaliens
Par Mohamed Arezki Himeur
Liberté - 30 juillet 2009
Alphonse Daudet (1840-1897) connaissait l’Algérie. Il y avait séjourné, avec son cousin Henri Reynaud entre l’automne 1861 et fin février de l’année suivante (1862). On ignore s’il avait visité l’actuel Bouchaoui, l’ex-domaine de la communauté religieuse de l’ordre des Trappistes puis de la famille Borgeaud. Mais il avait certainement eu une idée sur le fameux vin La Trappe produit par les Trappistes installés dans cette région aux premières années de la colonisation.
Est-ce à ce vin qu’il faisait allusion dans “L’élixir du révérend père Gaucher” contenu dans “Les lettres de mon moulin” ? Jugez-en : “Il y a belles années de cela ; mais je pense qu’avec l’aide de saint Augustin et la permission de notre père abbé je pourrai – en cherchant bien – retrouver la composition de ce mystérieux élixir.
Nous n’aurions plus alors qu’à le mettre en bouteilles et à le vendre un peu plus cher, ce qui permettrait à la communauté de s’enrichir doucettement, comme ont fait nos frères de la Trappe”. Alphonse Daudet avait écrit “L’élixir du révérend père Gaucher” lors de son voyage en Algérie, selon une association fondée en sa mémoire en France.
“Le vin de Staoueli, justement renommé, étant la principale exportation de La Trappe”, écrivait en 1887 Paul Margueritte dans un livre intitulé Pascal Defosse : mœurs du jour . Les Trappistes sont arrivés en Algérie dans le sillage de la colonisation. Ils avaient construit, dès 1843, leur couvent sur les lieux mêmes de la première bataille entre les forces coloniales et la résistance algérienne. Ils avaient, dans le même temps, accaparé les terres agricoles du secteur de Staouéli, sous forme de donation des autorités militaires coloniales, pour agrandir leur propriété qui sera connue, plus tard, sous le nom de domaine de La Trappe.
Au début, il y avait 40 trappistes qui avaient fondé le couvent. Moins de 3 ou 4 ans après, leur nombre a atteint 120. Leur domaine comptait plus d’un millier d’hectares dont 500 de vigne, 15 de géranium, 60 domestiques, 400 travailleurs, 200 défricheurs, 35 à 40 paires de bœufs, des chevaux, 400 moutons, 500 ruches, rapportait Auguste Besset dans À travers l’Algérie d’aujourd’hui (1896). “On cultive le géranium, la verveine, le citronnier, le laurier-rose et beaucoup d’autres plantes aromatiques.
On cultive ces plantes à la Trappe de Staouéli, sur une étendue considérable et ces cultures réalisent un bénéfice net de 600 Fr. à l’hectare”, peut-on lire dans une conférence intitulée La concurrence étrangère. Industries parisiennes, politique coloniale… de Paul Vibert datant de 1887. “À La Trappe, on cultive également sur une grande échelle les abeilles et on obtient un rapport de 25%, c’est-à-dire que 400 ruches y produisaient de 500 à 1.000 kg de miel à 2,25 Fr. le kilo”, selon le même auteur.
Un bien mal acquis ne profite jamais, dit le dicton. Les Trappistes avaient été “nationalisés”, dépossédés de leurs “biens” en 1904. Leur gigantesque “propriété” était passée… à la trappe.
Elle avait été cédée à la famille Borgeaud. Le domaine est ensuite nationalisé et récupéré par l’État algérien en 1963, moins d’une année après l’accession du pays à l’indépendance.
M.A.H
Publié par arez à 18:07:53 dans FOCUS ALGERIE - Des nouvelles - de tout un peu | Commentaires (0) | Permaliens
Par Mohamed Arezki Himeur
Liberté, 8 août 2009
Tigzirt subjugue l’estivant. Cette petite ville balnéaire, à quelque 35 kilomètres au nord-est de Tizi-Ouzou, vit au rythme de la saison estivale même si elle est fréquentée tout au long de l’année. Elle a décroché, il y a quelque temps, le deuxième prix de la ville la plus propre de la wilaya de Tizi-Ouzou. Elle fait partie des destinations algériennes les plus prisées par les vacanciers en quête de tranquillité et de sécurité. On en rencontre en famille, venus de différentes régions du pays et notamment de la capitale vu la proximité géographique. Il y aussi de nombreuses familles d’émigrés. Certaines passent une partie de leur séjour dans leur village ou ville d’origine auprès des leurs puis une partie à Tigzirt.
Le premier arrivé, le premier servi. Ce dicton s’applique fort bien à la grande plage de Tigzirt. Le baigneur qui veut s’installer à l’aise, étaler sa serviette et planter son parasol dans un bon coin, près de la mer, doit le faire en début de matinée, avant que la plage ne soit prise d’assaut, envahie par les estivants et les vacanciers et parce qu’au-delà d’une certaine heure, il n’est pas facile de dénicher un espace inoccupé à l’écart des rochers. L’après-midi, après le déjeuner et la petite sieste digestive, inutile de faire le va-et-vient sur la plage à la recherche du coin parfait. C’est peine perdue. Les places idéales sont toutes occupées. Certains membres d’une même famille se relaient pour ne pas perdre la leur.
Ce genre de scènes est visible surtout les jeudis et vendredis. Les week-ends, Tigzirt connaît un grand rush. Cette coquette ville côtière grouille de monde depuis les premiers jours de juillet. Elle est littéralement envahie par les estivants et vacanciers. Leur nombre croît au fil des ans. Les réservations dans les hôtels et la location d’appartements chez des particuliers se font pratiquement dès les mois de mars et avril. Il est difficile, voire impossible, de trouver un appartement à louer lorsque la saison estivale bat son plein, c'est-à-dire en juillet-août.
Dès les premières heures de la matinée, des fourgons de transport public commencent à déverser, sur les artères de la ville, des dizaines, voire des centaines d’estivants et de vacanciers venus des différents villages montagneux de la wilaya de Tizi-Ouzou. Certains font parfois près d’une centaine de kilomètres pour rallier Tigzirt, se baigner, bronzer. Les amateurs de poisson se payent quelques succulents plats de ce “fruit” de mer, du poisson frais et aussi, ce qui ne gâche rien, pas trop cher, avant de reprendre le chemin du retour par le même moyen de locomotion, c’est-à-dire les fourgons de transport public qui les ont amenés le matin.
C’est ce que font Saïd, Brahim et Mohand, trois jeunes hommes de la Nouvelle ville de Tizi-Ouzou. Deux fois par semaine, durant la saison estivale, ils font des escapades vers Tigzirt pour se baigner et manger du poisson. Ils partent tôt le matin et reviennent tard le soir. “C’est ce qu’on fait depuis trois ans. Tigzirt est une station balnéaire merveilleuse. Une ville tranquille. Les habitants et commerçants sont très calmes. Leur sérénité déteint d’ailleurs, comme vous pouvez le constater, sur les estivants, les vacanciers et les visiteurs”, selon Brahim. “Elle déteint aussi sur les policiers. Ils sont moins excités et nerveux qu’ailleurs”, ajoute son ami Saïd, en souriant et en faisant un clin d’œil à Mohand. Celui-ci est sans permis pour plusieurs semaines. Un agent de police le lui a retiré pour avoir commis “une petite bêtise”, selon lui, en plein centre de Tizi-Ouzou.
Tranquillité et sécurité
Justement, à quelques mètres de là, un policier, en faction non loin du barrage de police à l’entrée ouest de la ville, presse une dame de remonter dans la voiture. Celle-ci, appareil photo à la main, a sauté du véhicule que conduisait son époux pour prendre une dernière photo du coquet port de Tigzirt. Malika, son époux et leurs enfants reprennent, le cœur lourd, le chemin du retour vers Tizi-Ouzou.
La famille vit en France depuis de longues années. Elle devait s’envoler deux jours plus tard vers une ville froide, grise et brumeuse du nord de la France. Mais elle vient de passer un agréable séjour d’une douzaine de jours à Tigzirt. Un séjour inoubliable, passé entre la grande plage, les restaurants spécialisés dans le poisson, les ruines romaines qui offrent une vue splendide sur le littoral tigzirtois ainsi que les randonnées pédestres au port et sur le front de mer.
Tigzirt subjugue le visiteur, l’estivant. Elle n’a pas usurpé sa réputation de ville propre. D’ailleurs, elle a décroché, il y a quelque temps, le deuxième prix de la ville la plus propre de la wilaya de Tizi-Ouzou. Elle fait partie des destinations algériennes les plus prisées par des vacanciers en quête de tranquillité et de sécurité. On y rencontre des vacanciers, en famille, venus de différentes régions d’Algérie. Il y aussi de nombreuses familles d’émigrés. Certaines passent une partie de leur séjour dans leur village ou ville d’origine auprès des leurs puis une partie à Tigzirt.
Cette station balnéaire vit au rythme estival depuis début juillet. L’entrée ouest de la ville est pavoisée, sur plusieurs dizaines de mètres, aux couleurs nationales. Une multitude de drapeaux sont suspendus en rangées en travers de la rue principale qui traverse la ville d’ouest en est. Tigzirt grouille de monde pendant cette saison estivale. “Elle n’a pas les capacités d’accueillir autant de monde”, dira Rabah, la quarantaine, né et vivant en permanence à Tigzirt. C’est le constat que peut faire tout vacancier ou visiteur de passage. Les embouteillages paralysent parfois le centre-ville. L’automobiliste éprouve mille et une difficultés pour trouver où garer son véhicule. Mais ce sont des désagréments qu’on oublie rapidement devant les plaisirs et les paysages qu’offre cette station balnéaire.
À commencer par ses trois plages : celle en contrebas de la ville, appelée la grande plage, Tassalast à l’ouest et Feraoun à l’est. Trois plages qui connaissent une grande affluence, notamment les week-ends.
Des plages bondées
La grande plage est certainement la plus fréquentée, parce qu’elle offre l’avantage de se trouver en ville, donc à proximité de la maison, des hôtels, des cafés et des commerces. Le vacancier peut s’offrir le luxe d’y aller “piquer une tête” à n’importe quel moment de la journée ou tout simplement se promener sur le petit chemin surplombant la plage avant de regagner le domicile ou l’hôtel. Cela est un avantage mais le revers de la médaille, l’inconvénient, est que cette plage affiche tout le temps complet, sauf en fin d’après-midi.
Plus loin, à gauche, des mordus de la pêche à la ligne sont perchés sur des rochers battus par les vagues. Ils surveillent leurs cannes et les petits mouvements du fil au bout duquel sont accrochés les appâts à poisson sous l’œil amusé des promeneurs du Front de mer. Le soir et jusqu’à une heure avancée de la nuit, une grande animation règne sur le petit port de plaisance et de pêche. Les vacanciers y viennent pour passer le temps, respirer l’air marin et se faire fouetter les joues par la brise marine. Tout le monde y trouve son compte. Les grandes personnes se baladent sur les quais ou à travers les allées du jardin construit sur le site, tandis que les enfants s’approprient l’aire de jeux et surtout le toboggan.
L’autre endroit qui attire les vacanciers et les visiteurs, c’est le site des ruines romaines qui surplombe le port et le Front de mer. D’ici, on peut contempler une bonne partie de la ville et tout le littoral de Tigzirt. Les ruines semblent avoir subi un toilettage. Le prix d’entrée, qui est de 20 DA par personne, est un peu élevé, même pour un vacancier.
Hakim n’a pas tort. Cet Algérois a choisi le bon endroit pour l’ancre, lui et sa famille, pour une période de quinze jours. Avant, il passait ses vacances à Mostaganem, “une belle région aussi”, souligne-t-il. Mais depuis trois ans, il a opté pour Tigzirt. Il n’est pas le seul à tomber sous le charme de cette ville. “Tigzirt est un petit centre plein d’avenir, au bas d’une forêt, dans un golfe limpide et toujours calme, sous un ciel toujours clément”. Cette phrase date d’il y a plus d’un siècle. Elle n’est pas tirée d’un guide touristique mais d’un livre publié en 1901 intitulé Grande Kabylie, légendes et souvenirs de C. Fabre.
Entre le présent et le passé
Cet auteur écrivait à l’époque : “On ne quitte pas Tigzirt sans avoir visité les tombeaux qui, vers l’Ouest, sont creusés dans tous les rochers du rivage, et se montrent béants et noirs sous le soleil, lavés souvent par les vagues, car la mer a rongé la côte, les blocs de granit sont descendus vers les flots, et bien d’entre eux ont disparu, à cause de cette destruction d’un nouveau genre que les Vandales n’avaient pas prévue et qui complète lentement leur œuvre.”
Les fouilles dans les ruines antiques de Tigzirt restent à faire. Peu de chose a été fait jusqu’ici depuis l’Indépendance en 1962. Les sites ont été abandonnés pendant longtemps et ont subi de graves dégradations. Pourtant, ces lieux renferment des pans entiers d’histoire. L’Algérie a connu et s’est frottée à plusieurs civilisations. “Il est bien difficile de faire exactement la part de chacune des civilisations qui se sont succédé sur ce coin perdu de la côte d’Afrique. Néanmoins, les sépultures phéniciennes sont visibles , les restes des constructions puniques se montrent dans le quartier ouest de la ville. Mais tout disparaîtra bientôt”, écrivait C. Fabre.
Que reste-t-il encore des vestiges dont parlait au début du siècle dernier C. Fabre ? Déjà, à l’époque, cet auteur tirait la sonnette d’alarme. Il accusait les colons français de se livrer à la dégradation des sites historiques. “Un village français s’élève à deux pas et emploie, pour édifier ses maisons, son école, son église, les pierres des ruines”, révélait-il.
Bien avant C. Fabre, un autre auteur de l’Hexagone, M. Boissier, faisait un constat semblable. Il est même allé plus loin dans sa critique en écrivant : “Trois siècles de domination turque ont fait moins de mal aux ruines de l’Algérie que les soixante années de domination française qui viennent de s’écouler.” (dixit C. Fabre).
Le poisson de Tamda Ouguemoune
Ce regard dans le rétroviseur, sur l’histoire, c’est pour les historiens et autres fouineurs du passé. Mais pas pour Yacine. Ce fils d’émigré, la trentaine, né et vivant à Lyon, est porté plutôt sur les poissons, toutes espèces confondues. “C’est un délice !”, lâche-t-il, tout en se léchant les babines. C’est un habitué de Tamda Ouguemoune, une petite plage envoûtante, 7 km environ à l’ouest de Tigzirt, en contrebas de la route menant vers Béjaïa. L’endroit attire beaucoup de monde. Des vacanciers mais aussi des voyageurs de passage dans la région. Il est surtout réputé pour ses restaurants qui proposent, à des prix abordables, toutes les variétés de poisson frais.
Tamda Ouguemoune était, à la fin des années 1990, une petite plage d’échouage. Les pêcheurs des villages environnants avaient construit quelques petites baraques pour entreposer leurs filets et outils de pêche. Aujourd’hui, l’endroit a complètement changé. Des restaurants, parfois à deux niveaux, ont été construits sur le bord de la plage. Tamda Ouguemoune est devenue pour la région de Tizi-Ouzou ce qu’est La Madrague pour Alger.
M.A.H
Publié par arez à 17:55:22 dans FOCUS ALGERIE - Des nouvelles - de tout un peu | Commentaires (1) | Permaliens
Tigzirt sur mer, Tamda Ouguemoune, un endroit féerique réputé aussi pour ses restaurants servant uniquement du poisson.
Publié par arez à 17:48:51 dans FOCUS ALGERIE - Des nouvelles - de tout un peu | Commentaires (0) | Permaliens
Tigzirt sur mer, la grande plage - été 2009
Publié par arez à 17:44:04 dans FOCUS ALGERIE - Des nouvelles - de tout un peu | Commentaires (0) | Permaliens
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