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FOCUS ALGERIE

DE TOUT UN PEU

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Ici, c'est la paix. Il n'y a ni bruit, ni pollution, ni klaxons des automobilistes, ni crissements de pneus, ni cris bruyants des enfants à la sortie de l'école ou dans les cages d'escaliers, ni sirènes hurlantes des ambulances et des voitures de la police et des pompiers.
Ici, les seuls "bruits" qu'on entend sont les doux chants des oiseaux, le frottement des feuilles d'arbres, les brindilles craquant sous vos pieds, les battements de votre cœur et votre respiration. Une virée matinale quotidienne à travers ses sentiers, il n y a pas mieux pour éviter de rendre visite au toubib. 


 


 


 


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Chaque vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle | 16 mai 2009

 

Par Mohamed Arezki Himeur

Le Cap, revue bimensuelle, Alger

L’écrivain et ethnologue malien Amadou Hampâté Bâ a vu juste : chaque vieillard qui meurt en Afrique est une bibliothèque qui brûle. On ne le dira jamais assez. Ceci est valable, peut-être davantage, dans le cas de la société touarègue. Chaque Targui ou Targuie qui disparaît, c’est un pan important de son histoire, de sa civilisation et de sa culture millénaires qui disparaît avec. L’exemple le plus frappant, le plus connu aussi, le plus médiatisé, est celui de l’imzad. Des dizaines d’airs et de mélodies de cette musique ancestrale ont complètement disparu aujourd’hui.

L’Association «Sauver l’imzad» en a recensé 112 durant les années 70. Combien en reste-t-il aujourd’hui ? L’anthropologue Dida Badi, chercheur au Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH) d’Alger, lui-même Targui, a collecté et enregistré 41 airs, dont «Amghar n’izlane», l’air initial de l’imzad.
Amghar n’izlane, le père des airs et mélodies de l’imzad, existe encore. Il est sauvé de l’oubli, de la disparition. Il a été enregistré par M. Badi et décrit dans son livre intitulé tout simplement «Imzad, une musique millénaire touarègue», édité par l’association ‘’Les amis du Tassili’’.

«Nous avons beaucoup d’airs dont on connaît les noms, mais les airs eux-mêmes et les contenus musicaux sont perdus. Ils ont disparu avec celles qui les exécutaient, qui les jouaient. Il n’y a plus de femmes qui savent les jouer, et très peu d’entre-elles, aujourd’hui, connaissent l’ensemble des airs», selon M. Badi. Le chercheur a collecté en tout 41 airs dans le Tassili et le Hoggar. Aucune des femmes encore en vie n’est en mesure de les jouer tous, nous a-t-il confié. Il en a enregistré une dizaine chez une femme, une trentaine chez une autre etc.
Durant toute la longue période consacrée à la collecte, M. Badi n’avait rencontré qu’une seule femme, une vieille, qui connaissait 31 airs et qui a pu les jouer. «Aucune ne connaissait l’ensemble du répertoire de l’imzad. Ce qui signifie que chaque femme, joueuse, qui disparaît, qui meurt, emporte avec elle les airs qu’elle connaissait. Et, à chaque disparition, c’est donc un pan de l’imzad qui disparaît en même temps que celle qui l’exécutait, qui le jouait », relève M. Badi.

L’imzad est touché, lui aussi, de plein fouet par les transformations, l’évolution que subissent la culture et la société touarègues, ainsi que les communautés sahariennes dans leur ensemble, que ce soit en Algérie, au Mali, au Niger, en Libye et au Burkina Faso.
«Avec la mondialisation, l’imzad risque de perdre ses fonctions traditionnelles. Chaque fois qu’une fonction sociale disparaît, un air de l’imzad périt avec. Il faut une fonction sociale qui justifie l’existence d’un air, sans cela il disparaît, il n’a plus aucune raison d’être», estime M. Badi.

L’imzad est lié à un certain mode de vie des Touaregs, le nomadisme notamment. «Si le nomadisme disparaît, il en sera de même pour l’imzad. Il disparaîtra. Sauf, comme on l’a constaté pour certains airs, s’ils trouvent de nouvelles fonctions sociales, donc une nouvelle raison d’être», ajoute M. Badi.
«Maintenant, il y a des airs nouveaux, par exemple Al Boussaïri et El Bourda, qui sont des litanies religieuses, des louanges à Dieu et au Prophète, chantées sur des airs de l’imzad. De musique profane, l’imzad subit l’évolution que traverse la société touarègue elle-même et intègre des thèmes religieux, toujours liés à l’amour, mais cette fois-ci à l’amour de Dieu et du Prophète».
L’imzad est aussi lié au statut de la femme, qu’on sait très important chez les Touaregs. Si le statut de la femme est dévalorisé, déprécié, l’imzad encaissera les contrecoups qui mettront son existence en péril. «Si ce statut change, cela aura des répercussions sur la culture touarègue, dont l’imzad, le tindi et les thèmes chantés jusqu’ici», selon M. Badi.

La préservation de l’imzad n’est pas l’affaire d’un groupe ou d’une association, mais de tous. C’est tout le monde -institutions et mouvement associatif- qui doit se sentir concerné. Au-delà de l’imzad, c’est tout le patrimoine immatériel et matériel qui doit être concerné par les politiques et actions de préservation. M. Badi n’est pas de ceux qui défendent, qui luttent uniquement pour la préservation de l’imzad. Il se considère concerné par tout le patrimoine algérien en général. «Car tout est lié», dira-t-il. 
Dans l’immédiat, le processus auquel il faudra donner un bon coup de fouet est de fixer par l’écrit l’imzad, l’étudier et essayer de le transmettre aux générations futures. Il faudra lancer des actions d’innovation pour permettre à l’imzad de se perpétuer dans le contexte, combien difficile, de la mondialisation. Il faudra, pourquoi pas, introduire de nouveaux instruments, organiser des concerts pour diffuser largement l’imzad, le faire connaître et apprécier.

Cette tâche relève des musicologues. C’est à eux de trouver les moyens de perpétuer l’imzad sous sa forme actuelle ou une nouvelle forme, en s’inspirant, en tirant la substance de Amghar n’izlane, l’air initial, joué par la première targuie. Un air qui a donné naissance aux autres airs et mélodies.
«Ce n’est pas à nous, chercheurs, de trouver les innovations. Ce rôle incombe à d’autres intervenants, aux musicologues notamment. C’est eux qui doivent chercher comment faire innover l’imzad» sans le déraciner, le dénaturer et l’arracher de son socle qui est Amghar n’izlane.
De jeunes musiciens touaregs ont déjà entamé le travail dans ce sens depuis les années 90, peut-être même avant. Leur démarche ressemble, par certains côtés, à celle vécue par la chanson kabyle dans les années 70 et qui a donné naissance au genre moderne.
Ils ont emprunté la même démarche qui consiste à introduire des instruments modernes dans la chanson tout en respectant la substance, le suc des mélodies et les rythmes.

Les pouvoirs publics et les institutions doivent dégager des moyens pour la préservation de l’imzad. Ils doivent également engager les actions nécessaires en vue d’inscrire l’imzad comme patrimoine universel, «car cette musique a une importance capitale dans le rapprochement entre les communautés qui vivent de part et d’autres du Sahara, entre les deux pays du Maghreb (Algérie et Libye) et les pays du Sahel», souligne M. Badi. «C’est un atout très important pour le rapprochement culturel entre les pays du Sahara et du Sahel, dans cet espace qu’on appelle sahélo-saharien». Les questions économiques, sécuritaires et de stabilité plaident, elles aussi, en faveur d’une politique de préservation de cette musique millénaire. L’imzad - et toute la culture touarègue dans son ensemble - pourra contribuer «à faire de la région sahélo-saharienne un espace de convivialité et d’échanges économiques», selon M. Badi. «Il faut faire en sorte que l’imzad soit une source de rayonnement culturel sur tout cet espace», ajoute-t-il.

Bien sûr, des initiatives en faveur de l’imzad ont été prises et mises en oeuvre, parfois avec des moyens timides, voire limités, par des associations, aussi bien en Algérie que dans les pays ayant l’imzad en partage, tels que le Niger, le Mali et le Burkina Faso. Ces associations activent sur plusieurs fronts à la fois : recensement des joueuses de l’imzad, collecte des airs et des mélodies, organisations de séminaires et création d’ateliers d’apprentissage de cette musique.
C’est le travail sur lesquels planchent, en Algérie, l’association ‘’Les amis du Tassili’’ et l’Association ‘’Sauver l’imzad’’ qui ont pris l’initiative, entre autres, de recenser les joueuses de l’imzad et de créer des ateliers d’apprentissage de cette musique. Il y a aussi des chercheurs, Algériens et étrangers, qui travaillent sur le sujet depuis de longues années.

«Il faut sauver l’imzad, mais pas monopoliser l’imzad. Et pour sauver l’imzad, il faudra associer, impliquer tout le monde, assurer une large diffusion de cette musique», dira M. Badi. «La culture touarègue est importante parce qu’elle a joué un grand rôle, par le passé, dans le rapprochement entre les deux rives du Sahara, entre le monde méditerranéen et le monde sahélien. Elle a, depuis l’antiquité, véhiculé des idées, des connaissances, des chants et des cultures à travers l’espace sahélo-saharien», ajoute M. Badi.

L’imzad ne peut être sauvé, soulignera-t-il, qu’en l’intégrant dans la dimension de rapprochement, de message de paix, de stabilité, de sécurité et de cultures entre ses populations. Il préconise une sorte de continuation dans l’esprit des caravanes d’autrefois qui ont sillonné dans tous les sens le Sahara et le Sahel, porteuses d’idées, de savoirs, de connaissances et de tolérance. «C’est dans cette dimension que l’imzad doit être placé et sauvé, et c’est dans cette dimension que les pays sahélo-sahariens sont concernés par sa préservation», estime notre interlocuteur. «Si l’on veut faire de la région sahélo-saharienne un espace de paix, d’échange, comme il l’a toujours été, je pense que l’imzad constitue le meilleur véhicule, l’outil idéal», ajoute-t-il.

L’imzad est encore joué, de nos jours, dans tous les pays où il y a et vivent des Touaregs. Il subit des influences extérieures sur le plan instrumental en particulier ; influences qui ont déjà donné naissance à un nouveau genre musical qu’on appelle «guitara». Mais celui-ci tire sa sève des sons, des airs et des rythmes anciens de l’imzad, du tindi et des autres musiques targuies. Tout comme l’imzad et le tindi, le genre «guitara» a tiré son nom de l’instrument qui l’exécute, en l’occurrence la guitare.

C’est encore lui, Amghar n’izlane, le géniteur, l’ancêtre de l’imzad, qui donne naissance, aujourd’hui, aux nouveaux airs musicaux du genre moderne comme ceux interprétés par les groupes et chanteurs nigériens Omar Moctar, dit Group Bambino, Abdellah Ag Oumbadougou, Izerien, Etran finatawa et Amar Sundy pour ne citer que ceux-là.
Amghar n’izlane peut être comparé à un arbre. Chaque branche s’appelle ‘’azel’’ et plusieurs branches donnent ‘’izlane’’. C’est de là que dérive le nom d’izlane pour désigner les chants en berbère en Algérie, que ce soit dans le sud ou le nord du pays.
Les branches de l’arbre grandissent et tombent, soit sous l’effet du poids des ans, de la vieillesse, soit sous celui de la sécheresse et des conditions climatiques. Mais de nouvelles branches naissent, s’épanouissent et se lancent dans le ciel. C’est peut-être le cas pour Amghar n’izlane. Lui aussi, comme l’arbre dont les racines sont enfouies au plus profond de la terre, donne naissance à de nouvelles créations, à de nouveaux thèmes musicaux et à de nouvelles mélodies. Mais le pessimisme l’emporte sur l’optimisme quand on pense à l’avenir de l’imzad.
 

M. A. H.
 

 

Publié par arez à 14:50:57 dans AINSI VA LA VIE | Commentaires (0) |

Imzad, l'instrument | 16 mai 2009



On ne peut mieux décrire l'imzad que comme l'a fait le Père de Foucauld dans son dictionnaire Touareg-Français t III pp 1271-1272 :

« …L'imzad se compose essentiellement d'une calebasse demi-sphérique appelée «ateklas» ou «elkas» qu'on munit d'un manche de bois «tabourit» bâton (manche du violon), sur lequel on tend une peau «élem» et à laquelle on ajuste une corde «aziou» faite de crins de cheval ; un chevalet, formé de deux petits bâtons croisés et liés ensemble, «tiziouin» (petites tiges = chevalet du violon), maintient la corde au-dessus de la peau du violon ; deux ouïes, dont chacune est appelée «tit» œil (ouïe du violon), sont pratiquées dans la peau, l'une à droite, l'autre à gauche du chevalet ; quelques rares imzad n'ont qu'une ouïe, placée soit à droite ou à gauche du chevalet ; quelquefois les deux ouïes ou l'ouïe unique sont non pas à la hauteur du chevalet mais entre le chevalet et le manche ; dans ce cas, lorsqu'il n'y a qu'une ouïe, elle est habituellement sous la corde.

L'imzad n'a pas de cheville ; à chaque extrémité de la corde est attachée une mince lanière de peau, dont l'une passe sur l'extrémité… du manche et ensuite s'enroule autour et s'y noue, et dont l'autre s'accroche à l'extrémité… du bâton qui sert de manche ; une fine lanière de peau «tessarit» (étrangloir), qui est mobile et nouée au manche, maintient la corde contre le manche jusqu'à une distance plus ou moins grande de l'extrémité (…) de celui-ci.

Le diamètre (…) de la peau sur la calebasse varie habituellement entre 20 et 50 cm. (…) On joue de l'imzad assis, l'instrument sur les genoux, la main gauche tenant le manche et pressant la corde, la main droite tenant l'archet. L'archet «taganhé» est une baguette recourbée en forme de demi-cercle entre les extrémités de la quelle est tendue une corde «aziou» faite en crins de cheval ; le bois de l'archet est appelé «éserir» (bois)….

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Source : site web de l’Association «Sauver l’imzad».

Publié par arez à 14:42:40 dans AINSI VA LA VIE | Commentaires (0) |

Musique targuie: faites l’imzad et non la guerre… | 16 mai 2009


Par Mohamed Arezki Himeur

Le Cap, revue bimensuelle, Alger

L’imzad est à la fois un instrument et un genre musical. Etymologiquement, le terme imzad signifie cheveu chez les Touaregs et anzad chez les Berbères du nord. La musique imzad est exécutée à l’aide d’un instrument qu’on appelle imzad. Le terme désigne donc la musique et l’instrument avec laquelle elle est jouée.

Sur plan fonctionnel, l’imzad est composé de deux parties, l’une matérielle et l’autre immatérielle. La partie matérielle est composée d’une calebasse vidée et séchée au soleil, d’une peau séchée également servant à couvrir la calebasse pour en faire une caisse de résonance, un manche qui lui donne l’aspect d’un violent, un chevalet et des crins de cheval qu’on appelle imzad.

Les crins de cheval sont choisis selon un critère de sélection bien défini. Le cheval doit être jeune, ni vieux ni trop jeune. Les crins doivent être extraits du milieu de la queue du cheval. C’est les plus fermes. Car les crins du bas de la queue, très jeunes, ne sont pas solides et ceux d’en haut sont vieux et sont sujet à effritement. Cà, c’est la partie physique et matérielle de l’imzad.

L’autre partie, c’est les mélodies et les poèmes. Les mélodies sont jouées exclusivement par les femmes, tandis que les poèmes et les chants sont déclamés ou chantés par les hommes. Chaque air à un nom. Il est joué à l’occasion d’un événement, pour célébrer un fait important lié à la vie de la société touarègue.
Les femmes jouent de l’instrument et les hommes les accompagnent en déclamant des poèmes.
Les thèmes dominants dans la musique de l’imzad sont liés à la femme, à la beauté, l’amour, la bravoure, le pays, le retour au campement etc.

Pour donner une illustration sur ce que revêt l’imzad pour les Touaregs, l’anthropologue Dida Badi, rappelle cette légende qui fonde, selon lui, l’imzad. Cette légende dit que dans l’ancien temps, il y avait le désordre, les hommes dominaient. C’était un monde d’hommes, un monde masculin. Et les hommes se faisaient sans cesse la guerre, pour n’importe quoi. C’était le seul langage qu’ils connaissaient.
Un jour, pendant qu’ils se livraient bataille, que les épées parlaient et que le sang coulait pour le contrôle d’une source d’eau -et on sait l’importance que représente l’eau dans le Sahara-, les femmes, outrées par le comportement des mâles, ont décidé de mettre fin à cette violence créée et entretenue par les hommes. Elles ont inventé l’imzad : l’instrument et la musique.

Lors de cette bataille, une femme avait mis ses plus beaux atours et, assise derrière une dune de sable non loin du centre des hostilités, s’était mise à jouer de l’imzad.
Eblouis par les mélodies sortant de derrière la dune, les guerriers ont lâché leurs sabres et épées sur le sable et couru vers la source du son envoûtant qui parvenait à leurs oreilles. Ils se sont assis autour de la femme et, de guerriers intraitables et sanguinaires qu’ils étaient il y avait quelques instants, les hommes étaient devenus, en l’espace de quelques minutes et de belles mélodies, des poètes. La femme jouait de l’instrument et eux l’accompagnaient en déclamant de la poésie. Cette image confirme, si besoin est, que, depuis la nuit des temps, la musique adoucit bel et bien les moeurs.

Depuis ce jour, les femmes ont repris l’initiative et ont imposé la paix aux hommes. Et comme les femmes jouent et louent les gestes et les faits des hommes, ceux-ci évitent de faire ce qui risque de déplaire aux femmes, comme la guerre par exemple. Car ce sont elles, les femmes, qui décident si tel geste est bon et tel fait est mauvais. Comme les deux actions sont gravées pour la postérité, les hommes sont, indirectement, incités à ne faire que de beaux actes pour que leurs noms soient inscrits dans la colonne des braves et non dans celle des lâches et des félons. 

M.A. H.

 

Publié par arez à 14:35:35 dans AINSI VA LA VIE | Commentaires (0) |

L’Imzad dans le Nord du Niger | 16 mai 2009


 

Au Niger, pays voisin de l’Algérie, les mêmes soupirs, les mêmes appels, les mêmes signaux et les mêmes cris d’alarme sont lancés, de temps à autre, pour mettre en garde contre la menace de disparition qui plane sur la musique touarègue.
«La musique est pour les Touaregs un feu intérieur, ce feu de bois qui les réchauffe pendant les nuits froides du Désert. Elle est sans aucun doute un nutriment indispensable aux ‘’ahals‘’(causeries poétiques) que le temps s’acharne à arracher à ce peuple aux gestes lents, porté sur la retenue et la noblesse, sur le silence et le rejet», écrit Ibrahim Manzo Diallo, rédacteur en chef de Aïr Info du Niger, dans un plaidoyer pathétique en faveur de la préservation de la culture touarègue.

«Cette musique occupe une grande place dans cette société où l’on chante pour la pleine lune, pour le mariage, pour le baptême, pour un envoûtement, un retour de caravane ou parfois une pluie abondante… La vièle monocorde a longtemps été l’instrument qui accompagnait les poèmes chantés, clamés ou déclamés exprimant l’honneur guerrier, l’amour courtois et les lois du nomadisme ancestral…», relève-t-il. «Mais cette inestimable richesse, cet authentique véhicule des soupirs étouffés, des pleurs camouflés et des hoquets inextinguibles s’éteignent à petit feu. La perte de ce véritable outil d’expression portera à n’en point douter un coup dur à l’âme du peuple Touareg», avertit notre confrère nigérien. «Comment sauver alors l’Imzad ? Comment faire pour perpétuer ces symphonies provenant de simples gestes de main de femme sur un fil tendu mais qui flagelle le coeur des hommes les plus endurcis ?», s’interroge-t-il.

M. Ibrahim Manzo Diallo fait un constat amer : il ne reste dans tout l’Aïr et l’Azawad, dans le nord du Niger, que trois femmes qui sachent encore jouer de l’imzad, affirme-t-il. «Sauver l’Imzad des ruines ! Sauver l’Imzad des flammes de l’oubli ! Sauver l’Imzad pour sauver l’identité d’un peuple dompteur des ruses du désert et de vents de sable mais qui s’étourdit dans les vertiges du progrès ! Tout démontre que cette identité se meurt à défaut d’une relève. Les vieux ne transmettent plus et les jeunes n’ont d’ailleurs plus le temps d’écouter. Tout va vite et fait peur», souligne notre confrère.

«Poussant leur conservatisme culturel à outrance, les vieux, face au modernisme beau et impétueux, préfèrent se taire. Ils rejettent toute idée de changement dans leur nature. Les jeunes nomades ivres de modernisme ne parlent plus du passé. D’un côté, s’offre à eux un sentier déblayé et illuminé par le renouveau et de l’autre, des traces qui les relient à leurs quiets mais fragiles campements. Les vieux s’interrogent beaucoup ces dernières années ! Ils se chuchotent à voix basse le drame qui les menace. Les enfants, eux exultent et s’en soucient peu ! Que va-t-il arriver ?
Peuvent-ils retrouver les drailles qui le ramèneront à leur oued en décidant d’aller vers l’inconnu ? Pourront-ils retrouver leurs vieux puits, leurs troupeaux efflanqués et leurs délicieuses causeries autour du feu des campements ? Les anciens en doutent fort ! Une fois dans le faste que leur miroite le progrès, vont-ils conserver les bribes de leur identité?».

En Algérie comme au Niger, peut-être aussi dans les autres pays ayant les musiques touarègues en partage, des appels -pas beaucoup malheureusement- sont lancés en faveur de la préservation et de la prise en charge de l’imzad et des autres musiques touarègues. Des plaidoyers semblables à ceux d’Ibrahim Manzo Diallo doivent se multiplient. Et il faudra faire en sorte que ce genre d’appels et cris d’alarme ne se transforment en «prêches dans le désert».

M.A. H.

 

Publié par arez à 14:25:36 dans AINSI VA LA VIE | Commentaires (0) |

Imzad: préserver l'imzad par la formation (Mme Sellal) | 16 mai 2009


Interview réalisée par

Mohamed Arezki Himeur


Le Cap, revue bimensuelle, Alger

Mme Farida Sellal est une passionnée de l’imzad. Elle parle avec amour et une grande sensibilité de cette musique millénaire targuie. Elle l’a découverte, pour la première fois, en 1978, alors qu’elle venait de commencer sa carrière professionnelle dans les télécommunications à Tamanrasset, capitale du Sahara algérien.  Depuis, l’imzad, qui a traversé des siècles, s’est incrusté dans ses veines et son coeur bat, depuis plus de 21 ans, aux rythmes de cette musique ancestrale targuie. Une musique, qui est comme toutes les cultures et traditions orales, menacée de disparition.

Comment est née votre association «Sauver l’imzad» ?

L’Association à but non lucratif «Sauver l’Imzad» a été créée et agréée par décision du Wali de Tamanrasset sous le N° 53/2003 en date du 27 octobre 2003. Comment est née notre Association et pourquoi cette dénomination «Sauver l’Imzad» ?
Pour répondre franchement, je dois vous avouer que je suis retournée à Tamanrasset en  2003 et j’ai été rendre visite à M. Feu Hadj Moussa Akhamok chez lui. Je me rappelle de ce jour là lorsqu’il m’a parlé de la situation culturelle de la région et notamment de l’imzad. Il m’avait dit: «l’imzad est aux Touaregs ce que l’âme est au corps»….
En fait, j’ai découvert cette culture en 1978, lorsque j’avais débuté ma carrière en télécommunications à Tamanrasset. C’est à cette époque que j’ai connu  M. Hadj Moussa Akhamok, l’Aménokhal des Touaregs, un personnage honorable avec un sens de la dignité et des valeurs morales exemplaires. Lorsque je l’ai revu en juin 2003, nous  avons évoqué les souvenirs de cette  période animée par les soirées d’ahal et il m’a parlé de la situation dramatique de l’imzad.
C’est ainsi que je lui ai proposé de créer une association culturelle pour sauver le coeur de cette culture qui disparaissait d’année en année, et c’est pourquoi nous l’avons dénommée «Sauver l’Imzad». (cf. site web : www.imzadanzad.com),
Lorsque l’Association fut créée. Il me remit solennellement un imzad que je garde à ce jour comme le bien plus précieux que je possède.

Quels sont ses objectifs ?

Les objectifs de l’Association «Sauver l’imzad» tournent autour de la sauvegarde, la préservation et la promotion de ce genre musical ancestral, visent essentiellement à créer un espace de préservation par la mise en place d’une école de formation tant dans le domaine musical avec l’apprentissage de l’imzad, dans le monde de la poésie touaregue que dans la fabrication de cet instrument ancestral.
Ce qui implique les répercussions suivantes :
— Les jeunes filles marginalisées par rapport au système d’éducation vont bénéficier d’une formation en renouant avec les traditions ancestrales et avec en prime une possibilité d’intéressement dans le cadre des activités socioculturelles organisées localement,
— Les vieilles femmes virtuoses de cet art ancestral seront réhabilitées socialement ainsi que les vieux poètes détenteurs de cette culture orale. Ils vont constituer une référence tout en bénéficiant d’une rémunération valorisante et d’une prise en charge sociale,
— La relance de la fabrication d’instruments musicaux et d’accompagnement à travers une reprise et une remise à jour de l’artisanat et de sa modernisation selon les critères de label,
— La redynamisation de l’activité touristique et socio culturelle avec ses retombées économiques dans le cadre du commerce équitable.

Voulez-vous nous parler des activités prises en charge ou assurées par l’association ?

Nous avons trois écoles d’imzad : l’une à Tamanrasset et les deux autres à Ideless et Tintarabine. Donc en plus des activités journalières d’apprentissage, nous avons effectivement développé un programme bien planifié.
L’action principale de l’Association reste la construction de la Maison internationale des artistes «Dar El Imzad». Elle a acheté un terrain de 10 000 m2 et a entrepris les travaux de construction avec la société COSIDER qui se charge de la réalisation. 
Par ailleurs l’Association «Sauver l’imzad» a lancé l’opération d’enregistrement de tous les airs d’imzad, mais aussi d’autres genres musicaux comme le Tindi, la Tazamart, le Tazengharet et Isswet qui sont le blues du désert. Nous avons choisi de faire appel à des professionnels dans ce domaine. Pour la partie  enregistrement, mixage et arrangement, c’est Jean Alain Roussel, le réalisateur qui s’est fait aider par Billal Ziani. Pour la partie ethnomusicologie c’est le Professeur Pierre Augier qui a étudié l’imzad depuis plus de 40 ans qui nous aide pour ne pas dévier ou nous éloigner des sons primitifs de l’imzad.
Nous sommes entrain de préparer les concerts de musiques ethniques qui se dérouleront à Matarés (à Tipaza), la troupe Imzad participera peut-être au Festival panafricain. Pour la fin de l’année, nous sommes entrain d’étudier la possibilité de lancer le deuxième colloque international d’imzad ou carrément «le festival des nuits touareg».

L'imzad est-il menacé de disparition ?

En 2003, il y avait 07 vieilles joueuses d’imzad,  aujourd’hui, en mars 2009, il n’en reste que 05 dans tout le Hoggar, dont une très malade et grabataire. Les quatre autres femmes sont âgées, mais elles demeurent vigilantes pour transmettre leur savoir aux jeunes filles de l’Association.

Que faire pour préserver cette musique ?

Lorsqu’on parle de tradition orale, de préservation et de sauvegarde d’un genre de patrimoine qui dépend non seulement de la mémoire mais aussi de la durée de vie de l’homme en général… la seule manière de le préserver est sans contestation la formation et l’enregistrement. Mais pour réussir l’ensemble de ces opérations, il faudra penser à prendre en charge ces vieux artistes qui sont de vrais trésors humains.
Le ministère de la Formation professionnelle assure une paie pour 07 artistes (joueuses et poètes) de l’école de Tamanrasset, mais pour les écoles d’Ideless et de Tintarabine nous sommes obligés de courir les sponsors pour assurer un minimum de revenus pour ces personnes qui sont démunies.
Comme vous voyez, au-delà de la préservation d’un patrimoine nous avons donné un élan culturel avec une valorisation identitaire certaine, mais c’est surtout un moyen de lutte contre la pauvreté.

Combien reste-t-il de femmes qui jouent l'imzad
?

Chez les Touaregs algériens, il reste cinq vieilles dans le Tassili de l’Ahaggar et dans le Tassili de N’Ajjer il ne reste que quatre joueuses reconnues comme étant de bonnes joueuses d’imzad.

L'imzad est-il transmis aux nouvelles générations?

L’école a ouvert ses portes en janvier 2004 et en mars 2005 une promotion de quarante élèves est sortie. Aujourd’hui, je peux vous affirmer qu’au niveau des trois écoles, nous avons près d’une trentaine de jeunes filles jouant d’imzad. Les meilleures jeunes joueuses reçoivent également un petit revenu pour les encourager à persévérer.

Avez-vous des contacts avec les associations similaires à la vôtre opérant dans les pays du Sahel comme le Niger, le Mali et le Burkina Faso ?

Aucun contact, sauf avec le Docteur Mahaman Garba, directeur des arts et de la culture au ministère de la Culture au Niger. Nous l’avons invité au colloque international d’imzad que notre association a organisé en mars 2005 à Tamanrasset. C’est d’ailleurs à l’issu de ce colloque qu’il a été recommandé que notre association devienne Fondation pour pouvoir coiffer tous les pays limitrophes. Nous avons lancé le projet de reconversion sur le plan juridique mais nous n’avons encore rien déposé car, je ne vous le cache pas, nous ne savons pas comment faire.

Que font les Etats sahélo-sahariens pour la préservation de l'imzad ?

En réalité la préservation de l’imzad n’est pas faite dans un cadre scientifique avec un programme déterminé et une planification dans le temps.
En plus d’un programme, il faut des moyens et au-delà des moyens il faut beaucoup d’amour et de passion pour trouver ces moyens.
Dans les états sahélo-sahariens, que ce soit au Mali ou au Niger des écoles nomades ont été créées avec quatre ou cinq élèves par campement, je ne peux vous en dire plus car l’information ne circule pas.
D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle nous sommes entrain d’élaborer le dossier juridique pour que l’Association devienne Fondation et la nécessité de trouver des sponsors pour la réalisation du projet de construction de la Maison internationale des artistes qui a été lancé sous le haut patronage de son excellence le président de la République. 

M.A.H

Publié par arez à 14:19:36 dans AINSI VA LA VIE | Commentaires (0) |

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