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Des chants d’Aït Menguellet «traduits» sur toiles | 30 mars 2009


Par Mohamed Arezki Himeur

 

Le Cap, revue bimensuelle, Alger

 

Une jeune artiste-peintre, Melle Farida Hallou, vient d’ajouter une pierre à l’édifice, en consacrant plus d’une vingtaine de toiles à ce ciseleur de mots. Elle a, à l’aide de pinceaux et de couleurs, exprimé, traduit sa compréhension et sa perception de certaines chansons de Lounis Aït Menguellet.
Une tâche qui a, certainement, exigé beaucoup d’imagination, de la réflexion et des nuits blanches pour  tenter de percer le sens profond de chaque mot, de chaque verbe et de chaque parabole utilisés par le poète.
Comme l’a si bien noté l’artiste-peintre, Hocine Haroun, traduire par l’écrit la poésie de Lounis Aït Menguellet «est déjà une gageure», le faire à l’aide d’un pinceau et de couleurs, et fixer le tout sur une toile, l’est davantage tant il est difficile de «rendre», de restituer les images, la force et la sensibilité du verbe du chanteur.

Le travail de Melle Hallou a été dévoilé, le 15 janvier dernier à la Maison de la culture de Tizi-Ouzou, à l’occasion de la célébration des 59 printemps du poète-chanteur. Près d’un millier de fans et admirateurs de Lounis Aït Menguellet ont assisté à la cérémonie organisée en son honneur en reconnaissance de son parcours artistique long de plus de 40 ans.
«Quand j’écoute les chansons d’Aït Menguellet, je vois des images, comme dans un film, sur une scène de théâtre. C’est comme cela qu’est venue l’idée de mettre sur les toiles ce que j’imaginais, je voyais en écoutant ses chansons, afin de faire profiter les autres de mes visions, de ce que je ressens lorsque j’écoute ce chanteur», nous confie Mlle Hallou.
Cette artiste-peintre, née le 4 mai 1979 à Tala Taghra, dans la commune de Boudjima, près de Tizi-Ouzou, est diplômée de l’Ecole supérieure des Beaux Arts d’Alger. Pour elle, traduire sa compréhension de la poésie d’Aït Menguellet a été une tâche pas trop difficile. «Je n’ai fait que reproduire ma compréhension de cette poésie, les sentiments enfouis au fond de moi. Les images, claires, étaient fixées dans ma tête. Elles se déroulaient comme dans un film». Et il lui a donc suffi de prendre ses pinceaux et ses couleurs pour restituer sur les toiles ce qu’elle ressentait en écoutant le chanteur.

 

Des images qui se peignent

 

Mais lorsqu’elle se met à l’ouvrage, Melle Hallou éteint son radiocassette. Elle évite d’écouter tout en peignant. «Car il y a beaucoup d’idées qui s’infiltrent en même temps et se bousculent dans ma tête et ça me perturbe. Les mélodies et les nouvelles images me distraient et m’éloignent de ce que je peignais. J’écoutais plutôt de la musique instrumentale».
C’était à l’âge de 7 ou 8 ans que Melle Fariza Hallou avait découvert Lounis Aït Menguellet. Elle écoutait ses chansons sans savoir qui était le chanteur. Elle appréciait «d aghriv ur zegragh levhar» (émigré sans avoir traversé la mer). Cette chanson l’avait subjuguée. «Elle m’avait vraiment touchée», dit-elle. C’est bien plus tard qu’elle avait découvert son nom. Qu’il s’agissait de Lounis Aït Menguellet. «C’est à ce moment- là que j’avais commencé à acheter ses cassettes. J’aimais beaucoup ce qu’il chantait, l’esthétique et la beauté de ses mélodies et de sa poésie. C’est à partir de ce moment aussi que je suis devenue une de ses fans».
Une vingtaine d’années plus tard, Melle Hallou, a décidé, à travers l’exposition organisée à la Maison de la culture de Tizi-Ouzou, de lui rendre un hommage «parce qu’il a beaucoup donné à la poésie et la chanson kabyles». Le vernissage s’était déroulé en présence du chanteur qui avait découvert, en même temps que les centaines de visiteurs présents, les toiles que lui a dédiées cette jeune artiste-peintre.

Melle Fariza Hallou aurait pu être une enseignante, une architecte, une fonctionnaire, mais elle a choisi la peinture. «En vérité, il n’y a que cette activité qui m’intéresse, que j’aime. Je ne peux vous dire pourquoi. Je crois que c’est elle qui m’a choisie», dit-elle en riant. Dans les campagnes, en Kabylie comme ailleurs dans d’autres régions du pays, les femmes artistes-peintres ne courent par les artères escarpées et étroites des villages et hameaux. Le métier ne suscitait et ne suscite toujours pas trop d’intérêt et d’attrait auprès des étudiantes, encore moins des parents. «C’est difficile pour une femme d’être artiste-peintre dans notre société. Elle ne peut pas travailler n’importe où et avec n’importe qui», estime Melle Hallou. Il est plus difficile encore de casser les tabous. L’art pictural ne fait pas partie des activités recherchées. Les chanteuses et chanteurs étaient encore moins lotis autrefois. Ils ont mis des décennies avant de pouvoir éditer des disques, des cassettes et des CD sous leurs véritables noms. Le recours aux pseudonymes était de rigueur pour les chanteurs, encore plus pour les chanteuses, durant les années 40, 50 et pour une partie de ceux des années 60 et 70.

Des artistes qui se cherchent

Melle Hallou a été agréablement surprise de découvrir, lors de son exposition du 15 au 22 janvier dernier à la Maison de la Culture de Tizi-Ouzou, que de nombreux de visiteurs ont aimé, apprécié ce qu’elle a fait. «De jeunes visiteurs m’ont posé beaucoup de question sur mes toiles, ils s’intéressent à l’art pictural. Ce qui est encourageant», dira-t-elle.
Mais la vie d’artiste n’est pas aussi facile qu’on peut le penser. Les jeunes artistes-peintres, femmes ou hommes, se cherchent toujours. «On n’a pas de statut dans la société», selon M. Hallou. Elle a éprouvé des difficultés à réaliser son exposition. «J’ai frappé à toutes les portes, j’ai sollicité tout le monde, tous les organismes chargés de promouvoir la culture, sans succès. Toutes les portes étaient fermées. Sauf celles de la Maison de la Culture de Tizi-Ouzou», dira Melle Hallou. «L’artiste peintre ne peut pas avancer, évoluer dans une ambiance pareille. C’est trop difficile», ajoutera-t-elle.

Va-t-elle changer de fusil d’épaule, se lancer dans une autre activité ? «Absolument pas», répliquera-t-elle. Melle Hallou admet qu’il n’existe pas de marché de l’Art important en Algérie. «Un artiste-peintre ne peut pas vivre de ses toiles, il doit exercer une autre activité, un autre métier pour subvenir à ses besoins». Ce constat ne semble pas décourager Melle Hallou. Mieux : elle a décidé de poursuivre ses études «pour faire une bonne carrière et laisser des traces dans le domaine de l’Art en Algérie».

M. A. H.

 

Publié par arez à 23:07:53 dans LES ARTISTES KABYLES (Algérie) | Commentaires (5) |

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