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FOCUS ALGERIE

DE TOUT UN PEU

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Ici, c'est la paix. Il n'y a ni bruit, ni pollution, ni klaxons des automobilistes, ni crissements de pneus, ni cris bruyants des enfants à la sortie de l'école ou dans les cages d'escaliers, ni sirènes hurlantes des ambulances et des voitures de la police et des pompiers.
Ici, les seuls "bruits" qu'on entend sont les doux chants des oiseaux, le frottement des feuilles d'arbres, les brindilles craquant sous vos pieds, les battements de votre cœur et votre respiration. Une virée matinale quotidienne à travers ses sentiers, il n y a pas mieux pour éviter de rendre visite au toubib. 


 


 


 


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Train Alger-Oran : sécurité et tranquillité garanties | 24 novembre 2008


Par Mohamed Arezki Himeur

Le CAP, bimensuel du 01 au 15 Novembre 2008, Alger

« Les voyageurs à destination d'Oran..., attention au départ », lance à travers un haut parleur une agréable voix féminine. Le train se réveille, frétille, fait quelques bruits et s'ébranle avant de prendre son élan 200 ou 300 mètres plus loin. Il s'éloigne lentement, comme pour ne pas réveiller les habitants du quartier, du quai n° 3 de la gare Agha d'Alger.  Il est 07H45. Les passagers, nombreux, ont déjà pris leurs places. Certains wagons affichent complets : des couples avec enfants, des femmes accompagnaient de leurs enfants, des vieux et des jeunes. La ligne Alger-Oran a aujourd'hui 149 ans. Elle a été ouverte en décembre 1859, un peu plus de 2 ans et demi après l'ouverture de la ligne Alger-Blida (avril 1857).
Des agents des chemins de fer, reconnaissables à leurs tenues et casquettes, se déplacent, font des « va-et-vient »  à travers  les allées des wagons. Une présence qui met en confiance les voyageurs, surtout ceux qui reprennent le train après l'avoir déserté pendant de nombreuses années, voire des décennies. Premier arrêt : El Harrach, dans la banlieue est d'Alger. Des dizaines de voyageurs prennent d'assaut les wagons. Commence alors la traversée de la riche pleine agricole de la  Mitidja. Des fermes verdoyantes à pertes de vues, sur des dizaines de kilomètres, délimitées par des haies de pin, de pinèdes et par d'autres espèces d'arbres.
« Lorsqu'on contemple cette vaste étendue de terre, toutes ces fermes, on comprend pourquoi la France et ses colons ne voulaient pas lâcher prise », dit d'une voie à peine audible un sexagénaire. La Mitidja a beaucoup perdu de sa splendeur. Elle est défigurée par le béton. Elle a été aussi durement affectée par le terrorisme pendant les années 90.
Durant tout le trajet, le train Alger-Oran fait de nombreuses haltes : des voyageurs en descendent, d'autres y montent. Une fausse note : aucune voix n'annonce le nom de la ville ou du village du prochain arrêt. Un étranger à la région « a toutes les chances » de rater son arrêt, dira un jeune trabendiste blidéen, qui était en route pour Maghnia et Tlemcen afin de s'approvisionner en produits à vendre à l'occasion de la fête l'Aïd el-fitr.
Les plaques devant être placées à l'entrée des gares sont dans la plupart des cas invisibles, voire inexistantes. Ce qui ne facile pas le voyage pour quelqu'un qui prend le train pour la première fois. Ce problème ne se pose pas pour le rapide Alger-Oran. Celui-ci ne s'arrête qu'une seule fois à Chlef, presque à mi-distance entre la capitale et la métropole de l'ouest. Mais il a été « supprimé » pendant le mois de ramadan. Il reprendra sa course vraisemblablement la veille de l'Aïd el-fitr.
Une image quelque peu insolite : les voyageurs dans leur majorité dormaient. Certains profondément, assommés par le ramadan. Le manque de sommeil se lisait sur tous les visages : les traits tirés, les yeux cernés et les lèvres asséchées. Certains, habitant loin d'Alger, ont du se lever très tôt pour pouvoir prendre ce train.

 
Alger-Oran en 4 heures
 
Oued Djer. La zone, qui avait été le théâtre d'innombrables attentats et attaques du GIA durant les années 90, ne fait plus peur aujourd'hui. Les automobilistes la traversent même en pleine nuit, alors que pendant la « décennie rouge » rares étaient des automobilistes et véhicules de transports publics qui l'empruntait au-delà de 17 ou 18H00. Du train, on peut voir une partie du travail accompli par les Chinois sur le tronçon Oued Djer-El Hoceinia, sur une longueur de 25 km, de l'autoroute Est-Ouest : viaducs, ouvrages d'arts... Le GIA a été laminé, mais les militaires sont toujours là. Leur présence est plus discrète. Ils continuent de veiller au grain. Ils surveillent, à partir des guérites et campements installés sur les collines surplombant les villages, la route et la voie ferrée.
« La voie ferrée restera, comme partout dans le monde, le meilleur, le moins cher et le plus efficace moyen de transport de voyageurs et de marchandises », estime Mouloud, enseignant à l'université d'Oran.
Beaucoup n'ont découvert ou renouer avec le train que depuis le lancement, début 2008, du train rapide qui rallie Alger-Oran, sur une distance de 432 km, en quatre heures. C'est le cas de Dris. Originaire de l'ouest algérien, cet homme, installé à Alger depuis le début des années 60, n'était plus monté dans un train depuis une quarantaine d'années. Il faisait, jusqu'ici, ses déplacements en avion ou en voiture.
« Ce fut un voyage agréable, confortable. Il y avait la sécurité à bord des wagons », dira-t-il au lendemain de son déplacement à Oran pour assister, en août dernier, à la cérémonie de mariage d'un enfant de l'un des ses amis. « A partir de maintenant, je ferai mes déplacements à Oran en train. Je ne prendrai ma voiture que lorsqu'il s'agira de me rendre vers d'autres villes de l'ouest algérien », a-t-il ajouté. D'ailleurs, le problème de transport par voie ferrée est résolu pour certaines villes, comme Ain Témouchent, Sidi Bel Abbès et Tlemcen, désormais desservies par un autorail flambant neuf.
Brahim est un habitué du trajet Alger-Oran. Il le faisait jusqu'ici en voiture. Mais depuis avril 2008, il emprunte le train. « C'est vraiment agréable. En 4 heures, tu rallies les deux villes. Tu arrives moins fatigué, moins stressé à destination », dira-t-il. Brahim fait le déplacement en voiture de Tizi Ouzou jusqu'à Alger ou il laisse sa voiture chez un ami avant de poursuivre sa route vers Oran en train.

Un moyen de transport sûr et moins cher

A 09H45, le train entre en gare d'Aïn Defla. Changement de décor. Les images des fermes verdoyantes de la Mitidja cèdent la place à un autre paysage. De grandes étendues de terres agricoles donnant l'impression d'être abandonnées. Certaines n'ont pas été labourées depuis des années « faute de moyens financiers et de main d'œuvre », selon Si Bachir.
 « Les banques sont réticentes lorsqu'il s'agit d'accorder des crédits aux paysans. Il faut de la +tchippa+ pour pouvoir obtenir quelques sous. Beaucoup de ceux qui bénéficient actuellement de prêts n'ont rien à voir avec la terre et l'agriculture. Ce sont des trabendiste agricoles », ajoute-t-il avec le sourire en coin.
Si Bachir se dirige vers Oran en vue rencontrer un industriel pour tenter de le convaincre de s'associer à un projet de production agricole. « Moi j'ai la terre et le savoir faire, et lui l'argent. Je pense qu'on peut arriver à un accord », estime-t-il. Il avait déjà abordé le sujet avec son interlocuteur. Le terrain pour un éventuel partenariat est donc déblayé. Il reste à peaufiner le projet.
Le train poursuit son chemin sous un soleil de plomb. La climatisation à l'intérieur des wagons fonctionne à merveille, alors que dehors la température a grimpé au dessus des 40°, selon radio. La situation s'était empirée l'après-midi avec une chaleur torride accompagnée d'un vent de sable chaud, étouffant, obligeant des habitants à se cloîtrer chez eux. « Ici même les trottoirs rentrent à la maison », relève Hamid en plaisantant. Par contre, les Chinois sont fidèles au poste. Ils continuent à travailler sous un soleil torride sur un tronçon de l'autoroute Est-Ouest. Du train, on peut voir, au loin, courant dans tous les sens comme des fourmis, les gros camions et engins de travaux publics utilisés par les Chinois. Ils ont installé plusieurs base-vie dans la région.
« Rien ne les arrête. Ni la chaleur étouffante de l'été, ni le froid et les pluies de l'hiver. C'est un peuple de travailleurs », lâhe Abdellah. Il était jusqu'ici complètement plongé dans un volumineux livre de quelques 500 pages. Il n'a pas levé la tête depuis le départ de la gare Agha à Alger. Il était absorbé par la lecture de l'ouvrage intitulé « Le cartel Bush ou l'itinéraire d'un fils privilégié » et, en sous titre, « comment fabrique-t-on un Président des Etats-Unis » écrit par James Hatfield.
Abdellah se déplace régulièrement entre Alger et Oran. Et il le fait uniquement en train. « C'est le moyen le plus sûr et le moins cher par rapport aux taxis collectifs et aux autobus. Le train rapide fait le parcours en 4 heures, tandis que +le train normal+ le fait en 5 heures environ. Par contre, en taxi collectif et en autobus les 432 km séparant Alger-Oran nécessitent entre 6 et 7 heures, parfois plus lorsqu'il fait mauvais temps, quand il y a des accidents et des embouteillages », dit-il. C'est vérifié. Au retour le même jour d'Oran sur Alger, nous avons passé près de 7H00, entrecoupées par deux courts arrêts : le premier pour faire le plein d'essence, le deuxième pour avaler sur le pouce, à Oued Djer, une chorba après la rupture du jeûne.

 
La « bataille du rail » ne fait que commencer

 « Le train est l'avenir de l'Algérie », pour paraphraser Aragon. « Le chemin de fer devra reprendre sa véritable place de locomotive du développement et retrouver ses lettres de noblesse », avait déclaré en avril 2005 l'ancien ministre des Transports, Mohamed Maghlaoui, à l'occasion d'une conférence sur le développement et la modernisation du secteur des chemins de fer organisée à Alger. 
Force est de constater, aujourd'hui, que le secteur ferroviaire accuse un grand retard. Lors du dernier « test vitesse » effectué le 13 février 2008 par le rapide Alger-Oran, la SNTF avait crié victoire. Parce que, disait-elle, « elle avait réussi un nouveau meilleur temps de parcours tout à faire remarquable de 4H00, contre 4H30 auparavant ». Le gain de temps de 30 minutes est présenté comme un exploit. Il vrai que ce résultat a nécessité de nombreux travaux sur la voie ferrée et l'acquisition de nouvelles locomotives atteignant 160 km/h.
L'objectif est de réduire encore de 30 minutes supplémentaires, à l'horizon 2012, le temps de parcours entre la capitale et la métropole de l'ouest algérien, selon la SNTF. Pour cela, il est prévu le dédoublement de la voie et l'électrification de la ligne. Les travaux sont en cours.
La SNTF a bénéficié, à partir du milieu de la décade en cours, d'une enveloppe financière de 18 milliards de dollars. Ce montant est destiné à développer et améliorer le réseau ferroviaire existant et à créer de nouvelles lignes. L'entreprise avait été saignée à blanc durant la « décennie rouge » de 90. Ses infrastructures (locomotives, wagons, voies ferrées et bâtiments) furent l'une des cibles privilégiées des groupes armés islamistes. Les dégâts sont estimés à près de 30 milliards de dinars. Les attentats et attaques répétés contre les trains avaient fait fuir aussi les voyageurs vers d'autres moyens de transports : les autobus, l'avion et les taxis collectifs.
La SNTF avait commandé 30 locomotives Diesel électriques (16 pour le transport des marchandises et 14 pour le transport des voyageurs) et 17 autorails pour le transport de voyageurs. Elle dispose actuellement de quelque 10.000 wagons tous types et capacités confondus. Le programme de modernisation du réseau ferroviaire en cours devrait lui permettre d'atteindre, l'horizon 2010, 80 millions de voyageurs/an contre un peu plus de 27 millions en 2005. Le transport de marchandises devrait connaître, lui aussi, une nettement évolution. Il devrait passer de 8,3 millions à 15 millions de tonnes/an au cours de la même période.
C'est dire que « la bataille du rail » ne fait que commencer en Algérie. La SNTF a du pain sur la planche. Le réseau ferroviaire doit être considéré, comme partout à travers le monde, comme un secteur vital pour le développement du pays.

Publié par arez à 22:47:01 dans AINSI VA LA VIE | Commentaires (0) |

Kamel Hamadi : 55 ans au service de la chanson. | 09 novembre 2008


Par Mohamed Arezki Himeur
Le Cap, bimensuel, Alger

Son plus grand souhait, son vœu le plus cher serait de monter un jour, peut-être, une opérette en Kabylie, avec un grand chorégraphe et un excellent ballet, qui se produira dans de nombreux pays, comme l'Egypte, la Turquie ou, pourquoi pas, le pays de l'Oncle Sam. « On a nos propres rythmes, nos propres mélodies et nos propres accords. On peut monter une belle opérette ou un opéra, avec des chants en Kabyle, qui fera le tour du monde. On a tout ce qu'il faut, au plan artistique, pour réaliser un tel projet. C'est mon rêve ».
L'auteur de ces mots, c'est Kamal Hamadi, compositeur, producteur radio, ancien chanteur, dramaturge et comédien à l'occasion, dans ses pièces de théâtre radiophoniques. Un optimiste jusqu'au bout des ongles. Certains de ses rêves des années 50 sont devenus réalité aujourd'hui, comme celui de voir réaliser des films en Kabyle. C'est chose faite. Des films ont vu le jour dans sa langue maternelle, les derniers en date étant H'nifa de Ramrane Iftini et Mimezrane d'Ali Mouzaoui.
A 72 ans, le 22 décembre prochain, Kamel Hamadi est débordant d'énergie. Il travaille sans relâche. Il continue encore, comme à ses débuts dans la carrière artistique qu'il a épousé depuis plus d'un demi siècle, à écrire des chansons, des opérettes et des pièces de théâtre radiophonique. « Il est toujours jeune, vif et entreprenant », nous chuchotera à l'oreille son ami l'écrivain Abdelkader Bendameche, lors de la soirée de la clôture du dernier festival chaabi organisé durant le mois de ramadhan à Alger.
C'est cela Kamel Hamadi. Il est constamment à l'écoute de ce qui se fait et se produit dans le domaine de la chanson. A Alger, Paris ou ailleurs, il hante les lieux ou vit la musique. Il suit de très près les pulsions de la chanson algérienne dans son ensemble. Il s'intéresse à tous les genres. Il est au courant de tout ce qui se fait aussi bien en Algérie qu'en France. Il est en mesure de vous donner la dernière chanson mise sur le marché la veille.
Kamel Hamadi, de son vrai nom Larbi Zeggane, est né le 22 décembre 1936 à Ath Daoud, dans la commune de Yatafen, sur le flanc du majestueux Djurdjura. Il était encore adolescent lorsqu'il a quitté son village natal pour aller chercher pitance en ville. Car les montagneuses de Kabylie, hier comme aujourd'hui, n'ont jamais nourris leurs enfants. Elles ont de tout temps été pourvoyeuses d'émigrants. C'était au début des années 50. Après s'être rendu dans quelques villes du pays, notamment Oran, il a décidé de jeter l'ancre, de s'installer à Alger où il a travaillé comme apprenti couturier. Un métier qui l'a certainement aidé à toujours chercher le mot précis, juste pour ses chansons, ses opérettes et pièces de théâtre radiophonique dès ses débuts en 1953.

Un couturier de la chanson

L'inégalable Slimane Azem a été pour beaucoup dans la décision de Kamel Hamadi d'embrasser la carrière artistique. « Il nous a inoculé le vers (dduda) de la chanson dans les veines. On voulait tous devenir des chanteurs comme lui », dira Kamel Hamadi, qui n'a jamais raté, à l'époque, un des galas de son idole à Alger. Slimane Azem avait donné une impulsion, un coup de fouet à la chanson  Kabyle, souligne-t-il.
Montagnard qui sait ce que « dire » signifie, Kamel Hamadi a le verbe facile et imagé, qui sait mettre le mot qu'il faut à la place qu'il faut. Bien sûr, il a été aidé et encouragé par certains artistes à ces débuts, notamment  par Abdelkader Fethi (aujourd'hui gravement malade et oublié), Rabie Boualem et Arab Ouzellague. C'était cette bande de copains, amoureux de la musique, qui l'a d'ailleurs introduit à la radio. Abdelkader Fethi a été le premier interprète de ses chansons. Celui-ci dirigeait à l'époque un orchestre à la radio. « Il me demandait chaque semaine un texte à chanter », nous a confié Kamel Hamadi. Il a ensuite composé des chansons pour Karim Tahar, Rabie Boualem, Moh Akli, Arabe Ouzellague et bien d'autres. Ils se rencontraient tous les dimanche, jour de repos de Kamel Hamadi, pour discuter, échanger des idées, entre autres sur de la poésie, la musique et de la chanson.
Les chanteurs, à l'époque, se produisaient en direct à la radio. L'unique studio de la rue Berthezène servait à la fois pour les répétitions et la diffusion en direct des émissions. Malgré cette promiscuité, les artistes produisaient. Il y avait une émulation et une entraide entre eux. « Ce qui fait défaut aujourd'hui », déplore M. Hamadi.
L'apprenti couturier était un amoureux fou des films égyptiens. Il allait chaque soir, après le travail, voir un film au Dounyazed ou à Djamila, deux salles de cinéma d'Alger spécialisées dans la programmation des productions cinématographiques du pays du Nil. « Est-ce que nous arriverons un jour à réaliser un film en Kabylie ? », s'interrogeait-il souvent à la sortie du cinéma.
Un beau jour, il décide de passer à l'action. Il prend un cahier d'écolier et un stylo et s'est mis  s'initier à l'écriture. Il rédige ce qu'il croyait être un scénario d'un film, en incorporant des chansons de Slimane Azem, dont « A Moh à Moh » et « Atas i-savragh » entre autres.  « Mais c'est une opérette ! », s'exclama Rabie Boualem en parcourant le texte. « C'est quoi une opérette ? », demanda, surpris, Kamel Hamadi. « Une comédie musicale », répondit-il. Comme M. Jourdin avec la prose, Kamel Hamadi venait d'écrire une opérette sans le savoir. La mouture présentait à direction de la radio comprenait ses propres chansons. Elle a été acceptée et diffusée sous le titre de « D rrayik a si Méziane » (c'est de ta faute, M. Méziane) sous le pseudonyme de Kamel Hamadi. C'était en 1954.


De la chanson au théâtre radiophonique

Le petit apprenti couturier d'Ath Daoud était aux anges. Il était aussi subjugué par les pièces de théâtre radiophonique de Mohamed Hilmi, Ali Abdoun, Mhidine Ath Menguellat entre autres. Il a été surtout marqué par la pièce « Nnesva thila » de Slimane Azem. Ce qui l'a guidé à produire, lui aussi, des pièces pour la radio. Dans le même temps, il se lance dans la chanson en se produisant, passage obligé, dans la fameuse émission « les chanteurs amateurs » qu'animait à l'époque Cheikh Noureddine. Il a rejoint plus tard l'orchestre d'Abdelkader Fethi. Son incursion dans le domaine de l'interprétation a duré en tout 6 ou 7 ans, avec comme première chanson « yidem, yidem ». L'une de ses plus belles chansons est celle intitulée « Radhlaghd lhaq n-rekva (j'ai emprunté le coût du voyage) qui raconte les déceptions, l'amère réalité et les mauvaises conditions de vie de l'émigré. Elle est d'actualité encore aujourd'hui avec l'apparition du phénomène « harga » (immigration clandestine).
La chanson sur la fuite des cerveaux « Ma ghaven wid izawren » est un chef d'œuvre. Elle est, elle aussi, encore d'actualité plus de 40 ans après sa sortie au lendemain de l'indépendance. Kamel Hamadi a ensuite cessé de chanter. « Je voulais être un bon compositeur qu'un chanteur moyen », nous a-t-il confié.
Presque à la même période, il bifurque vers la radio, en produisant et animant, à partir de 1957, de très belles émissions telles que « lesrar n-ddunit » (les trésors de la vie) qui a vécu plus d'une quinzaine d'années, entre Alger et Paris. Certains poèmes écrits pour les besoins de cette émission ont été chantées, des années plus tard, par des chanteurs tels que Lounis Aït Menguellat (kraghd bdagh d-ilemzi) et Slimani (yir zwadj). Il avait aussi produit et animé « Poème et mélodie » (de 1956 à 1958), « Iferrahen » et « Music-hall si radio ».
Comme tous les artistes de l'époque, Larbi Zeggane a pris le pseudonyme de Kamel Hamadi, formé à partir de deux noms d'artistes égyptiens qu'il admirait, Kamel Echennaoui et Imad Hamdi. Jusqu'aux années 60 et 70, l'artiste était mal vue, évité, voir méprisé, dans la société conservatrice kabyle. Ce qui n'est plus le cas de nos jours ou l'artiste, le vrai s'entend, jouit d'un grand respect.
L'enfant d'Ath Daoud a, aujourd'hui, à son actif quelques 2.000 œuvres en kabyle mais aussi en arabe interprétées par une centaine de chanteurs de plusieurs générations, dont certains ont marqué la chanson algérienne de leur emprunte, à l'image de cheikh El Hadj M'hamed El Anka, Youcef Abdjaoui, Karim Tahar, Abdelkader Fethi, Boudjema ElAnkis, Hsissen, Lounis Aït Menguellat et bien d'autres.

« Cassure » entre anciens et nouveaux chanteurs

La nouvelle cuvée de chanteurs navigue à vue, sans prendre conseils des « anciens ». Il y a une sorte de cassure entre les nouveaux et les anciens. Chaque chanteur travaille dans son petit coin. Pourtant, « ce n'est pas une honte de se retrouver à 4 ou 5 pour écrire, composer une chanson. Elle n'en sera que plus belle », dit M. Hamadi. L'explosion que connaissent les moyens de communications exige de l'artiste une excellente maîtrise de son travail. « Les choses ont changé. Avant, on ne pouvait voir que la télévision algérienne. Maintenant, les gens disposent chez eux de l'Internet qui diffuse à profusion tous les genres de musiques et de chansons, dans toutes les langues. Le dernier d'entre nous peut capter, voir et écouter, grâce à la parabole, des centaines de chaînes de télévision et de radio émettant à travers le monde. Les mélomanes et les téléspectateur peuvent voir la différence et conclure que l'Algérie est à la traîne dans domaine artistique », estime Kamel Hamadi. « On ne doit pas stagner. Si nos médecins sont excellents, nos professeurs sont bons, il faudra que notre chanson le soit aussi », souligne-t-il.
Pour relever ce défi, l'entraide et la collaboration entre paroliers, compositeurs, arrangeurs et interprètes sont nécessaires. « Ce jour-là, notre chanson pourrait réellement franchir les frontières pour être écoutée en Inde ou en Turquie », dira M. Hamadi. « Malheureusement, chez nous, le chanteur veut tout faire lui-même : le texte, la musique, l'arrangement et l'interprétation. C'est une maladie », déplore-t-il.
Ce n'est pas non plus en plagiant ou en reprenant les anciennes œuvres célèbres qu'on pourra aspirer atteindre cet objectif : celui de hisser la chanson algérienne. Ces phénomènes (reprises et plagiat) font sortir Kamel Hamadi de son calme habituel. Il les dénonce, comme l'ont fait d'autres chanteurs et poètes tels que Ben Mohamed, Lounis Aït Menguellat, Hacène Ahrès et Slimane Chabi. Certains « repreneurs » vont encore plus loin. Ils s'approprient carrément, sans honte, les œuvres d'autres chanteurs disparus ou vivants. Pis encore, les œuvres reprises sont dans la majorité des cas mal interprétées. Elles sont plutôt « mâchées » que chantées, dira M. Hamadi.
« La reprise d'une chanson exige une autorisation du compositeur ou de ses ayants droits. De plus, la chanson doit être reprise telle quelle, en respectant et le texte et la musique. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Les +repreneurs+ font du n'importe quoi. Ils massacrent les œuvres reprises », constate avec amertume Kamel Hamadi. « Pour eux, l'objectif est de vendre. Le mercantilisme a tué la chanson algérienne », relève-t-il. Et si, par malheur, « tu oses protester contre la reprise de ta chanson, le +repreneur+ t'accusera, sans honte et sans gène, de vouloir le saboter. Donc, on ferme les yeux, on bouche nos oreilles et on se tait », ajoute-t-il.

Chants anciens : la « fawdha » de la reprise

Trois organismes peuvent et auraient du intervenir pour mettre le holà à cette « fawdha ». Il s'agit de l'Office national des droits d'auteurs (ONDA), de la radio algérienne et de la Télévision. L'une des missions de l'ONDA est de défendre les artistes et de protéger leurs œuvres. Lorsqu'on voit ces milliers de CD de chansons piratées vendus sur les marchés, dans certaines boutiques des grandes villes comme Alger, ou à même le trottoir et au vu et au su de tous, on se pose la question : que fait l'ONDA ?
La radio et la télévision, elles aussi, ont un rôle à jouer. Elles peuvent participer au « nettoyage » de la scène artistique de ces prétendus « artistes », qui ont bâti leur éphémère « carrière » sur la reprise des œuvres de chanteurs célèbres et respectés. Des chanteurs qui ont tout donné à la chanson sans rien avoir au retour. Elles peuvent contribuer en interdisant, pourquoi pas, la diffusion des reprises.
Les studios d'enregistrements et les éditeurs eux aussi sont concernés. Ils se doivent de participer à la lutte contre le plagiat et les reprises. Ces phénomènes tuent la création, selon bon nombre de chanteurs et paroliers. Et l'absence de création met en danger de mort aussi leur activité. Des chanteurs rapportent que certains éditeurs encouragent les reprises.
Mais le vent commence à tourner. La situation évolue dans le bon sens. Les reprises régressent. Elles n'ont plus le vent en poupe. Parce qu'il y a moins d'acheteurs. De plus, les auditeurs et amateurs de la bonne chanson sont de plus nombreux à protester, à fustiger les auteurs des reprises, estime M. Hamadi. « C'est vraiment un crime de tuer, en mâchant le texte, l'âme d'une belle chanson d'un Slimane Azem, cheikh El Hasnaoui ou Matoub Lounès », relève-t-il.
Kamel Hamadi a toujours été aux côtés des jeunes chanteurs. Il en a aidé beaucoup à enregistrer, en les présentant aux « maisons de disques » (éditeurs). Certains d'entre eux sont devenus aujourd'hui des vedettes tels que Idir, Ferhat Imazighen Imoula, Djamel Allem, Noureddine Chenoud pour ne citer que ceux-là. « J'ai fais ce que je pouvais faire. Je les ai aidé à obtenir ce que moi je n'ai pas pu atteindre à mes débuts », dit-il. C'est cela Kamel Hamadi. Hier comme aujourd'hui, il affiche toujours sa disponibilité à mettre ses 55 années d'expérience au service des jeunes chanteuses et chanteurs. Il le fait déjà avec certains d'entre eux.

 

Publié par arez à 15:54:05 dans AINSI VA LA VIE | Commentaires (0) |

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